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13 novembre 2019  Actualités

Du logement d’abord

Mettre fin au sans-abrisme de longue durée

Depuis six ans, Santé mentale et exclusion sociale (SMES) adopte une nouvelle approche dans le suivi des sans-abris sujets aux addictions et/ou atteints de maladies mentales.

Avant toute autre considération et sans aucune condition, l’association bruxelloise leur propose un logement.

Dans les années 1990, le psychologue Sam Tsemberis expérimente à New-York avec son organisation Pathways to Housing une nouvelle approche pour aider les sansabris de longue durée, cumulant bien souvent maladies mentales et dépendances, à sortir de la rue. Il la dénomme Housing First, pouvant être traduit par « logement d’abord ». Jusque-là, l’accès à un habitat repré- sentait l’aboutissement du processus d’accompagnement de la personne. Cette étape n’intervenait qu’après un long travail de réinsertion sociale et d’autres éléments étaient jugés prioritaires comme la fin des dépendances à l’alcool ou aux drogues. Or, pour certains profils, ce calendrier ne convient pas. Celles et ceux qui connaissent de lourdes addictions, des problèmes de santé mentale et/ou physique - comme la vie en rue peut y contraindre - n’ont en effet pas cette priorité et n’en font pas la demande. Et pourtant, l’expérience montre que l’installation dans un logement - et ce que cela implique en termes de sécurité, d’hygiène et de confort vital - est un préalable indispensable à certain·e·s avant de régler d’autres problèmes.

Housing First renverse la tendance habituelle. Le logement n’est plus une finalité, il devient le point de départ du programme de réinsertion. Des personnes en qui plus personne ne croyait, qu’on pensait abandonnées à la rue, prouvent dès lors leur capacité à se réinsérer durablement et retrouvent leur dignité. Jusque-là, ces femmes et hommes subissaient la rue avec quelques séjours ponctuels dans les hôpitaux ou abris de nuit mais aucune solution durable ne leur était destinée.

La Déclaration universelle des droits de l’homme [1] et la Constitution belge [2] font toutes deux du logement un droit fondamental pour chaque être humain. Dans le modèle Housing First, ce droit est supérieur à tout autre et le logement est proposé sans condition, quels que soient les avoirs, l’état de santé ou de toxicomanie du sansabri. De même, l’accompagnement social et les traitements médicaux ne remettent pas en cause l’accès à l’habitat. La personne conserve le droit de mettre fin à son suivi sans perdre son logement ou, à l’inverse, debénéficier d’un accompagnement après avoir quitté ou perdu le logement alloué.

Malgré ces belles intentions, une condition subsiste : avoir un titre de séjour. Dans notre pays, les associations ne sont pas habilitées à aider les « illéga·ux·les » et la politique actuelle de notre État tend bien plus à reconduire les sans-papiers à la frontière qu’à offrir un accueil à un public des plus vulnérables.

Un autre élément important du modèle est l’absence de fin spécifiée du suivi. L’accompagnement dure autant de temps que nécessaire. Évidemment, l’objectif principal est de permettre à la personne de retrouver son bien- être et une vie saine. La finalité est de ne plus être nécessaire pour la personne. Mais la durée de l’aide n’est pas définie et il n’y a pas d’attente chiffrée.

Des États-Unis, l’initiative se répand à partir des années 2010 au Canada, puis en Europe. Elle est un franc succès en Finlande, pays qui a fait du Housing First, son principal programme pour mettre fin au sans-abrisme.En 2013, le gouvernement fédéral belge initie une phase test de trois ans dans cinq villes : Anvers, Gand, Bruxelles, Liège et Charleroi. Le résultat est sans appel : 90 % des locataires sont toujours logé·e·s à l’issue du test. Si bien que l’expérience est prolongée et élargie à trois autres villes, Hasselt, Molenbeek-Saint-Jean et Namur, ainsi qu’en province du Limbourg via d’autres fonds.

Le projet est aujourd’hui pérennisé et à Bruxelles, Santé mentale et exclusion sociale (SMES) fait partie des quatre associations bénéficiant de soutiens structurels pour appliquer le concept Housing First avec Infirmiers de Rue, le Samusocial et Diogènes. Chacune a sa spécialité : le Samusocial cible les 18-25 ans, Infirmiers de Rue vise les personnes nécessitant des soins, Diogènes concentre son travail sur les réseaux STIB et SNCB et SMES se focalise sur les maladies mentales les plus graves. Les quatre asbl se réunissent une fois par mois pour se coordonner et définir des projets communs, notamment des rencontres entre bénéficiaires.

Reprendre sa vie en main

Dès le départ, SMES a souhaité appliquer le concept Housing First défini par Tsemberis3 à la lettre, soit un logement individuel et un accompagnement à durée indéterminée sans condition pour un public cumulant des problèmes de santé mentale et d’addiction. Les autres acteurs associatifs étaient plus réticents et ont voulu adapter au contexte local ce modèle venu d’outre-Atlantique. Mais après quelques années, les différents projets Housing First belges se sont rapprochés du modèle original. Car c’est la combinaison de plusieurs éléments qui rendent Housing First efficace et pérenne.

L’autre particularité de SMES est d’avoir mis en place une équipe pluri-disciplinaire, mobile et flexible, composée de professionnel·le·s de la santé et d’assistance sociale. Comme son nom l’indique, SMES est, en effet, au carrefour des secteurs sanitaires et sociaux. Sa raison d’être est de décloisonner ces domaines avec une approche globale pour rendre un accès à l’aide sociale et à la santé aux personnes souffrant de troubles psychiatriques et d’exclusion sociale. Pour chaque personne suivie, SMES définit un programme d’aide différent et organise des visites jusqu’à une fois par jour et, a minima, une fois par semaine.

Chaque travailleur·euse de SMES a son ou ses domaines d’expertise : santé physique, santé mentale, dépendances, logement, etc. Mais tous·te·s ont une fibre sociale et effectuent ce qui est le plus nécessaire quels que soient les rôles attribués. Ainsi, il arrive que le médecin aide à nettoyer ou à cuisiner. Chacun·e respecte le rythme de la personne et ne fait pas de jugement sur son habitat ou sur sa façon d’habiter. Les visites se font en binôme afin de partager les responsabilités et de s’appuyer sur les spécificités de chacun·e.


Un parcours semé d’embûches

« Le processus de reprendre sa vie en main n’est évidemment pas linéaire, et est parfois semé d’embûches. Il arrive que des dettes refassent surface, que la consommation devienne plus importante, que la souffrance psychique se fasse aiguë et la solitude écrasante. À travers tous ces moments de crise, nous travaillons à garder un lien, quoi qu’il arrive, qui dans le temps puisse mener vers une forme de rétablissement. »

Isabella, membre de l’équipe Housing First du SMES



[1Art. 25 de la Déclaration universelle des droits de l’homme (ONU, 1948) : « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa
santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour [...] le logement [...] »

[2Depuis 1994, l’article 23 de la Constitution belge stipule « Chacun a le droit de mener une vie conforme à la dignité humaine. Ce droit
comprend le droit à un logement décent. ».



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