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30 novembre 2018  Actualités

Pour les Sentinelles de la nuit, la dignité ne passe pas que par le ventre

À Liège, presque chaque soir, une trentaine de bénévoles sillonnent le centre-ville pour aller à la rencontre des personnes sans abri. Avec de la nourriture mais, surtout, avec une façon bien à eux d’entretenir le lien social avec ceux qui se sentent exclus et invisibles.


« Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer son bien-être et celui de sa famille, notamment pour l’alimentation. »
Article 25.1 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme

Ils s’appellent Chantal, Yves, Gigi et Lucien. Ils sont enseignant retraité, médecin, artiste ou charcutier. Depuis près de 10 ans, eux et la trentaine de bénévoles composant les Sentinelles de la nuit sillonnent, six soirs par semaine, le centre de Liège pour aller à la rencontre des personnes sans abri. Rencontre est bien le mot juste.

On pourrait effectivement s’en tenir aux sandwiches, au chocolat, aux berlingots de jus, au café ou à la soupe que les Sentinelles apportent dans leur caddy, aux couvertures et aux vêtements qu’ils entreposent dans leur local du quartier Saint-Gilles et qu’ils donnent en fn de tournée pour les cas d’urgence. D’autres associations le font aussi. Mais une maraude nocturne avec les Sentinelles sufft à voir en quoi leur approche diffère de celle de l’assistance pure. « Parler avec les gens, c’est les rendre visibles, ne pas les ignorer, leur accorder une écoute, leur dire ‘Tu es important pour moi’, bref leur rendre leur dignité. Quand on va chez des amis, on arrive avec un gâteau, une bouteille de vin, mais c’est un prétexte, le vrai but, c’est de discuter entre amis, c’est la même chose ici. » Yves, professeur à la retraite, glisse : « Les voir aller mieux quelques secondes est notre récompense.

Finalement, ce qu’on fait, on le fait d’abord pour nous. Nous ne les jugeons jamais, ils sont en confance avec nous, ils n’ont pas à se justifer vis-à-vis de nous, nous ne sommes ni la police ni le CPAS. »

Liège compte environ 600 personnes sans abri. Été comme hiver, que les abris de nuit soient ouverts ou non, les Sentinelles de la nuit retrouvent celles et ceux qui, par choix ou non, restent sur le trottoir. Trois fois par semaine, les bénévoles des Sentinelles s’arrêtent dans un premier temps sur les marches de la gare des Guillemins ; six jours sur sept, ils arpentent aussi le centre, l’environnement immédiat de la cathédrale et du boulevard d’Avroy.


Parler avec les gens, c’est les rendre visibles, ne pas les ignorer, leur accorder une écoute, leur dire ‘Tu es important pour moi’, bref leur rendre leur dignité.

Des sans-abri mais des profls différents

Dans ces deux lieux distants d’à peine deux kilomètres, des typologies de sans-abri très différents : des sansabri « à l’ancienne », souvent âgés, aux Guillemins ; des jeunes, parfois fort jeunes, souvent drogués, dans le centre-ville. Chacun a sa propre histoire, ce qui contribue à cette idée que personne n’est à l’abri. Lorsque les quatre volontaires de ce soir arrivent aux marches de la gare, les « fdèles » des Sentinelles sortent d’un peu partout. Il y a là Marcel, qui passe ses journées à cueillir champignons et châtaignes. Romain s’est, lui, retrouvé à la rue quand son père a été l’objet d’actions en recouvrement de dettes. Chantal et Gigi, Yves et Lucien ont un mot pour chacun, pas question de se presser, l’ambiance est presque bon enfant.

Dans le centre de Liège, les choses sont un peu plus compliquées. Ici, les gars de la rue sont plus jeunes, accros à des substances, parfois atteints de troubles mentaux. Un certain nombre d’entre eux se sont construit un abri avec des caisses en carton et des cailloux le long du siège d’une grande banque. Les passants reviennent de la Foire d’octobre sans rien voir du drame qui se joue. Yves, qui était enseignant en section professionnelle, regrette : « J’ai retrouvé 20 de mes élèves dans la rue. »

À Junior, 19 ans, couché au milieu de ses caisses depuis qu’il a rompu avec son frère et perdu ses parents, Chantal donne des conseils qui vont au-delà d’un sandwich : « Tu es en règle pour tes papiers ? Tu dois essayer de t’en sortir le plus vite possible. » La démarche si particulière des Sentinelles de la nuit prend ici tout son sens. « Un véritable lien se crée entre eux et nous », dit Chantal Degée. Parfois, on l’appelle Maman, partout, on lui fait la bise. « Nous faisons un peu partie de la famille, c’est un lien qui nous amène parfois à l’hôpital et parfois malheureusement aussi au cimetière. Ce matin, on a assisté à notre dixième inhumation de l’année ; l’an passé, 14 des personnes que nous accompagnons sont mortes dans la rue liégeoise. »

« Mon casier, c’est mon petit chez moi »

On pourrait très bien ne pas les voir si l’on n’y prête attention. Pourtant, leur présence, saluée il y a quelques semaines par l’octroi d’un Mérite liégeois aux Sentinelles de la nuit, est une belle victoire. En deux lieux peu visibles de la Cité ardente (sous la passerelle Saucy le long de la Meuse et face au commissariat de la rue Varin, la rue « chaude » de Liège, le long de la gare des Guillemins), plusieurs associations ont installé deux séries de six « casiers solidaires », des casiers semblables à ceux que l’on trouve dans les vestiaires d’usines et destinés aux personnes sans abri. Pour ceux qui vivent dans la rue, se promener avec de gros sacs et des couvertures durant toute la journée est particulièrement diffcile. Certains passent plusieurs fois par jour à leur casier, pour se changer par exemple. ‘J’ai l’impression d’avoir mon petit chez moi !’, nous a même dit l’un d’entre eux. »





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