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Nous les plus pauvres

Le savoir du vécu, une expertise à reconnaître


Je hurle ma rage devant ce monde où l’humain n’est plus la priorité. Profits, gains, restructurations, activation, emplois, formation, obligations ! Et je marmonne : partage solidarité, compréhension, amour de l’autre ... [1]

« Le potentiel que chaque individu a en lui et peut cultiver, quand il est dans le ‘trop peu de tout’, il est obligé de le manger pour survivre ». Nous sommes en septembre 2018. Christine Mahy, secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté (RWLP), reçoit le titre de docteur honoris causa à l’Université de Liège. Devant un parterre d’universitaires, elle évoque par ces mots la perte collective que représente la précarisation d’une partie d’entre nous.

Derrière ses propos se loge une constante : considérer d’égal à égal les personnes, quelles que soient leurs situations. Elle s’accompagne de la conviction des compétences des « gens d’en bas ». « Cette expertise, elle est trop souvent oubliée. Elle est souvent étudiée, analysée dans une recherche, une enquête ; on va chercher un échantillon de familles monoparentales, de personnes seules ou à la rue… Mais elle est rarement invitée au débat. » La participation des personnes pauvres et vivant l’appauvrissement, le RWLP et d’autres organisations de lutte contre la pauvreté en ont fait un incontournable.

Petit détour par trois patronymes, révélateurs de la dynamique à l’œuvre.

Les témoins du vécu. Au sein du RWLP, les personnes appauvries qui participent à la réflexion et à l’action se reconnaissent et sont reconnues comme des témoins du vécu - militants. Ensemble, elles débattent à partir de leurs difficultés, réfléchissent à la vie en société, se mobilisent. « Délivrer son témoignage soulage, conforte, libère, donne force et courage (…), expliquait Joseph Charlier en décrivant le Réseau et ses combats. [2] Ecouter, accepter, reconnaître le témoignage de la vie de l’autre (…) procure un enrichissement qui permet d’aller de l’avant, qui peut aider à faire face avec succès à des difficultés qui étaient insolubles auparavant. » Cette richesse de vie et d’expériences est un potentiel de transformation de la société.


Une particularité de la pauvreté, c’est qu’elle isole, qu’elle amène à se retrouver seul. Tout l’enjeu, c’est d’être plus qu’un ‘je’, de faire partie d’un ‘nous’ [3]

Les experts du vécu. Aujourd’hui, une cinquantaine de personnes exercent le métier d’experts du vécu en matière de pauvreté et d’exclusion sociale, auprès de services publics ou parapublics fédéraux : la banque carrefour de la Sécurité sociale, le service Pensions, le ministère de l’Intérieur… Si l’appellation ne fait pas l’unanimité, l’intérêt pour le travail des experts du vécu semble partagé. Leur rôle : contribuer à « mieux penser et travailler la relation à l’usager, en particulier fragile et précarisé », au sein de différentes administrations. Leurs atouts : leurs expériences personnelles, leur sensibilité et leurs contacts avec des personnes en situation précaire. Ici, ils émettent des recommandations pour l’accueil ; là, ils accompagnent et informent les plus fragiles ; ailleurs encore, ils viennent en soutien pour la confection de formulaires compréhensibles ; là, ils relayent les problèmes d’accessibilité… Nous sommes ici au niveau fédéral.

Les facilitateurs en prévention des inégalités, quant à eux, se situent au niveau de la Région wallonne et peut-être prochainement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le principe est le même que pour les experts du vécu : permettre une forme de médiation avec les services publics. Leurs apports visent à « à combler le fossé des malentendus et remédier aux injustices organisationnelles parfois présentes dans les dispositifs publics », indiquait le Plan wallon de lutte contre la pauvreté de mars 2018. Les prochaines législatures en diront plus sur le développement de cette fonction, avec un point d’attention sur son ancrage au sein de la dynamique du Réseau wallon, et sur le fait de rester « proche du terrain ».

Un pont, un passeur et un caillou

Olivier Vangoethem exerce ce rôle de facilitateur. Il le décrit avec enthousiasme et réalisme. « Être facilitateur, c’est être un pont entre l’entité ‘précarité’ et les gens plus haut. Amener les gens d’en-haut à descendre vers le bas pour montrer comment ça se passe et dire aux plus précaires leurs droits, leur rappeler comme ces droits sont notre héritage, notre bien commun ». « Le paradoxe de ce boulot, ajoute-t-il, c’est qu’il te faut avoir du recul sur ton vécu pour le transformer en outil, tout en restant en contact avec le terrain et le vécu de personnes en difficultés. »

« Ceux qui créent les règles administratives sont souvent des hommes, la cinquantaine, diplômés de l’université, avec leurs cadres de référence, constate le facilitateur. Parfois, voire souvent, ils sont à mille lieues d’imaginer ce que leurs décisions auront comme impact concret dans la vie d’autres concitoyens, moins nantis ». Olivier prend un exemple banal : le tri des déchets. L’intention première est tout à fait louable. Mais comment ranger trois poubelles dans son appartement, quand l’espace est minuscule, faute de moyens pour vivre dans plus grand ? Comment respecter ces règles certes fondées mais difficilement applicables quand on vit dans des conditions précaires ?

Celui qui a connu de grandes galères dit se rendre compte « que tout ce qu’il a vécu ne sert pas à rien ». Un tel job « redonne de l’utilité à ta vie », explique-t-il. On lui avait dit « si tu n’es pas d’accord avec les lois, t’as qu’à les changer ». Aujourd’hui, il y œuvre. Cela prend du temps. Il faut de la patience. Mais il persévère à être ce « passeur de savoirs », de « savoirs chauds », expérientiels [4]. Il est aussi le caillou dans la chaussure parfois, pour des décideurs qui tendent à avoir le nez dans des dossiers et les statistiques. Être facilitateur, c’est leur rappeler la réalité vécue par certains d’entre nous.



[1Paroles d’un témoin du vécu – militant du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté. Voir rwlp.be

[2Ya Basta ! Assez ! Echec à la pauvreté, éd. Couleur livres, 2015, p.164-165.

[3Extrait d’un entretien avec Olivier Vangoethem du RWLP, juin 2019.

[4Les « savoirs froids » sont ceux acquis par la formation.



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