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Contre la pauvreté, je choisis la solidarité !

Interview

Dominique Servais

La solidarité n’a pas disparu à Liège !

La cellule de Liège, c’est l’équipe qui pilote et coordonne toutes les activités de Vivre Ensemble / Entraide et Fraternité dans toute la province. On y retrouve les permanents liégeois mais aussi des bénévoles, fidèles parmi les fidèles. Sans eux, les activités régionales de nos associations ne seraient tout simplement pas possibles. Grâce à leur insertion sur le « terrain », ils sont les courroies de transmission in-dispensables pour tous nos projets.

Zoom sur Dominique Servais, dernier arrivé dans l’équipe principautaire.

Volon’Terre ! : Dominique, en quelques mots, pouvez-vous retracer votre parcours ?
Dominique Servais : Marié avec Annie, professeure de religion, père de trois grands enfants, j’ai été formé à l’Institut Supérieur de Catéchèse et de Pastorale - ISCP à Liège -, ainsi qu’au Centre de formation liturgique de la CIPL. Durant trente ans, j’ai été ‘’maître spécial de religion catholique’’ à Seraing et sur le Plateau de Herve, où j’ai côtoyé toutes sortes de formes de pauvreté, d’exclusion et de solidarité.
Depuis 2006, je suis adjoint au Vicariat Evangile & Vie du Diocèse de Liège, où j’assiste Baudouin Charpentier, le Vicaire épiscopal. La vocation du Vicariat, c’est la diaconie. J’ai dans mes attributions l’attention aux prisons, aux migrants, la vigilance au VIH-sida et l’action sociale dans les mondes ouvriers et populaires… En gros, tout ce qui contribue à mettre ou maintenir l’Homme debout !
De plus, je suis, depuis presque 20 ans, membre des Fraternités Laïques Franciscaines. Grâce aux Frères mineurs, j’ai pu approcher les personnes de la rue et les accompagner. Par exemple, en tant qu’accompagnateur à l’asbl Cannara, d’inspiration franciscaine, où sont accueillies, pour une période déterminée par le besoin de la personne, des hommes ou des femmes issus de la rue, sortant de prison, migrants sans papiers, jeunes adultes confiés par un juge…
Volon’Terre ! : Qu’est-ce qui vous a poussé à vous engager aux côtés de Vivre Ensemble/Entraide et Fraternité ?
Dominique Servais : Dès ma prise de fonction comme enseignant, j’ai utilisé les documents et outils d’Entraide et Fraternité/Vivre Ensemble (EF/VE). Dans tous les documents et actions d’EF/VE, je retrouve l’articulation foi/engagement qui est essentielle dans ma vie. Je ne pourrais pas être chrétien sans m’engager, d’une manière ou d’une autre ! EF/VE a donc été naturellement un compagnon durant mes années d’enseignement, car j’étais rejoint par ces initiatives dans mon souci d’être solidaire tant avec les personnes du Tiers-Monde qu’avec celles du Quart-Monde.
Lors de mon arrivée à l’Evêché de Liège en 2006, à la demande de Mgr Jousten, je suis devenu son représentant à l’Assemblée Générale d’EF/VE. Ainsi, je me suis retrouvé encore un peu plus proche des actions et initiatives. J’y ai vu un moyen d’être encore ‘’mieux’’ le relais de l’action d’EF/VE.
À la demande des permanents de Liège, j’ai rejoint la Cellule d’EF/VE et, ainsi, concrètement mais avec mes moyens limités, je peux collaborer à un engagement que je trouve vital tant pour notre société que pour notre Église.
Volon’Terre ! : Quel regard portez-vous sur la pauvreté en région liégeoise ?
Dominique Servais : Je distinguerais plusieurs pôles dans les pauvretés que je côtoie. Je ne peux évidemment parler que des lieux d’insertion qui sont les miens. Mon analyse n’a aucune pertinence en matière d’étude sociologique.
- Les personnes de la rue. Elles sont devenues plus nombreuses et de plus en plus jeunes. A Canara, il nous a été donné, ces dernières semaines, d’accueillir un jeune de 18 ans. Mais nous avions déjà hébergé des jeunes filles d’une vingtaine d’années en rupture de lien social et de lien familial.
Tout comme un tout jeune adulte est venu purger la fin de sa peine avec bracelet électronique dans notre asbl.
- Les personnes âgées qui ne s’en sortent plus. De plus en plus nombreuses également. Nous en rencontrons ayant à peine de quoi soit payer leur loyer, soit se nourrir et se soigner. Pour beaucoup, les solidarités intergénérationnelles sont inexistantes ou inopérantes. Au manque de moyens financiers s’ajoute aussi une grande solitude.
- Les sortants de prison. Rares sont ceux qui parviennent à se ‘’réinsérer’’, à retrouver une place dans la société, à retisser du lien social. Surtout les sortants qui ont purgé l’entièreté de leur peine.
Ayant fait ce choix, l’administration pénitentiaire les abandonne à leur sort…
- Les familles pauvres. Combien de demandes n’avons-nous pas eues pour accueillir des familles ayant perdu leur logement ? Des femmes avec un enfant qui n’ont plus de lieu où vivre…
- Les migrants. Avec l’espoir d’une régularisation, ils gardaient fierté et dignité. Aujourd’hui, j’en connais plusieurs qui ont choisi la clandestinité. Même les demandes pour raison médicale sont rejetées et, avec elles, les personnes qui perdent droits et revenus.
Volon’Terre ! : … un regard assez pessimiste donc ?
Dominique Servais : Non, car je vois aussi de nombreux signes d’espoir. Des solidarités se construisent. Que ce soit dans le cadre d’une association de quartier (par exemple, le squat du Laveu, où un avocat a accompagné les squatteurs pour obtenir le droit à l’occupation), d’une asbl qui tente de rompre l’isolement, de créer du lien, de remettre des personnes en activité, de rendre du sens à leur existence (par exemple, Courant d’Air, à Bressoux ou Amon nos Hôtes, à Liège).
La tâche est importante, rude. On a souvent le sentiment de solitude et, pourtant, de réels partenariats existent. En témoignent les nombreux mails ou appels téléphoniques pour sortir une personne, une famille des difficultés où elles se trouvent. La solidarité ne va plus de soi mais elle n’a pas disparu !

Interview paru dans le Volon’Terre Octobre - Novembre - Décembre 2014


Province : Liège