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Franchir la porte…

Pauvre ou non, le plus dur à supporter n’est peut-être pas le manque matériel, même si celui-ci reste une source de stress quotidien.

Le plus dur, c’est sans doute l’isolement, la perte de confiance en soi et en la vie, le sentiment d’être exclu, inutile, incapable, et l’impossibilité de se projeter dans l’avenir. Cette destruction psychologique n’est pas toujours visible. Elle est très difficile à contrer, du fait même de cet isolement social.
« C’était en 2010, j’étais paumée, désorientée. Ici j’ai trouvé un sandwich et de l’aide sociale », raconte Hanissa, d’Amon Nos Hôtes. « J’étais anxieuse, timide, déprimée, gênée. Gênée notamment de ne savoir ni lire ni écrire. » (Brigitte, La Rochelle)

Et il ne faut pas être pauvre de génération en génération ou se retrouver à la rue pour connaître cet isolement et cette perte de confiance. Il suffit parfois de perdre son emploi ou de ne pas en trouver, de se retrouver seul.e avec ses enfants suite à un divorce ou un décès, de voir sa vie basculer sous le coup de la maladie ou d’un accident…


« J’avais perdu mon mari », « Mon mari est décédé il y a cinq ans ; ce sont mes enfants qui m’ont incitée à venir ici. » « Je suis venue pour remettre mes papiers en ordre. » « Je suis venue chercher un colis alimentaire. » « Le prêtre chez qui je vivais a été assassiné et je ne savais pas où aller ». « Je viens ici pour sortir de chez moi, me changer les idées. » « Après avoir quitté mon mari, je suis tombée dans la précarité. En plus j’ai eu un accident de voiture et je suis en invalidité. C’est ma maman qui m’a encouragée à la rejoindre à Saint-Vincent-de-Paul ».

… C’est ouvert !

Si la sécurité sociale pourvoit – pas pour tou.te.s et trop chichement le plus souvent – à la sécurité minimale d’existence, qu’est-ce qui, aujourd’hui, permet de retisser des liens quand toute une vie semble détricotée, désaffiliée ? L’accueil inconditionnel, l’écoute, la bienveillance, le respect de l’autre tel qu’il est : à part dans une famille (quand tout va bien), où trouve-t-on cela dans nos villes et nos campagnes ? « La Rochelle, c’est le seul bâtiment du quartier dont la porte est toujours ouverte… avec le bureau de police », s’amuse Claudio, fondateur bénévole de l’association.
Car au Royaume méconnu des associations, l’accueil est roi.


« La première fois que je suis venue, pour mettre en ordre mes papiers, c’était le jour du repas communautaire et je me suis retrouvée, l’air de rien, à manger avec les autres. C’est un accueil extraordinaire. » « Ça fait plaisir de voir, quand de nouvelles personnes viennent, à quelle vitesse elles s’intègrent dans le groupe ». « Je n’oublierai jamais la première fois que je suis venue ici. On arrive, on se dit ‘tiens, y a pas que moi ‘. Les gens commençaient à descendre au sous-sol pour l’accueil et le café ; Sylvain m’a tapoté l’épaule et m’a dit ‘j’aimerais discuter avec vous’. On est allé s’asseoir sur un banc dehors et on a parlé pendant une heure et demie ».

Très vite, on se sent comme en famille. D’ailleurs, ce mot vient très souvent en premier lieu quand on demande aux volontaires ce que représente pour eux l’association où ils sont engagés. « Une (deuxième) famille », et même « une nouvelle naissance, je me sens quelqu’un d’autre ». L’association, c’est aussi « une ambiance, un groupe d’amis, un lieu de partage et de rencontres » ; « un endroit où on m’écoute, de la chaleur humaine, un lieu où on n’est pas jugé, où on est pris pour ce qu’on est vraiment, sans distinction, sans discrimination ». « J’ai été séduite par la chaleur de l’équipe ». « Ici on trouve de l’amitié, et c’est ça qui fait du bien, quand on n’a pas d’argent ».

Il n’est pas nécessaire d’être dans la misère pour pousser la porte (quand elle n’est pas grande ouverte). « Je suis venue pour m’occuper utilement parce que je ne travaille plus », explique Françoise, à Amon Nos Hôtes. Quant à Loïc, qui se dit « emballé de jardinage », il a trouvé son bonheur au potager communautaire de La Rochelle, avec sa compagne Lucie. « Moi, précise Anny, je ne suis pas venue pour les colis. Je suis arrivée à Lessines en 2001. Comme j’ai toujours travaillé, je n’imaginais pas de rester à rien faire. Je suis allée au CPAS pour me proposer comme bénévole et on m’a orientée vers la Conférence de Saint-Vincent-de-Paul, que je ne connaissais pas. Et je suis toujours là. Je suis responsable de la distribution ».
« J’ai entendu parler des Chemins de Traverse par un codétenu. Au départ, c’était pas trop mon truc, mais il m’en parlait de façon enthousiaste, notamment de la bonne humeur qui y règne. Puis j’ai connu une aumônière de prison qui connaissait Christine, et quand j’ai été libéré, j’ai décidé d’essayer. J’ai envie d’apporter de l’aide aux gens qui en ont besoin, qui ont moins de chances que d’autres ».
Au Comité d’habitants Germinal, c’est surtout l’isolement et le besoin de sortir de chez soi « pour ne pas devenir une plante » qui ont motivé les membres à s’engager. « Je cherchais du boulot sans en trouver, malgré mon diplôme. J’avais fini par perdre confiance en moi », explique Virginie, des Chemins de Traverse. Quant à Christophe, il y est venu pour « s’évader du quotidien », et puis « pour la nature, la montagne ». « Avant de venir à Biloba, je ne sortais jamais de chez moi. Je suis contente de venir ici pour rencontrer des gens, parler, cuisiner », explique Niah, qui a fait de la cuisine son lieu de prédilection. Sachant qu’elle vit en Belgique depuis 35 ans, on peut imaginer le changement que Biloba a provoqué dans sa vie il y a peu…
Les personnes qui ont vécu cet accueil chaleureux et inconditionnel alors qu’elles se sentaient « en dessous de tout », ou simplement qu’elles se sentaient seules, ne l’ont pas oublié : « Grâce à l’accueil et à l’aide que j’ai reçus, j’ai pris confiance en moi, j’ai découvert que je pouvais parler, j’ai appris à regarder les gens dans les yeux quand je leur parle, j’ai osé m’inscrire au CEFOC , et maintenant il faut parfois me faire taire tellement je parle ! Quand on a toujours entendu ‘T’es bonne à rien’, c’est difficile de se convaincre du contraire. J’ai voulu prouver que j’étais bonne à quelque chose ! »

Ensemble

Outre l’accueil et l’aide, c’est une vie communautaire que l’on expérimente dans les associations. « Biloba, c’est un lieu d’écoute, d’échange, on sait que si on a besoin de quelque chose, d’une information, d’un conseil, il y a quelqu’un pour vous. » (Rose) « On vous connaît, on sait si vous prenez votre café avec ou sans sucre » (Rachida).
Être et faire ensemble, s’entraider, c’est précieux dans notre monde fragmenté où l’on se croise et se côtoie bien souvent sans se rencontrer. « Cela fait partie de la révolution qui a lieu partout dans le monde : faire renaître la vie locale, les liens entre les gens. Il faudrait des maisons comme celle-ci dans chaque quartier ; c’est l’avenir ! » s’enthousiasme Loïc, à La Rochelle.
« Une famille, on ne la choisit pas. Ici, on est là par choix. C’est un lieu où se vivent les solidarités courtes », constate Claudio, fondateur de l’association. Et Lucie, qui s’occupe du potager communautaire avec son compagnon Loïc, d’ajouter : « J’ai voyagé au Sénégal, à Cuba… ces solidarités courtes sont spontanées là-bas, on n’a pas besoin de les institutionnaliser. Loïc et moi, on pourrait se contenter de cultiver notre propre jardin, dans notre coin, mais pour nous ça n’a aucun sens ».





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