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Un engagement pas toujours facile

Là n’est pas la seule difficulté des volontaires car, on l’imagine bien, tout n’est pas rose au royaume du volontariat.

Parfois, c’est la santé défaillante qui empêche d’être fidèle au poste, comme pour Joël qui souffre du dos alors qu’il aide aux déménagements à l’Entraide d’Ellezelles. « Parfois on voudrait encore aider, mais on n’a plus l’énergie, déplore Guy (Amon Nos Hôtes). J’ai eu besoin d’une semaine de congé. Mais on a du mal à lâcher, parce qu’on a ça dans le sang, l’envie d’aider, parce qu’on est passé par là. »

Parfois, il y a des problèmes de mobilité, comme pour Kathy, qui devait jusqu’il y a peu prendre deux trains pour arriver à La Rochelle.

Et puis, pour certains, il y a des « jours sans », où l’on est débordé par ses propres problèmes et où il faut se forcer un peu pour venir. « Mais je viens quand même, parce que je sais que ça me fait du bien et qu’après je me sentirai mieux ».
Comme dans toute collectivité, il faut « apprendre à travailler avec tout le monde, sans juger, avec des gens qui ont des problèmes physiques, mentaux… » (Suzanne, Amon Nos Hôtes). Même son de cloche au Comité d’habitants Germinal : « Il faut savoir mettre de l’eau dans son vin, faire avec le caractère de chacun. »

Les relations avec les bénéficiaires sont parfois un peu difficiles : il faut quelquefois encaisser « l’ingratitude, ou même la méchanceté de personnes qu’on a pourtant aidées ». À La Rochelle, il peut y avoir un décalage entre la dynamique communautaire dans laquelle vivent les volontaires et les nouveaux venus, comme l’explique Claudio : « Il y a de plus en plus de personnes pour la banque alimentaire, qui n’ont pas d’expérience de vie communautaire comme l’ont nos bénévoles. Cela crée des tensions parce que ces gens viennent juste chercher leur colis comme à un distributeur, et les bénévoles se sentent instrumentalisés. Je les invite alors à se remémorer la première fois qu’ils sont venus ici, et comment ils se sentaient, pour comprendre l’état d’esprit des gens qui viennent aujourd’hui… »

Et ceux qui sont passés par là n’oublient pas : « Le premier jour, quand on vient demander un colis. On regarde ses pieds, ou les gens autour de soi. Mais on nous met à l’aise tout de suite. » « C’est difficile de pousser la porte, de demander de l’aide. On pense que de toute façon il n’y a pas de solution, on pense ‘ma vie, c’est rien’, on est anéanti ». « On est gêné, on ne sait pas comment faire la demande. Ce n’est pas facile de demander, surtout quand on a travaillé depuis l’adolescence : on se sent en-dessous de tout, on se dit qu’on a toujours su s’en tirer. Mais on surmonte ça avec le temps. » « La première fois qu’on vient, on craint le regard des autres ».

Et puis, comme dans tout groupe où des amitiés se nouent, on déplore les décès, les séparations, les épreuves vécues par les uns et les autres. Il faut parfois arriver à « faire la coupure entre vie privée et engagement dans l’association, car, rentré chez soi, on a tendance à ruminer les situations qu’on a entendues ».

Les volontaires sont aussi confrontés, comme chacun.e, aux limites de leur action : « C’est parfois difficile de trouver le bon outil pour aider les gens. » (Gilbert, qui assure l’accueil à La Rochelle). Pour Philippe, à Amon Nos Hôtes, c’est dur d’« assister à la déchéance d’une personne sans pouvoir l’aider. Il faut savoir reconnaître ses limites, savoir s’autolimiter aussi. » Comme Loïc et Lucie, qui doivent « garder les pieds sur terre » par rapport à tout ce qu’ils rêvent de faire au jardin potager de La Rochelle « en fonction de la réalité de [leurs] trop faibles moyens ».

Pas besoin d’être riche pour être solidaire

Ces difficultés n’étouffent pas le désir d’aider (« Je donne mon temps, je ne calcule pas ») et la solidarité des volontaires déborde souvent dans leur vie de tous les jours : « Une fois par semaine, je reçois un sandwich ici et je ne le mange pas, explique Wendo. Je le donne à quelqu’un qui vit dans la rue. J’essaie de ne pas manger ce jour-là, même si c’est difficile parce que dans mon logement protégé, on insiste pour que je mange ».

« Chez moi, dit Suzanne, c’est « l’hôtel du bienvenu », j’ai parfois 14 ou 15 personnes à table, je fais régulièrement tourner la machine à laver pour l’un ou l’autre. »

« Quand j’étais à Namur, un jour, j’avais une place dans un abri de nuit. Mais j’ai vu qu’Hanissa n’en avait pas, alors j’ai cédé ma place à quelqu’un d’autre et je suis resté avec elle dehors, pour qu’il ne lui arrive rien », raconte Philippe. C’est le même qui déplore, dans le cadre de son travail volontaire : « Je trouve que je ne donne pas assez. J’aimerais pouvoir faire plus, mais on est face à des problématiques qui nous dépassent. »





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