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Paru dans Le Soir vendredi 2 novembre 2012 en carte blanche

L’austérité, une machine à fabriquer des pauvres !

par Jean-Yves Buron

Ce 1er novembre 2012, c’est dans une indifférence presque générale que la réforme sur les allocations de chômage entre en vigueur. Pourtant, voilà ce que l’on appelle une bonne dose d’austérité ! De quoi réjouir spéculateurs et banquiers, de quoi faire basculer, en silence, des milliers de ménages d’une douloureuse précarité à une pauvreté plus rude encore. Ceci alors même que les derniers chiffres sur la pauvreté, publiés par le Service Public Fédérale Economie, ne sont pas bons. Alors, répétons-le encore une fois : on ne sortira pas de la crise en fabriquant plus de pauvres !

La réforme en question, c’est celle de la dégressivité accrue des allocations de chômage qui a été pensée par le gouvernement comme mesure pour activer les demandeurs d’emploi. Concrètement, les chômeurs qui ne trouvent pas d’emploi verront leur allocation de chômage diminuer jusqu’à un montant minimum forfaitaire largement en dessous du seuil de pauvreté. Le problème, c’est qu’il manque toujours d’emplois en quantité, en qualité et rémunérés convenablement. Le résultat attendu ? Le basculement des personnes les plus fragilisées de notre société dans la pauvreté. La consolation ? La joie de conserver une belle cote aux yeux des agences de notation ! Comme le Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté, rappelons-le : non, la pauvreté n’est pas une fatalité ou la conséquence d’une paresse. Non, elle n’a pas à être combattue individuellement. Et surtout, non, l’emploi n’est pas la panacée ! Tout ceci pour plusieurs raisons.

D’abord, les personnes victimes de chômage ne sont pas responsables de la crise financière qui creuse la dette publique. Et quand le gouvernement à dû prendre en charge le sauvetage des banques avec les deniers publics, il va de soi que ce n’était pas pour le bénéfice des personnes les plus fragilisées économiquement, qui n’ont qu’un maigre carnet d’épargne quand elles en ont. Par ailleurs, les responsables de la crise de 2008 n’ont toujours pas été jugés, n’ont toujours pas été punis, ne doivent toujours rien rembourser à personne, et ne le devront sans doute jamais.

Ensuite, soulignons-le, les chômeurs ne sont pas responsables de la défaillance de l’organisation du travail dans notre société. Tandis que la productivité du travail augmente constamment, que les bénéfices des grosses entreprises aussi, la richesse créée n’est toujours pas investie dans la diminution et le partage du temps de travail mais bien dans la spéculation et la rémunération des actionnaires. Ainsi, ceux qui travaillent, travaillent toujours plus, tandis que d’autres eux se voient rejeter au ban de la société. Les écarts entre les revenus se creusent. La retraite s’éloigne pour les travailleurs en fin de carrière et les jeunes restent sur le carreau. Chiffre édifiant, en Europe, un jeune sur cinq est au chômage.

Pointons aussi le fait que cette réforme dont le but avoué est l’activation des chômeurs ne touche que les personnes privées d’emploi. Or, les demandeurs d’emploi dépendent largement de la volonté des patrons et de la création d’emplois bien localisés, adaptés et diversifiés. Non seulement, dans une économie néolibérale, il n’y aura jamais assez d’emploi pour tous : les économistes parlent à ce sujet de « niveau de chômage naturel » ou « structurel », mais en plus le problème est souvent l’inadéquation des emplois proposés avec des profils particuliers comme ceux des mères seules, des personnes d’origine étrangère, des personnes connaissant des troubles mentaux, ou des sortants de prison, par exemple. Que dire des jeunes jugés trop peu expérimentés et des quinquagénaires considérés trop vieux à engager !

Revenons aussi sur un mythe : malgré quelques abus marginaux, non, les allocations permettant de vivre dans des conditions conformes à la dignité humaine n’enferment pas forcément dans le piège du chômage. Au contraire ! Et en ce qui concerne les plus fragiles, il est complètement absurde de penser qu’ils devraient arriver à trouver un emploi pour sortir de la précarité. La précarité au quotidien est déjà une charge bien trop lourde à assumer. Loin des tabous actuels, osons rappeler qu’il est d’abord nécessaire de sortir de la précarité pour être apte à chercher et trouver un emploi.

Enfin, plus globalement, de plus en plus d’économistes le constatent, et les faits dans les pays les plus touchés par la crise le démontrent, les gouvernements qui ont appliqué le plus massivement les mesures d’austérité sous la contrainte de la Commission européenne, de la Banque européenne ou du FMI n’ont fait qu’aggraver la situation économique et sociale. Si la Belgique s’en sort mieux que d’autres pays européens en ce moment, c’est aussi grâce à la sécurité sociale, à l’indexation des salaires et aux législations qui protègent les employés, par exemple.

Pour éviter que la réforme sur les allocations de chômage ne fabrique tous les pauvres attendus, le réseau flamand de lutte contre la pauvreté (rejoint par les réseaux belge et wallon) a introduit un recours au conseil d’État pour la faire annuler. Parce que la pauvreté qui frappe les uns est donc l’affaire de tous, il faut souhaiter que cette démarche porte ses fruits. Pourvu que chacun se rappelle que l’austérité n’est pas une fatalité mais bien un choix idéologique dangereux. Pourvu que l’on se rappelle que la Belgique – si on y répartissait équitablement les richesses- est un pays bien assez riche pour que chacun y vive dignement.





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