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Un monde méconnu

Lorsqu’on se promène dans une ville ou un village, on voit les maisons, les commerces, les banques et le bureau de poste, l’école, l’église…

On voit des voitures, des vélos, des piétons. Selon la taille et l’aspect des rues et des maisons, on peut évaluer le niveau de vie moyen des habitants du lieu. Parfois, on voit une façade un peu décorée, un panneau, un nom qui n’est pas celui d’une personne. Si nous sommes de passage, ou même si nous habitons la région mais que nous n’avons jamais poussé la porte d’une de ces maisons qui sont le siège d’une association, nous ne pouvons pas imaginer que derrière la vie « normale » - travail, déplacements, achats, restaurants, vie familiale et amicale – il y a comme un autre monde. Un monde où l’on ne vit pas chacun pour soi, où l’on se choisit une deuxième famille (ou une famille tout court, pour certain-e-s), où l’on donne du temps gratuitement, où chacun est accueilli sans condition, où l’entraide est une évidence. Même si les associations sont des institutions humaines et ne sont pas à l’abri des travers que l’on rencontre dans n’importe quel groupe.

Une image vient à l’esprit quand on fréquente l’un et l’autre mondes : celle d’une vie souterraine. Souterraine parce que presque invisible du plus grand nombre. Mais aussi parce que sous la terre se joue la santé de ce qui pousse à ciel ouvert : c’est là en effet que se tisse à notre insu [1] un réseau de racines, de champignons nourriciers, de bactéries bienfaisantes, d’animaux utiles qui interagissent et assurent la fertilité du sol. Les petites associations « de terrain », ce sont des centaines, des milliers de personnes qui font que la solidarité et la fraternité ne sont pas que des mots ; qui font que l’isolement social et la pauvreté ne sont pas encore venus à bout de la cohésion sociale.

Les associations locales réalisent un travail de fourmi, invisible pour la majorité de la population. Un travail peu reconnu puisqu’il n’entre pas dans le carcan de l’économie marchande. Mais un travail à hauteur de femme, d’homme, d’enfant, donc éminemment important, dans la mesure où il contribue à la dignité de chacun et à cette cohésion sociale tant souhaitée mais tellement mise à mal par les inégalités croissantes. Quand une société dit à des centaines de milliers de personnes « on n’a pas besoin de vous, mais cherchez quand même du travail, sinon on vous coupe les vivres » ; quand l’emploi salarié est la seule source de reconnaissance sociale alors que plus de 500 000 citoyens en sont tenus à l’écart, quand les CPAS conditionnent toujours plus le droit à un revenu minimum d’existence, donc le droit à la dignité, il reste la famille (et encore, pas toujours) … et les associations.

Elles sont le plus souvent le fait de simples citoyens qui ont détecté dans leur quartier ou leur entourage des besoins non satisfaits : de l’isolement social, une difficulté à s’intégrer pour les personnes étrangères, une pauvreté cachée – bien que de plus en plus visible -, des enfants ou des jeunes en souffrance à l’école ou dans leur famille à cause des trop faibles revenus de leurs parents, un manque de logements abordables...

Ces associations fonctionnent souvent avec peu de moyens : un emploi salarié, en général financé grâce à des subsides publics, voire pas d’emploi du tout. Et beaucoup d’hommes et de femmes qui s’engagent sans contrepartie financière, quelques heures ou plusieurs jours par semaine, quand ce n’est pas à temps plein… C’est là une fonction importante du volontariat : être au plus près des gens, « sur le terrain », à l’écoute des besoins locaux, et capable de mettre en place des solutions adaptées, souvent innovantes, souples, inconditionnelles.



[1À notre insu, mais pas à celui des biologistes et naturalistes, qui explorent l’extraordinaire intelligence de la nature. Voir à ce sujet le livre de Gauthier Chapelle, « Le vivant comme modèle », qui invite à s’inspirer des lois du vivant pour réinventer notre vie en société.



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