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16 mai 2022  Actualités

Le CRILUX

Service social essentiel pour les réfugiés et migrants de la province du Luxembourg

Des milliers de familles ukrainiennes ont été jetées sur les routes d’Europe et affluent en Belgique depuis le mois de mars dans une détresse indicible. Pour répondre à cette détresse : des associations, des citoyens, les services publics s’organisent pour offrir à celles et ceux qui ont tout perdu un accueil humain et digne. Le CRILUX, Centre Régional d’Intégration du Luxembourg, fait partie des asbl accueillantes pour ce nouveau public, et pour toutes les personnes réfugiées.

Près de 5.000 réfugiés ukrainiens seront accueillis par la province du Luxembourg. Le CRILUX, en tant qu’asbl œuvrant à l’intégration des personnes étrangères et d’origine étrangère, verra son activité s’amplifier encore davantage. Nicolas Contor, directeur et cofondateur du CRILUX créé 2004, est inquiet de l’actualité : « La plupart des associations vont être noyées par les arrivées des personnes réfugiées ukrainiennes. Nous allons essayer de suivre pour que l’offre de service social (composé de 12 personnes) puisse absorber au maximum la demande. Mais les moyens manquent. Nous ne voulons mettre personne de côté. Ni les personnes réfugiées que nous soutenons déjà, ni celles qui arriveront demain. Nous nous attendons à un volume de travail multiplié par dix. Après la lourde période due au coronavirus, les équipes sociales sont épuisées. »

Près de 1.000 personnes accompagnées par le Crilux chaque année

Des personnes étrangères ou d’origine étrangère poussées sur les chemins de l’exil, le CRILUX en a accompagné très exactement 817 en 2020. Travaillant main dans la main avec le réseau associatif et les acteurs publics locaux, l’association oriente ces personnes vers les services adéquats et les accompagne directement dans leurs démarches administratives : équivalence de diplôme, validation des compétences, recherche de formations, obtention de la nationalité belge, etc.

Concrètement, sur le terrain, l’action du CRILUX se décline en deux axes : l’appui et l’accompagnement des collectifs citoyens - sur des questions logistiques, d’information, de réseau partenarial, de recherche de moyens, par exemple - et le travail social de terrain pour les personnes migrantes et réfugiées soit en transit soit en recherche d’établissement en Belgique. « En partenariat avec le réseau associatif et public, nous orientons et outillons les personnes étrangères et d’origine étrangère, dans une approche bienveillante tout en faisant qu‘elles soient actrices de leurs choix », précise Nicolas Contor.

« J’ai de l’espoir que la crise en Ukraine fasse bouger les lignes »

En tant que Centre Régional d’Intégration, le CRILUX est également chargé de mettre en œuvre le parcours d’intégration des personnes primo-arrivantes en province de Luxembourg. Un accompagnement gratuit de 18 mois qui facilite, chaque année, l’insertion réussie de plusieurs dizaines de migrants non européens dans l’ensemble de la province. Seulement voilà, ce dit-parcours n’est pas accessible à toutes les personnes réfugiées. Nicolas Contor espère son élargissement à toutes les personnes réfugiées qui le souhaitent : « J’ai de l’espoir que la crise en Ukraine fasse bouger les lignes pour les autres personnes réfugiées. Il y a une très belle mobilisation solidaire et citoyenne qu’il faut encourager. On constate aussi une prise de responsabilité de l’État : le statut de protection temporaire a été activé pour les Ukrainiens et les Ukrainiennes. Nous sommes ravis de cela. Cela veut dire qu’il est possible d’avoir une politique d’accueil pour tous, toutes, quelle que soit l’origine des personnes. Nous aimerions que les pouvoirs publics traitent tous les dossiers en attente avec le même niveau d’humanité. Et qu’il y ait un élargissement de l’accès à ce programme pour toutes les personnes réfugiées. »

Depuis sa création et dans son travail quotidien, le CRILUX met tout en œuvre pour favoriser la cohésion sociale et un vivre-ensemble harmonieux. Des valeurs indispensables à partager avec des personnes qui ont particulièrement souffert dans leur parcours migratoire. Et qui en souffrent encore trop souvent une fois arrivées dans le pays de destination qu’elles rêvaient d’atteindre, faute de recevoir un accueil digne et humain.


« On a quitté le Kosovo en novembre 2005. On est arrivé le 22 novembre. C’était déjà décoré pour Noël. J’avais 19 ans, j’étais perdue, j’arrivais toute seule [mon mari m’a rejointe la semaine suivante], je ne connaissais pas la langue. On m’a accueillie à la gare et je me suis sentie en sécurité. On était installé à Nassogne et je suivais des cours de français. Arbesa et Amet étaient bébés. Je n’avais pas de crèche à Rochefort. Je partais avec les poussettes dans le bus jusque Jemelle pour les déposer à la crèche, puis je reprenais le bus jusque Marche pour les cours de français. Notre premier appartement, c’était catastrophique. C’était trop petit pour la famille qui s’agrandissait. Et les voisins, ils vivaient la nuit, buvaient et dormaient la journée. Je n’osais pas faire sortir mes enfants. Quand on appelait pour un logement, l’interlocuteur raccrochait après avoir entendu qu’on dépendait du CPAS. Aujourd’hui, on est installé à Aye. On a de l’espace. Le voisinage est calme. On se sent libre, on se sent mieux. (…) On s’est toujours débrouillé, on a toujours travaillé. Malgré les difficultés, on a réussi. Recevoir des négatifs tout le temps, pendant près de 5 ans. Perdre son temps. Perdre espoir. Et puis, finalement, aujourd’hui, être très fiers de qui on est devenu. Je me sens comme tous les autres Belges. Je paie mes taxes. Mon projet futur ? Acheter une maison. »

Valbona, réfugiée du Kosovo, 35 ans



« Je suis arrivé en Belgique en 2014 car je ne voulais pas m’engager dans l’armée syrienne. [Ahmad est palestinien, né en Syrie où ses parents y étaient réfugiés]. La Belgique ? C’est un autre monde. Mes premières impressions étaient très positives. Au début, je voulais absolument m’inscrire à l’école pour mieux apprendre le français et pour poursuivre les études. On m’a dit que j’étais trop âgé, j’avais 19 ans, et je n’ai donc pas pu m’y inscrire. Je me suis alors orienté vers la Trêve où j’ai suivi un an de cours de français. J’ai continué par deux ans de formation technique à Liège chez Technifutur avec des maths, des sciences, de l’informatique. Je voulais progresser en français. J’ai envie d’ajouter que j’ai également réussi mon permis de conduire ! Quelques mois après ma formation, j’ai commencé un contrat article 60 dans une blanchisserie dans la commune de Vielsalm. Puis, quelques semaines après, j’y ai été engagé en CDD comme ouvrier. (…) Là, je me sens vraiment très bien. J’ai un beau parcours depuis mon arrivée en Belgique. La suite ? Je vais me marier. Et après, j’achèterai une maison ! »

Ahmad, réfugié palestinien, 25 ans






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