logo Entraide et Fraternité

Volontaire ou bénéficiaire ?

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la frontière entre le volontaire et le bénéficiaire est poreuse

Certaines personnes viennent pour demander de l’aide quand leur situation l’exige, mais beaucoup d’autres, sans être en grande détresse, viennent pour aider, tout en sentant qu’elles le font aussi parce que cela leur fait du bien. Comme à Liège, à Amon Nos Hôtes, où les personnes arrivent par le bouche-à-oreilles, sachant qu’elles pourront se rendre utiles. À La Rochelle comme à Saint-Vincent-de-Paul à Lessines, après quelques semaines, quelques mois, les bénéficiaires sont invités à rendre un service, à s’impliquer à leur rythme dans la vie de l’association.

À la Maison Biloba, certains volontaires, qui animent des ateliers, par exemple, signent une convention et sont assurés comme le prescrit la fameuse loi de 2005. Mais on sent bien que c’est l’ensemble des personnes qui fréquentent la maison qui tissent des liens d’entraide et qui donnent à la maison son caractère si accueillant : une course par-ci, un accompagnement pour une démarche par-là, une visite à un résident ou à un membre de l’association qui est malade… autant de services rendus de façon informelle, qui ne sont chiffrés ni répertoriés nulle part, et qui tissent l’indispensable toile d’humanité qui réconcilie avec une existence pas toujours rose.
C’est Gaston, qui a convaincu sa locataire hémiplégique de quitter son appartement sans ascenseur pour s’installer dans un logement à Biloba et qui lui rend régulièrement des visites et des services. « Je lui ai garanti que si elle ne se plaisait pas ici, je lui payerais le déménagement dans l’autre sens », dit-il en souriant. Ce qu’il ne risque pas de devoir faire, vu la satisfaction de l’intéressée.

C’est aussi Arsène, résident de la maison, qui donne un peu de temps chaque semaine pour participer au « lien téléphonique » : un dispositif grâce auquel des personnes isolées qui le souhaitent reçoivent régulièrement l’appel d’un bénévole pour prendre des nouvelles, discuter quelques minutes, dire simplement « je suis là pour toi en ce moment ».

En rencontrant ces volontaires souvent précaires eux-mêmes, on comprend mieux que la solidarité qui s’exprime par le volontariat est affaire de liens, de réseau, de tissage. Qu’il ne s’agit pas une relation à sens unique, en quoi la solidarité diffère de la générosité. Les volontaires en situation de pauvreté donnent à d’autres ce qu’ils ont reçu ; les volontaires qui viennent pour briser leur solitude, pour « passer le temps » ou encore pour acquérir une forme de reconnaissance sociale (« pour pouvoir répondre quand on me demande ce que je fais dans la vie, qu’on ne me regarde pas de travers ») se rendent bien compte que le volontariat les enrichit du point de vue relationnel et social. « On aide les autres en s’aidant, on devient des amis, ça crée de la complicité entre nous ».

Donner et recevoir

JPEG - 148.8 ko
« Le handicap aide à faire tomber les masques : il y a une vulnérabilité qui fait qu’on est tout de suite dans une relation très proche, dans l’intimité de l’autre ».
© Photo : René Champenois

Aider l’autre et/ou s’aider soi-même ? Pas toujours facile de trancher, donc. « Sans Biloba, la vie serait fade », estime Gaston, ancien pompier qui véhicule volontiers ceux et celles qui en ont besoin. Au Comité d’habitants Germinal, on s’investit « pour soi-même aussi », parce qu’ « on a envie que ce soit propre, que les gens qui viennent de l’extérieur se sentent accueillis, aient une belle image du quartier, s’y sentent bien ».
Aider les autres permet de changer de regard sur sa propre situation : « on relativise en constatant qu’on n’est pas seul, que d’autres vivent des choses similaires aux nôtres, que beaucoup sont dans des situations pires que la nôtre… ». Dans la même perspective, pour Virginie, « le contact avec les personnes handicapées permet de prendre du recul, de mesurer la valeur des choses ». « Vous avez plus confiance en moi que moi-même, et ça, ça encourage » (Christian, Les Chemins de Traverse). Et puis, quoi de plus fondamental que de se savoir utile à ses semblables ? « Quand on ferme les yeux pour dormir, le soir, on se dit qu’il y a des gens qui vont mieux grâce à nous » (Philippe, Amon Nos Hôtes) « On se sent utile, valorisé. » (Nathalie, St-V.de Paul) Et Valérie d’ajouter : « Quand on distribue les colis, qu’on voit des gens qui n’ont pas le moral et qu’on arrive à les faire sourire, ça fait un bien fou ! »
C’est peut-être aux Chemins de Traverse qu’il est le plus inutile de chercher à coller des étiquettes « aidé » ou « aidant ».


« Je suis à la fois principal bénéficiaire et cheville ouvrière de l’association. Je reçois énormément. Mon père aimait la randonnée et, lorsque j’étais enfant, il emmenait mes frères et sœurs en montagne. Moi je ne pouvais forcément pas les accompagner à cause de mon handicap. Donc pour moi, le fait de faire des randonnées en montagne aujourd’hui, c’est très important. » (Luc).


« C’est la faiblesse de Luc qui rend la présence de l’autre nécessaire, qui lui donne sa force, estime François. C’est un projet qui fait ressortir la générosité de tout le monde. On est tous bénéficiaires, on a tous du plaisir à se retrouver. »


« Le fait d’apporter une aide à des personnes handicapées fait aussi du bien : le contact est plus facile, plus franc qu’avec des personnes dites ‘normales’ », explique Christian. En effet, pour Luc, « le handicap aide à faire tomber les masques : il y a une vulnérabilité qui fait qu’on est tout de suite dans une relation très proche, dans l’intimité de l’autre ».


« Ça m’apporte énormément. C’est une dynamique positive. Un logement trouvé, une naissance… ce sont des bonnes nouvelles qui m’illuminent une journée. Ça donne du sens à ma mission en prison : je vois que le combat est dur mais qu’on peut s’en sortir. Ça me donne confiance en moi, et j’en ai besoin comme tout le monde » (Christine).


« Cela m’a rendu confiance en moi… et maintenant j’ai osé me lancer comme psychologue indépendante ». (Virginie)

Ailleurs aussi, les volontaires sont gagnants : « Avec Patricia, nous sommes allées à Paris suivre une formation de l’association ‘Participation et Fraternité ’. Ça m’a apporté énormément. Moi qui parle beaucoup et qui ai tendance à me poser en victime, j’ai appris à écouter les autres, à comprendre pourquoi ils sont dans telle ou telle situation, témoigne Nathalie, à Lessines. On grandit, humainement, spirituellement ».
Valérie souligne tout ce qu’elle a gagné : « Si je n’avais pas eu Saint-Vincent-de-Paul, je n’aurais pas évolué comme je l’ai fait depuis 3 ans que je suis revenue à Lessines. Je suis fière d’être bénévole. Je suis les formations qu’on me propose, comme celle sur l’alimentation durable ou, à la Croix-Rouge, le brevet de premiers secours. Je suis fière d’être arrivée jusqu’ici. »
On le voit : le salaire perçu par les volontaires va souvent beaucoup plus loin qu’un peu de lien social. C’est de la confiance en soi, la possibilité d’une émancipation, d’une évolution personnelle, voire professionnelle : « Je ressens de la fierté. Je me regarde dans le miroir et je me dis que j’avance, je m’étonne de mes capacités, de ce que je suis capable de faire », explique Hanissa, d’Amon Nos Hôtes, à quelques semaines de quitter la rue pour emménager enfin dans un studio. Travailler à la cafétéria sociale, outre l’amélioration de son estime de soi, lui apporte aussi de nouvelles compétences : « Pour moi, c’est comme une formation professionnelle, ça me permettra peut-être de trouver un emploi dans l’HORECA ».
Le gain se mesure aussi en termes de santé : plusieurs volontaires rencontrés en témoignent : « Depuis que je viens ici, j’ai arrêté de prendre mes antidépresseurs ! ». Le bienfait est ici individuel mais aussi collectif : ce sont autant d’économies pour la sécurité sociale !
L’engagement dans l’aventure de La Rochelle a amené bien du changement dans la vie de Brigitte : « Peu à peu je me suis renforcée, j’ai trouvé la force de quitter mon mari. Aujourd’hui je me sens quelqu’un d’autre. Pour moi ça a été une nouvelle naissance ».


« Il te faudra tout faire pour changer le morceau de monde que tu foules ». Higinio Mena

Bénéficiaire ou volontaire, qu’importe, finalement ? Il s’agit peut-être tout simplement de donner du sens à la vie, d’expérimenter notre interdépendance et notre besoin vital de liens avec les autres humains… Et d’essayer de rendre notre bout de monde un peu plus conforme à nos idéaux… Comme Philippe, qui vient à Amon Nos Hôtes « pour servir les autres, pour combattre l’injustice sociale »





Articles en rapport

Un engagement pas toujours facile

Là n’est pas la seule difficulté des volontaires car, on l’imagine bien, tout n’est pas rose au royaume du volontariat.
20 novembre 2017    Echos des activités

Riche assemblée associative à Namur

Le 14 novembre à Namur, quatorze initiatives qui luttent contre la pauvreté et l’exclusion sociale dans les provinces de Namur et du Luxembourg ont participé (...)
13 novembre 2017    Agenda    Saint Remy - Ottignies

Assemblée eucharistique

Au programme 10h
Introduction filmée d’un volontariat porteur d’espérances
Ecoute de la Parole de Dieu, porteuse de confiance
Prière eucharistique, (...)

Retrouvez-nous sur : facebook twitter youtube flickr