Quatres personnes travaillent autour d'une table avec des aliments.

Avec Trait d’Union, retrouver les ressources pour envisager demain

# JT230
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Il y a des associations qui naissent d’une indignation tranquille, d’un refus silencieux de fermer les yeux. Trait d’Union est de celles-là. Depuis plus de 25 ans, l’ASBL Trait d’Union à Chimay est une aide discrète, constante, indispensable. Elle distribue des vivres et des bons de chauffage, oriente vers les bons interlocuteurs et interlocutrices, tend la main sans jamais la retirer trop vite. Dans une région où les fragilités sociales se marquent davantage chaque année, ce lien-là n’a pas de prix. 

Tout a commencé en 1994, dans la simplicité d’une initiative paroissiale : quelques habitants et habitantes de Chimay, rassemblés autour de l’abbé Étienne Deregnaucourt pour préparer l’Avent, décident de se mobiliser contre la pauvreté. De ce geste modeste est née une ASBL, constituée officiellement en juin 2000, qui compte aujourd’hui plus de 30 membres bénévoles. Trente personnes qui, semaine après semaine, choisissent de ne pas regarder ailleurs. 

L’ASBL Trait d’Union vient en aide aux familles et personnes isolées de l’entité de Chimay – sans distinction d’origine, de conviction philosophique, religieuse, sociale ou politique, et sans considération de nationalité. Ce principe n’est pas une clause administrative : c’est l’âme même de l’association. 

Et l’aide n’est jamais expédiée. Elle dure le temps qu’il faut – le temps que la situation se stabilise, que la personne reprenne pied, que la dignité soit restaurée. 

Des colis qui nourrissent, des bénévoles qui s’investissent 

Chaque mois, Trait d’Union constitue des colis alimentaires destinés à des centaines de familles en situation précaire. Ces colis sont garnis grâce aux produits du FEAD (Fonds Européen d’Aide aux plus Démunis), aux apports de la Banque alimentaire de Charleroi, aux invendus de certains commerces chimaciens, à des collectes ponctuelles – et pour environ la moitié de leur valeur, à des fonds propres que l’association mobilise elle-même. 

Derrière chaque colis, il y a un travail invisible mais considérable : trier, peser, emballer, organiser. Et derrière ce travail, des bénévoles qui ne comptent pas leurs heures. « Trait d’Union ! Le nom m’a frappée directement lorsque je l’ai rencontré pour la première fois peu après mon installation dans la région, raconte Marie, bénévole. Je me suis dit : voilà un nom qui correspond exactement à ce que devrait être une association qui veille à raffermir le lien entre les êtres humains. Aucun n’est au-dessus de l’autre, nous sommes tous égaux car tous reliés entre nous, particulièrement quand les uns ont besoin de l’aide des autres. C’est donc à Chimay que je l’ai vu s’incarner concrètement dans une association d’entraide dont je suis très heureuse de faire partie désormais. »  

Plusieurs permanences sont assurées chaque semaine. On y constitue les dossiers des familles, bien sûr – mais on y fait aussi bien autre chose : on écoute, on accueille, on oriente, on répond à une question urgente au téléphone, on tend une aide alimentaire d’urgence à quelqu’un qui ne peut pas attendre. 

L’aide alimentaire prend trois formes concrètes : les colis mensuels, la distribution des invendus de deux grandes surfaces, et les colis d’urgence pour les situations qui ne peuvent pas attendre. 

« Nous sommes une famille de quatre personnes. Nous devons nous priver pour que nos enfants puissent avoir une vie comme celle des autres enfants de leur âge »

Claudine, bénéficiaire de Trait d’Union. 

Chaque dépense est pesée, chaque centime compté. Et c’est là que Trait d’Union devient bien plus qu’une association : c’est un souffle, un peu d’air dans un budget qui étouffe. Le colis reçu est généreux. Il y a des produits, que les enfants reconnaissent, qui leur font plaisir. Ce détail-là compte. Parce que la dignité, ça passe aussi par ces petites choses : ne pas avoir à expliquer à ses enfants pourquoi leur assiette ou leur boîte à tartines est différente de celle des autres. 

« L’accueil est chaleureux, sans jugement. On n’attend pas longtemps. On repart avec le sentiment d’être respecté, pas assisté »

Claudine

L’hiver pèse lourd quand les fins de mois sont serrées. Trait d’Union l’a compris, et propose une aide au chauffage qui mérite d’être connue. Les bénéficiaires contribuent à hauteur de 5 € par bon – ce qui correspond à 20 litres de mazout, 17 litres de pétrole, 45 kg de pellets ou 45 kg de charbon, quatre quantités à pouvoir calorifique équivalent. L’association prend en charge le reste. Un geste concret, à la mesure des besoins réels. 

Parce que la précarité frappe dès le berceau, Trait d’Union a mis en place une aide spécifique pour les enfants de 0 à 6 ans issus de familles défavorisées. Langes, produits pharmaceutiques, lait en poudre, vêtements – l’aide est accordée sous forme de bons, en partenariat avec des acteurs locaux. L’an dernier, 143 enfants de 64 familles différentes ont bénéficié de ce soutien. 

Accompagner, pas assister 

Trait d’Union ne veut pas créer de dépendance. Cette conviction, rare et précieuse, se traduit par une aide non matérielle : l’association prend en charge une partie des frais pour un suivi psychologique, un accompagnement juridique, ou tout autre soutien professionnel adapté à la situation. Car sortir de la précarité, ce n’est pas seulement avoir de quoi manger le soir. C’est aussi retrouver les ressources pour envisager demain. 

Des enfants qui arrivent à l’école le ventre vide 

Parmi les réalités que l’association a dû affronter, il en est une qui frappe avec une force particulière – et qui ne devrait laisser personne indifférent. 

Des élèves se présentent à l’école sans rien à manger pour le midi. Sans collation. Ou avec, dans leur boîte à tartines, une nourriture vieille de plusieurs jours, devenue immangeable. Ce n’est pas une anecdote isolée. C’est une réalité que les enseignants et enseignantes voient, chaque semaine, dans leurs classes. 

Face à ce constat, Trait d’Union a pris contact avec les directions de tous les établissements d’enseignement fondamental de l’entité – Enseignement communal, Saint Pierre et Paul, Institut Sainte Chrétienne, Athénée Royal – pour examiner la situation école par école et trouver des solutions adaptées. Selon les contextes de la soupe, un sandwich, un repas chaud y sont distribués. Aujourd’hui, cette initiative permet de venir en aide à une cinquantaine d’enfants chaque mois – parfois de façon régulière, parfois ponctuellement, toujours en fonction des besoins réels. 

Une somme de 20 000 € annuels est nécessaire pour la prise en charge de ce service que Trait d’Union ne peut pas assumer seule, sans soutien extérieur. Une subvention communale renouvelable de 5 000 € avait été prévue – votée – pour y contribuer. Elle a été supprimée. En raison de la situation financière de la Ville de Chimay, les élus et élues ont décidé de couper ce subside.  

En Belgique, 13,9 % des enfants de 6 à 11 ans sont en situation de privation matérielle sévère et un parent sur 5 d’enfants de 3 à 9 ans n’a pas les moyens d’offrir une alimentation saine et équilibrée à ses enfants. Face à une réalité socio-économique de plus en plus complexe, l’action de l’association devient hélas, chaque année, davantage indispensable. Le nombre de personnes sollicitant une aide ne cesse de croître, témoignant de l’ampleur des fragilités sociales qui traversent la région.