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Communiqués   22 mai 2014

Manifestation du 15 mai

Lettre ouverte à M. Yvan Mayeur, Bourgmestre de Bruxelles-Ville

Suite à la manifestation du 15 mai 2014 contre le Traité Transatlantique et aux arrestations massives qui ont eu lieu, Vivre Ensemble, avec Entraide et Fraternité, écrit une lettre ouverte à Yvan Mayeur pour exprimer son indignation.

Monsieur le Bourgmestre,

Vivre Ensemble, qui lutte contre les exclusions sociales à Bruxelles et en Wallonie, et Entraide et Fraternité, ONG de solidarité internationale qui soutient l’agriculture paysanne dans de nombreux pays du Sud, sont des associations fortement engagées dans la lutte pour la justice sociale, la solidarité, la démocratie et les droits humains. Toutes et tous au sein de ces associations, nous partageons et défendons ces valeurs dans notre travail et dans nos activités personnelles. C’est pour cela que le jeudi 15 mai 2014, nous nous sommes joints à la manifestation qui avait pour but de contester la tenue de l’European Business Summit (EBS) ainsi que les négociations du Traité Transatlantique entre l’Union européenne et les Etats-Unis (TTIP).

Cette manifestation rassemblait des syndicats, des ONG, des associations et des mouvements sociaux, des travailleurs/ses, des étudiants/es, des agriculteurs/trices. Tous des citoyens pacifiques, hommes et femmes, jeunes et vieux, inquiets du sort que les multinationales réservent à notre démocratie, à notre système social (auquel nous savons que vous êtes très attaché) et à notre environnement.

À aucun moment, que ce soit durant l’organisation de la manifestation ou pendant la manifestation elle-même, les manifestants n’ont menacé la sécurité de nos concitoyens, des policiers ou des participants de l’EBS. Notre engagement au sein d’Entraide et Fraternité et de Vivre Ensemble est marqué du sceau de la non-violence, et c’est dans cet esprit que se trouvaient toutes les personnes qui sont venues manifester ce jour-là. De fait, aucune violence n’a été commise par les manifestants. L’ambiance était d’ailleurs plutôt bon enfant et certainement pas provocatrice.

Pourtant, Monsieur Mayeur, très vite nous nous sommes rendu compte de l’ampleur du dispositif anti-émeute mis en place par les forces de l’ordre, suite à vos instructions semble-t-il. Ce qui nous a choqués, c’est la démesure de ce dispositif face à des manifestants calmes et pacifiques. Il est vrai que nous sommes sortis de la zone autorisée par la manifestation, mais cela justifiait-il de telles mesures ?

D’ailleurs, beaucoup d’entre nous retournaient tranquillement vers la place Poelaert quand la police nous a barré la route à quelques dizaines de mètres du but !

Cette journée s’est vraiment déroulée sous le signe de la démesure. La vôtre par vos instructions, ou, si vous n’êtes pas à l’origine des ordres d’arrestations massives, par votre manque de contrôle des forces de l’ordre dont vous avez la charge. La démesure aussi de votre représentant sur le terrain, le commissaire Vandersmissen, dans l’application des directives, et bien sûr la démesure des policiers et des brigades anti-émeutes dans leurs interventions injustifiées et parfois violentes. Car si tout le monde a été attaché, nous avons en outre des témoignages de personnes qui ont été frappées ou jetées à terre, tout à fait gratuitement.

Monsieur le Bourgmestre, quelles conclusions devons-nous tirer, quand lors d’une manifestation, plus de la moitié des manifestants sont arrêtés arbitrairement ?

Que devons-nous penser quand des arrestations se déroulent de manière violente et injustifiée ? Quand 281 personnes sont menottées les mains dans le dos, parquées dans une position extrêmement inconfortable, douloureuse et humiliante et ce sans égard pour leur âge ou leur état de santé ?

Quel message voulez-vous faire passer en arrêtant 281 citoyens pacifiques qui ne voulaient que défendre leurs droits et ceux de leurs concitoyens, la démocratie et leur futur ? Des droits qui – faut-il le rappeler ? – ont étés durement conquis au cours des deux siècles derniers, notamment avec le soutien du courant politique auquel vous appartenez.

Au nom de qui ou de quoi agissez-vous quand vous nous retirez tout bonnement notre liberté d’expression, alors qu’elle est aujourd’hui notre dernier recours face à la main-mise des multinationales sur la démocratie ?

Quelques réponses à ces questions nous viennent à l’esprit et nous aimerions les partager avec vous :

-  Peut-être n’avez-vous pas compris le message de cette manifestation contre le TTIP. En effet, comment expliquer autrement le fait que d’une part vous affirmez être totalement opposé au TTIP, et que d’autre part vous n’hésitez pas à réprimer une manifestation pacifique affirmant la même opposition à ce traité ? D’ailleurs, comment se fait-il que votre parti et ses candidats aux élections, se prononcent contre le TTIP alors qu’au parlement européen, les députés du PS se sont prononcés en faveur de ce traité à plusieurs reprises ?

-  Malgré votre orientation socialiste, vous estimez qu’il est plus important de protéger la tranquillité des représentants de quelques multinationales et l’opacité de leurs négociations, plutôt que de garantir la liberté d’expression de citoyens pacifiques qui s’inquiètent des traités que l’on négocie dans leurs dos.

-  Vous avez peur du bruit que peuvent faire quelques manifestants. Vous avez peur que ce bruit contrarie la tranquillité de ces personnes qui ont besoin de silence pour mieux négocier un traité qui ne bénéficiera qu’à eux. Vous avez peur au point de préférer tous nous mettre en prison plutôt que de nous laisser élever nos voix.

-  En utilisant la répression et la violence, peut -être voulez-vous à votre tour nous faire peur. Peut-être voulez-vous nous faire renoncer à notre lutte, nous dissuader de descendre dans la rue. Pourtant, ce n’est pas la répression qui nous empêchera de défendre ce en quoi nous croyons.

Bien sûr, c’est là notre interprétation des faits, ce sont des hypothèses. C’est pourquoi, Monsieur Mayeur, nous vous demandons de répondre honnêtement à nos questions et à nos doutes. Qu’est-ce qui a bien pu entrainer une telle démesure ?

Que devons-nous conclure des événements de ce jeudi 15 mai ? Si vous n’avez pas la réponse à ces questions, ordonnez une enquête indépendante pour éclaircir les faits et identifier la responsabilité de chacun.

Suite à cette journée, d’autres questions se posent. Des questions de fond qui nous inquiètent et nous remplissent de doutes. Des questions qui, d’une manière générale, touchent à l’état de notre démocratie, à la réalité de nos droits fondamentaux, à la proximité de la violence et de l’autoritarisme qui veut nous bâillonner, à la légitimité de nos représentants qui protègent des personnes à qui ils ne doivent rien (que de l’argent) en enfermant des personnes à qui ils doivent tout.

Monsieur Mayeur, la gestion déplorable de cette manifestation a éveillé tous ces doutes en nous. Nous espérons que notre message et les nombreux autres que vous avez certainement reçus, ont éveillé ces mêmes doutes en vous. Nous espérons qu’ils vous feront prendre conscience de la portée des évènements du jeudi 15 mai et que, dorénavant, c’est côte-à-côte que nous descendrons dans la rue pour nous indigner et défendre nos droits.

Nous vous prions d’accepter Monsieur Mayeur, l’expression de nos sentiments indignés,

Vivre Ensemble - Entraide et Fraternité

En savoir plus sur le TTIP.





Tags : Citoyenneté

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