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1er septembre 2019  Actualités

Aide alimentaire : de la gestion de la pauvreté à la lutte contre la pauvreté

Un remaniement de l’aide européenne aux démuni·e·s est en cours. Il inquiète fortement les banques alimentaires belges, dépendantes de cet apport ; alors que les besoins explosent.

En Belgique, des milliers de personnes ont recours à une aide pour satisfaire le besoin élémentaire de s’alimenter. En 2018, les Banques alimentaires ont distribué de la nourriture à 160.000 personnes (ils n’étaient que 70.000 en 1995). Si on ajoute les vivres données par les CPAS, le nombre de bénéficiaires atteint 300.000 personnes.

Entre lutte contre la pauvreté et gestion de l’urgence, le défi est ardu. La révision prochaine (horizon 2020) du Fonds européen d’aide aux plus démunis (FEAD) risque de ne pas simplifier les choses. Une occasion… déjà manquée ?

En effet, pour sa nouvelle mouture, le FEAD devrait être intégré au sein d’un nouveau Fond social européen élargi (FSE+). Certains observateurs craignent que l’enveloppe consacrée à l’aide alimentaire s’en trouve fortement allégée. La proposition initiale de la Commission envisageait de consacrer un seuil minimal de 2% du FSE+ à l’aide alimentaire et/ou matérielle (sur une enveloppe de 100 milliards), soit une diminution drastique. Et on peut redouter que les règles d’austérité, les privatisations ou les accords de libre-échange aggravent la situation.

Pour sa période 2014-2020, le FEAD pouvait compter sur un budget de 4,5 milliards d’euros. Si le chiffre paraît important, il faut le mettre en parallèle avec les 16 millions de bénéficiaires, soit une moyenne de 46 € par an et par personne soutenue. Avec cette somme, le fonds permet tout au plus d’améliorer ponctuellement les conditions de (sur)vie des personnes qui y ont recours… ce qui le rend indispensable à court terme.

Pour la Commission européenne, le FEAD devrait « constituer un véritable complément aux efforts déployés à l’échelon national pour remédier à la privation matérielle et lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale » [1]. Mais une lutte efficace contre la pauvreté ne peut réalistement être atteint avec ces budgets. Et pour cause, l’investissement dans des programmes sociaux n’est pleinement efficace que s’il s’inscrit parmi un ensemble de mesures politiques cohérentes, en vue de réduire les inégalités et l’exclusion sociale. Comme l’admet Piet Vanthemsche, président de la Fédération belge des Banques alimentaires, « l’aide alimentaire n’est […] pas la solution pour éradiquer la pauvreté dans notre société. Elle combat les symptômes, mais n’attaque pas le problème à la racine. » [2]

Déborah Myaux (Concertation aide alimentaire de la Fédération des services sociaux) va plus loin : « Selon la manière dont l’aide alimentaire est mise en œuvre, elle participe même parfois d’un système qui reproduit les rapports de domination à la base de l’exclusion et des inégalités sociale » [3]

C’est pourquoi, la normalisation de l’aide alimentaire a de quoi inquiéter. L’IWEPS, institut wallon de conseil aux pouvoirs publics observe que « ce qui était considéré comme faisant partie de l’aide d’urgence devient permanent, plus organisé et plus contrôlé ». [4] L’aide alimentaire comporte le risque de ne pas questionner les raisons structurelles de la pauvreté.

Mis sous pression par l’augmentation des besoins, les acteurs de l’aide alimentaire ne doivent pas perdre de vue que le système actuel… ne résout pas les problèmes de fond. Ce constat vaut plus largement à l’échelle de l’Union européenne. Il est partagé par un panel d’experts en matière d’alimentation regroupés au sein de l’IPES-FOOD [5] : selon eux, l’alimentation low cost proposée par le modèle agroindustriel et, en bout de chaîne, le recours aux banques alimentaires par manque de moyens, représentent « la solution par défaut ». C’est pourquoi ils demandent à l’Union européenne de « mettre en place des politiques sociales qui combattent les inégalités et œuvrent à un système alimentaire où l’accès à une alimentation saine et durable est un droit humain. »

Distribution de soupe à Comblain-au-Pont

Olivier De Schutter, ancien Rapporteur des Nations unies sur le droit à l’alimentation (2008-2014) et professeur de droit international à l’Université catholique de Louvain, a tenu les propos suivants : « chaque ménage doit avoir les moyens de produire ou d’acheter sa propre alimentation. Or, pour acheter de la nourriture, une personne a besoin de revenus adéquats : le droit à l’alimentation implique par conséquent que les États fassent en sorte que les politiques salariales ou les filets de sécurité sociale permettent aux citoyens de réaliser leur droit à une alimentation adéquate. » [6] Ces observations ne concernent pas seulement l’Afrique, l’Amérique latine ou autres contrées lointaines. Elles valent aussi pour l’Europe et la Belgique.

C’est pourquoi la refonte du FEAD dans un nouveau Fonds social européen ressemble déjà à une occasion manquée. Pour avoir un impact sur la réduction de la pauvreté, les programmes sociaux de ce type doivent être inclus dans une dynamique globale de redistribution des richesses et de lutte contre les inégalités. Les leviers à actionner sont connus : fiscalité, services publics, emploi, logement… mais la volonté politique manque. Rien de nouveau sous le soleil, en somme, c’est bien là le problème.

Extraits de l’analyse « Aide alimentaire : passer de la gestion au droit » par Renato Pinto, Coordinateur régional Action Vivre Ensemble Hainaut. Découvrez-la dans son entièreté sur Aide alimentaire : passer de la gestion au droit



[1Commission européenne, Rapport de la Commission au Conseil et au Parlement européen. Synthèse des rapports annuels d’exécution des programmes opérationnels cofinancés par le Fonds européen d’aide aux plus démunis en 2016, Bruxelles, 14.11.2018, p. 13.

[2Le Soir, « La nourriture est un droit. En Belgique aussi », 15 mai 2019.

[3« Aide alimentaire. Les protections sociales en jeu », sous la dir. De D. Myaux, éd. Academia – L’Harmattan, 2019.

[4IWEPS, Les collaborations logistiques locales organisant l’aide alimentaire : quels apports et quelles difficultés pour les bénéficiaires ?, Rapport de recherche n°31, mai 2019, p. 49.

[5International Panel of Experts on Sustainable Food system ou Panel d’expert·e·s sur l’alimentation durable

[6http://www.srfood.org/fr/droit-a-l-alimentation, consulté le 6 août 2019.



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