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Société - Economie

TTIP, CETA : mobilisation citoyenne et stratégie politique

Lutter pour une réelle démocratie amène à s’engager dans des combats politiques de grande ampleur, comme ceux menés actuellement contre les traités de libre-échange entre l’UE et les État-Unis (TTIP) ou le Canada (CETA).

Car laisser faire la main soi-disant invisible du marché, aux dépens du rôle régulateur et redistributeur de l’État, pourrait être qualifié de crime contre les droits humains. Pour atteindre leurs objectifs, les manifestations populaires doivent s’appuyer sur des stratégies politiques et médiatiques.

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Les citoyens (et en particulier ceux qui s’engagent pour les droits humains et la survie de l’espèce humaine sur la planète qui l’héberge) se sentent parfois découragés face à l’inertie de la majorité de la population et au peu d’écoute qu’ils trouvent du côté politique.

Et quand il arrive que la mobilisation citoyenne soit massive, comme cela fut le cas en 2003 contre la guerre en Irak, elle ne parvient pas toujours à infléchir le cours des choses : la guerre en Irak a quand même eu lieu et, soit dit en passant, nous en subissons aujourd’hui le retour de boomerang.
L’un des grands enjeux qui mobilisent la « société civile » aujourd’hui, ce sont les traités de libre-échange entre les États-Unis et l’Europe d’une part (le TTIP) et entre l’Europe et le Canada d’autre part (le CETA).

Pour certains, le TTIP est le traité commercial le plus ambitieux de l’histoire. Pour le monde associatif, il s’agit d’une des menaces les plus inquiétantes contre la démocratie et le respect de la souveraineté populaire. En effet, à la différence des instruments traditionnels du libre-échange, ce projet de traité accélère le processus de marginalisation des pouvoirs publics et renforce encore, sans légitimité, le pouvoir déjà démesuré des sociétés multinationales, États dans l’État.

Des précédents moins mobilisateurs

Des traités similaires existent déjà dans d’autres parties du monde. Les mobilisations contre l’ALENA (traité de libre-échange entre les États-Unis, le Canada et le Mexique), par exemple, ont certes suscité des oppositions chez nous, mais elles sont restées confinées dans un cercle relativement restreint de militants altermondialistes. L’ALENA ne nous touchait pas directement, donc nous avons laissé faire.

Il n’en va pas de même pour ce fameux TTIP et pour le CETA. Une fois que le voile de l’opacité voulue par les protagonistes des négociations a été levé par des militants du monde associatif, de nombreuses organisations se sont progressivement prononcées contre ces projets. Non seulement les ONG, mais aussi les syndicats, qui ont compris que les emplois que l’on faisait miroiter à l’horizon de ce traité n’étaient que poudre aux yeux. Et non seulement les syndicats, mais aussi l’Union des classes moyennes (que l’on ne peut pas soupçonner de gauchisme), la Fédération wallonne des agriculteurs, Test-achats au nom des consommateurs, etc. Les partis du centre et de gauche, dont certains n’étaient pas franchement contre au départ, ont été contraints de prendre position et de faire preuve d’une certaine cohérence face au gouffre qui sépare leurs idéaux affichés et les conséquences sociales (entre autres) annoncées du traité.

Cette mobilisation fait que le TTIP est aujourd’hui en bien mauvaise posture et que l’on peut raisonnablement espérer qu’il ne verra pas le jour. Et cela, même si la Commission européenne a balayé d’un revers de manche les 3 millions 495 mille signatures de citoyens européens qui disaient leur opposition au libre-échange à la sauce TTIP.

Les moins jeunes d’entre nous se souviennent de ce fameux AMI (Accord multilatéral sur l’investissement) qui nous voulait du mal à la fin des années 90. Même volonté de boucler l’accord dans le plus grand secret, même surabondance de pages difficilement décryptables par un non spécialiste… La mobilisation du monde associatif puis des citoyens a eu raison de ce projet d’accord. Preuve que le succès couronne parfois les efforts citoyens.

Il reste que les questions de politique internationale ne sont pas faciles à « vendre » auprès du public. C’est donc tout un art d’arriver à construire un pont pour enjamber le fossé qui les en sépare.

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