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Nous passants

Une cohabitation difficile sur les trottoirs


En lisant des tranches de vie de personnes côtoyant le monde de la rue [1], on découvre ce poème :

« Ces paroles sont pour ce monde, où la tristesse fait ses rondes ; là où la vie nous fait souffrir, où certains préfèrent s’enfuir ; ce monde où l’amour, ne fait que disparaître de jour en jour ; là où on se traite comme des chiens, alors qu’on est tous des humains (…) ; là où les gens se nient alors qu’on croit tous en un monde uni ; là où t’as ta propre religion et qu’on t’accepte pas dans certaines régions ; là où le pays est une démocratie mais nos droits sont abolis (…) ».

Paroles partagées « sous l’arbre à palabre ».

« Personne n’est à l’abri de se retrouver un jour sans logement ». Ce sont les mots de Martine qui s’exprime après la projection du film « Les invisibles », lors du Festival du film féminin à Charleroi, ce 12 mars 2019. Ex-SDF, militante à Solidarités nouvelles [2], elle prolonge ce que les actrices ont donné à ressentir : le vécu de femmes à la rue, des femmes comme les autres emplies de compétences et de beauté qu’on se refuse de voir, qu’elles-mêmes ont oubliées. Le passant croisera ces cabossé(e)s de la vie bien souvent sans réduire l’allure, voire en accélérant le pas.
L’espace public est, en effet, traversé par des tensions et des confusions. Tension entre ceux qui vivent en ville et ceux qui ne font qu’y passer pour travailler ou faire des courses ; entre promeneurs et fêtards, commerçants et habitants, automobilistes et piétons... Confusion également sur le statut de la ville : espace impersonnel pour le passant et identitaire pour celui qui y vit. Le partage de cet espace se teinte souvent de conflits. « Mais, s’il y a bien une catégorie d’usagers qui semblent mettre tout le monde d’accord à leurs dépens, ce sont les personnes dites marginalisées », constate un chercheur invité par La Strada (centre d’appui au secteur bruxellois d’aide aux sans-abri). La manière des « marginaux » d’occuper les lieux publics dérange. Elle peut même être considérée comme « illégitime ». Et ce d’autant plus quand le sans-logis tend la main à l’aumône.

La gênante mendicité

Les règlements communaux témoignent du malaise. À Liège, le territoire est divisé en 14 zones où la mendicité est autorisée de manière tournante. À Charleroi, même stratégie, instaurée plus récemment : un calendrier fixe les jours et les territoires pour ceux qui demandent une « petite pièce » sauf pour les artistes de rue. Marchienne-au-Pont, le mercredi ; Gosselies, le vendredi ; Couillet le samedi ; etc. Et ceci dans un créneau précis - entre 8h à 18h -, sous peine d’amende ou d’arrestation administrative. À Namur, la mendicité est interdite pendant les fêtes et les marchés hebdomadaires. Elle est aussi proscrite dans un périmètre de 20 mètres d’une école, de 10 mètres d’un distributeur bancaire, etc. En 2017, l’élargissement de l’interdiction pour la période où affluent les touristes estivaux avait soulevé de l’émoi, notamment du côté des associations namuroises. « La ville ne se serait-elle pas trompée de combat ? », interrogeait l’asbl Couples et familles dont le siège se trouve à Malonne. « Si la présence d’un mendiant gêne, ça devrait avant tout être parce qu’il reflète l’imperfection du système dans lequel nous vivons, et non parce que monsieur tout le monde éprouve un sentiment d’insécurité » [3].
Bien que la mendicité et le vagabondage aient été décriminalisés en 1993, les mesures communales sanctionnent donc les comportements de ceux qui ne sont pas les bienvenus dans l’espace public. Même si, « infliger une amende administrative à des personnes que la pauvreté contraint à mendier est particulièrement absurde et inéquitable », comme le remarquait la juriste Véronique van der Plancke dans La Revue nouvelle [4].
Quand le banc public s’en mêle
D’autres mesures refoulent ces « indésirables », l’air de rien. Les reconfigurations du mobilier urbain en sont un exemple. Des initiatives comme « Design for everyone » le mettent en lumière : picots sur les appuis de fenêtre et le long des vitrines, assises transformées en plans inclinés pour éviter de s’y asseoir confortablement… « Cela a clairement un impact sur le vivre-ensemble, sur la manière dont les gens peuvent se rencontrer, et sur la vision de la société qui doit être propre, nette et sécure, et surtout pas trop déranger », estime Charlotte à l’origine du mouvement à Bruxelles.

Cachez ce pauvre…
Certains observateurs vont plus loin encore : pour eux, la stigmatisation de la mendicité influe aussi sur la notion de don. Celui qui donne et manifeste sa solidarité devient « complice de l’attitude jugée délétère et répréhensible du mendiant », explique Véronique van der Plancke. « Plutôt que sa citoyenneté, c’est l’aptitude de l’individu à consommer qui semble valorisée, et ce d’autant plus lorsque les lieux de services publics [comme les stations de métro] deviennent, via le développement d’espaces commerciaux en leur sein, des antres de consommation privée », écrit-elle.

Un problème qui reste complexe

Ce sont évidemment les causes de la misère et de l’exclusion qu’il convient de combattre. Mais face à un nombre toujours croissant de sans-abri, une série de questions ne peuvent être évitées : comment presser chaque commune, chaque région de prendre ses responsabilités ? Comment assurer la convivialité en ville ? Comment faire en sorte que l’extrême pauvreté n’exerce pas de pression supplémentaire sur la tranche de la population urbaine déjà peu favorisée, contrainte de prendre le bus et d’habiter de petits appartements en ville, loin des quartiers cossus ? Un « nous en rue ou en ville » ne se réinventera que quand tous les points de vue seront pris en compte et que des solutions systémiques seront trouvées… ensemble.



[1Projet mené par l’asbl Comme chez nous (association soutenue par Vivre Ensemble), le Relais santé de Charleroi et le docteur Verhelst.

[2Association soutenue par Action Vivre Ensemble.

[3Exclure les pauvres pour attirer les riches, analyse 2017-16. Lire sur couplesfamilles.be

[4Précarité : là où l’insécurité se loge..., dans la Revue nouvelle, févr. 2011. Lire sur revuenouvelle.be



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