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	<title>Droits humains &#8211; Action Vivre Ensemble</title>
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	<description>Soutenir les associations, sensibiliser et agir</description>
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	<title>Droits humains &#8211; Action Vivre Ensemble</title>
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		<title>Habitats partagés au féminin &#8211; Exemples bruxellois</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2026-1/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Mar 2026 11:59:57 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Quand le simple fait de se loger et d’avoir un toit au-dessus de la tête pour soi et les siens est une difficulté quotidienne, il faut ruser et s’adapter à une réalité toujours plus dure.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p></p>



<p class="titre-trois">Prix de l’immobilier en hausse, logements sociaux saturés, parc locatif privé inaccessible&#8230; Quand le simple fait de se loger et d’avoir un toit au-dessus de la tête pour soi et les siens est une difficulté quotidienne, il faut ruser et s’adapter à une réalité toujours plus dure. Les femmes, à la croisée de nombreuses discriminations, paient le prix plein de l’inflation immobilière. Dans ce contexte, elles expérimentent diverses formes d’habitat collectif, financièrement plus accessibles et qui agissent comme un rempart contre l’isolement social.</p>



<p>On le sait : en matière de logement, le marché locatif privé n’est pas le seul à être saturé… Le temps d’attente pour un logement social est tellement long (jusqu’à 22 ans à Bruxelles)<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup> que beaucoup n&rsquo;essaient même plus. À tel point que des acteurs et actrices de terrain ont développé des accompagnements pour aider les publics les plus précarisés à rechercher un logement, notamment les familles monoparentales. Beaucoup peuvent visiter jusqu’à 30 ou 40 logements avant de pouvoir enfin s’installer. L’asbl <em>La Maison des parents solos </em>accompagne ces familles dans leur recherche de logement (rappel des droits des locataires, coaching, etc.).  « <em>Le contexte immobilier est catastrophique pour ce type de familles, les prix ne cessent de grimper: le marché locatif devient hors de portée tandis que les appartements sociaux sont saturés. Elles sont <strong>souvent contraintes de se rabattre sur des logements trop petits, de mauvaise qualité, voire insalubres</strong>, et/ou dans des quartiers éloignés de leurs réseaux sociaux</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup>. À Bruxelles, 28% des familles monoparentales consacrent plus de la moitié de leurs revenus au logement<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup>.</p>



<p>Face à ce contexte toujours plus rude, les citoyen·nes, les acteurs associatifs et même des entrepreneurs privés pensent et réfléchissent à d’autres manières d’habiter. Les colocations et habitats partagés en font partie. Ingénieux, ils permettent un soutien logistique et social ainsi que le partage de frais et constituent en outre un précieux rempart contre l’isolement social.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Mère seule cherche logement</h2>



<p>Les familles monoparentales figurent parmi les publics les plus vulnérables face à la recherche d’un logement. Le propos ici se limitera à celles gérées par des femmes pour une simple raison statistique&nbsp;; 86% de ces familles ont à leur tête une maman solo. Ce type de ménages est au croisement de multiples précarités qui agissent comme autant d’obstacles dans un contexte immobilier hors de contrôle. L’intersectionnalité a ceci de vicieux : <strong>les précarités ne s’additionnent pas mais s’imbriquent l’une dans l’autre</strong>. Il en résulte un effet multiplicateur &#8211; puisque ces précarités se renforcent &#8211; que femmes seules à charge de famille subissent de plein fouet.</p>



<p>Tout d’abord, il est avéré qu’une femme fera face à des demandes plus complexes de la part des propriétaires. Plus qu’un homme, elle devra montrer <em>‘patte blanche’ </em>et se justifier de ses revenus. Et pour cause, l’inégalité salariale en Belgique est toujours bien ancrée et c’est un fait avéré que les femmes sont plus représentées dans les temps partiels (en partie pour s’occuper des enfants). En cas de séparation, les difficultés financières peuvent s’aggraver lorsque l’ex-partenaire ne contribue pas assez financièrement (voire pas du tout) aux frais liés aux enfants. En plus de ces discriminations financières, elles doivent souvent contrer certains <em>a</em> <em>priori</em> liés à leur situation. Elles seront en effet souvent jugées comme incapables d’entretenir un bien (bricolage, entretien, etc.), quand ce ne sont pas les enfants qui seront suspectés d’être bruyants. Elles ont également une charge mentale décuplée puisqu’elles doivent gérer seules le foyer, c’est-à-dire les charges financières et éducatives, généralement réparties entre deux parents supposés percevoir deux revenus. « <em>La précarité financière et la charge éducative complète des enfants a des impacts négatifs concrets à la fois sur le bien-être des mères et de leurs enfants</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup>. Cette fragilité économique se répercute directement sur les enfants et aggrave les risques de précarité infantile<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup>. En outre, les mamans solos souffrent d’isolement social (manque de temps, de moyens, d’estime de soi notamment à la suite d’une séparation, etc.) À l’égard de leurs enfants, elles peuvent nourrir un sentiment de culpabilité (famille nucléaire brisée, baisse du niveau de vie), sans parler des violences intrafamiliales qui les impactent durablement<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup>.</p>



<p>Face à toutes ces difficultés cumulées, <strong>l’habitat groupé ou partagé apparaît comme une réponse qui a du sens</strong>. À Bruxelles, des initiatives fleurissent un peu partout. Elles ont toutes leurs spécificités mais ont en commun la volonté de répondre à la crise du logement par la voix de la solidarité et de l’entraide.</p>



<p><strong>Ernest Living.</strong> Situé dans la commune bruxelloise de Koekelberg<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup>, il s’agit d’un habitat partagé spécifiquement dédié aux mamans solos et à leurs familles, qui contient 10 unités familiales (pouvant aller jusqu’à 4 enfants). À l’initiative du projet, Lionel Wauters, promoteur et ingénieur-architecte de formation, précise : « <em>Ce n’est pas qu’une question de logement, mais de solidarité et d’entraide </em>»<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup>. En plus des espaces privatifs, des espaces communs pour un usage collectif ont été pensés au rez-de-chaussée tandis qu’aux étages des espaces privés permettent de « <em>concilier le collectif et l’intime, essence même du lieu</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup>.</p>



<p>Si l’idée ne peut qu’être applaudie, ce n’est malheureusement pas à la portée de toutes les bourses : le loyer va de 905 euros à 1610 euros. Il comprend les charges mais également un accompagnement à la vie en communauté dispensé par l’asbl <em>Habitat et Participation</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">10</sup>. La cohabitation avec différentes façons de vivre ou d’éduquer n’est pas aisée, comme en témoigne cette maman solo  : « <em>J’aurais adoré que ça marche mais la réalité est dure. C’est très précaire, du bricolage permanent. Il faut gérer non seulement le lieu, mais aussi les différences d’éducation, la fragilité psychologique de certaines mères&#8230; Il y a beaucoup de conflits, de difficultés à trouver la bonne entente. Je ne suis pas assistante sociale. À moins de s’appuyer sur des structures spécialisées, je pense que c’est très compliqué à faire fonctionner sur le long terme</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">11</sup>.</p>



<p>Ce genre de projet reste encore trop marginal et s’adresse surtout à un public avec un emploi ou une source de revenu stable. Cependant, au regard du quartier, cela reste encore 20% moins cher que les prix pratiqués.</p>



<p><strong>Fem’s (Femmes en situation de monoparentalité). </strong>Toujours en construction, ce projet d’habitat collectif est porté par un groupe de sept mamans solos et leurs 12 enfants. Fatiguées de déménager et de s’épuiser à chercher un logement, elles se sont mises ensemble pour imaginer un logement inclusif dont les fondements seraient l’entraide et la solidarité. Cette initiative est soutenue par l’asbl <em>Angela D.</em> qui aide notamment le groupe à penser son futur lieu en termes d’architecture féministe. Lancé en 2022 par une des membres, <em>Fem’s </em>est un « <em>projet pilote d’habitat collectif non spéculatif porté par et pour des mamans solos (…) visant l’accès à la propriété collective pour des femmes en situation de monoparentalité</em> », c’est-à-dire « <em>qui portent en majeure partie seules au quotidien la garde, la charge mentale, économique, affective et éducative de leur(s) enfant(s)</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">12</sup>. Tout le projet est sous-tendu par la mutualisation des ressources, outil formidable pour affronter le quotidien d’un parent solo, allant du partage des tâches ménagères à celui des devoirs des enfants, de la cuisine, etc.</p>



<p>Pouvoir profiter d’un logement abordable en y ajoutant de la solidarité communautaire, voilà le rêve vers lequel tendent les membres de <em>Fem’s</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">13</sup>. Cela permet aussi de lutter contre la solitude. Ne pas se retrouver seule dans les moments difficiles que réservent la parentalité est essentiel :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« <em>Beaucoup de mamans solos nous disent qu’elles n’ont personne à qui parler de leur quotidien ou de leurs difficultés. L’habitat partagé permet de retrouver une vie sociale, de s’entraider dans la parentalité et d’offrir à leurs enfants un environnement plus riche, ouvert à d’autres cultures et d’autres modes de vie </em>»<sup class="modern-footnotes-footnote ">14</sup>.</p>
</blockquote>



<div class="wp-block-columns red-message is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<h2 class="wp-block-heading">Une architecture féministe&nbsp;? </h2>



<p>L’architecture féministe se veut égalitaire dans le sens où elle inclut les besoins des hommes comme des femmes. Cela se traduit notamment par un aménagement des espaces propice à la gestion collective des tâches et à la création de liens entre les habitant·es. À l’inverse de l’architecture traditionnelle, basée sur une distribution de rôles stéréotypés, les tâches domestiques ne sont plus invisibilisées et cantonnées hors des espaces de vie (telle que la buanderie qui prend place dans la cave par exemple) mais au centre de l’habitat et collectivisées. La cuisine et la buanderie deviennent donc des lieux reconnus comme importants et comme des espaces de sociabilisation. Les autres pièces de vie, telles que le salon, les salles à manger et salle de jeux sont également centrales et considérés comme des « <em>espaces de célébration</em> ». L’architecture féministe explore des « <em>nouveaux modèles spatiaux qui tiennent compte des réalités vécues par les femmes</em> ». Même si elle peut prendre plusieurs formes, la vision reste la même : <strong>l’intégration des besoins particuliers des femmes et la mise en place d’espaces plus propices à l’égalité</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">15</sup>.</p>
</div>
</div>



<p><strong>Pass-ages.</strong> Pour les futures mamans sur le point de donner la vie, la maison de naissance à Forest<sup class="modern-footnotes-footnote ">16</sup> de l’asbl <em>Pass-ages </em>est une alternative à la démarche hospitalière classique. Conjuguée à une maison de «&nbsp;<em>mourance</em>&nbsp;», c’est-à-dire un endroit pour des personnes en soins palliatifs, ces espaces sont aménagés en deux appartements et ouvrent sur un jardin partagé où peut se créer du lien. L’objectif&nbsp;? «&nbsp;<em>Sortir ces deux événements essentiels du cadre hospitalier et d’une approche médicalisée qu’ils ne nécessitent pas systématiquement</em>&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">17</sup> explique Marc Bouteiller, le coordinateur de l’association.</p>



<p>En plus de ces deux appartements, l’asbl <em>Pass-ages</em> propose également un habitat intergénérationnel composé de 10 cellules d’habitations au sein desquels est assurée une mixité sociale et culturelle. En outre, chaque habitant offre 5 heures par semaine pour le projet collectif&nbsp;: «&nbsp;<em>Au-delà du lieu, il y a aussi du lien. Les habitant·es s’investissent dans l’accueil tantôt en cuisinant pour les hôtes, tantôt en assurant une permanence à la maison de ‘mourance’</em>&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">18</sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une mutualisation pénalisée</h2>



<p>Colocation, cohabitation, habitat groupé, collectif ou partagé sont autant de réponses imaginées par la société civile pour se loger de manière abordable. Si ces formes d’habiter présentent beaucoup de bénéfices (rupture de l’isolement social, partage des frais, des tâches, etc.), certain·es hésitent encore à passer le pas. En cause, l’absence de garantie du maintien du statut isolé pour les personnes bénéficiant d’un revenu de remplacement. Une personne est considérée comme cohabitante dès lors qu’elle vit avec une personne dotée d’un revenu. Partant du postulat que les coûts sont partagés, les allocations sociales (chômage, RIS, pension, invalidité, etc.) sont diminuées. Ainsi, si plusieurs personnes sont domiciliées au même endroit et si certaines ont un revenu de remplacement, elles risquent de se voir imposer le statut cohabitant, ce qui mène invariablement à une diminution des allocations… La conséquence de ce mécanisme&nbsp;? <strong>Un résultat totalement à l’opposé du but premier de la colocation</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">19</sup> <strong>; faire des économies en mutualisant les espaces et les frais</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">20</sup>.</p>



<p><strong>Beaucoup d’acteurs de terrain tel que le <em>Réseau wallon de lutte contre la pauvreté</em> (RWLP) <a>militent</a> depuis des années pour la suppression de ce statut</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">21</sup><strong> qui pénalise la solidarité mais aussi, comme le rappelle la députée fédérale Sarah Schlitz (Écolo), les stratégies de mutualisation</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">22</sup><strong>.</strong> Ce sont encore les femmes qui en paient le prix fort puisqu’elles représentent la majorité des personnes cohabitant<sup class="modern-footnotes-footnote ">23</sup>. En outre, ce statut pérennise un modèle patriarcal désuet selon lequel la femme est dépendante financièrement d’un mari&nbsp;: «&nbsp;<em>En créant cette situation de dépendance et d’isolement relationnel contraire à l’autonomie des femmes et à l’égalité entre les femmes et les hommes, ce statut contribue à la reproduction d’un modèle patriarcal aujourd’hui complètement dépassé&nbsp;</em>»<sup class="modern-footnotes-footnote ">24</sup>.</p>



<p>En 2024, une proposition de loi portée par le Parti socialiste avait été déposée à la Chambre des représentants pour la suppression de ce statut. Alors que la plupart des partis y étaient favorables, la coalition Vivaldi<sup class="modern-footnotes-footnote ">25</sup> avait retourné sa veste et seul Ecolo soutenait le PS et sa proposition de loi… Sans nul doute, une des raisons fut le coût évalué à 1,86 milliard d’euros par la Cour des comptes<sup class="modern-footnotes-footnote ">26</sup>.</p>



<p>Aujourd’hui, bien loin de cette avancée avortée, le gouvernement Arizona propose radicalement l’inverse. Anneleen Van Bossuyt (N-VA), ministre de l’Intégration sociale, a annoncé une nouvelle mesure qui entrera en vigueur dès le 1<sup>er</sup> mars 2026. Aux antipodes de sa suppression, le statut cohabitant se voit durci&nbsp;puisque «&nbsp;<em>tout CPAS qui reçoit une demande d’aide sociale de la part d’une personne cohabitante devra prendre en considération l’ensemble des revenus des personnes vivant sous le même toit</em>&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">27</sup>. En outre, «&nbsp;<em>les personnes qui étaient déjà bénéficiaires du droit à l’intégration sociale verront leurs droits modifiés soit à partir de la prochaine révision de leur dossier, soit dans le cadre de la révision annuelle, soit à la suite de nouveaux éléments justifiant une révision</em>&nbsp;».<sup class="modern-footnotes-footnote ">28</sup>.</p>



<p>En d’autres termes, à partir du 1<sup>er</sup> mars 2026, les familles ou personnes cohabitantes ne pourront plus cumuler deux revenus de remplacement. Le Conseil d’État avait alerté sur le recul social que représente cette nouvelle mesure et avait également souligné le manque de données chiffrées de l’impact sur la population<sup class="modern-footnotes-footnote ">29</sup>. Son avis n’a de toute évidence pas été pris en compte par le gouvernement Arizona qui continue sur sa lancée d’attaques systématiques des droits sociaux et enfonce toujours plus dans la précarité les moins chanceux d’entre nous.</p>



<p><strong>Ces exemples d’habitat groupé démontrent une résilience à toute épreuve… &nbsp;L’ingéniosité, la débrouille, la solidarité et l’entraide face à la négation d’un droit constitutionnel&nbsp;: celui de se loger.</strong> L’envolée des prix d’un marché locatif débridé, la saturation des logements sociaux, le manque de solutions pérennes à une crise du logement qui dure et ne fait que s’aggraver sont autant d’obstacles que doivent affronter les femmes, en particulier celles qui ont à leur charge une famille.</p>



<p><strong>Il est assez désolant de constater que les stratégies mises en place par les citoyen·nes, plutôt que d’être encouragées, sont pénalisées par des règles d’un autre âge. Une fois de plus, on assiste à une sanction des publics les plus précarisés où les femmes sont, bien malgré elles, largement représentées.</strong> À quand un réel tournant&nbsp;? À quand une réelle reconnaissance des difficultés endurées au quotidien par les femmes pour se loger dignement ?</p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;À Bruxelles, la durée d’attente moyenne est évaluée à 11 ans mais peut aller jusqu’à 22 ans pour les logements plus rares tels que ceux destinés aux familles et donc disposant de plusieurs chambres (voir <a href="https://www.rtbf.be/article/logement-social-a-bruxelles-les-delais-d-attente-vont-de-neuf-a-22-annees-11539973">RTBF Logement social à Bruxelles : les délais d’attente vont de 9 à 22 années</a>)</div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Plan bruxellois de soutien aux familles monoparentales, 2021 cité par l’asbl Angela D. (voir https://angela-d.be/fr/)</div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Familles monoparentales et logement : des problèmes à tous les étages. Sondage auprès de 1150 parents solos, Ligue des familles, février 2022.</div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://angela-d.be/assets/attached-files/FEMs-dossier-de-presentation-light.pdf">FEMs-dossier-de-presentation-light.pdf</a></div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem.</div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem.</div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Deux autres projets du même promoteur sont en place à Forest et à Namur, voir <a href="https://ernestliving.be/habitats-partages/">Nos habitats partagés &#8211; Ernestliving</a>.</div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;JASSOGNE, Pierre, Toits partagés pour mamans isolées dans Alter-échos, n° 523, mai-juin 2025, p. 17.</div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem, p. 18.</div><div>10&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://habitat-participation.be/">Habitat &amp; Participation</a></div><div>11&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Témoignage issu de https://angela-d.be/assets/attached-files/FEMs-dossier-de-presentation-light.pdf (p. 23).</div><div>12&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://angela-d.be/assets/attached-files/FEMs-dossier-de-presentation-light.pdf">FEMs-dossier-de-presentation-light.pdf</a> (p. 2)</div><div>13&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://angela-d.be/assets/attached-files/FEMs-dossier-de-presentation-light.pdf">FEMs-dossier-de-presentation-light.pdf</a> (p. 20)</div><div>14&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://angela-d.be/assets/attached-files/FEMs-dossier-de-presentation-light.pdf">FEMs-dossier-de-presentation-light.pdf</a> (p. 19)</div><div>15&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Sources : LAURENT, Véronique, <em>Des béguinages à l’architecture féministe</em> dans <em>Axelle</em>, n°218, avril 2019 (disponible sur <a href="https://www.axellemag.be/beguinages-architecture-feministe/">Des béguinages à l&rsquo;architecture féministe &#8211; Axelle Mag</a>) et <a href="https://angela-d.be/assets/attached-files/FEMs-dossier-de-presentation-light.pdf">FEMs-dossier-de-presentation-light.pdf</a></div><div>16&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ce projet prend place au cœur d’un système d’habitats groupés plus vaste, Calico (Care and Living in Community) qui regroupe 34 appartements gérés par plusieurs associations dont Pass-ages, Angela D.&nbsp; ainsi que le CPAS de Forest. Ce projet avait déjà été évoqué dans notre précédente étude sur le logement À bout de souffle. Parcours d’obstacles pour un droit au logement, p. 51-52 (voir https://vivre-ensemble.be/publication/etude-2023-2/).</div><div>17&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Zinneke, le social-santé à Bruxelles, printemps-été 2025, p. 25.</div><div>18&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem.</div><div>19&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;D’un point de vue législatif, la cohabitation est liée à plusieurs conditions sine qua non&nbsp;; une vie sous un même toit (partage d’espaces), une mise en commun des ressources (partage de frais, tâches domestiques) et un projet commun (voir ADLER, Clara et BRAET, Laurence, Habitats groupés, solidaires, colocations et autres modèles d’habitation sont en pleine expansion&nbsp;? Existe-t-il des différences entre ces notions, ces normes d’habitat en Wallonie et à Bruxelles, Analyse, Habitat et participation asbl, 2023, p. 9.)</div><div>20&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;ADLER, Clara et BRAET, op. cit., p. 9.</div><div>21&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir la plateforme https://www.stop-statut-cohabitant.be/</div><div>22&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir https://www.rtbf.be/article/le-durcissement-du-statut-de-cohabitant-entrera-en-vigueur-le-1er-mars-11665646</div><div>23&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;ADLER, Clara et BRAET, op. cit., p. 8.</div><div>24&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir https://www.calliege.be/salut-fraternite/121/suppression-du-statut-de-cohabitant%C2%B7e-une-longue-lutte-prete-a-enfin-aboutir/</div><div>25&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La coalition Vivaldi fait référence au gouvernement fédéral De Croo (2020-2025).</div><div>26&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir https://www.stop-statut-cohabitant.be/pourquoi-alors-que-pratiquement-tous-les-partis-lavaient-promis-avant-les-elections-le-statut-des-cohabitants-na-toujours-pas-ete-revu/</div><div>27&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir https://www.rtbf.be/article/le-durcissement-du-statut-de-cohabitant-entrera-en-vigueur-le-1er-mars-11665646</div><div>28&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem.</div><div>29&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem.</div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La culture, un droit … Pour toutes et tous&#8239;?</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/recherche-participative-2026/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 18:12:37 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Étendre l’accès aux droits culturels pour renforcer l’humain]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="titre-trois">Cette recherche participative explore comment la précarité limite l’accès à la culture, qu’il s’agisse de pratiques institutionnelles ou de plaisirs simples du quotidien. Elle interroge ce que “culture” veut dire réellement et rappelle qu’elle devrait être accessible à toutes et tous. L’étude met en lumière les obstacles rencontrés et les initiatives – publiques et citoyennes – qui favorisent le droit à la culture pour les personnes en situation de précarité.</p>



<p>Une recherche participative avec Orane Caryn, Claire Delaive, Céline Laffineur, Liliane Lebon, Marie-Christine Lothier, Isabelle Roger, Isabelle Seny, Marie-France Tierny et Noémie Winandy.</p>



<p></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Les institutions. Pavées de bonnes intentions ?</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2025-18/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Dec 2025 15:03:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[jt227]]></category>
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					<description><![CDATA[ONEM, Forem, CPAS, CAPAC, SPF pensions, institutions d’aide à la jeunesse, associations, mais aussi fondations, coopératives, Églises, etc. ont toutes pour objectif de répondre à une demande, un besoin, une aspiration, voire un idéal. Or, dans bien des cas ça coince.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="titre-trois">ONEM, Forem, CPAS, CAPAC, SPF pensions, institutions d’aide à la jeunesse, associations, mais aussi fondations, coopératives, Églises, etc. sont des institutions mises en place par des autorités publiques ou par des citoyen·nes. Elles ont toutes pour objectif de répondre à une demande, un besoin, une aspiration, voire un idéal. Or, dans bien des cas (pour ne pas dire systématiquement), dans le concret de la réponse apportée par les institutions, ça coince.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«&nbsp;<em>Les institutions existent pour rendre possible une vie bonne dans une société juste</em>&nbsp;»</p>
<cite>Paul Ricoeur</cite></blockquote>



<p>Règles figées, humiliations, exclusions, bureaucratie, abus de pouvoir, opacité, voire corruption… : « <em>elles produisent des effets opposés, parfois jusqu’à se retourner contre ceux et celles qui agissent ou qui bénéficient de l’action menée dans une institution</em> », précise Bernard Van Meenen dans l’introduction de la journée qui a inspiré cette analyse, intitulée “L’ambivalence des institutions”.<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup></p>



<p>Voyons quelques exemples concrets&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Le CPAS</strong>, « dernier filet » censé assurer des conditions de vie digne aux personnes qui n’ont pas accès à d’autres assurances sociales (chômage, invalidité…), porte atteinte à cette dignité en obligeant les bénéficiaires à sans cesse « se déshabiller », dévoiler leur vie privée (avec qui ils vivent, ce qu’ils dépensent, quelle est la situation financière de leurs proches) pour prouver qu’ils sont assez pauvres pour recevoir de l’aide. Bien sûr, il faut s’assurer que les fonds publics sont attribués à bon escient, <strong>mais cette vérification est source d’humiliation</strong>, qui s’ajoute à celle d’être pauvre et de devoir appeler à l’aide<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup>.</li>



<li><strong>Telle épicerie sociale</strong> a ses propres critères pour admettre les bénéficiaires, critères qui sont différents de ceux du CPAS. <strong>Deux enquêtes sociales au lieu d’une</strong>, une source de gêne supplémentaire pour les personnes qui s’adressent à cette association.</li>



<li>Parfois, les institutions et leurs règles respectives provoquent des rivalités entre les personnes exclues : c’était le cas à La Rochelle, association active à Roux, dans la banlieue de Charleroi. Parmi d’autres activités, l’association recevait et distribuait de l’aide alimentaire financée par l’Union européenne. Dans la même file, il y avait donc des personnes, toutes pauvres, dont certaines avaient droit à tel colis parce que bénéficiaires du Revenu d’intégration sociale, par exemple, et d’autres non, alors qu’elles étaient sans emploi, surendettées et tout autant dans le besoin. En effet, les critères d’accès aux banques alimentaires ne sont pas les mêmes que ceux de l’aide de l’UE. L’association a choisi de résoudre le problème en renonçant à l’aide européenne (souvent constituée de plats préparés de faible qualité nutritionnelle) et de renforcer l’apport de son jardin partagé dans l’aide proposée aux membres.<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup></li>
</ul>



<h2 class="wp-block-heading">L’institution&nbsp;: une intention et une réponse concrète</h2>



<p>Pour expliquer ce paradoxe, Jean-Michel Longneaux, philosophe et enseignant à l’UNamur, parle de <strong>«&nbsp;l’ambivalence des institutions&nbsp;»</strong>. <strong>Une institution</strong>, explique-t-il, <strong>est toujours composée d’un <em>instituant</em> et d’un <em>institué</em>.</strong></p>



<p><strong>L’instituant,</strong> c’est l’intention, le désir, le besoin, l’aspiration, le projet, le constat d’un problème ou d’un manque et la volonté de le résoudre ou d’y remédier. Par exemple&nbsp;: lutter contre la pauvreté, organiser des circuits courts alimentaires, créer du lien social dans un village ou une commune, répondre à une aspiration spirituelle… <strong>L’instituant est subjectif</strong>, il vient du ou des sujets qui l’expriment.</p>



<p><strong>L’institué</strong>, <strong>c’est la réponse concrète</strong>, une façon de faire, qui s’inscrit dans la réalité&nbsp;: comment fait-on, quelles structures et quelles procédures met-on en place, quelles règles fixe-t-on, quelle gouvernance, quels rôles&nbsp;? <strong>L’institué est figé</strong>, c’est une réponse que l’on choisit parmi d’autres. En d’autres termes – ceux de Jean-Michel Longneaux &#8211;&nbsp;: «&nbsp;<em>La question est ouverte, mais la réponse est une manière singulière de le faire</em>.&nbsp;» Ainsi, on va fonder une asbl, une coopérative, une Église, créer un service public, etc.</p>



<p><strong>L’instituant et l’institué sont donc les deux faces d’une même pièce&nbsp;: l’institution.</strong> Pour que l’institution soit durable et qu’elle continue à répondre à la question, au problème, au besoin qui l’a suscitée, instituant et institué doivent rester perméables, l’institué doit être adaptable et non figé. <strong>Le projet et sa concrétisation doivent rester constamment en tension et cela peut être inconfortable</strong>&nbsp;de régulièrement questionner nos structures et les adapter&nbsp;; d’où le risque de céder à l’un ou l’autre travers.</p>



<p><strong>Le premier travers</strong> serait de <strong>refuser toute forme d’institution</strong> (organisation, groupe, règles, rites)&nbsp;: la personne s’isole et son projet, son désir risque bien de ne jamais se réaliser.</p>



<p>Inversement, <strong>le second travers</strong> serait qu’une institution se fige sur elle-même, déclare <strong>que la solution</strong> qu’elle incarne est la seule possible, existe pour elle-même et <strong>se coupe de l’instituant</strong>, du souffle, de l’intention qui l’a suscitée. On tombe alors dans le dogmatisme, dans une pensée morte qui exclut toute façon de penser ou de faire différente.</p>



<p>Un exemple parmi d’autres dans l’histoire&nbsp;: la Réforme de Jean Calvin, au XVI<sup>e </sup>s., qui voulait répondre aux dérives de la papauté et du catholicisme, élitistes et fastueux, pour y opposer la sobriété et la liberté individuelle avec le droit, par exemple, d’accéder aux textes sacrés en langue vernaculaire et non en latin. À force de se croire seul détenteur de la vraie religion, le calvinisme est devenu un véritable système totalitaire qui n’hésitait pas à exécuter les «&nbsp;hérétiques&nbsp;» et même les esprits critiques en son sein même<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup>.</p>



<p>Plus près de nous, les tabous de l’Église catholique, comme le célibat des prêtres ou la place secondaire des femmes dans l’Église sont des «&nbsp;institués&nbsp;» figés, comme fossilisés, établis à un moment de l’Histoire, qui finissent par se couper de l’&nbsp;«&nbsp;instituant&nbsp;», le souffle, l’inspiration première, au risque de mettre en danger l’institution (pénurie de prêtres, désaffection des fidèles face à une Église qui leur semble sclérosée).<br></p>



<h2 class="wp-block-heading">L’exemple du statut cohabitant</h2>



<div class="wp-block-columns red-message is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<h2 class="wp-block-heading">Le statut cohabitant</h2>



<p>D’abord appliqué pour les bénéficiaires de l’aide sociale via les CPAS (1974), le statut de cohabitant est introduit ensuite dans le calcul des indemnités de chômage (1980) et des indemnités de maladie-invalidité (1991). Le principe est le suivant : attribuer des allocations de sécurité sociale différentes selon que l’allocataire soit chef de ménage, isolé ou cohabitant4 ; le cohabitant ou la cohabitante sans charge de famille percevant une allocation moindre que la personne isolée. Au fondement de cette réglementation, on trouve la volonté de réduire les dépenses de sécurité sociale. Il est alors considéré que deux adultes qui vivent sous le même toit ont moins de frais que deux personnes qui vivent seules. »</p>



<p>Source<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup></p>
</div>
</div>



<p>Et dans le domaine social&nbsp;? Prenons le cas du statut cohabitant, mis en place dans les années 70 et 80, dans un contexte d’austérité budgétaire. L’instituant était donc, dans le chef du gouvernement, la nécessité de diminuer les dépenses sociales. Le postulat était que deux personnes qui vivent ensemble ont moins de frais que deux personnes qui vivent isolément&nbsp;: loyer, chauffage, électricité, etc. Il s’agissait principalement, à l’époque, de femmes dont le mari soit travaillait, soit bénéficiait d’une allocation.. Même s’il était injuste, cet «&nbsp;institué&nbsp;» correspondait à l’intention et à la réalité sociologique de l’époque.</p>



<p>Or, depuis lors, les modes d’habitat ont évolué, souvent par nécessité, parfois par choix. Une personne bénéficiant d’allocations de chômage peut décider d’héberger un ami émargeant au CPAS&nbsp;; un·e jeune vivant de l’allocation d’insertion n’a d’autre choix que de rejoindre une colocation&nbsp;; des parents peuvent accueillir chez eux leur enfant qui bénéficie du RIS ou leur(s) parent(s) âgé(s) bénéficiant de la GRAPA<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup>… Toutes ces personnes sont sanctionnées par ce statut cohabitant et voient leurs revenus fortement rabotés, ce qui compromet leurs chances d’insertion et d’émancipation. Une autre conséquence délétère de ce statut cohabitant est de pénaliser la solidarité, pourtant essentielle dans le contexte de délitement des acquis sociaux que nous traversons.</p>



<p>Prenons le cas du jeune adulte qui vit chez ses parents et perçoit le RIS ou l’allocation d’insertion au taux cohabitant (soit 634,14€ bruts/mois s’il a plus de 18 ans). Comment, avec cette somme, peut-il envisager d’être autonome, de trouver un logement et de passer son permis de conduire, si ses parents n’ont pas les moyens suffisants pour l’aider financièrement&nbsp;? Ou d’un autre qui vit en colocation et voit tout-à-coup son allocation plus que divisée par deux parce qu’un autre colocataire vient de s’installer et de se domicilier à la même adresse&nbsp;?</p>



<p>Dans cet exemple, l’institué n’est plus pertinent car le contexte et les pratiques ont changé. Pourtant, le statut cohabitant existe toujours et la norme en est toujours le modèle conjugal. Pour preuve : le terme utilisé par l’ONEM dans le cas des « cohabitants privilégiés » qui ont droit à une allocation de cohabitant un peu plus élevée : ce taux est appliqué quand « <em>le chômeur et le conjoint bénéficient uniquement de revenus de remplacement</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup>.</p>



<p>Ces dernières années, «&nbsp;l’institué&nbsp;» a quand même évolué quelque peu et des exceptions sont admises. Elles ne sont cependant pas toujours automatiques et créent de mauvaises surprises&nbsp;: allocation non payée et rectification par la suite, à la demande de l’allocataire. Mais comment faire alors pour payer son loyer dans les temps ?<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup></p>



<p>Les associations sont, elles aussi, tenues de s’adapter pour assurer leur pérennité et rester fidèles à leurs missions, à leur&nbsp;«&nbsp;instituant&nbsp;». Action Vivre Ensemble, par exemple, est née en 1971 et fonctionnait sur le mode autogestionnaire&nbsp;: une petite équipe où l’on parlait de «&nbsp;coordination&nbsp;» plutôt que de «&nbsp;direction&nbsp;», où l’on changeait facilement de fonction, etc. Dans les années 90, quand l’association a commencé à bénéficier de financements publics, l’autogestion s’est avérée inadaptée aux contraintes des bailleurs et l’organisation est passée en mode «&nbsp;cogestion&nbsp;».&nbsp; Dans les années 2000, le contexte de la récolte de fonds privés et les exigences croissantes des bailleurs publics ont amené l’association à adopter une structure hiérarchique quoique toujours participative, en définissant mieux les responsabilités et les modes de décision.</p>



<p>Bien sûr, cela ne s’est pas fait sans peine, et plusieurs personnes ont quitté l’organisation, ne se sentant plus en accord avec ce nouveau fonctionnement&nbsp;; des tensions ont agité l’équipe. Au bout du compte, même transformée, et <em>parce que</em> transformée, Entraide et Fraternité a pu assurer sa pérennité et préserver son «&nbsp;instituant&nbsp;», à savoir la vision et l’inspiration qui ont présidé à sa création.</p>



<p>Nous pouvons ici évoquer le biologiste Oliver Hamant et son ouvrage «&nbsp;La troisième voie du vivant&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup>.&nbsp; Selon lui, l’un des caractères de la résilience est l’adaptabilité (avec la robustesse et la capacité de se transformer)&nbsp;: «&nbsp;<em>Un système est adaptable quand il est capable d’ajuster ses réponses tout en maintenant ses principales fonctions</em>&nbsp;». <strong>En d’autres termes, on pourrait dire que la pertinence d’une institution (et sa pérennité) tient à sa capacité à adapter son institué tout en restant fidèle à son instituant.</strong></p>



<div class="wp-block-columns red-message is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<p class="titre-trois"><a>On l’a dit&nbsp;: <strong>les institutions sont des réponses à des questions, des besoins, des manques, des aspirations</strong>. Au niveau d’une société, <strong>elles sont donc indispensables dans la mesure où elles organisent, réglementent, garantissent la réponse aux besoins des citoyen·nes</strong>. Ce n’est pas pour rien que certaines d’entre elles sont <strong>«&nbsp;sacralisées&nbsp;»</strong>&nbsp;: en cas de conflit armé, <strong>on ne s’attaque pas à une école, à un hôpital, à un bâtiment religieux</strong>. <strong>Enfreindre cet interdit</strong>, comme c’est le cas dans les territoires occupés en Palestine, c’est s’attaquer à <strong>l’Humanité même, à ce qui rend une société humaine</strong>&nbsp;: l’innocence de l’enfance et l’être humain en devenir, l’humain blessé, vulnérable et le soin qui lui est dû et, enfin, l’aspiration de l’humain à une relation de transcendance.</a></p>
</div>
</div>



<p>Selon Jean-Michel Longneaux, «&nbsp;<em>la mission d’une institution [est donc] d’offrir un lieu où l’on peut échapper à la violence du monde et, par la relation, se reconstruire comme sujet</em>&nbsp;»&nbsp;.</p>



<p>Dans cette perspective, <strong>les institutions que sont les associations de lutte contre la pauvreté sont également des lieux où les personnes isolées par la pauvreté, sans chez-soi, sans liens affectifs ou sociaux peuvent à nouveau exister aux yeux des autres, se sentir en sécurité et se reconstruire en tant que sujets par la relation avec les autres bénéficiaires et le personnel d’encadrement. </strong>Elles représentent le dernier lieu de sauvegarde de l’humanité, quand les institutions publiques y ont échoué en raison d’un «&nbsp;institué&nbsp;» trop rigide, trop complexe ou insuffisamment financé.</p>



<p><strong>C’est pour cette raison que les coupes opérées actuellement dans le secteur social et associatif – baisse de la déduction fiscale pour les dons, diminution des subventions, suppression du budget fédéral pour le «&nbsp;Plan grand froid&nbsp;» et de la subvention aux CPAS pour la Participation et l’Activation Sociale (Fonds PAS), etc. – sont gravissimes&nbsp;: elles portent atteinte à la possibilité, pour des milliers de personnes, de se sentir exister, de compter parmi les humains, tout simplement.</strong></p>



<p>Et, au regard de la citation d’ouverture («&nbsp;Les institutions existent pour rendre possible une vie bonne dans une société juste&nbsp;»), que dire d’un État qui s’attaque frontalement à ses propres institutions&nbsp;: assurance chômage, CPAS, culture, enseignement, Sénat… et aux associations qui tentent d’en combler les manquements&nbsp;?&nbsp;</p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;L’ambivalence des institutions. Marcher sur des chemins non-tracés, 22 novembre 2025, Erpent. Journée annuelle de “La théologie par les pieds”, coorganisée par Action Vivre Ensemble, le CEFOC et le journal “L’Appel” notamment. Voir <a href="https://latheologieparlespieds.be/">latheologieparlespieds.be</a></div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir l’analyse d’Action Vivre Ensemble, Pauvreté et humiliation : vers une société de la reconnaissance ?, 2024. Disponible sur <a href="https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2024-16/">vivre-ensemble.be</a></div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir l’analyse d’Action Vivre Ensemble, De la lasagne industrielle à la soupe du jardin, 2023. Disponible sur <a href="https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2023-04/">vivre-ensemble.be</a></div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Lire&nbsp;Conscience contre violence de Stefan Zweig (1936), disponible en Livre de Poche.</div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Analyse Statut cohabitant : à quand la fin ?, Action Vivre Ensemble, 2022. Disponible sur <a href="https://vivre-ensemble.be/publication/analyse-2022-01/">vivre-ensemble.be</a></div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Garantie de revenus aux personnes âgées</div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.onem.be/documentation/montants/allocation-d-insertion">onem.be</a></div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Dans ce cas vécu, l’ONEM pouvant verser l’allocation dans les 10 premiers jours du mois, une réclamation ne peut être introduite avant. Le temps que la situation se régularise, cela fait presque 2 semaines sans aucun revenu.</div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;HAMANT, Olivier, La troisième voie du vivant, éd. Odile Jacob, Paris, 2022.</div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La gratuité scolaire, nouvelle victime des mesures contre les plus vulnérables</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2025-14/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 20 Nov 2025 13:24:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Elle était déjà insuffisamment développée en Fédération Wallonie-Bruxelles, la voici encore fragilisée : la gratuité scolaire est, malgré un rétropédalage partiel, une des victimes des économies décidées par le gouvernement francophone pour assainir ses finances. ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="titre-trois">Elle était déjà insuffisamment développée en Fédération Wallonie-Bruxelles, la voici encore fragilisée&nbsp;: la gratuité scolaire est, malgré un rétropédalage partiel, une des victimes des économies décidées par le gouvernement francophone pour assainir ses finances. Pourtant, malgré le caractère obligatoire de la gratuité d’accès à l’éducation, celle-ci est loin d’être assurée pour les familles les plus vulnérables. La gratuité scolaire doit être pensée dans sa globalité et comme un droit universel, non pas comme une aide sociale réservée aux plus défavorisé.es. En filigrane, la question interroge également l’adéquation des politiques scolaires à la réalité des familles de 2025, par exemple celle des familles monoparentales et/ou des familles en situation de précarité. Il est également indispensable, pour des raisons sociales comme de santé publique, de permettre le financement de repas gratuits pour les élèves du fondamental.</p>



<p>Le récent conclave budgétaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles a abouti à l’annonce d’économies à hauteur de 260 millions d’euros pour l’exercice 2026, avec la perspective d’économies de 500 millions à la fin de la législature, en 2029<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup>. Enseignement, culture, éducation permanente, le mantra répété par la ministre-présidente de la Communauté française, Elisabeth Degryse (Les Engagés), est que <em>«&nbsp;chacun fait sa part&nbsp;»</em>. Certaines mesures sont évidemment plus douloureuses que d’autres et, à l’heure où Action Vivre Ensemble fait campagne sur le droit à l’éducation<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup>, les limitations à la gratuité scolaire<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup> sonnent comme un retour en arrière qui, une nouvelle fois, frappe surtout les personnes les plus précarisées.</p>



<p>La ministre de l’Éducation, Valérie Glatigny (MR), formulait la réforme de la gratuité scolaire alors sur la table en ces termes&nbsp;<em>: « Il y aura une révision des mécanismes spécifiques de gratuité. Il y a deux mécanismes en particulier : des montants ‘gratuité’ pour les fournitures scolaires et également des montants ‘gratuité’ qui permettent de financer des repas scolaires dans les écoles les plus défavorisées – donc ce sont les classes avec un indice socio-économique de 1 à 5<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup>. Il est prévu de mettre à disposition une partie des montants ‘gratuité’ dans les allocations de fonctionnement des établissements. On supprime les dispositifs actuels de gratuité de la 1<sup>re</sup> à la 3<sup>e</sup> primaire et on les reverse dans les allocations de fonctionnement en faisant une légère économie. Il y a également l’obligation d’une mise à disposition gratuite de fournitures scolaires pour les élèves qui en ont le plus besoin jusqu’en 6<sup>e </sup>primaire.<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup>»</em></p>



<p>Si on lisait ceci en diagonale, on serait en droit de se dire&nbsp;: chic, la gratuité des fournitures scolaires est désormais étendue de la 3<sup>e</sup> primaire à la 6<sup>e</sup> primaire et les écoles auront plus de latitude pour attribuer lesdites fournitures et des repas scolaires. C’est le contraire&nbsp;: le dispositif ‘fournitures’ était purement et simplement supprimé et rendu «&nbsp;possible&nbsp;» jusqu’à la 6<sup>e</sup>. Et les repas seront encore moins aisés à obtenir que dans le passé. Comme le soulignait alors la Ligue des familles<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup>, les mesures annoncées sont à la fois ingérables et inacceptables. En effet, dans un contexte d’économies, les enveloppes de fonctionnement ne seront pas élargies, au contraire même puisqu’elles seront partagées entre plus d’écoles. Selon les projections, cela signifierait une augmentation des coûts de la rentrée en termes de fournitures scolaires de 104 euros par famille<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Dans un premier temps, une stigmatisation inacceptable</h2>



<p>Mais l’aspect le plus ingérable et le plus inacceptable, c’était le caractère stigmatisant de cette mesure. Protégée par la Constitution<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup> et par nombre d’engagements internationaux de la Belgique<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup>,<strong> la gratuité d’accès à l’éducation ne doit pas être vue comme une aide sociale destinée aux plus pauvres.</strong> Il s’agit d’un droit universel, de même que le droit de vote n’est pas réservé à telle ou telle couche de la population. <strong><em>«&nbsp;La gratuité scolaire est un droit, pour tous les enfants. Chacun y a droit, puisque chaque famille contribue déjà au financement du service public d’enseignement, à proportion de ses capacités financières via l’impôt&nbsp;»</em>,</strong> résume Merlin Gevers, de la Ligue des familles<sup class="modern-footnotes-footnote ">10</sup>.</p>



<p>Au-delà même du principe, c’est, on l’a dit, le caractère stigmatisant de cette mesure qui était inapproprié. La ministre Glatigny a souvent expliqué qu’elle estimait la gratuité universelle injuste car… elle profiterait aussi à ceux et celles qui n’en ont pas besoin&nbsp;(comme les allocations familiales, alors) ! &nbsp;Du coup, pour que la mesure ne «&nbsp;profite&nbsp;» qu’aux «&nbsp;pauvres&nbsp;», la logique qui était privilégiée était inversée et se transformait en stigmatisation. <em>«&nbsp;La ministre Glatigny souhaite (…) réserver la distribution du petit matériel scolaire aux seules familles en difficultés financières. Ceci transformerait concrètement la gratuité universelle en une aide sociale réservée à certain·es. Ce projet complexifierait énormément la tâche des écoles. Il engendrerait un sentiment d’arbitraire intolérable, découlant de “l’effet de seuil” généré (“pourquoi la famille Michel devrait-elle bénéficier de son droit fondamental à la gratuité scolaire, mais pas la famille Durant qui gagne 25 euros de plus par mois ?”). Il stigmatiserait les enfants de pauvres qui recevraient les crayons et classeurs de l’État devant leurs condisciples fournis par leurs parents… Et il violerait le droit fondamental.»</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">11</sup></p>



<p>On parle de stigmatisation car cette vision libérale aboutit à contraindre les plus défavorisé·es à se “<em>déclarer pauvres”</em>, ce qui pourrait avoir comme conséquence un non-recours aux droits, en plus de l’effet psychologique désastreux que peut avoir une telle démarche. À cela, évidemment, s’ajoute l’impossibilité pratique, pour une école, de procéder à un tel «&nbsp;tri&nbsp;» ou d’effectuer des distributions «&nbsp;à la tête du client&nbsp;». La Flandre pratique exactement l’inverse, distribuant le petit matériel scolaire jusqu’à la fin des primaires. Selon un sondage tout récent de la Ligue des familles, 9 parents sur 10 sont favorables à ce dispositif sans distinction socio-économique et 85% d’entre eux soutiennent son extension<sup class="modern-footnotes-footnote ">12</sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Rétropédalage partiel</h2>



<p>Toutefois, un peu moins d’un mois après ces annonces, le gouvernement francophone a réalisé un rétropédalage lors de la rédaction de son avant-projet de décret. Partiel car il revient sur quelques-uns des aspects les plus critiquables de cette réforme sans les éloigner tous. Le 3 novembre 2025, on apprenait effectivement que le gouvernement de la FW-B faisait marche arrière et reconnaissait l’obligation constitutionnelle d’assurer ces fournitures à tous les élèves<sup class="modern-footnotes-footnote ">13</sup>. Toutefois, le budget alloué à la gratuité des fournitures étendue à l’ensemble du fondamental descendra, à la rentrée 2026, de 24 à 11 millions d’euros, ce qui équivaut à voir divisé par trois le budget par enfant (20,46 euros dans le maternel contre 62,58&nbsp;actuellement; 24,52 euros dans le primaire contre 77 actuellement). De plus, une partie de la responsabilité est reportée sur les épaules des directions d’écoles, qui, déjà débordées, devront organiser cette gratuité. <em>«&nbsp;Comment les écoles vont-elles pouvoir fournir le matériel nécessaire à tous les élèves avec des moyens autant diminués ?&nbsp;»,</em> s’interroge la Ligue des familles<sup class="modern-footnotes-footnote ">14</sup>.</p>



<p>Même si les orientations budgétaires sont aujourd’hui prises, il y a aujourd’hui, de l’avis des acteurs de terrain concernés, nécessité de&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Réintroduire la gratuité scolaire</strong>, en ne la limitant pas aux trois premières années du primaire mais en l’étendant à tout le fondamental, et cela sans discrimination ou distinction sociale&nbsp;;</li>



<li><strong>Attribuer l’évaluation externe sur la gratuité</strong> et à en tirer les conclusions, ainsi qu’à <strong>restaurer l’inspection de la gratuité</strong> dans les écoles, supprimée par la ministre Glatigny<sup class="modern-footnotes-footnote ">15</sup>.</li>
</ul>



<h2 class="wp-block-heading">À quand des repas gratuits pour chaque élève&nbsp;?<strong> &nbsp;</strong></h2>



<p>Alors qu’un enfant sur <a>quatre vit</a> sous le seuil de pauvreté en Wallonie et que 4 sur enfants sur 10 sont dans ce cas à Bruxelles<sup class="modern-footnotes-footnote ">16</sup>, le besoin de repas gratuits à l’école est une question sociale autant que de santé publique. Dans nombre d’écoles, il n’est pas rare que les enfants arrivent sans la moindre nourriture pour passer la journée ou alors avec des aliments inadaptés à leurs besoins nutritifs (snacks, chips, confiseries, restes de la veille…).</p>



<p>Comme le résume la revue <em>Tchak</em>, <em>«&nbsp;rendre les cantines scolaires gratuites et de qualité est un puissant moyen de faire évoluer l’ensemble de la société vers une alimentation plus durable. Et de lutter contre les inégalités scolaires engendrées par les inégalités sociales&nbsp;»</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">17</sup>.</p>



<p>Pour toutes ces raisons, les dispositifs – communaux ou de la FW-B<sup class="modern-footnotes-footnote ">18</sup> – étaient les bienvenus malgré les limitations (priorité aux écoles à indice socio-économique faible&nbsp;: seules 425 sur 2500 écoles concernées). Mais, aujourd’hui, la Fédération restreint ces possibilités&nbsp;: les moyens dont bénéficient les écoles à encadrement différencié (c’est-à-dire celles qui bénéficient d’un meilleur encadrement car elles concentrent un public défavorisé) pour organiser des repas sont réduits de 21,4 à 8,2 millions d’euros, et dilués dans deux fois plus d&rsquo;écoles. Ceci entraine que le subside moyen par repas passe de 3,70 € à 43 cents.&nbsp;Le décret qui organisait les repas gratuits sera abrogé, laissant aux écoles la liberté théorique de les organiser, mais avec des moyens qui concrètement ne le permettent plus dans les faits. De manière plus large, les communes sont de plus en plus étranglées par le fédéral, singulièrement vu la limitation dans les temps des allocations de chômage et leur impact à venir dès 2026 sur les CPAS, insuffisamment refinancés.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="840" height="560" src="https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2025/11/renaud-confavreux-jtWrfcG0qD4-unsplash.jpg" alt="Un enfant devant un repas, en train de manger avec les mains" class="wp-image-40447" srcset="https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2025/11/renaud-confavreux-jtWrfcG0qD4-unsplash.jpg 840w, https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2025/11/renaud-confavreux-jtWrfcG0qD4-unsplash-300x200.jpg 300w, https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2025/11/renaud-confavreux-jtWrfcG0qD4-unsplash-768x512.jpg 768w, https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2025/11/renaud-confavreux-jtWrfcG0qD4-unsplash-600x400.jpg 600w" sizes="(max-width: 840px) 100vw, 840px" /><div class="image-licence" style="text-align: right; margin-top: 5px; font-size: 0.8em; color: #666; font-style: italic;">Licence : photo par Renaud Confavreux (unsplash)</div></figure>
</div>


<p>Il y a donc lieu de réclamer l’octroi d’un repas gratuit par jour pour chaque enfant à l’école, encore une fois sans discrimination. Comme le droit à l’éducation, le droit à l’alimentation est universel. Par ailleurs, nul n’indique que les repas pris sur le temps scolaires par les élèves les plus favorisé·es, <em>a fortiori</em> quand ils et elles sortent de l’école pour aller dans un snack ou un fast-food, sont plus sains que ceux des élèves les moins favorisé.es.</p>



<p>Au sujet des repas, se pose une question purement technique. Le temps de midi, puisque les enfants ne sont pas obligés de rester à l’école, n’est pas en tant que tel considéré comme du temps scolaire dans l’enseignement obligatoire alors qu’il est bien considéré comme tel dans les textes sur l’accueil de l’enfance<sup class="modern-footnotes-footnote ">19</sup>. Il est plus que temps de corriger cette absurdité, qui remonte à une époque patriarcale. Beaucoup d’acteurs de terrain militent pour la reconnaissance du temps de midi en tant que temps scolaire. D’autant plus que cet archaïsme aboutit à de nouvelles discriminations contraires au principe de gratuité scolaire&nbsp;: d’une part, les surveillances durant le temps extra-scolaire<sup class="modern-footnotes-footnote ">20</sup> (matin, midi, soir) peuvent être payantes selon les écoles<sup class="modern-footnotes-footnote ">21</sup>&nbsp;; d’autre part, l’exclusion du midi du temps scolaire sert d’argument à la ministre pour considérer que cette obligation n’incombe pas à la Fédération.</p>



<p>En filigrane, cette question des repas scolaires pose aussi une question sociétale rarement prise en compte&nbsp;: les temps scolaires ne correspondent plus réellement aux temps de la «&nbsp;vraie vie&nbsp;». Si la réforme des rythmes scolaires (7 semaines de cours-2 semaines de congé, moins de vacances l’été), instaurée en 2022 en FW-B, fait aujourd’hui la quasi-unanimité, les horaires quotidiens semblent moins correspondre à la réalité des familles de 2025 (activité professionnelle des femmes, télétravail, flexibilisation du travail, spécialement précaire, temps de transports…), singulièrement quand on se penche sur le quotidien des familles monoparentales, <em>a fortiori</em> présentant des risques de précarité.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’abaissement de l’obligation scolaire à 3 ans</h2>



<p>À la différence des autres matières liées à l’enseignement, l’obligation scolaire est une compétence fédérale. L’abaissement de cette obligation scolaire de 5 à 3 ans figure dans la déclaration gouvernementale de l’Arizona (gouvernement De Wever – N-VA, MR, CD&amp;V, Les Engagés,&nbsp;Vooruit). Elle est évidemment soutenue par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (MR, Les Engagés). Il y a donc de fortes chances que cette mesure entre en application d’ici à 2029. En réalité, le taux d&rsquo;inscription des enfants de 3 ans&nbsp;est déjà de 96,6% en Wallonie et 85,5% à Bruxelles.</p>



<p>Pourquoi l’aborder ici dans le cadre de la précarité&nbsp;? Parce que, comme le relève Frédéric Nils, professeur à l’UCLouvain, <em>«&nbsp;il y a (…) consensus sur la question (de savoir si cet abaissement permet de mieux lutter contre les inégalités sociales). Le débat, en Belgique, ne date pas d&rsquo;hier. Si la scolarité démarre précocement, par exemple vers l&rsquo;âge de trois ans, cela a pour effet de réduire les inégalités sociales à l&rsquo;école. En réalité, les années du cycle maternel permettent de réduire et de gommer les différences de niveau entre les élèves qui sont dues à des inégalités sociales. Il y a d&rsquo;ailleurs des travaux qui montrent que contrairement à ce que l&rsquo;on pourrait espérer, toute la scolarité n&rsquo;a pas un impact positif en termes de diminution des inégalités sociales… mais seulement la scolarité maternelle&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">22</sup>.</em></p>



<p>Pourquoi&nbsp;? À condition qu’une période d’adaptation soit prévue et, <em>«&nbsp;pour autant que l&rsquo;école ait les moyens de garantir un accueil de qualité pour chacun et tienne compte des besoins particuliers des élèves touchés par une précarité multidimensionnelle&nbsp;»</em>, l’abaissement de l’obligation scolaire à 3 ans peut changer beaucoup de choses. <em>«&nbsp;Grandir dans la précarité, c&rsquo;est être exposé à l&rsquo;insécurité, à plus de risque de violences et à moins de suivi parental. Un tel environnement rend l&rsquo;enfant moins réceptif aux apprentissages. Des services d&rsquo;aide précoce soulignent l&rsquo;intérêt d&rsquo;une obligation scolaire à 3 ans à condition que l&rsquo;école passe le relais pour une meilleure prise en charge de soutien à la périnatalité des familles&nbsp;: à&nbsp;5 ans, c&rsquo;est parfois trop tard pour voir que des enfants ont des retards de développement ou, éventuellement, subissent de la négligence ou de la maltraitance&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">23</sup>.</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">Conclusion&nbsp;?</h2>



<p>La gratuité scolaire n’est évidemment pas la réponse à tous les problèmes de précarité qui se posent dans une société où, non seulement, elle progresse fortement mais où, de plus, les publics les plus vulnérables sont ciblés en permanence par les politiques populistes ou franchement réactionnaires. Célébrée pour son État-providence, la Belgique possède un des taux de pauvreté infantile les plus élevés d’Europe et l’on peut difficilement ne pas faire de lien entre ces statistiques et l’absence de dispositifs suffisants. Le Délégué général aux droits de l’enfant (DGDE) le rappelle<sup class="modern-footnotes-footnote ">24</sup>&nbsp;: <em>«&nbsp;La gratuité scolaire n’est ni une faveur ni une aide sociale, elle fait partie du droit à l’éducation garanti par notre Constitution et par la Convention Internationale relative aux Droits de l’Enfant. (…) La gratuité scolaire ne relève pas de considérations politiques ou philosophiques mais bien des droits fondamentaux de tous les élèves de la Fédération Wallonie-Bruxelles. En ce sens, elle devrait rassembler toutes les décideuses et tous les décideurs sur le principe de l’intérêt supérieur de nos enfants. »</em></p>



<p>On devrait en réalité parler d’un droit à l’éducation sans frais et pas seulement d’un droit à l’éducation. <strong><em>«&nbsp;Il ne suffit pas de pouvoir inscrire gratuitement un enfant dans une école pour dire que l’accès à l’éducation est garanti&nbsp;»</em></strong> résume Nadia Echadi, fondatrice de l’asbl bruxelloise Maxi-Liens.</p>



<p>Tout récemment, le Délégué général aux droits de l’enfant a d’ailleurs formulé neuf recommandations <em>«&nbsp;pour une école plus juste et plus inclusive&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">25</sup></em>&nbsp;: l’extension de la gratuité scolaire y figure en bonne place à côté des questions sanitaires, de transport, de harcèlement, de suivi pédagogique et psychologique.</p>



<p>Il faut envisager effectivement la gratuité scolaire dans sa globalité, la maintenir et l’étendre&nbsp;: l’accès à l’école, les fournitures, le plafonnement des excursions et voyages et le repas de midi, tout ceci fait partie du même sujet et figure dans les recommandations du DGDE au gouvernement de la FW-B. &nbsp;<em>«&nbsp;La première des responsabilités du gouvernement, c’est de mettre en œuvre les engagements juridiques appelant la Fédération Wallonie-Bruxelles à arriver progressivement à la gratuité complète de l’école&nbsp;», </em>dit la Ligue des familles<sup class="modern-footnotes-footnote ">26</sup>. Car, comme le résume un rapport de la Fondation Roi Baudouin sur la déprivation des enfants, <em>«&nbsp;investir dans l’enfance ne doit pas être considéré comme un coût pesant sur les finances d’un pays, mais comme un investissement générant un rendement élevé par sa contribution à la croissance inclusive du pays. Assurer un revenu suffisant et un accès effectif aux services aux enfants déprivés et à leurs familles n’est pas seulement une obligation au regard des droits humains, mais aussi une question de bon sens économique&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">27</sup>.</em></p>



<p></p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Communiqué de presse du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, 10 octobre 2025&nbsp;: <a href="https://degryse.cfwb.be/home/communiques-de-presse/presses/budget-2026-2029-accord-au-gouvernement-de-la-federation-wallonie-bruxelles-pour-garder-sous-controle-le-deficit-budgetaire.html">degryse.cfwb.be</a></div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;WINANDY, Noémie,&nbsp;Le poids du cartable. Quand la précarité pèse sur le droit à l’éducation, étude Action Vivre Ensemble, septembre 2025. Disponible sur <a href="https://vivre-ensemble.be/publication/le-poids-du-cartable-quand-la-precarite-pese-sur-le-droit-a-leducation/">vivre-ensemble.be</a></div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;On avait déjà appris, quelques semaines plus tôt, que l’évaluation externe, attendue pour fin 2026 et censée faire le bilan de la gratuité des primaires 1 à 3 avant une extension en 4e, n’avait tout simplement pas été attribuée par la FWB&nbsp;(<a href="https://www.lesoir.be/701376/article/2025-09-26/la-gratuite-scolaire-un-dossier-enlise-dans-la-procedure">lesoir.be</a>).</div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;L’indice socio-économique (ISE) des établissements est calculé en agrégeant les revenus, les niveaux de diplôme, l’activité professionnelle, les taux de chômage et d’activité&nbsp;et la proportion de bénéficiaires d’une aide sociale des parents d’une école.</div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Lors de la conférence de presse du gouvernement de la FW-B, le&nbsp;10 octobre 2025.</div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;GEVERS, Merlin, L’école sera plus coûteuse encore… et les enfants en paient le prix, Analyse Ligue des familles, octobre 2025. Disponible sur <a href="https://liguedesfamilles.be/storage/41142/251015-Analyse---L%C3%A9cole-sera-plus-couteuse-encore.pdf">liguedesfamilles.be (PDF)</a></div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;VANDENABEELE, Caroline, Les enfants de familles en difficulté financière vont devoir porter la honte de leur pauvreté jusque dans leur cartable dans La Libre, 14 octobre 2025. Disponible sur « Les enfants de familles en difficulté financière vont devoir porter la honte de leur pauvreté jusque dans leur cartable » &#8211; La Libre</div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Article 24&nbsp;: «&nbsp;L&rsquo;accès à l&rsquo;enseignement est gratuit jusqu&rsquo;à la fin de l&rsquo;obligation scolaire».</div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;De nombreux textes fondamentaux, nationaux et internationaux, garantissent le droit à l’enseignement et à l’éducation. La gratuité d’accès à l’enseignement obligatoire permet de garantir ce droit, elle est donc elle aussi garantie par ces textes fondamentaux&nbsp;(<a href="http://www.enseignement.be/index.php?page=26782&amp;navi=3390">enseignement.be/index.php?page=26782</a>).</div><div>10&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;GEVERS, Merlin, La gratuité scolaire pour tout le monde ou en option&nbsp;? dans Politique, juin 2025. Disponible sur <a href="https://www.revuepolitique.be/la-gratuite-scolaire-pour-tout-le-monde-ou-en-option/">revuepolitique.be</a>&nbsp;; <a href="https://shs.cairn.info/revue-nouvelle-2025-2-page-88?lang=fr">shs.cairn.info</a></div><div>11&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem.</div><div>12&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;GEVERS, op. cit.</div><div>13&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;BURGRAFF, Eric, Fournitures scolaires&nbsp;: le budget par élève divisé par trois dans Le Soir, 3 novembre 2025. Disponible sur <a href="https://www.lesoir.be/708625/article/2025-11-03/fournitures-scolaires-le-budget-par-eleve-divise-par-trois">lesoir.be</a></div><div>14&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ligue des familles, post Facebook, 3 novembre 2025.</div><div>15&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://liguedesfamilles.be/article/valerie-glatigny-suspend-linspection-de-la-gratuite-scolaire-dans-les-ecoles-un-recul-majeur-pour-les-familles-et-les-enfants">liguedesfamilles.be</a></div><div>16&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.unicef.be/fr/plaidoyer/le-plaidoyer-sur-divers-themes-politiques/la-pauvrete-infantile">unicef.be</a></div><div>17&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;WU, Sang-Sang, Rendre les cantines scolaires gratuites et de qualité dans Tchak, 4 juin 2024. Disponible sur <a href="https://tchak.be/index.php/2024/06/04/rendre-les-cantines-scolaires-gratuites-et-de-qualite/">tchak.be</a></div><div>18&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://economie.wallonie.be/demandes/3423_demander-une-subvention-pour-des-repas-gratuits-sains-et-durables-dans-l-enseignement-fondamental.html">economie.wallonie.be</a></div><div>19&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="http://www.enseignement.be/index.php?page=26778&amp;navi=3386">droitsdelenfant.be</a></div><div>20&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.ufapec.be/positions-de-l-ufapec/20190827-position-accueil-extrasco-inegalites.html">ufapec.be</a></div><div>21&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://liguedesfamilles.be/article/400-euros-par-an-pour-midi-a-lecole">liguedesfamilles.be</a></div><div>22&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;DIVE, Alice, La scolarisation précoce permet-elle vraiment de gommer les inégalités sociales&nbsp;? dans La Libre, 20 février 2025. Disponible sur <a href="https://www.lalibre.be/debats/entretiens/2025/02/20/la-scolarisation-precoce-permet-elle-vraiment-de-gommer-les-inegalites-sociales-MPXU2C4SEZHNFBV3PP3TUEN5WE/">lalibre.be</a></div><div>23&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;HOUSSONLOGE, Dominique, Obligation scolaire à 3 ans&nbsp;: un levier pour les publics vulnérables&nbsp;?, Analyse Ufapec, décembre 2024. Disponible sur <a href="https://www.ufapec.be/nos-analyses/1924-obligation-scolaire-3ans-echec.html">ufapec.be</a></div><div>24&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.defenseurdesenfants.be/article/gratuite-de-l-enseignement-peril-en-federation-wallonie-bruxelles">defenseurdesenfants.be</a></div><div>25&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;VANDENABEELE, Caroline, Harcèlement, redoublement, frais… Face aux problématiques scolaires, le Délégué général aux droits de l’enfant imagine une école ‘plus juste’ dans La Libre, 29 octobre 2025. Disponible sur <a href="https://www.lalibre.be/belgique/enseignement/2025/10/29/harcelement-redoublement-frais-face-aux-problematiques-scolaires-le-delegue-general-aux-droits-de-lenfant-imagine-une-ecole-plus-juste-Q4Q5U2FHMRBLPKJJ4GDQI3UY7Q/">lalibre.be</a></div><div>26&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;GEVERS, op. cit.</div><div>27&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;GUIO, Anne-Catherine et VAN LANCKER, Wim, La déprivation des enfants en Belgique et dans ses régions&nbsp;: que disent les nouvelles données, rapport Fondation Roi Baudouin, octobre 2023. Disponible sur <a href="https://kbs-frb.be/fr/la-deprivation-des-enfants-en-belgique-et-dans-ses-regions-que-disent-les-nouvelles-donnees-0">kbs-frb.be</a></div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Étrangers et voyageurs sur cette terre. Plaidoyer contre une instrumentalisation du droit à des fins politiques</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2025-11/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 25 Sep 2025 12:39:10 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Au départ d’une lettre co-signée par le Premier ministre belge à la Cour européenne des Droits de l’Homme, un important débat médiatique a eu lieu sur le rôle et le fonctionnement de la Cour étant donné les questions sécuritaires et migratoires actuelles. ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="titre-trois">Au départ d’une lettre co-signée par le Premier ministre belge à la Cour européenne des Droits de l’Homme, un important débat médiatique a eu lieu sur le rôle et le fonctionnement de la Cour étant donné les questions sécuritaires et migratoires actuelles.&nbsp; Dans cette analyse, issue d’une carte blanche parue dans <em>La Libre Belgique</em>, Action Vivre Ensemble identifie les enjeux et risques pour notre démocratie européenne, tel que le droit instrumentalisé à des fins politiques. Dans un contexte anxiogène, chaque &nbsp;citoyen∙ne belge (et <em>in extenso</em> européen∙ne) doit avoir accès à d’autres grilles de lecture que celles issues de certains discours simplistes nourris par la peur. Chacun·e d’entre nous doit pouvoir faire usage des garde-fous qui nous restent… &nbsp;et que nous devons défendre.</p>



<p>Le 22 mai 2025, le Premier ministre belge Bart De Wever a adressé avec huit autres pays européens une lettre à la Cour européenne des Droits de l’Homme (CEDH)<em><sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup></em>. C’est à l’initiative des Premières ministres d’Italie et du Danemark  (Giorgia Meloni et Mette Frederiksen) que la Belgique, l’Autriche, la République tchèque, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie et la Pologne ont interpellé l’instance pour lui demander de laisser plus de libertés aux pays membres. Leur revendication : avoir plus d’autonomie pour lutter contre l’immigration illégale et, plus concrètement, avoir la possibilité d’expulser des migrants ayant commis des actes graves<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup>.</p>



<p>Un article publié<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup> par le journal <em>La Croix</em> (modifié le 23 mai) cite des extraits de cette lettre et montre ainsi la volonté des auteurs de remettre en question la Convention européenne des Droits de l’Homme<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup> qu’ils jugent dépassée au vu des réalités actuelles : il est « <em>nécessaire d’entamer une discussion sur la manière dont les conventions internationales répondent aux défis auxquels nous faisons face aujourd’hui ».</em></p>



<p>Un des points communs de ces responsables politiques est leur vision de l’immigration et des «&nbsp;risques&nbsp;» pour leurs pays. À titre d’exemple, nous pouvons citer l’action de Giorgia Meloni qui projette de&nbsp; faire construire, en Albanie, des centres dits d’accueil (aux yeux de nos associations, ce sont des centres de rétention) pour les migrants interpellés en mer par les autorités italiennes<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup>.</p>



<p>Dans le cas qui nous occupe, les neuf ministres souhaitent se voir octroyer plus de liberté et pouvoir ainsi renvoyer des étrangers qui, cite le journal <em>La Libre Belgique<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup></em>  « <em>ont profité de notre hospitalité pour commettre des délits et faire en sorte que d’autres personnes se sentent en danger</em> ». En bref, renvoyer « chez eux » des étrangers migrants, en situation irrégulière et responsables d’actions criminelles.  </p>



<p>En tant que membres de la société civile, cela nous pose question, et ce à plusieurs niveaux.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le principe de la séparation des pouvoirs, un garde-fou à défendre</h2>



<p>Rappelons que le texte intitulé «&nbsp;Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales&nbsp;» est un traité international qui a été signé peu de temps après la deuxième guerre mondiale (en 1950) par les États membres du Conseil de l’Europe pour protéger les droits de l’Homme et les libertés fondamentales. Le niveau supranational de la Cour, créé pour contrôler son respect par les pays, montre la volonté originale de garantir le principe de séparations des pouvoirs&nbsp;: <strong>le droit ne peut être utilisé comme instrument politique</strong>. Il s’agit d’une balise importante de nos sociétés démocratiques que les neuf ministres signataires de la lettre à la Cour européenne essaient de contourner&nbsp;: <em>«&nbsp;Nous croyons que l’évolution de l’interprétation de la Cour a, dans certains cas, limité notre capacité à prendre des décisions politiques dans nos propres démocraties&nbsp;» </em>cite le journal<em> La Croix.</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">Le pouvoir d’un langage simpliste et anxiogène</h2>



<p>Ensuite, il y a un risque de voir des politiques être établies sur base d’un nombre de cas limités. Nous constatons une dérive du langage politique (non seulement au niveau international mais également en Belgique) ainsi que le développement de discours populistes basés sur la peur des citoyens. Ainsi, quand les signataires de la lettre disent «&nbsp;<em>En toute modestie, nous pensons que notre approche est fortement alignée sur celle de la majorité des citoyens européens&nbsp;</em>»<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup> nous assistons à un cercle vicieux dans lequel, la peur ressentie par quelques un·es est instrumentalisée pour justifier de mesures&nbsp;; cette peur étant elle-même nourrie par des discours anxiogènes.</p>



<p class="chapo">Ce type d’initiatives contribue donc à normaliser un discours de plus en plus radical sur la migration.</p>



<p>De plus, ces discours, simplistes, donnent des informations partiales voire erronées.</p>



<p>Ainsi, en réponse à cette lettre, 15 professeurs de droit de plusieurs universités belges ont réagi. Dans leur carte blanche, publiée par le journal <em>Le Soir<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup></em>, ils déconstruisent certains arguments avancés par les Premiers ministres.</p>



<p>Premièrement, ils et elles insistent sur l’importance de l’indépendance de la Cour en démontrant sa recherche, constante, d’équilibre entre d’une part la base légale tout en tenant compte, d’autre part, du but légitime afin que la décision soit proportionnée. Ensuite, ces professeurs montrent, jurisprudence à l’appui, que de nombreuses décisions de la Cour donnent raison aux autorités nationales. Une limite existe… les renvois ne sont empêchés que, disent-ils «&nbsp;<em>face à des risques très sérieux pour l’intégrité&nbsp;des (personnes) concernées</em>&nbsp;». En d’autres termes, la Cour s’oppose, même dans des cas très sérieux comme la lutte contre le terrorisme, au renvoi des personnes si, une fois dans leur pays d’origine, elles sont susceptibles de subir des cas de torture, par exemple. Ce qui doit primer est notre respect de la dignité humaine.</p>



<p>Cette carte blanche a suscité des réactions. Soulignons par ailleurs que ces échanges par voie de presse montrent l’intérêt d’un débat public sur une question essentielle à nos démocraties. Dans une contribution publiée par <em>La Libre Belgique</em>, le professeur Marc Bossuyt, ancien commissaire général aux réfugiés et apatrides, s&rsquo;en est pris avec véhémence  aux auteurs de la carte blanche<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup>.  </p>



<p>Plusieurs affirmations du Prof. Bossuyt nous paraissent devoir être rectifiées, voire dénoncées, notamment parce qu&rsquo;elles participent à la confusion ambiante autour des questions de migration, confusion dont les migrants sont souvent les premières victimes.</p>



<p>La première de ces affirmations est la suivante : «&nbsp;<em>En 2012, la Cour a jugé que la Belgique avait violé l&rsquo;interdiction de la torture parce qu&rsquo;elle avait déporté au Kurdistan un Irakien (M.S.) reconnu coupable de terrorisme en Belgique. Cependant, il n&rsquo;apparaît nulle part qu&rsquo;il y ait été maltraité&nbsp;».</em></p>



<p>Sous les apparences du bon sens, une telle affirmation est, à la réflexion, renversante : le fait qu&rsquo;une personne n&rsquo;ait pas été torturée dans un pays connu pour pratiquer régulièrement la torture justifierait donc&nbsp;<em>a posteriori</em>&nbsp;qu&rsquo;elle y soit expulsée ? Il faudrait donc, pour interdire une telle expulsion, que la personne en question y soit d&rsquo;abord torturée ? À notre connaissance, <strong>toute analyse juridique doit prendre en compte la notion de risque, et le cas échéant, ce risque était avéré.</strong></p>



<p>Autre affirmation : «&nbsp;<em>Pendant la campagne du Brexit, l&rsquo;un des arguments forts avancés par les Brexiters était que la Cour européenne (…) empêchait l&rsquo;expulsion de terroristes. Il n&rsquo;y aurait pas eu de Brexit si 0,95 % des électeurs s&rsquo;étaient prononcés contre plutôt qu&rsquo;en faveur du Brexit&nbsp;».</em></p>



<p>Ici encore, la partialité de l&rsquo;analyse étonne. Les bons observateurs de l&rsquo;Union européenne s&rsquo;entendent très majoritairement à considérer que le Brexit est la conséquence prévisible d&rsquo;un grand malentendu initial, qui s&rsquo;est produit au moment de l&rsquo;adhésion du Royaume-Uni à la Communauté Économique Européenne. Pour ce dernier, il s&rsquo;agissait d&rsquo;abord d&rsquo;adhérer à un marché unique, alors que la phrase fondatrice du Traité de Rome évoquait bien le projet d&rsquo;une « <em>Union sans cesse plus étroite entre les peuples d&rsquo;Europe</em>« . Ici encore, on voit poindre d&rsquo;inquiétantes dérives du droit, ramené à un instrument politique censé notamment répondre au « chantage » d&rsquo;autres États, ainsi que l&rsquo;atteinte à l&rsquo;indépendance du pouvoir judiciaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Revenir à une lecture éthique des enjeux migratoires</h2>



<p>Face aux risques pour la démocratie évoqués ci-dessus, nos associations rappellent le rôle primordial que peut avoir le citoyen∙ne européen·e, dont belge&nbsp;: celui, bien sûr, de choisir ses élus en connaissance de cause, en analysant les programmes électoraux. Et, plus fondamentalement, en faisant acte d’une vigilance constante à l’égard des élus. Nous pouvons ici rappeler que les séances plénières de la chambre sont publiques et que celles-ci sont l’occasion pour les 150 députés élus de contrôler le gouvernement fédéral. Par ailleurs, le nombre d’arguments échangés par voie de presse dans la situation qui nous occupe, montre l’importance d’avoir une lecture critique&nbsp;: qui parle&nbsp;? Quelle est non seulement la manière dont les acteurs et actrices en présence se définissent mais aussi quels sont leurs actes&nbsp;?</p>



<p class="chapo">Il est urgent de revenir à une lecture éthique des enjeux migratoires.</p>



<p>Tout l&rsquo;enseignement social de l&rsquo;Église, rappelé avec force par les papes François et Léon, nous rappelle que, selon un passage fameux de l&rsquo;épître aux Hébreux, nous sommes&nbsp;<em>« des étrangers et des voyageurs sur cette terre »</em>. Le droit n&rsquo;a pas à privilégier le fort sur le faible ni à justifier des discriminations non fondées. Un criminel étranger n&rsquo;a pas à être jugé plus sévèrement qu&rsquo;un criminel belge. En outre, le recours à la notion de « crime » nous paraît également devoir être interrogée, en particulier au regard de l&rsquo;impunité dont jouissent actuellement les auteurs des pires d&rsquo;entre eux, crimes de guerre et crimes contre l&rsquo;humanité.</p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.echr.coe.int/fr/home">echr.coe.int</a></div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Cette analyse est issue d’une carte blanche publiée dans la Libre Belgique (16/06/2025) disponible sur <a href="http://sur https://www.lalibre.be/debats/opinions/2025/06/16/etrangers-et-voyageurs-sur-cette-terre-MTDIHPVNCFAP5NAPRRSEED3R4A/">lalibre.be</a> ainsi que d’une interview d’Axelle Fischer dans l’émission Décryptages de RCF (30/05/2025) disponible <a href="https://www.cathobel.be/podcast/decryptages-le-non-marchand-est-il-en-danger/">cathobel.be</a></div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.la-croix.com/international/convention-europeenne-des-droits-de-l-homme-neuf-pays-de-lue-appellent-a-sa-reinterpretation-20250523">la-croix.com</a></div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le texte complet  est disponible sur  <a href="https://www.cncdh.fr/sites/default/files/2022-02/cedh_0_1.pdf">cncdh.fr</a></div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Les juges italiens ont refusé de valider et, à l’heure d’écrire ces lignes, la question a été renvoyée à la Cour européenne de justice.</div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.lalibre.be/international/europe/2025/05/23/immigration-irreguliere-neuf-dirigeants-dont-bart-de-wever-estiment-que-la-justice-europeenne-protege-les-mauvaises-personnes-2WBJ4G7HHBDELJO3WXDUPBZ5ZY/">lalibre.be</a></div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Neuf pays, dont la Belgique, veulent plus de marge contre l’immigration illégale. La Libre Belgique, 24 et 25 mai 2025</div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.lesoir.be/677761/article/2025-05-26/la-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-obstacle-dans-les-politiques-migratoires">lesoir.be</a></div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.lalibre.be/debats/opinions/2025/05/27/les-neufs-donnent-ils-une-lecture-tronquee-de-la-justice-europeenne-Y7EO575S2NE4RFSEM3Z2NPV3EU/">lalibre.be</a></div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Le sans-abrisme à Bruxelles. La faute à personne, la faute à tout le monde ?</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2025-08/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 Aug 2025 08:11:08 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Chaque année, Bruss’help, la plateforme bruxelloise qui coordonne les dispositifs d’aides aux personnes sans-abri, réalise un recensement des personnes mal-logées [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="titre-trois"><strong>Chaque année, Bruss’help, la plateforme bruxelloise qui coordonne les dispositifs d’aides aux personnes sans-abri, réalise un recensement des personnes mal-logées ou sans-abri à Bruxelles. En 2025, elle a dénombré plus de 9777 personnes sans-abri ou mal logées. Des chiffres qui font froid dans le dos et qui représentent une augmentation de 25 % en seulement deux ans.</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Un problème politique aux conséquences dramatiques</h2>



<p>Le nombre de personnes sans-abri ne cesse donc d’augmenter<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup>. Pourtant, en signant la Déclaration de Lisbonne en 2021, la Belgique s’est engagée à éradiquer le sans-abrisme d’ici 2030 (voir encadré).</p>



<div class="wp-block-columns fond-bleu is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<p><strong>La Déclaration de Lisbonne reprend cinq lignes politiques&nbsp;:</strong> <strong>&nbsp;</strong> </p>



<ol class="wp-block-list">
<li><em>Personne ne dort dans la rue en l&rsquo;absence d&rsquo;un logement d&rsquo;urgence accessible, sûr et adéquat ;</em> </li>



<li><em>Personne ne vit dans des abris d&rsquo;urgence ou temporaires plus longtemps que nécessaire pour une transition réussie vers une solution de logement permanente ;</em> </li>



<li><em>Personne ne sort d&rsquo;une institution (prison, hôpital, établissement de soins) sans qu&rsquo;un logement convenable ne lui ait été proposé ;</em> </li>



<li><em>Les expulsions doivent être évitées dans la mesure du possible et personne n&rsquo;est expulsé sans bénéficier d&rsquo;une aide pour trouver une solution de logement convenable, si nécessaire ;</em> </li>



<li><em>Personne n&rsquo;est discriminé en raison de son statut de sans-abri.</em> </li>
</ol>



<p>Source&nbsp;: <a href="https://www.mi-is.be/fr/themes/presidence-belge-du-conseil-de-l-ue/fin-du-sans-abrisme-plus-que-6-ans-pour-y-parvenir" target="_blank" rel="noopener">Fin du sans-abrisme : plus que 6 ans pour y parvenir.</a> &nbsp;</p>
</div>
</div>



<p>La Belgique a donc encore une longue route à parcourir pour parvenir à ses engagements. Mais s’attaquer au problème du sans-abrisme nécessite une coordination qui n’est jamais chose aisée entre nos différents niveaux de pouvoir.</p>



<p>En effet, le sans-abrisme fait partie de ces matières qui touchent à de nombreux enjeux&nbsp;: le logement, évidemment, mais aussi la santé, l’emploi, la migration… Tant de compétences qui appartiennent à des niveaux de pouvoirs différents et donc, à différentes institutions. « <em>S’attaquer au sans-chez-soirisme nécessite de travailler sur trois leviers</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup> explique Sacha Hancart, avocat et assistant chargé de recherche à l’UCL Saint-Louis Bruxelles dont le domaine d’expertise est le sans-abrisme. « <em>Premièrement, il y a la prévention, c’est-à-dire éviter que les gens arrivent en rue. Deuxièmement, il y a l’accueil d’urgence, quand les personnes sont dans la rue. Et enfin, troisièmement, il y a la réinsertion&nbsp;: comment récupérer un logement, des droits sociaux. Or, à Bruxelles, ces trois axes sont éclatés entre plein d’entités. L’axe 1 par exemple, la prévention, ce sont tous les services d’aides aux personnes, les services de prévention,&nbsp;d’aide aux assuétudes, aux addictions aux drogues, mais aussi les services de médiations de dettes, les CPAS<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup>, qui sont concernés.</em> »</p>



<p><em>« Les gens tombent à la rue notamment parce qu’ils n’ont plus d’adresse, plus de domicile, donc plus d’accès à leurs droits sociaux. Il existe bien des systèmes pour obtenir une adresse fictive au CPAS, mais c’est compliqué à mettre en œuvre, les démarches peuvent être longues. <strong>Entre les dettes, les soucis de santé mentale, les assuétudes, etc. il y a plusieurs degrés de difficultés qui vont éloigner petit à petit les gens des structures d’aides et les faire tomber à la rue.</strong> Ces services de prévention sont liés à la personne et donc gérés par la COCOF et la Communauté flamande. »</em></p>



<div class="wp-block-columns red-message is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<h3 class="wp-block-heading">Sans-abrisme ou sans-chez-soirisme ?</h3>



<p>De nombreuses associations favorisent l’usage du terme ‘<em>sans-chez-soirisme’</em> à celui de <em>‘sans-abrisme’</em>. Le terme ‘<em>sans-chez-soirisme</em>’ est plus complet puisqu’il renvoie aux personnes sans-abri &#8211; qui dorment dans l’espace public &#8211; mais également celles et ceux qui n’ont pas de chez-soi, c’est-à-dire qui dorment dans des squats, dans des hébergements d’urgence, qui sont temporairement logé·es par des proches, etc. &nbsp;</p>
</div>
</div>



<p><em>« Pour ce qui concerne la compétence du logement, c’est la Région de Bruxelles-Capitale qui a la main et donc également sur tout ce qui concerne l’expulsion d’un logement. La Région a par exemple mis en place depuis 2023 un ‘moratoire hivernal’, qui signifie donc que les propriétaires ne peuvent plus expulser leurs locataires durant l’hiver. La Région pourrait décider d’en faire quelque chose d’encore plus strict, comme l’interdiction d’expulser un locataire s’il n’y a pas de solution de logement derrière</em>. »</p>



<div class="wp-block-columns red-message is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<h3 class="wp-block-heading">COCOM, COCOF, Communauté flamande… Comment comprendre la lasagne institutionnelle&nbsp;à Bruxelles ?</h3>



<p>En Belgique, il y a trois communautés&nbsp;: la Communauté française, la Communauté flamande et la Communauté&nbsp; germanophone. Contrairement aux Régions (Région flamande, Région wallonne, et Région de Bruxelles-Capitale), les Communautés ne sont pas basées sur un territoire, mais sur la langue parlée. Bruxelles étant un territoire bilingue, la Communauté française (appelée Fédération Wallonie-Bruxelles depuis 2011) et la Communauté flamande doivent toutes les deux y exercer leurs compétences. Elles le font via des ‘<em>Commissions communautaires’</em>&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>La <strong>Commission communautaire flamande </strong>(<em>Vlaamse Gemeenschapcommissie</em>). Elle joue un rôle vis-à-vis des institutions unilingues néerlandophones.</li>



<li>La <strong>COCOF. </strong>La Commission communautaire commune française s’occupe notamment de certaines institutions unilingues francophones, comme des établissements scolaires ou des lieux culturels. En plus, la COCOF dispose d’un parlement et d’un gouvernement&nbsp;: des politiques peuvent être menées par la COCOF dans certaines matières, comme l’aide sociale ou l’intégration des personnes immigrées.</li>



<li>La <strong>COCOM. </strong>La Commission communautaire commune gère les institutions qui ne peuvent pas être considérées comme relevant seulement d’une des deux langues comme des institutions liées à la santé (hôpitaux) ou à l’aide aux personnes.</li>
</ul>
</div>
</div>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« <em>Concernant l’axe 2, l’accueil d’urgence, c’est la COCOM qui est compétente. L’association publique, Bruss’help, créée par la COCOM, a un rôle de coordination des différents acteurs associatifs. La COCOM s’occupe principalement en la matière d’attribuer des subsides à des organisations de terrain. Elle reconnaît par là qu’elle ne gère pas directement ces compétences et délègue en quelque sorte le travail à des associations de terrain comme la Croix-Rouge, l’Îlot et beaucoup d’autres… La COCOM n’est pas la seule compétente concernant ce second axe. En effet, on estime que 30 à 40% des personnes en rue sont des personnes sans titre de séjour régulier. Dans ce cas, cela relève alors des compétences du fédéral, qui a pour devoir de loger ces personnes et qui pourtant ne le fait pas. L’État belge a déjà été condamné par les tribunaux belges et par la Cour des Droits de l’Homme, sans que rien ne change. Ce devoir retombe alors sur les autorités bruxelloises qui subsidient par exemple la Plateforme citoyenne d’accueil aux réfugiés ou sur certaines communes qui peuvent mettre en place des hébergements d’urgence. Pour ce qui est de la réinsertion, le troisième axe, on peut également considérer que c’est la COCOM qui est compétente, notamment avec l’aide aux personnes. »</em></p>
</blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">Sortir du labyrinthe institutionnel pour sortir de la rue ?</h2>



<p>Si l’éclatement des compétences entre les différentes entités constitue donc visiblement un problème, est-ce que faire du sans-abrisme une compétence à part entière pourrait alors constituer une solution ?</p>



<p>« <em><strong>Créer une compétence du sans-abrisme reviendrait à placer une rustine sur un système qui ne fonctionne pas</strong> » </em>répond clairement Sacha Hancart<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup><em>. « Il n’y a pas que le sans-abrisme qui souffre de cet éclatement de compétences en Région bruxelloise. <strong>Ce que de nombreux juristes recommandent, c’est de simplifier les institutions pour permettre à Bruxelles d’être moins divisée</strong>, de simplifier les obstacles liés à la langue&#8230; Ça simplifierait aussi le travail des associations de terrain qui auraient moins d’interlocuteurs différents.</em></p>



<p><em>J’ai étudié la question d’un point de vue du droit constitutionnel, en travaillant sur la base de rapports d’associations, d’articles sociologiques, des plateformes de concertation, en confrontant tout cela au droit public et à notre modèle fédéral, mais les associations de terrain sont évidemment les mieux placées pour parler des solutions. Un travail important a été réalisé à ce sujet, coordonné par Bruss’help&nbsp;: un</em> <em>document collaboratif intitulé &nbsp;‘Masterplan’ qui étudie la question en profondeur et liste une série de recommandations.<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup></em> »</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« <em>En attendant, je pense qu’il est important d’en parler, de démonter les clichés du sans-abrisme qui sont encore très nombreux, et de rappeler que <strong>c’est avant tout un problème de société, que c’est un choix de société de laisser dormir les gens dehors</strong></em>. »</p>
</blockquote>



<p><strong>Reste à savoir si notre société aura le courage politique de dépasser ses cloisons institutionnelles et de prendre les mesures nécessaires pour garantir un toit à chacun et chacune.</strong></p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://ilot.be/denombrement-2024-brusshelp/">Dénombrement des personnes sans abri : résultats alarmants</a></div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Toutes les citations de Sacha Hancart proviennent d’un entretien réalisé le 07 juillet 2025 à Bruxelles.</div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Les CPAS, Centres Publics d’Action Sociale, relèvent des communes et ont pour mission de garantir des conditions de vie décentes par l’intermédiaire d’aides sociales et financières.</div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Pour aller plus loin, voir l’article rédigé par Sacha Hancart, La répartition des compétences et le fédéralisme coopératif en matière de sans-abrisme à Bruxelles : des cache-misères ?, disponible sur 045-076-La-repartition-des-competences-et-le-federalisme-cooperatif-en-matiere-de-sans-abrisme-a-Bxl_S.-Hancart.pdf</div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://brusshelp.org/images/Rapport_MP_2024-FR.pdf">Masterplan de fin du sans-chez-soirisme &#8211; PDF</a></div>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Au Pérou comme en Belgique : des associations face à la pauvreté des enfants et des jeunes</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2025-07/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 24 Jul 2025 17:42:43 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://vivre-ensemble.be/?post_type=publication&#038;p=39525</guid>

					<description><![CDATA[La pauvreté des parents, c’est aussi la pauvreté des enfants. C’est ce qu’on appelle la transmission générationnelle de la pauvreté.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="titre-trois">La pauvreté des parents, c’est aussi la pauvreté des enfants. C’est ce qu’on appelle la <em>transmission générationnelle de la pauvreté. </em>Pour en venir à bout, il convient de s’attaquer à la racine du mal, à savoir le manque de moyens qui empêche de nombreux parents de subvenir aux besoins de leur famille et de se projeter sereinement dans l’avenir. Face à cet enjeu, les associations dites ‘de terrain’ accompagnent les enfants et les jeunes en difficulté dans leur parcours scolaire et social. À la mesure de leurs moyens – malheureusement toujours insuffisants -, elles contribuent à aplanir les inégalités sociales. C’est vrai en Belgique ; ça l’est aussi au Pérou, le pays de Juan Carlos Llanos Ramirez, responsable de <em>Chibolito</em>, une association qui travaille avec les enfants de la rue à Cajarmarca, venu en Belgique nous rendre visite.</p>



<p>Lors de son séjour en Belgique, dans le cadre de la campagne de carême d’Entraide et Fraternité, Juan Carlos a rencontré plusieurs associations actives sur le territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles. L’occasion de prendre conscience que, si les contextes des deux pays sont différents, le secteur associatif fait face aux mêmes défis et aux mêmes difficultés, même si c’est à des degrés divers. Et de rappeler que ces associations, ici comme là-bas, tentent de combler les lacunes des pouvoirs publics qui faillissent à leur devoir de tout mettre en œuvre pour rendre effectifs les droits humains pour toutes et tous. &nbsp;</p>



<p>La pauvreté des enfants<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup> devrait être une priorité politique à au moins deux égards&nbsp;: d’une part, elle est une injustice flagrante puisqu’elle constitue dès la naissance un handicap sur la voie de l’émancipation du futur adulte, de son épanouissement et de sa participation à la société&nbsp;; d’autre part, elle a des conséquences sur la société dans son ensemble. En outre, la pauvreté peut mener le jeune vers la délinquance. Les prisons sont majoritairement peuplées de personnes qui ont connu la misère dans leur enfance et leur adolescence. Une question de sécurité donc, mais aussi – argument à même de toucher les responsables politiques et leurs électeurs &#8211; de deniers publics&nbsp;: ce sont nos impôts qui financent la police, les prisons ou la sécurité sociale. &nbsp;C’est enfin et surtout une question de droits humains&nbsp;: Bernard De Vos, l’ancien Délégué général aux droits de l’enfant, affirmait qu’&nbsp;«&nbsp;<em>aucun des articles de la Convention internationale des droits de l’enfant ne résiste à l’épreuve de la pauvreté&nbsp;»</em>.</p>



<p><strong>Assurer la justice sociale pour toutes et tous, voilà qui est en toute logique le rôle d’un gouvernement démocratique.</strong> Pourtant, les politiques néolibérales plus ou moins assumées par nos élu·es depuis des décennies ont <em>de facto</em> largement laissé cette mission au monde associatif avec des financements toujours trop précaires et insuffisants. Notre système de sécurité sociale, pour performant qu’il soit – surtout en comparaison avec d’autres pays comme le Pérou – ne suffit pas à éradiquer le fléau de la pauvreté infantile. En effet, au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles, un enfant sur cinq est considéré en état de privation<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup>.</p>



<p>Au Pérou, l’engagement du gouvernement laisse encore plus à désirer&nbsp;: les partenaires d’Entraide et Fraternité, présents en Belgique lors de la campagne de carême 2025, expliquent que le gouvernement est tout bonnement aux abonnés absents quand il s’agit des membres des populations indigènes ou d’origine indigène, considérés comme des citoyens de seconde zone. Là où elles sont majoritaires, soit dans les Andes, en Amazonie et dans les quartiers populaires des grandes villes, les associations, plus que de combler les lacunes des politiques sociales comme c’est le cas chez nous, les remplacent purement et simplement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Manque de moyens pour lutter contre la pauvreté</h2>



<p>À ce titre, des rencontres entre des partenaires péruviens d’Entraide et Fraternité et des associations, partenaires d’Action Vivre Ensemble, qui travaillent avec des jeunes en Belgique prennent tout leur sens. <strong>À l’inverse de la dynamique habituelle «&nbsp;les pays riches aident les pays pauvres&nbsp;», Juan Carlos Llanos Ramirez et les responsables de ces associations étaient entre collègues, pour partager leurs expériences et leurs stratégies. Et les Belges avaient peut-être plus à apprendre que le Péruvien.</strong></p>



<p>Juan Carlos Llanos Ramirez coordonne <em>Chibolito</em> une association qui fournit un appui psycho-social aux enfants et adolescent·e·s vivant dans l’extrême pauvreté à Cajamarca, au nord du Pérou. En moyenne, <em>Chibolito</em> accompagne 70 jeunes chaque année.</p>



<div class="wp-block-columns red-message is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<h2 class="wp-block-heading">Travail infantile ?</h2>



<p>Si le travail des enfants nous semble, en Belgique, inadmissible, <em>Chibolito</em> défend un point de vue bien précis en la matière. Vu l’ampleur de ce phénomène dans les grandes villes péruviennes et la situation socio-économique du pays, l’association considère qu’il est impossible d’interdire le travail des enfants. L’association travaille donc au respect des droits des enfants-travailleurs – notamment en tentant de les préserver de la violence de la rue &#8211; mais œuvre aussi à ce qu&rsquo;ils puissent poursuivre une scolarité normale – allant, pour certain·es, jusqu’à l’université.</p>



<p>Une réalité qui évoque, en miroir, l’évolution récente de la législation sur le travail étudiant en Belgique : abaissement de l’âge minimum à 15 ans et possibilité de travailler jusqu’à 650 heures par an. Tout bénéfice pour les employeurs ; pour les étudiant·es, et en particulier les plus précaires qui travaillent pour subvenir à leurs besoins de base, le risque est grand de voir le job étudiant mettre en péril la réussite des études<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup>.</p>
</div>
</div>



<p>Le jeudi 27 mars, Juan Carlos Llanos Ramirez a donc rencontré une quinzaine d’animateurs et animatrices de l’asbl <em>Atout Projet</em> qui coordonne divers projets socio-culturels en lien avec la jeunesse en région bruxelloise.</p>



<p>Un constat s’est imposé d’emblée&nbsp;: le manque de moyens consacrés à la lutte contre la pauvreté est un phénomène mondial. Au Pérou comme en Belgique, les associations ou institutions socio-culturelles manquent de subsides, d’infrastructures pour mener à bien leurs missions. Chaque asbl, maison de quartier ou maison de jeunes lutte au quotidien pour pouvoir remplir correctement sa mission. La rencontre a donc permis d’échanger sur les pratiques et stratégies mises en place dans ce contexte difficile. De l’aveu des différent·es intervenant·es, ce moment était d’autant plus important que (très) rares sont les occasions de discuter entre collègues d’autres associations, <em>a fortiori</em> entre collègues de différents pays.</p>



<p>Plusieurs éléments ressortent de ces échanges. <strong>Outre le constat partagé du manque de moyens, <em>Chibolito</em> et <em>Atout Projet</em> ont mis en avant la dégradation de la situation socio-économique de leurs pays respectifs. </strong>Certes, les problèmes belges n’ont pas (encore) l’intensité des problèmes péruviens. Toutefois, la pauvreté et l’exclusion sociale sont une réalité dont souffre une trop grande partie de la jeunesse belge. D’après la Fondation Roi Baudouin, 25% des enfants wallons et 40 % des enfants bruxellois vivent en-dessous du seuil de pauvreté<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup>. L’urgence est donc bien réelle&nbsp;! Les animateurs et animatrices d’<em>Atout Projet</em> ont donc insisté sur la nécessité d’apprendre de <em>Chibolito</em> afin de se préparer à affronter une dégradation constante de la situation.&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">S’outiller face aux politiques néolibérales</h2>



<p>Juan Carlos Llanos Ramirez, fort de son expérience de terrain, a partagé la résilience communautaire dont font preuve au quotidien les enfants et éducateurs/éducatrices de <em>Chibolito</em>. Il a donc contribué à outiller les associations bruxelloises rencontrées pour faire face à la multiplication des crises sociales, politiques et environnementales.</p>



<p>Son témoignage résonne évidemment beaucoup dans le milieu socio-culturel bruxellois. Comme mentionné par les animateurs et animatrices d’<em>Atout Projet, </em>le système social belge est mis à mal. Ce fait n’est pas nouveau mais les gouvernements issus des élections de juin 2024 accentuent cette tendance en menant des politiques ouvertement anti-sociales<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup>. Et les enfants ne seront pas épargnés, au même titre que les associations qui les accompagnent. Car, c’est une évidence que certain·es nos élu·es semblent parfois oublier<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup>&nbsp;: des enfants et des jeunes sont pauvres… parce qu’ils vivent dans une famille pauvre. La limitation des allocations de chômage à deux ans, par exemple, ne va pas manquer de réduire drastiquement les revenus de certaines familles, car tou·tes les exclu·es de l’assurance chômage n’auront pas nécessairement droit au revenu d’intégration sociale.</p>



<p>Plus globalement, en Europe comme ailleurs, la tendance n’est pas à la réduction des inégalités sociales, c’est le moins que l’on puisse dire.</p>



<p>Or, la destruction, même partielle, de la sécurité sociale n’est pas sans conséquences graves pour la société tout entière. Car la pauvreté et toutes les dérives qu’elle engendre (sur la santé et l’emploi notamment) coûtent, comme le disait Emmanuel Macron «&nbsp;<em>un pognon de dingue</em>&nbsp;», qu’il serait plus avisé de consacrer à lutter contre ses causes. Ou « <em>Penser le changement plutôt que changer les pansements</em>&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup>&#8230;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Narcotrafic et pauvreté, ici et là-bas</h2>



<p>De plus, condamner des centaines voire des milliers de personnes à la pauvreté signifie, exemple parmi d’autres, aggraver la délinquance et notamment fabriquer des cibles de choix pour les trafiquants de drogue. Le fait est bien connu et depuis longtemps ! <strong>Les réseaux criminels de tout type recrutent en priorité leurs « petites mains » parmi les jeunes de milieux précarisés pour qui leurs fausses promesses d’argent facile suscitent bien des tentations en raison d’une vie quotidienne très difficile. Avec les récentes fusillades à Anderlecht ou Ixelles, la région bruxelloise se trouve maintenant en première ligne de cette crise sociale et sécuritaire</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup><strong>. </strong><em>Chibolito</em> constate également ce phénomène, mais depuis bien plus longtemps. Face à une situation sociale toujours plus critique, les éducateurs et éducatrices de l’association ont constaté l’emprise des narcotrafiquants et de leur violence sur une partie de la jeunesse locale.</p>



<p>D’après l’expérience de <em>Chibolito</em>, c’est clair&nbsp;: si rien n’est fait, la Belgique risque de se retrouver avec une situation de violence similaire à celle du Pérou. Une violence que les associations de terrain, malgré leur inlassable travail d’accompagnement des enfants et des jeunes, ne pourront enrayer&nbsp;; elles ne peuvent que «&nbsp;limiter la casse&nbsp;» grâce au volontarisme et à l’engagement de ses travailleurs et travailleuses et leur mise en réseau. Le fait de se connaître, de se réunir de façon formelle ou informelle, de partager pratiques et informations, tout cela permet un renforcement et un soutien mutuels, mais aussi de faire mieux entendre nos voix auprès de nos décideurs et décideuses. Juan Carlos Llanos Ramirez constate que cet aspect «&nbsp;inter-associatif&nbsp;» manque à Cajamarca où <em>Chibolito</em> travaille de façon assez isolée. <em>A contrario</em>, la Belgique francophone a la chance de compter sur un secteur associatif très développé. De plus, certaines associations, telle que Action Vivre Ensemble, travaillent justement à cette mise en réseau.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Conclusion</h2>



<p>Il nous revient de renforcer ce maillage associatif et de le connecter encore plus avec d’autres secteurs (syndicats, monde de la culture, de l’écologie, de l’agriculture), d’autres modes de lutte (désobéissance civile, actions médiatiques…) et d’autres acteurs et actrices ailleurs dans le monde. Non seulement pour <strong>réclamer les moyens nécessaires à la mission des associations, mais aussi pour dénoncer des politiques publiques qui fabriquent de la pauvreté et réduisent le financement des associations qui en sont réduites au rôle de rustines, faute d’espérer une société plus juste.</strong></p>



<p>Car ‘<em>tout est lié’</em> et lutter contre la pauvreté des enfants et des jeunes, cela implique aussi leur préparer une société où les droits humains sont une réalité, qu’il s’agisse du droit à un niveau de vie digne, à un environnement sain ou à la participation démocratique. Ici comme au Pérou.</p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;On parle ici des enfants et des jeunes de moins de 18 ans</div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Délégué général aux droits de l’enfant, Droits de l’enfant. Tous incasables ?, Rapport annuel 2023-2024, Bruxelles, 2024, p. 61.</div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;À ce sujet, voir les analyses d’Action Vivre Ensemble <a href="https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2025-1/">Jobs étudiants. Qui gagne, qui perd ?</a> et <a href="https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2025-06/">Etudiant·e et précaire. La galère n’attend pas le nombre des années</a>.</div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://kbs-frb.be/fr/pauvrete-des-enfants-fonds">Pauvreté des enfants (fonds)</a> dans Fondation Roi Baudouin, .</div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Pour plus d’informations à ce sujet, voir l’analyse <a href="https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2025-04/">L’Arizona à l’assaut de la social-démocratie. Une offensive anti-sociale</a> d’Action Vivre Ensemble.&nbsp;</div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;On pense notamment à l’opération Viva for Life où des ministres s’émeuvent en public du sort des enfants pauvres et allongent un chèque, alors qu’ils mettent par ailleurs en œuvre des politiques qui appauvrissent les parents.</div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Titre de la <a href="https://vivre-ensemble.be/publication/etude-pauvretes/">recherche participative</a> publiée par Action Vivre Ensemble en 2022.</div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Des mineurs livrés à eux-mêmes recrutés par des réseaux de drogue à Bruxelles dans <a href="https://www.bruxellestoday.be/actualite/mineurs-reseaux-drogue.html#:~:text=Une%20enqu%C3%AAte%20de%20la%20RTBF%20r%C3%A9v%C3%A8le%20comment%20des,exploit%C3%A9s%20comme%20petites%20mains%20du%20trafic%20de%20drogue">BRUXELLES TODAY</a>.</div>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>L’Arizona à l’assaut de la social-démocratie. Une offensive antidémocratique</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2025-05/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[romain stagiaire 2025]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 02 Jun 2025 11:00:17 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Depuis février dernier, le gouvernement Arizona, très ancré à droite, a d’emblée annoncé des mesures qui rompent avec la tradition démocratique belge
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<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<p>Depuis février dernier, le gouvernement Arizona, très ancré à droite, a d’emblée annoncé des mesures qui rompent avec la tradition démocratique belge. Comme nombre d’acteurs, le Mouvement ouvrier chrétien (MOC) craint une dérive vers l’illibéralisme sous la forme d’atteinte aux contre-pouvoirs, notamment ceux de la société civile.</p>
</div>
</div>



<p>Les mesures annoncées par le gouvernement Arizona concrétisent une nouvelle approche réactionnaire par rapport à l’État de droit et la démocratie. Elles mettent aussi en évidence le recul des narratifs de gauche alors qu’une partie de la population se dit favorable à un certain autoritarisme. <sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup> Dans son dernier livre<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup>, Giuliano Da Empoli rappelle à plusieurs reprises la fameuse formule de Joseph de Maistre. En 1794, bien qu’acquis dans un premier temps aux idées de la Révolution française, le philosophe et magistrat de Savoie (Royaume de Sardaigne) est devenu contre-révolutionnaire et monarchiste en raison des excès de la Terreur. Dans une correspondance avec la marquise de Costa, il écrit&nbsp;<em>: «&nbsp;Il faut avoir le courage de l’avouer, madame, longtemps nous n’avons point compris la révolution dont nous sommes les témoins, longtemps nous l’avons prise pour un événement. Nous étions dans l’erreur&nbsp;: c’est une époque&nbsp;; et malheur aux générations qui assistent aux époques du monde&nbsp;!&nbsp;»</em></p>



<p>Profondément réactionnaire, cette pensée n’en démontre pas moins que l’Histoire est faite de subites accélérations &#8211; et ce dans les deux sens. On a tendance à penser que le monde avance à rythme lent mais de manière irréversible vers le progrès (au sens moral et non technique, et <em>a fortiori</em> en Belgique, pays pionnier dans nombre d’avancées sociétales). Au contraire, <strong>certains moments de l’Histoire s’assimilent à un coup de frein furieux suivi d’un véritable retour en arrière.</strong> Force est de le constater&nbsp;: en vivant dans nos pays l’après-Seconde Guerre mondiale, nous n’avons pas été habitués à voir que ce type de revirement était encore possible. Raison sans doute pour laquelle, pour paraphraser de Maistre, nous avons vu les succès électoraux successifs des Trump, Le Pen, Haider, Orban, Berlusconi, Meloni, Johnson, Bolsonaro, Duterte, Milei, Bukele, Wilders, Netanhyahu, Weidel ou Van Grieken comme des ‘événements’ et non comme une ‘époque’. Si la première présidence Trump (2017-2021), amateure dans sa préparation, n’avait semblé qu’une parenthèse, chacun a compris que la deuxième (2025-2029) inscrivait l’Occident tout entier (et sans doute pas que lui) dans une ère nouvelle, «&nbsp;conceptualisée » par une multitude de théoriciens réactionnaires s’appuyant sur une montagne d’analyses défiant les lois de la vérité et de la science. Une «&nbsp;révolution réactionnaire&nbsp;» somme toute.</p>



<p>Le propos, ici, n’est pas de qualifier cette nouvelle ère globale. Mais de voir comment elle a infusé très récemment chez nous (dans les résultats des élections de 2024, l’accord du gouvernement Arizona <sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup> et les premiers arbitrages budgétaires du gouvernement De Wever en 2025), tant de manière concrète que sur le plan intellectuel.</p>



<p>Le cap politique pour les cinq prochaines années, celui défini par le gouvernement N-VA/MR/CD&amp;V/Les Engagés/Vooruit, est désormais connu. Comment le qualifier&nbsp;? <em>«&nbsp;Nous sommes clairement dans un changement de régime. Il n’y a pas seulement une politique marquée plus à droite, il y a un changement de nature du système politique vers un système néolibéral, réactionnaire et conservateur </em><sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup><em>, comme dans la plupart des pays européens et au-delà&nbsp;»</em>, répond Ariane Estenne<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup>, présidente du MOC<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup> depuis 2019 mais aussi présidente du Conseil supérieur de l’éducation permanente (CSEP).</p>



<p>L’offensive ‘<em>antisociale’</em> telle que formulée par le MOC a fait l’objet d’une première analyse de notre part<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup>. Comme les atteintes quotidiennes aux institutions démocratiques dans le cadre de ce que l’on peut qualifier de dérive illibérale, les attaques contre les plus vulnérables, validées ou en tout cas rendues acceptables par le discours dominant actuellement à l’œuvre dans le monde occidental, reflètent la<em>&nbsp;‘guerre culturelle’</em> dans laquelle se sont embarqués, y compris en Belgique, les leaders populistes.</p>



<p>Le concept gramscien<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup>et donc marxiste de <em>«&nbsp;l’hégémonie culturelle&nbsp;»</em> a bel et bien été ingéré et assimilé, à l’autre bout de l’échiquier politique, par les populistes réactionnaires et conservateurs <sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup>. En résumé, la pensée principale d’Antonio Gramsci, ressassée par les politistes et les journalistes, postule qu’<em>«&nbsp;il faut, peu à peu, subvertir les esprits, installer les valeurs que l’on défend dans le domaine public afin de s’assurer d’une hégémonie culturelle avant et dans le but de prendre le pouvoir</em>&nbsp;» <sup class="modern-footnotes-footnote ">10</sup> . <em>« Qui veut gagner une élection doit avoir déjà remporté la bataille de l’opinion »</em> résume assez clairement Salomé Saqué<sup class="modern-footnotes-footnote ">11</sup></p>



<h2 class="wp-block-heading">L’offensive antidémocratique&nbsp;: le rétrécissement de l’espace civique&nbsp;?</h2>



<p>Quoi qu’il en soit, l’attaque contre les acquis sociaux s’accompagne donc, dans le chef de certain.es politiques, d’un narratif qui inscrit des mesures prises au nom de l’équilibre budgétaire dans un climat de remise en cause de la légitimité des corps intermédiaires.</p>



<p>Désormais, les deux principaux partis de la majorité, N-VA et MR, voient venue l’heure de s’attaquer à ces institutions. <em>«&nbsp;On peut parler d’une offensive antidémocratique quand elle vise l’affaiblissement de tout le secteur associatif&nbsp;»</em>, estime Ariane Estenne. <em>«&nbsp;On revient avec la loi anticasseurs et la limitation de la liberté de manifester, on affaiblit les financements structurels des syndicats et des mutuelles avec les effets indirects des mesures antisociales ou fiscales</em>.<sup class="modern-footnotes-footnote ">12</sup></p>



<p><em>. La vision se résume à cette petite musique, qui se limitait au départ à la N-VA mais est devenue consensuelle&nbsp;: <strong>la seule légitimité démocratique est celle des urnes et il ne doit plus rien exister entre les citoyens et les politiques</strong></em><strong>. Tout ce qui est citoyenneté organisée entre les urnes et le politique serait antidémocratique. C’est une vision super libérale mais qui devient illibérale</strong> <sup class="modern-footnotes-footnote ">13</sup><em>. Les contre-pouvoirs, qu’il s’agisse de la justice et du droit, des syndicats, des mutuelles, des médias, des associations, des ONG, en un mot de la société civile, n’ont pas de légitimité car la seule légitimité vient des urnes qui donnent carte blanche aux élu.es. Il faut se donner une lecture ambitieuse et maximaliste de ce qu’est la démocratie. La démocratie, ce n’est pas que le résultat des élections même s’il est sacré. Au contraire de ceux qui veulent supprimer tout ce qui fait ‘barrage’ entre le citoyen et le politique, au MOC nous pensons que la démocratie, c’est aussi la démocratie sociale, culturelle </em><sup class="modern-footnotes-footnote ">14</sup><em>, en entreprise. La démocratie vit aussi à côté des élections. Il ne suffit pas de dire que les Belges ont voté de telle manière pour dire que le projet de société qui est proposé est celui que nous voulons. Beaucoup de choses que nous voyons n’ont pas été annoncées dans les programmes politiques. Il y a un décalage entre ce qui est inscrit par les partis et ce qui est compris par l’électorat.&nbsp;»</em></p>



<p>Plutôt moins vite et moins violemment que nombre d’autres pays, la Belgique s’est donc engagée sur la pente illibérale. Le Pen s’en prend aux juges qui ont appliqué la loi, Trump les ignore à l’heure d’appliquer des mesures illégales, il ‘punit’ financièrement les universités, musées ou entreprises qui prônent la diversité et les institutions scientifiques qui tiennent un discours contraire aux délires complotistes ou ultrareligieux sur le climat ou le genre. Nous n’en sommes pas là mais, par exemple, les attaques répétées du MR et de sa ministre des Médias, Jacqueline Galant, contre la RTBF <sup class="modern-footnotes-footnote ">15</sup>, dont elle a la tutelle, sont un signe aussi inquiétant que la vision de son président selon laquelle un ministre de la Culture serait inutile<a id="_ftnref17" href="#_ftn17"> </a><sup class="modern-footnotes-footnote ">16</sup>.</p>



<p>Autre exemple&nbsp;: les centaines de décisions de justice condamnant la Belgique pour son traitement des migrant.es et des détenu.es qui restent non-exécutées sont autant d’atteintes directes à l’État de droit <sup class="modern-footnotes-footnote ">17</sup> Dans l’accord de l’Arizona, la Justice est présentée comme un <em>«&nbsp;prestataire de services efficace, performant, accessible et orientée justiciable.&nbsp;» </em>Pas comme le troisième pouvoir, indépendant par essence.</p>



<p>En mettant bout à bout ces points que certains considéreraient comme des détails, on est en droit de parler, comme on le fait quand on parle de nombre de pays du Sud, de <strong>rétrécissement de l’espace civique</strong>, pour ne pas parler de <strong>fascisation </strong>de notre monde dans un contexte de post-vérité.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Soif d’autoritarisme&nbsp;?</h2>



<p>Le plus inquiétant, toutefois, réside dans le fait que, au moins indirectement et pas uniquement par des élections, une partie de la population semble ‘aspirer’ à une gestion illibérale des affaires. Dans son sondage annuel (2024) «&nbsp;Noir, jaune, blues&nbsp;», qui doit être pris avec toutes les réserves d’usage, la Fondation ‘Ceci n’est pas une crise’ arrive à la conclusion que 69,2% des Belges «&nbsp;<em>aspirent à&nbsp;une gouvernance autoritaire&nbsp;»</em>, chiffre en hausse pour la cinquième année d’affilée<sup class="modern-footnotes-footnote ">18</sup>. Dans la suite logique de ce qui est décrit là, cette <em>«&nbsp;aspiration à la retribalisation&nbsp;»</em> (par opposition à une ‘société ouverte’) s’accompagne d’items comme le besoin de boucs-émissaires, la nostalgie d’un passé mythifié, l’homogénéité nationale, la valorisation d’une rhétorique brutale… Encore une fois, difficile de ne pas y reconnaître notre époque.</p>



<h2 class="wp-block-heading">À qui parle la gauche&nbsp;?</h2>



<p>Reste que cette étude pointe aussi le <em>«&nbsp;déficit d’une vision progressiste mobilisatrice</em>&nbsp;» et que si le narratif de la droite conservatrice s’est imposé actuellement, c’est aussi parce que le narratif de la gauche progressiste ne parvient plus à mobiliser alors que cette mobilisation est justement ce qui a fait sa force durant plus d’un siècle. <em>«&nbsp;Nous devons faire notre autocritique&nbsp;: <strong>la gauche en général, politique ou associative, est trop faible et perd du terrain dans la bataille culturelle.</strong> Cette critique est absolument nécessaire&nbsp;: beaucoup d’études montrent que, singulièrement en Belgique francophone, la société civile et son maillage riche et dense ont empêché l’extrême droite d’être plus forte. Mais on voit aussi que cela se fragilise et que si beaucoup de gens n’ont plus confiance dans les institutions, cela vaut aussi pour les organisations sociales, les syndicats, etc. On perd du lien, on perd des gens&nbsp;: c’est dans les lieux collectifs, comme le travail, que l’on peut se donner une compréhension collective des enjeux et une capacité de réaction aux événements</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">19</sup><em>. L’action collective est donc un levier. Il y a un déficit de récit actualisé de la gauche, sur l’évolution des valeurs. Pour moi, les gens ne se mobilisent plus parce que le narratif de gauche ne leur parle plus. Si on parvient à remobiliser avec des conquêtes, les gens reviendront »,</em> admet la présidente du MOC.</p>



<p>Jusqu’à récemment, la gauche wallonne et bruxelloise semblait «&nbsp;résister&nbsp;» plutôt mieux que nombre d’autres à cette image de parti d’<em>«une élite politique et culturelle progressiste globalement déconnectée des classes populaires&nbsp;»</em> dont souffrent les partis socialistes flamand ou français. <em>«&nbsp;Parler de précarité sans jamais l’avoir vécue ni côtoyée nous force à adopter une posture distante. Et cette distance, même avec des efforts de vulgarisation, empêche toute forme d’identification&nbsp;»</em>, explique ainsi Brieuc Wathelet, animateur chez Solidaris<sup class="modern-footnotes-footnote ">20</sup>.</p>



<p>Il n’est pas contestable que ce sentiment d’abandon a fait qu’une partie des classes populaires a pu finir par considérer que l’extrême droite comprenait mieux ses préoccupations que la gauche de gouvernement. Da Empoli<sup class="modern-footnotes-footnote ">21</sup> a calculé qu’à une seule exception près, parmi les candidat.es démocrates à la présidence et à la vice-présidence des USA depuis 45 ans, un seul n’était pas un avocat alors que, dans la même période, aucun président républicain élu n’était juriste. Cela participe de cette impression que la gauche parle désormais de grands principes théoriques tels que l’État de droit, le droit international ou les droits humains quand la droite parlerait au «&nbsp;cœur&nbsp;» des gens et de leurs «&nbsp;vrais problèmes&nbsp;».</p>



<p>Nous pourrions probablement faire en grande partie nôtre la conclusion de Jérôme Van Ruychevelt&nbsp;: &nbsp;<em>«&nbsp;Les récits progressistes doivent cesser de se focaliser uniquement sur la défense des acquis et la dénonciation des inégalités. Nous devons reconstruire un imaginaire de conquête. Il y a une opportunité aujourd’hui de sortir des murs de la social-démocratie pour proposer un projet radical et des mesures subversives, concrètes, applicables, sur lesquelles on force le débat public. Il faut s’interdire la récupération de mesures de droite pour espérer récupérer des publics. Il faut rester cohérent moralement sur ses bases et attirer les gens vers nous. Aujourd’hui, face aux offensives réactionnaires, nous avons une opportunité historique de reconstruire un récit politique progressiste cohérent, qui ne se contente pas d’atténuer les inégalités, mais propose une société où elles peuvent disparaître.&nbsp;»</em> Un récit qui devra remettre en valeur le sens du collectif. <em>«&nbsp;Alors, qu’est-ce qu’on fait ? On s’organise. On n’a jamais rien trouvé de mieux. S’organiser, c’est réapprendre à lutter, pour pouvoir imaginer un avenir commun.</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">22</sup>» Ainsi Ariane Estenne concluait-elle récemment les travaux de la Semaine sociale 2025 du MOC. Le défi est immense en cette période de tribalisation&nbsp;de la société<sup class="modern-footnotes-footnote ">23</sup>.</p>



<p></p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Une première analyse a été consacrée aux attaques contre les acquis sociaux et les populations les plus vulnérables, voir <a href="https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2025-04">analyse2025-04</a>/ </div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;DA EMPOLI, Giuliano, L’heure des prédateurs, Gallimard, 2025. </div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.belgium.be/sites/default/files/resources/publication/files/Accord_gouvernemental-Bart_De_Wever_fr.pdf">belgium.be</a> </div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Sur la nuance entre ‘réactionnaire’ et ‘conservateur’, voir <a href="https://www.lefigaro.fr/langue-francaise/expressions-francaises/etes-vous-reactionnaire-ou-conservateur-20230728">lefigaro.fr</a> </div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Entretien avec l’auteur, 3 avril 2025. </div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Créé en 1945, le MOC est la ‘coupole’ belge francophone des organisations à visée sociale du pilier chrétien&nbsp;: la CSC, la Mutualité chrétienne, Vie féminine, Les Équipes populaires, JOC (Jeunes organisés et combatifs, ex-Jeunesse ouvrière chrétienne). </div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Pour l’analyse complète de l’accord fédéral rédigée par le MOC, voir &nbsp;<a href="https://www.moc.be/index.php/89-actualites/747-accord-gouvernemental-federal-position-du-moc-une-offensive-anti-democratique-anti-sociale-antimigrations-antiecologique-et-anti-federale">moc.be</a> </div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le détournement du concept gramscien a pour corollaire un autre concept venu lui directement de la droite conservatrice, la fenêtre d’Overton, et qui met en pratique cette «&nbsp;guerre culturelle&nbsp;» en théorisant comment, en introduisant des idées inacceptables dans le domaine public, on finit, alors qu’elles étaient impensables et radicales, par les rendre successivement acceptables, raisonnables et populaires pour, à terme, parvenir à en faire les axes d’une politique publique. En France comme en Belgique, l’évolution du discours sur l’immigration en 30 ans montre assez bien le caractère redoutable de cette approche.&nbsp;</div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/10/30/la-grande-bataille-pour-l-hegemonie-culturelle_6017397_3232.html">lemonde.fr</a> </div><div>10&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.agirparlaculture.be/lhegemonie-culturelle-selon-gramsci/#:~:text=Il%20faut%2C%20peu%20%C3%A0%20peu,but%20de%20prendre%20le%20pouvoir">agirparlaculture.be</a> et <a href="https://www.philomag.com/articles/quest-ce-que-lhegemonie-culturelle">philomag.com</a> . Lisez la trajectoire de Trump – ou de Bouchez &#8211; à cette aune et tout est dit. Le président du MR a d’ailleurs annoncé investir dans le centre d’études du parti à cette fin <sup class="modern-footnotes-footnote ">10</sup>Voir <a href="https://www.lalibre.be/belgique/politique-belge/2024/12/24/georges-louis-bouchez-mise-sur-le-centre-jean-gol-pour-amplifier-sa-guerre-ideologique-contre-la-gauche-BUJYKN5N6VFG3DTVHXS3UXJBBE">lalibre.be</a>/ </div><div>11&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;SAQUÉ, Salomé, Résister, Payot, 2024. </div><div>12&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; ‘Néolibéral’ ou ‘ultralibéral’ et ‘illibéral’ ne sont, malgré les apparences, pas contradictoires&nbsp;: l’ultralibéralisme fait référence au libéralisme économique (et au capitalisme délivré des entraves) tandis que l’illibéralisme se rapporte aux fondements des démocraties libérales et est donc une notion politique. </div><div>13&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.cefoc.be/IMG/pdf/accord_gouvernement_arizona_mise_en_page_.pdf">cefoc.be</a></div><div>14&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.lalibre.be/economie/entreprises-startup/2025/03/16/plan-deconomies-et-pressions-politiques-entre-la-rtbf-et-le-tandem-bouchez-galant-ca-secoue-QUYRW4CVNZC5NCRACAGTUZS2ZM">lalibre.be</a> </div><div>15&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.rtbf.be/article/les-declarations-de-georges-louis-bouchez-sur-l-utilite-d-un-ministre-de-la-culture-agitent-le-parlement-de-la-federation-wallonie-bruxelles-11486613">rtbf.be</a> </div><div>16&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://federaalinstituutmensenrechten.be/fr/etat-de-droit-le-double-standard-de-la-belgique">federaalinstituutmensenrechten.be</a> </div><div>17&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;SCHEUR, B. (dir.), L’irrésistible attention de l’aspiration à une gouvernance autoritaire, Fondation Ceci n’est pas une crise / Survey &amp; Action, novembre 2024. </div><div>18&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Disponible sur <a href="https://cecinestpasunecrise.org/etudes/lirresistible-ascension-de-laspiration-a-une-gouvernance-autoritaire/ ">cecinestpasunecrise.org </a></div><div>19&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Lire au sujet du télétravail l’analyse de la sociologue Danièle Linhart qui démontre comment le télétravail, auquel le patronat était opposé, a fini par servir le néolibéralisme en éparpillant les gens et en éclatant le travail alors que c’est sur le lieu de travail que se forgent les actions collectives, &nbsp;<a href="https://courriercadres.com/le-teletravail-ne-permettra-pas-aux-salaries-de-peser-sur-la-definition-de-leur-travail-daniele-linhart">courriercadres.com</a> </div><div>20&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;VAN RUYCHVELT EBSTEIN, Jérôme, Pourquoi les narratifs de gauche ne touchent plus les classes populaires&nbsp;? Le cas de la Belgique francophone, Fondation Ceci n’est pas une crise, 2025. Disponible sur<a href="https://cecinestpasunecrise.org/etudes/pourquoi-les-narratifs-de-gauche-ne-touchent-plus-les-classes-populaires/"> cecinestpasunecrise.org</a></div><div>21&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;DA EMPOLI, op. cit. </div><div>22&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.moc.be/index.php/89-actualites/746-semaine-sociale-discours-de-cloture-d-ariane-estenne ">moc.be </a></div><div>23&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.centreavec.be/publication/sur-les-causes-profondes-de-la-tribalisation-de-la-societe-belge/ ">centreavec.be</a></div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L&#8217;Arizona à l&#8217;assaut de la social-démocratie. Une offensive antisociale</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2025-04/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[romain stagiaire 2025]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 May 2025 14:58:46 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Après 9 mois de gestation, le gouvernement Arizona s’est installé en février dernier sous la houlette du premier ministre nationaliste ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="titre-trois">Après 9 mois de gestation, le gouvernement Arizona s’est installé en février dernier sous la houlette du premier ministre nationaliste flamand Bart De Wever. Fortement ancré à droite, parfois même avec une vision d’extrême droite quand on évoque la question migratoire, le nouveau gouvernement a d’emblée annoncé des mesures qui rompent avec la tradition sociale belge. Comme nombre d’acteurs, le Mouvement ouvrier chrétien (MOC) parle d’<em>« offensive antisociale »</em> dirigée contre les populations les plus vulnérables alors que les plus riches sont plutôt épargné.es. Les mesures de ce nouveau gouvernement concrétisent une inversion qui prévalait jusqu’ici et qui voulait que les plus faibles soient <em>a priori</em> protégé.es plutôt que suspecté.es. Une approche qui marque une victoire des narratifs imposés par la droite conservatrice.</p>



<p>Des grèves générales à répétition, des mouvements sectoriels en pagaille… Le moins que l’on puisse écrire, c’est que, depuis son avènement (le 3 février 2025), le nouveau gouvernement Arizona (dit de centre droit puisque composé, à droite de la N-VA et du MR, à gauche de Vooruit, et au centre du CD&amp;V et des Engagés) n’a pas pris beaucoup de gants pour faire passer ses mesures d’austérité. Pas plus d’ailleurs que les deux partis francophones n’en avaient pris lors de la composition des majorités francophones. On peut gloser sur la nécessité de maintenir des régimes de départ à la pension très favorables pour les militaires ou les agent.es de la SNCB, le constat est plus frappant si l’on adopte une vision plus générale.</p>



<p><em>«&nbsp;Si l’on regarde dans le détail l’ensemble de l’accord fédéral</em> <sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup><em>, on voit qu’il contient cinq offensives&nbsp;: des offensives antidémocratique, antisociale, anti-migratoire, anti-climatique et anti-fédérale </em><sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup><em>. Les mesures au niveau de la Région wallonne ou de la Fédération Wallonie-Bruxelles s’inscrivent totalement dans un seul et même projet.&nbsp; Cinq offensives cohérentes contre, globalement, la social-démocratie que nous défendons. Le projet d’égalité, de justice, d’émancipation, de solidarité est absent de ces accords à différents niveaux. Traditionnellement, il y a toujours, même dans des projets très à droite, l’un ou l’autre point qui n’est pas trop négatif&nbsp;; là, vraiment, il n’y a rien à sauver.&nbsp;Structurellement, pour nous, il y a trois marqueurs des politiques de l’égalité&nbsp;: les services publics, le droit des travailleurs et la sécurité sociale. Et ces trois piliers sont attaqués&nbsp;</em>», résume Ariane Estenne, présidente du MOC (Mouvement ouvrier chrétien<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup>) depuis 2019<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup>.</p>



<p>Sans être dirigée par l’extrême droite ni basculer dans le trumpisme, à part dans les propos et attitudes de quelques personnalités au populisme exacerbé comme Georges-Louis Bouchez, la Belgique a pourtant bel et bien entamé à son tour un virage, tournant le dos à ce qui ressemblait à un ADN, celui, globalement, de la social-démocratie et de la démocratie chrétienne qui ont été aux affaires presque sans discontinuer depuis 1945 : une culture de l’État-providence et de la Sécurité sociale, une sensibilité forte aux acquis sociaux et au droit du travail, un service public fort, un sens du compromis et une approche apaisée et ouverte des évolutions sociétales <sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup> (interruption volontaire de grossesse, euthanasie, mariage homosexuel…).</p>



<h3 class="wp-block-heading">Genèse d’un virage</h3>



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<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow" style="flex-basis:100%"><div class="gb-container gb-container-d9417d90">

<p>Depuis de longues années, la droite avait désigné son totem&nbsp;: mettre fin au particularisme belge, à savoir cette antienne répétée à l’envi selon laquelle notre pays est le seul État de l’Union européenne où les allocations de chômage ne sont pas limitées dans le temps<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup>. À peine au travail, le gouvernement De Wever en a fait une priorité lors de son premier exercice budgétaire.</p>

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<p>Et c’est ainsi que le ministre de l’Économie et de l’Emploi, David Clarinval (MR), semblait triomphal à l’heure d’annoncer&nbsp;: <em>«&nbsp;Au 1<sup>er</sup> janvier prochain, il y aura 100 000 chômeurs exclus</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup><em>. » </em>Le résultat &nbsp;de la décision de limitation dans le temps de ces allocations de chômage. D’ici à 2028, <em>«&nbsp;tous les 320&nbsp;000&nbsp;demandeurs d’emploi qui n’ont pas retrouvé du travail auront été exclus, à l’exception des nouveaux entrants et de ceux qui étaient exemptés de cette limitation, comme les plus de 55&nbsp;ans et les artistes.</em> <em>Nous estimons qu’un tiers des exclus ne trouvera pas de travail et s’adressera au CPAS. C’est pourquoi, dès 2026, plusieurs centaines de millions seront alloués aux CPAS pour les aider à faire face à cet afflux de personnes.&nbsp;»</em>&nbsp;</p>



<p>On peut s’interroger sur l’intérêt de reporter le poids de la charge de l’Onem vers les CPAS, eux-mêmes écrasés financièrement, comme réponse simpliste au chômage. On est aussi interloqué par le caractère victorieux qu’a pris cette annonce mais, du point de vue de l’analyse, il y a clairement une vision idéologique des choses<em>. «&nbsp;</em><em>On observe&nbsp;»,</em> poursuit Ariane Estenne,&nbsp;<em>«&nbsp;une vision de la société où il y aurait, d’une part, des individus en pleine capacité, des hommes blancs, au travail et en bonne santé, et d’autre part, tous ceux et celles qui ne rentrent pas dans cette vision sont attaqué.es&nbsp;: les femmes, les chômeur.ses, les personnes migrantes, les malades de longue durée. Dès qu’on n’est plus cet individu entrepreneur de lui-même qui met tout en place pour être le plus efficace possible, on est stigmatisé&nbsp;! Ce qui est annoncé, c’est une énorme augmentation de la précarité, avec le renvoi de dizaines de milliers de personnes vers les CPAS et de gens qui seront carrément privés de revenus. Cela concerne majoritairement des femmes, cela crée de nouvelles dépendances et de nouvelles violences, évidemment pour les femmes en premier lieu. Plus aucun de filet de sécurité pour autant de gens, cela n’est plus arrivé depuis la Deuxième Guerre mondiale. Ensuite, il y a les malades de longue durée. Selon un raisonnement pervers, on confond personnes malades et personnes qui ne veulent pas travailler et on pense qu’en mettant en place des logiques de responsabilisation, les gens vont se remettre au travail. On remet la responsabilité sur les acteurs de première ligne qui seraient sanctionnés s’ils ne font pas&nbsp;leur travail de remise à l’emploi. Toute la sécurité sociale est affaiblie avec la réforme des pensions et la fragilisation des organismes de concertation sociale. Enfin, sur le plan du droit du travail, on fait des pas importants vers la flexibilisation du travail, le travail de nuit et du dimanche&nbsp;: tout ce qui permet de concilier vie privée et professionnelle est attaqué avec probablement à la clé une hausse des maladies&nbsp;!&nbsp;»</em></p>



<h3 class="wp-block-heading">Changement de paradigme</h3>



<p>Au-delà des mesures sociales à proprement parler, on peut clairement parler de changement de paradigme et d’inversion de la logique et du discours&nbsp;: au nom du sauvetage de l’État-providence<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup>, présenté comme un des enjeux de la cure d’austérité dans un contexte d’augmentation des dépenses militaires, ce sont les plus vulnérables (et non les fameuses <em>«&nbsp;épaules les plus larges&nbsp;»</em>) qui sont impacté.es prioritairement. Dans l’«&nbsp;accord de Pâques&nbsp;», qui annonce l’exclusion de 100 000 personnes de leur droit au chômage, est également annoncée une DLU (déclaration libératoire unique, à savoir une régularisation pour les «&nbsp;fraudeurs fiscaux&nbsp;»)<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup>. Car si le fortuné «&nbsp;fraudeur&nbsp;» fiscal est invité à régulariser sa situation sans trop de dégâts, le ton est totalement différent quand il s’agit des malades et des médecins qui <em>«&nbsp;abusent&nbsp;»</em> des certificats médicaux et des <em>«&nbsp;chômeurs qui n’ont jamais travaillé de toute leur vie&nbsp;»</em> (phrase martelée par la plupart des responsables de la majorité).</p>



<p>Les personnes qui n’ont pas d’emploi, dont la santé ne leur permet pas de travailler, qui arrivent en Belgique sans rien pour fuir des situations de guerre dramatiques ne sont plus perçues comme des personnes en vulnérabilité que l’État-providence doit aider mais vues <em>a priori</em> comme des fraudeur.ses, des tricheur.ses ou des profiteur.ses en puissance<sup class="modern-footnotes-footnote ">10</sup>.&nbsp; <em>«&nbsp;C’est la victoire de la stigmatisation de la vulnérabilité, un discours qui a percolé de manière décomplexée et qui morcèle toute la société&nbsp;»</em>, estime Ariane Estenne.</p>



<p>Une victoire (temporaire, espérons-le) dans ce que l’on appelle désormais la «&nbsp;guerre culturelle&nbsp;». Comme l’écrit le conseiller en communication Jérôme Van Ruychevelt Ebstein<sup class="modern-footnotes-footnote ">11</sup>en analyse des résultats des élections de 2024, la droite francophone, surtout Bouchez, a pu imposer <em>«&nbsp;un basculement des cadres moraux dans l’opinion publique&nbsp;»</em>. Les valeurs qui se sont imposées grâce au narratif conservateur sont&nbsp;: la responsabilité individuelle, le mérite, la sécurité, l’efficacité et la fierté culturelle. À l’inverse, les <em>«&nbsp;cadres moraux&nbsp;» </em>de la gauche et de la société civile ont perdu&nbsp;: la démocratie, la solidarité et la justice sociale, la redistribution des richesses, le soin à l’environnement et la dignité humaine.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une offensive contre la démocratie sociale</h3>



<p>En Belgique, la «&nbsp;pilarisation&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">12</sup> de la vie politique a donné un rôle historique considérable aux syndicats et aux mutualités<sup class="modern-footnotes-footnote ">13</sup>. Est-ce que parce que la N-VA est un parti jeune ne disposant pas de ces piliers et que, côté MR, les syndicat et mutuelle libéraux sont beaucoup moins puissants que ceux des piliers socialiste et catholique&nbsp;? Toujours est-il que ces deux partis, désormais au pouvoir, sont les pourfendeurs de ces structures. Bart De Wever a toujours dénoncé le rôle des syndicats dans le paiement des allocations de chômage, par exemple, tandis que Georges-Louis Bouchez <em>«&nbsp;déplore la paralysie de la Wallonie et de Bruxelles, en raison du conservatisme des syndicats et des mutuelles. Il dénonce l’absence de légitimité démocratique des personnes qui incarnent ces institutions, alors qu’elles gèrent des budgets qui leur sont confiés par l’État</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">14</sup>. »</p>



<p>Il est probable que, pour s’imposer, une telle vision a dû infuser au-delà des sympathisant.es naturel.les de ces partis et s’appuyer sur le vote de personnes qui «&nbsp;votent contre leur propre intérêt&nbsp;», à commencer par ces personnes qui, elles-mêmes, sont en difficulté et voient dans l’autre un.e «&nbsp;profiteur.se&nbsp;».<em> «&nbsp;Il y a un effet d’hégémonie culturelle&nbsp;: même les gens les moins aisés rêvent d’avoir la vie des milliardaires. Nombre d’animateurs dans les quartiers les plus défavorisés nous le disent&nbsp;: des gens qui n’ont pas de voiture sont contre les mesures touchant la voiture parce que leur rêve est d’avoir un jour une voiture. Le rêve de réussite a dépassé la conscience de classe. Avant, on savait pour qui voter pour son propre intérêt. Désormais, le rêve de consommation a dépassé tout ça.&nbsp; Le discours selon lequel tout le monde peut y arriver l’emporte sur une lecture de classe.&nbsp;» </em>(Ariane Estenne)</p>



<p>Ou pour le dire autrement&nbsp;: <em>«&nbsp;La pensée individualiste est devenue la pensée intuitive&nbsp;»</em> et <em>«&nbsp;les valeurs individualistes structurent le sens commun de la majorité des gens, quelle que soit la classe sociale&nbsp;» </em>(Jérôme Van Ruychevelt). Bref, la pensée de la droite a fini par rejaillir sur les politiques et l’électorat de gauche.</p>



<p>La question est de savoir si, en Belgique francophone, peu habituée au vote majoritaire à droite, contrairement à la Flandre, ceux et celles qui ont voté pour ce type de discours l’ont fait en connaissance de cause et si ces résultats sont appelés à se répéter dans la durée ou si les importantes manifestations contre les mesures de l’Arizona constituent déjà une remise en cause de ces choix.</p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Pour l’analyse complète de l’accord fédéral rédigée par le MOC, voir &nbsp;<a href="https://www.moc.be/index.php/89-actualites/747-accord-gouvernemental-federal-position-du-moc-une-offensive-anti-democratique-anti-sociale-antimigrations-antiecologique-et-anti-federale">moc.be</a><em> </em></div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Dans cette analyse, nous nous concentrerons uniquement sur les aspects sociaux. Une deuxième analyse sera consacrée aux attaques contre la société civile comme contre-pouvoir et comme actrice de la démocratie sociale. </div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Créé en 1945, le MOC est la ‘coupole’ belge francophone des organisations à visée sociale du pilier chrétien&nbsp;: la CSC, la Mutualité chrétienne, Vie féminine, Les Équipes populaires, JOC (Jeunes organisés et combatifs, ex-Jeunesse ouvrière chrétienne). </div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Entretien avec l’auteur, 3 avril 2025. </div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Même sur ce dernier point, sur lequel les jeunes «&nbsp;devraient&nbsp;» être plus ouverts que leurs aînés, c’est le contraire qui est visible actuellement y compris chez nous, par exemple vis-à-vis des minorités sexuelles, présentées comme des «&nbsp;ennemis&nbsp;» dans certains pays (Hongrie, États-Unis…). Voir <a href="https://www.rtbf.be/article/les-jeunes-sont-moins-tolerants-qu-avant-envers-les-personnes-lgbtqia-selon-une-etude-flamande-11533227">rtbf.be</a> </div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.rtbf.be/article/oui-la-belgique-est-bien-le-seul-pays-d-europe-ou-les-allocations-de-chomage-sont-illimitees-dans-le-temps-11382199">rtbf.be</a></div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.lesoir.be/668793/article/2025-04-13/david-clarinval-mr-au-1er-janvier-prochain-il-y-aura-100000-chomeurs-exclus">lesoir.be</a> . Il est à noter que la FGTB a annoncé soutenir ses affilié.es qui se pourvoiraient en justice contre cette mesure&nbsp;: <a href="https://www.rtbf.be/article/la-fgtb-va-attaquer-en-justice-la-limitation-des-allocations-de-chomage-11534565">rtbf.be</a> </div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.lesoir.be/671705/article/2025-04-27/vincent-van-peteghem-notre-est-de-sauver-letat-providence-pour-nos-enfants-et">lesoir.be</a></div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.lalibre.be/economie/mes-finances/2025/04/10/regularisation-fiscale-un-tarif-progressif-pour-les-repentis-de-bonne-foi-O6PFBHQETZFIZAPFU5YDYOJJHI">lalibre.be</a> </div><div>10&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le mot «&nbsp;profiteurs&nbsp;» est d’ailleurs une constante obsessionnelle tant dans le discours d’un Bouchez que d’un Trump. Sauf que, par un singulier retournement des choses, les profiteurs pour Trump, ce sont les Européens et que c’est même sur le dos des Américains que nous avons pu construire notre Sécurité sociale et pas eux&nbsp;! </div><div>11&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;VAN RUYCHEVELT EBSTEIN, Jérôme, Pourquoi les narratifs de gauche ne touchent plus les classes populaires&nbsp;? Le cas de la Belgique francophone, Fondation Ceci n’est pas une crise, 2025. Voir <a href="https://cecinestpasunecrise.org/etudes/pourquoi-les-narratifs-de-gauche-ne-touchent-plus-les-classes-populaires/">cecinestpasunecrise.org</a> </div><div>12&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La pilarisation renvoie à un système de gouvernance «&nbsp;basé sur la structuration d’un ensemble d’organisations (partis, mutualités, écoles, associations d’éducation permanente, etc.) en fonction de tendances idéologiques concomitantes&nbsp;» (<a href="https://www.laicite.be/magazine-article/pilarisation-contexte-de-secularisation/">laicite.be</a>). </div><div>13&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le taux de syndicalisation en Belgique&nbsp;a beau être en baisse constante, il est un des plus élevés au monde (seuls, au sein de l’OCDE, les pays scandinaves font mieux) et concerne un Belge sur deux : <a href="https://www.crisp.be/crisp/wp content/uploads/analyses/2023-08-24_ACL-Blaise_P-Faniel_J-2023-Institut_Montaigne-Les_syndicats_en_Belgique-illusion_de_la_puissance.pdf ">crisp.be</a></div><div>14&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.mr.be/georges-louis-bouchez-veut-reduire-le-pouvoir-des-syndicats-et-des-mutuelles/">mr.be</a> </div>]]></content:encoded>
					
		
		
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