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3 décembre 2018  Actualités

À Virton, le Soleil du cœur n’est pas un vain mot

Aux confins du pays, une précarité rurale si peu visible

Vue comme le petit paradis belge, la Gaume n’est pas à l’abri de la crise. Devant le manque de logements à bas prix, Soleil du cœur accueille des hommes en réinsertion depuis 25 ans mais doit à présent étendre ses activités aux ménages de la région.


« Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer son bien-être et celui de sa famille, notamment pour le logement. »
Article 25.1 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme

Maxime Cella n’a peut-être jamais été aussi bien de sa vie. Quand il retrace son parcours, entamé au Venezuela avec un père ingénieur mais achevé à la prison d’Arlon, il cite à peu près toutes les villes de Wallonie. Dans celles-ci, il a vécu dans la rue ; de celles-là, il a fréquenté les maisons d’accueil ; des troisièmes, il connaît surtout les prisons.

À 43 ans, il pourrait être considéré comme perdu pour la société. Depuis quatre mois pourtant, Maxime réapprend à vivre. Pour cela, il lui a fallu s’éloigner de tout. Et diffcile d’être plus éloigné de tout qu’ici. Nous sommes à Gomery, minuscule village de l’entité de Virton, à quelques encablures de la frontière française

Depuis 25 ans, c’est ici que s’est installé Soleil du cœur, créé par l’Abbé Dagonnier dans une ancienne boucherie du village, au départ pour accueillir les hommes de la région qui s’étaient retrouvés sans emploi et sans logement suite à la fermeture de l’usine sidérurgique d’Athus. Depuis, le sud de la province de Luxembourg vit une réalité à deux vitesses extrêmement prononcée en raison du niveau élevé des salaires côté grand-ducal et de la flambée de l’immobilier (rare, qui plus est) côté belge, accentuant la précarisation de cette région sans gros pourvoyeur d’emplois. Ce qui explique d’abord les chiffres d’un point de vue purement statistique : aujourd’hui, la maison d’accueil affche complet (13 personnes en permanence) et accueille 90% de pensionnaires de la province. Le temps moyen passé au sein de la maison a doublé (passant de 2 mois et demi à 5 mois). Ce contexte contraint Soleil du cœur à étendre ses activités à un public plus large.

Pour Mathieu Lefort, jeune directeur de la maison d’accueil, la clé de la réinsertion (on parle ici exclusivement de logement) réside en quelques mots, à commencer par Les pensionnaires se partagent chaque semaine les tâches au sein de la maison d’accueil. 6 Contre la pauvreté, je choisis la SOLIDARITÉ !Contre la pauvreté, je choisis la SOLIDARITÉ ! 7 le temps qui est laissé aux hébergés pour se réorienter et établir leur projet de vie. « Nous ne voulons pas presser les choses. Nous ne nous occupons pas non plus des volets emploi ou formation même si nous savons évidemment que tout est lié d’une certaine façon. Notre préoccupation primordiale, c’est le logement. C’est déjà complexe. Nous ne voulons pas ajouter une deuxième pression sur la tête des hébergés en leur mettant des objectifs en termes d’emploi. Ici, l’objectif n’est pas de rester. Ce sont les hébergés qui doivent trouver eux-mêmes leur logement même si cela prend un peu plus de temps. On prend le temps de mettre les choses en place. Les gens sont compétents pour faire tout cela eux-mêmes, ils doivent juste s’en convaincre : ils arrivent à beaucoup de choses avec du soutien et du temps. On fait le choix mutuel de travailler ensemble : on ne veut pas créer de l’échec sur l’échec. Nous sommes totalement dans une optique de stabilisation et nous essayons que tout ce que nous faisons ait un sens, les relations sont basées sur la vérité. »


« Ici, je retrouve mon équilibre et ma confiance. Ce soutien passe par des petites choses : ici, on fête les anniversaires des pensionnaires, c’était quelque chose dont je ne connaissais même plus l’existence. »

Le bon air de la campagne ?

Maxime ne dit pas autre chose. Au départ, Gomery aurait pu lui apparaître comme un « trou perdu » : « Je suis venu ici une première fois en 2015, en provenance de Liège. On m’avait dit que ce serait peut-être bénéfque pour moi de venir à la campagne. Mais je n’étais pas assez mature pour cela. Je suis reparti à Liège et retombé dans la précarité. En ville, on tombe directement dans la tentation, l’agitation, la violence, on est tout le temps frustré, on a besoin d’argent, donc on fait des erreurs ; et puis, quand j’étais jeune, j’avais besoin d’agitation alors qu’aujourd’hui, je goûte cette quiétude. Cette fois, je sors d’une incarcération de trois ans et demi et j’ai vraiment besoin de me poser, de me recentrer sur moi-même, d’entrevoir un nouvel horizon. Depuis que je suis ici, j’ai déjà vu partir quelques personnes vers des logements sociaux. Je me sens accompagné et je sais que ce sera le cas après, même en cas de problème ; il ne sufft pas d’avoir un logement, il faut encore le garder. J’ai perdu 20 ans de ma vie comme ça ! Notre objectif commun, à l’association et à moi, c’est que je reparte. Mais quand je serai prêt ! Ce n’est pas encore le cas. Ici, je retrouve mon équilibre et ma confance. Ce soutien passe par des petites choses : ici, on fête les anniversaires des pensionnaires, c’était quelque chose dont je ne connaissais même plus l’existence. Ici, on se préoccupe de notre état physique et mental, ce n’est pas le cas partout. »

À la maison d’accueil de Gomery, une image résume tout. Au fond de la cour, derrière l’ancienne ferme, d’anciens pensionnaires ont peint une fresque colorée. Que soutient une citation de Victor Hugo : « Le bien que l’on fait parfume l’âme. »

Une aide au logement pour tous

Depuis 2016, Soleil du cœur a ajouté un volet « post-hébergement » à ses activités car l’accompagnement ne doit pas, pense Mathieu Lefort, se limiter à l’hébergement mais également à aider les anciens hébergés à faire face aux soucis habituels des locataires. À présent - et c’est le projet soutenu par la campagne d’Avent -, l’association crée un service de promotion du logement pour lutter contre la précarité dans la région. L’idée est d’étendre d’une certaine façon sa philosophie et ses activités aux ménages et aux personnes (donc aussi les femmes et les familles) qui ne sont pas hébergés en les aidant dans leurs démarches de logement (évaluation des besoins, recherche de logement, médiation de dettes, aide administrative…), notamment par rapport aux sociétés de logement public. Les listes d’attente auprès des sociétés publiques (et même des maisons d’accueil) est en constante augmentation dans cette zone rurale. Un travailleur social est engagé pour ce faire. Une procédure est actuellement en cours auprès du Fonds du logement de la Région wallonne pour pérenniser le projet.





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