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	<title>Droits &#8211; Action Vivre Ensemble</title>
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		<title>Les violences dites éducatives ordinaires. Entre conscientisation et inaction</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2025-16/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Dec 2025 11:31:56 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Bien au-delà de ce qu’on pourrait penser, les violences dites éducatives ordinaires ne s’arrêtent pas à la fessée ou à toute autre punition corporelle.]]></description>
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<p class="chapo">Bien au-delà de ce qu’on pourrait penser, les violences dites éducatives ordinaires ne s’arrêtent pas à la fessée ou à toute autre punition corporelle. Ce qu’elles englobent est bien plus large et passent souvent sous le radar. Pouvant être présentes dans un contexte familial, ces violences peuvent aussi l’être dans tout espace éducatif, qu’il s’agisse de foyers, d’écoles ou encore de lieux extra-scolaires… Et elles sont d’autant plus intenses pour les enfants qui vivent une situation de précarité. Pour comprendre leurs conséquences et se sensibiliser à la question, nous avons rencontré Nadia Echadi, fondatrice de l’ASBL Maxi-Liens qui œuvre pour le respect du droit à l’éducation pour chaque enfant dans un cadre bienveillant.</p>



<h2 class="wp-block-heading">De quoi parle-t-on ?</h2>



<p>La violence dite éducative ordinaire (VEO) est « <em>toute forme de violence (physique, psychologique ou verbale) utilisée envers les enfants dans une intention éducative (pour leur ‘bien’, pour qu’ils aient un ‘bon comportement’) »</em>. Et puisque cette violence est « <em>culturellement admise et tolérée, elle en devient alors ‘ordinaire’</em> ». Parmi ces violences, on recense les violences physiques (fessée, gifle, privation de nourriture,&#8230;), les violences psychologiques (punition, chantage, menace, culpabilisation,&#8230;) et les violences verbales (crier, insulter, humilier, &#8230;)<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup>.</p>



<p>Souvent sous-estimées par la majorité de la population, ces gestes ou paroles qui nous échappent ont pourtant des effets néfastes à très long terme sur l’enfant. S’il est avéré scientifiquement que câliner régulièrement un enfant a une influence positive sur son développement cérébral, l’inverse est aussi vrai. De constantes violences sur un enfant, qu’elles soient physiques ou verbales, peuvent aboutir à un mauvais développement du cerveau et impacter lourdement son futur (assuétudes, dépressions).</p>



<p>À cause d’un manque d’informations et de sensibilisation, ces violences sont culturellement admises dans notre société alors qu’ « <strong><em>aucune étude scientifique n’a pu démontrer un effet positif des punitions corporelles sur le comportement de l’enfant</em></strong><em>, bien au contraire elles sont corrélées fortement à une augmentation de l’agressivité et des comportements antisociaux</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup>. À l’inverse, une « <em>relation [adulte-enfant] basée sur l’empathie, le soutien, l’encouragement et l’amour favorise le bon développement du cerveau chez l’enfant et l’adolescent</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup>.</p>



<p>Au-delà de ces considérations physiologiques, éduquer un enfant par la violence revient à sous-estimer un effet plus insidieux encore. En effet, utiliser la violence physique, le chantage ou encore la punition sur un enfant à des fins éducatives, revient à légitimer à ses yeux une méthode qu’il pourrait reproduire plus tard sur ses propres enfants. C’est ce qu’a nommé la psychanalyste Alice Miller<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup> la ‘<em>pédagogie noire’</em>, c’est-à-dire le « <em>mécanisme de reproduction des violences éducatives de génération en génération</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup>. Selon elle, « <em>la pratique des punitions corporelles serait le facteur explicatif majeur de la violence des adultes et des adolescents</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup>. La journaliste Mona Chollet s’est penchée sur la question des violences éducatives dans son dernier essai<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup>. « <em>Non seulement les enfants supportent les maltraitances, mais elles et ils les nient, ou les justifient, tant la mise accusation des parents est un tabou puissant. Dès lors, le seul exutoire – inconscient – aux souffrances subies, c’est de les infliger à ses propres enfants</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup> analyse-t-elle à propos de l’effet pervers de la ‘pédagogie noire’. Le témoignage suivant d’un parent l’illustre bien ; « <em>J’ai adopté la phrase de ma mère ; ‘Sauve-toi vite parce que ma main va voler’ </em>»<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup>.</p>



<p>Ces violences influencent directement un parcours de vie puisqu’« <em>elles déterminent souvent notre personnalité future et nos relations avec les autres</em> » relève Mona Chollet. Plus grave encore, ces violences sont subies à une phase du développement de l’enfant « <em>où on ne [lui] accorde aucun crédit</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">10</sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quand les violences passent les portes de l’école</h2>



<p>Nadia Echadi, de l’ASBL Maxi-liens, s’est penchée sur la question de ces violences, particulièrement au sein du milieu scolaire. Elle estime que la question des violences éducatives est mal posée car elle a tendance à se concentrer uniquement sur la violence physique ;  « <em>Les médias se sont mal emparé du sujet en titrant les articles sur l’interdiction de la fessée. Cette réduction a créé une grande confusion parce que beaucoup de gens ont réagi en disant que la fessée ‘n&rsquo;a jamais tué personne’. Mais la mort ne peut pas constituer la limite de ce qu’il est acceptable de faire à un enfant !  Cela revient à dire ‘tant que ça ne tue pas, on peut y aller’. Avec un tel cadrage, toutes les autres formes de gestes violents passent sous les radars. Or, c’est précisément là que réside l’enjeu : la violence s’exprime de manière beaucoup plus subtile qu’on ne le pense. Elle se glisse dans des attitudes, des mots, des pratiques quotidiennes. Elle est aussi là où on ne l&rsquo;attend pas. Comme à l’école par exemple. Aujourd’hui, parce qu&rsquo;on n&rsquo;utilise plus le bâton et le bonnet d&rsquo;âne, les enseignants pensent qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus de violence scolaire. Pourtant, elle existe encore. Elle prend juste d’autres formes. Elle s&rsquo;exerce notamment sur la question de la compétence de l&rsquo;enfant. Par exemple, <strong>le fait de prédéterminer la capacité d&rsquo;un enfant à réaliser telle ou telle tâche, est déjà une violence en soi</strong>. On a tendance à oublier que l&rsquo;enfant est là pour apprendre et que c’est précisément la mission de l’institution : le faire apprendre. Et pourtant, les actes d’humiliation sont fréquemment liés à ses difficultés ou ses résultats. Il est temps de mener une véritable sensibilisation qui permettra de mieux aiguiser le regard et de reconnaître tous les endroits où des actes de violence sont posés, particulièrement en contexte scolaire. Les rapports d’autorité et de pouvoir, les cris, les punitions humiliantes, l’usage systématique des points ou des sanctions sont autant de gestes présentés comme éducatifs, mais qui révèlent en réalité une forme de maltraitance ordinaire. Et je pense qu’il est vraiment urgent de mettre la lumière sur ces pratiques en menant, par exemple, des campagnes de sensibilisation comparables à celles développées ces dernières années autour des VEO en contexte familial »</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">11</sup>.</p>



<p>Dans un contexte scolaire, les violences éducatives sont d’autant plus dommageables pour les enfants vivant des situations compliquées comme la migration car ils cumulent déjà plusieurs vulnérabilités. Ils vivent des situations de transit très inconfortables, éprouvent cruellement le manque d’argent et prennent de plein fouet un choc culturel avec la perte de repères que cela implique. Dans ce quotidien instable où chaque jour apporte son lot d’incertitudes, l’impact des violences éducatives n’en est que plus accru. En outre, comme ils ne maîtrisent pas encore ni la langue, ni la culture, ces violences peuvent être interprétées comme la norme d’un pays qu’ils apprennent à connaître et par ce fait, sont d’autant moins remises en question et sont passées sous silence. Nadia Echadi, dans son travail avec l’ASBL Maxi-Liens<sup class="modern-footnotes-footnote ">12</sup> se concentre sur ce type d’enfants ; « <em>Lorsque j’ai fondé Maxi-Liens, j’ai axé mon travail que la question de l’accueil, de l’accompagnement et du bien-être des enfants en situation de migration et d’exil parce que leur vulnérabilité était une évidence. Les VEO scolaires qui s’exerçaient sur eux étaient beaucoup plus visibles et cela m’a permis de constater qu’elles touchaient en réalité tous les autres enfants, mais souvent de manière plus silencieuse et plus banalisée. La défense des droits de l’enfant est pour moi une mission globale même si pour le moment, mon action se concentre sur les parcours migratoires. Le fait de travailler à la compréhension des violences subies durant l’’exil me permet de mieux saisir la brutalité de certaines pratiques scolaires. Ce que j&rsquo;ai observé, c&rsquo;est que quand ils arrivent en Belgique et qu’ils sont inscrits dans nos écoles, beaucoup d’entre eux se retrouvent confrontés à une nouvelle série de violences qui viennent se juxtaposer à celles déjà traversées. La méconnaissance de l’autre, le manque de dialogue interculturel, le manque de préparation des professionnels dans l’accueil de la diversité, les carences de notre système éducatif, son caractère autocentré et monolingue engendrent des violences symboliques en cascade. <strong>Parfois, ces enfants sont perçus comme une menace envers une identité nationale fantasmée, comme s’il pouvait en exister une.</strong> On instaure des règles, parfois encore plus strictes pour eux, afin de s’assurer que ces enfants ont bien compris comment ça se passe ici. De manière implicite ou parfois très explicite et injonctive, on leur dit ‘tu es en Belgique maintenant, tu dois faire comme nous’. Il y a aussi une posture très sudaliste<sup class="modern-footnotes-footnote ">13</sup> qui consiste à leur faire sentir qu’ils doivent témoigner de la reconnaissance d’avoir été accueillis ‘chez nous&rsquo;</em>».</p>



<p>Nadia Echadi souligne également le manqued’organes de contrôle et de structures au sein des écoles où les violences pourraient être dénoncées, mais également le manque de soutien auquel font face les enseignants.</p>



<p>&nbsp;<em>«&nbsp;</em><em>Pour comprendre le contexte des violences éducatives ordinaires en milieu scolaire, il me semble essentiel de rappeler que le métier d’enseignant est un métier assez isolé. Chacun est seul dans sa classe, seul face à sa pratique, face à son public. On reconnaît — et à juste titre — la difficulté, parfois même la pénibilité de la profession ; et parce que cette reconnaissance est nécessaire, on n’ose presque jamais questionner ou analyser de manière critique certaines actions qui ne sont pas très pédagogiques. Les enfants, évidemment, n’ont pas les mots ni la légitimité pour dénoncer ce qu’ils vivent. Cet isolement crée un espace où l’enseignant peut développer malgré lui une certaine toute-puissance.&nbsp;Pourtant, dans la grande majorité des cas, ces violences ne sont pas intentionnelles. Elles sont le symptôme d’un manque de formation, d’une culture de la domination, d’un manque de conscience fine des VEO et surtout d’un surmenage massif du corps enseignant. C’est pour cette raison qu’il faudrait créer, au sein des écoles, un véritable organe de régulation. <strong>Un enseignant qui crie chaque jour, qui exclut régulièrement des élèves de sa classe, qui multiplie les punitions ou qui n’a plus l’énergie de se mettre à l’écoute de ses élèves est un enseignant qui a besoin de soutien.</strong> L’objectif n’est pas de dire que les enseignants sont violents et qu’il faut envoyer l’inspection pour sanctionner. L’enjeu est de mettre en place des espaces d’accompagnement, de supervision, de sensibilisation et de protection mutuelle, afin que les enseignants puissent exercer leur métier dans la sérénité.&nbsp; L’école est un métier profondément humain. Les adultes sont censés assurer la&nbsp; protection des enfants, leur sécurité et leur bien-être. <strong>Nous évoluons dans un modèle scolaire et sociétal où les violences éducatives sont encore culturellement et structurellement ancrées, et largement acceptées. Lorsque l’on ajoute à cela la fatigue extrême du corps enseignant, on augmente mécaniquement la fréquence et l’intensité des violences, lesquelles finissent par être justifiées au nom du stress, du manque de moyens ou de l’absence de soutien. C’est ainsi que les violences s’installent et s’auto-alimentent. Elles ruissellent. Elles partent du sommet — les politiques, les injonctions, les coupes budgétaires, les classes surchargées, la disparition progressive des postes-relais — et elles retombent sur ceux qui n’ont aucun moyen de s’en défendre : les enfants</strong></em><strong>».&nbsp;</strong><strong><em></em></strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Législation des violences éducatives : où en est-on ?</h2>



<p>Si la maltraitance, lorsqu’elle est avérée, est déjà punissable par la loi, il s’avère que &nbsp;«&nbsp;<em>de nombreux cas de violence ne sont pas couverts par la législation actuelle</em>&nbsp;». L’interdiction de la ‘fessée’ ne suffit pas. S’arrêter à cet interdit légitimise d’autres formes de violence, tout aussi dommageables.</p>



<p>La Belgique reste tristement un des derniers pays européens à ne pas avoir adopté jusqu’à présent «&nbsp;<em>une loi interdisant les punitions corporelles et autres formes de traitements dégradants dans le cadre de l’éducation</em>&nbsp;». Pourtant, la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE), ratifiée par la Belgique, est assez explicite.</p>



<p><em>« Les Etats parties prennent toutes les mesures législatives, administratives, sociales et éducatives appropriées pour protéger l&rsquo;enfant contre toute forme de violence, d&rsquo;atteinte ou de brutalités physiques ou mentales, d&rsquo;abandon ou de négligence, de mauvais traitements ou d&rsquo;exploitation, y compris la violence sexuelle, pendant qu&rsquo;il est sous la garde de ses parents ou de l&rsquo;un d&rsquo;eux, de son ou ses représentants légaux ou de toute autre personne à qui il est confié » (art 19.1).</em></p>



<p>Les conclusions d’un sondage réalisé en 2020<sup class="modern-footnotes-footnote ">14</sup> révèlent que la punition reste une habitude éducative, une personne sur cinq estime que « <em>les punitions physiques sont bénéfiques</em> » tandis qu’une personne sur dix juge que « <em>tirer les cheveux, pincer, priver de repas, enfermer dans la cave et utiliser régulièrement un surnom insultant sont des sanctions appropriées</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">15</sup>. De plus, il y a une réelle méconnaissance du cadre législatif car 7 personnes sur 10 ne savent pas ce qui est autorisé comme sanction.</p>



<p>Actuellement, le flou juridique qui entoure la question des violences éducatives légitimise implicitement leur exécution. L’ONG DEI Belgique (Défense des Enfants International) a mis en demeure à l’Etat belge d’adopter une législation en la matière. Le délai pour s’y conformer était le 20 novembre 2023, date hautement symbolique puisque c’est la journée mondiale des droits de l’enfant. Le délai a expiré et la question a donc été renvoyée au tribunal de première instance… Comment peut-on expliquer une telle inertie de la part de nos pouvoirs décideurs ? Dans le chef des ministres et des parlementaires réside la peur de « <em>pénaliser la ‘baffe éducative’</em> » qui pourrait conduire des parents en prison. Or, DEI Belgique recommande de modifier le code civil et non pénal<sup class="modern-footnotes-footnote ">16</sup>.</p>



<p>Au niveau de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ce n’est que tout récemment, en octobre 2023, que l’administration a formellement interdit toute violence physique, psychique et verbale au sein de toutes ses structures (crèches, écoles, institutions, mouvements de jeunesses, club sportifs). Malheureusement, force est de constater que cela ne suffit pas à enrayer une dynamique punitive culturellement ancrée. La question de savoir si cette directive a été accompagnée d’une campagne de sensibilisation et d’information auprès des structures éducatives mérite d’être posée. Nadia Echadi, elle-même enseignante, s’étonne que les droits des enfants ne fassent pas partie du programme de cours pour les futurs enseignants&nbsp;;&nbsp; «&nbsp;<em>Lorsqu’on devient enseignant, on entre dans l’institution scolaire : on prête serment, on représente l’État, on incarne une mission publique. Alors comment se fait-il qu’aucun module obligatoire ne soit consacré aux droits de l’enfant ? <strong>Comment se fait-il que la majorité des enseignants ne connaissent pas la Convention internationale relative aux droits de l’enfant ? C’est une lacune immense. C’est un peu comme si un médecin prêtait serment sans connaître le serment d’Hippocrate.</strong> À partir du moment où l’on travaille auprès d’enfants, on devrait savoir précisément quels sont leurs droits, ce que la Belgique a ratifié, les engagements internationaux qu’elle a pris pour garantir leur protection, leur dignité, leur épanouissement et leur bien-être. Comment accompagner des élèves si l’on ignore les principes juridiques, éthiques et pédagogiques qui encadrent ce droit fondamental ? Si les enseignant·es étaient véritablement formé·es à ces textes fondateurs, ils et elles disposeraient de balises solides. Cette connaissance ne résoudrait pas tout, mais elle permettrait déjà de prévenir une grande partie des violences éducatives scolaires</em><em>&nbsp;»</em>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’exemple de la Suède</h2>



<p>La Suède est souvent stigmatisée pour être une fabrique d’“enfants-rois”, c’est-à-dire un pays où on laisse tout faire aux enfants, où le cadre éducatif est inexistant voire où les parents sont tyrannisés par leur progéniture. Or, dans les faits, le projet éducatif de la Suède va bien au-delà d’un rapport dominant-dominé à l’avantage des enfants, comme Nadia Echadi l’explique «&nbsp;<em>L’éducation positive est souvent décriée parce que, selon ses détracteurs, elle ne permet pas de poser des limites et fabrique des enfants-rois. Il y a clairement une confusion entre la bienveillance et l’absence de cadre. L’exemple de la Suède est éclairant : ce n’est pas parce que les adultes n’ont pas recours à la brutalité, les cris ou les humiliations et les coups qu’ils ne savent pas éduquer. Poser un cadre clair et sécurisant est simplement un fondement de l’éducation non violente</em><em>».&nbsp;</em></p>



<p>En plus de légiférer[17]  Le Parlement suédois a adopté en 1979 une loi interdisant toute forme de violence à l’égard des enfants.[/note] sur les violences éducatives sous toutes ses formes en les interdisant tout simplement, la Suède a accompagné le changement avec une campagne de sensibilisation et d’information sans précédent. Quelle famille n’achète pas de lait ? Un nombre infime, certainement. C’est sur base de ce constat que le support de la campagne de sensibilisation a été décidé : les cartons de briques de lait. Cette campagne, impliquant plusieurs professionnels de l’enfance (pédiatres, cliniques, écoles, etc.), enseignait des méthodes d’éducation non violente. Résultat ? « <em>En l’espace de deux ans, plus de 80% du public connaissait la nouvelle loi et les enquêtes publiques ont montré combien les attitudes et les actions ont évolué au fil du temps. Alors qu’en 1979, environ 80% du public était en faveur des châtiments corporels, on est passé à 20% après 11 ans d’application de la loi et, dans la dernière enquête, à 2% (2018)</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">17</sup> explique Elisabeth Dahlin, Ombudsman suédoise aux droits de l’enfant. Mieux encore, souligne-t-elle, « <strong><em>les enfants eux-mêmes savent désormais que la violence ne fait pas partie de l’éducation d’un enfant, que subir des châtiments corporels n’est pas normal pour les enfants</em> </strong>»<sup class="modern-footnotes-footnote ">18</sup>.</p>



<p>Interrogée sur&nbsp; la situation en Belgique, Nadia Echadi explique qu’il faut passer par un changement de mentalité et de culture et que ce changement doit impérativement être accompagné&nbsp;; <em>«&nbsp;</em><em>Il s’agit réellement d’une question de culture. Ici, la population n&rsquo;est pas suffisamment sensibilisée et cela mérite un véritable accompagnement. Je pense que les gens sont prêts à changer si on leur donne les outils pour comprendre. Cela nécessite un traitement médiatique mieux ciblé. Jusqu’à présent, on a surtout vu des campagnes avec des images d’enfants meurtris, ce qui peut entretenir l’idée que la violence éducative se limite aux coups et de nouveau, les autres formes de violence passent sous les radars. <strong>Tant que l’imaginaire collectif restera fixé sur les violences qui laissent des traces sur la peau, on continuera d’ignorer toutes celles qui blessent les enfants intérieurement et qui les marquent durablement</strong> &nbsp;</em><em>»</em>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Conclusions</h2>



<p>Face aux violences dites éducatives ordinaires, DEI Belgique, soutenue par d’autres acteurs du secteur tel que le Délégué général aux droits de l’enfant, porte les recommandations suivantes&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Voter une loi qui interdit la violence éducative</strong> via l’insertion d’un article dans le code civil et ainsi enfin obtenir un cadre légal strict et explicite et qui ne laisse aucune place à l’interprétation.</li>



<li><strong>Mener des campagnes d’information et de sensibilisation</strong> auprès de la population pour accompagner le changement et éviter la stigmatisation. Si l’on veut un véritable basculement, édicter des lois n’est pas suffisant. L’exemple de la Suède est probant à ce niveau-là.</li>



<li><strong>Former les professionnels</strong> de l’éducation et renforcer ainsi la prévention pour que les violences éducatives ne passent plus les portes des écoles.</li>
</ul>



<p><em>« On n&rsquo;a encore jamais expérimenté une situation, à l’échelle d’une société, où une génération d’enfants seraient éduqués sans violence. Quel type d’adultes deviendraient-ils&nbsp;? Il faudrait un recul de 20-30 ans pour pouvoir l&rsquo;observer. <strong>Selon moi, puisque les violences continuent de s&rsquo;exercer sur les enfants, on reproduit et on reste dans un modèle normé. Crier, insulter, bousculer, brutaliser, humilier, dénigrer, exclure, négliger: toutes ces attitudes font partie du paysage éducatif au point d’être perçues comme normales, voire nécessaires.&nbsp; Elles sont socialement acceptées, parfois même valorisées. Il est donc urgent de transformer ces représentations et de changer les mentalités</strong>&nbsp;».</em>&nbsp;</p>



<p>Le changement serait en chacun de nous, le sondage mentionné précédemment donne une lueur d’espoir puisque 85% des personnes sondées sont «&nbsp;<em>favorables à l’adoption d’une loi éducative plutôt que punitive</em>&nbsp;». N’oublions pas toutefois que c’est avant tout notre gouvernement qui doit montrer la voie et avoir le courage politique de légiférer et d’accompagner correctement sur une question aussi cruciale que la protection de nos enfants.</p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;ROISIN, Christine, De l’urgente nécessité de légiférer les violences dites éducatives ordinaires dans Prends-en d’la graine, Délégué général aux droits de l’enfant, juin 2022, vol. 5, p. 4.</div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem, p. 6.</div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem, p. 5.</div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Alice Miller (1923-2010) est une psychanalyste et Docteur en philosophie suisse spécialisée dans la période de l’enfance. Elle fut une des premières à théoriser des conséquences néfastes de la maltraitance infantile.</div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;ROISIN, Christine, De l’urgente nécessité de légiférer les violences dites éducatives ordinaires dans Prends-en d’la graine, Délégué général aux droits de l’enfant, juin 2022, vol. 5, p. 7.</div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem, p. 3.</div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;CHOLLET, Mona, Résister à la culpabilisation. Sur quelques empêchements d’exister, éd. La Découverte, 2024.</div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem, p. 87.</div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Être parent, c’est… ?, Yapaka, Fédération Wallonie-Bruxelles, 2014, p. 40.</div><div>10&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;CHOLLET, Mona, Bétharram ou la « pédagogie noire » dans La Déferlante, n° 18, mai 2025.</div><div>11&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Entretien du 25 novembre 2025. Toutes les citations présentes dans cette analyse proviennent du même entretien.</div><div>12&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir https://www.bornin.brussels/associations/maxi-liens-reseau-etre-bon-pour-les-enfants/</div><div>13&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le sudalisme peut se définir comme « une forme de discrimination ayant pour objet la culture d’abord – et non le corps – des personnes ciblées », voir PIOLAT, Jérémie, Sudalisme, l’imaginaire qui nourrit le racisme, éd. Libre, 2023.</div><div>14&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Sondage commandité par DEI-Belgique concernant la totalité du territoire belge opéré entre le 10 mars et le 18 mars 2020 mené sur un échantillon représentatif de 2013 Belges âges de 18 à 75 ans. Pour l’intégralité des résultats du sondage, voir https://dei-belgique.be/index.php/modes-d-action/plaidoyer-et-lobbying/une-education-non-violente-pour-chaque-enfant.html</div><div>15&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir https://dei-belgique.be/index.php/modes-d-action/plaidoyer-et-lobbying/une-education-non-violente-pour-chaque-enfant.html</div><div>16&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir https://dei-belgique.be/index.php/modes-d-action/plaidoyer-et-lobbying/une-education-non-violente-pour-chaque-enfant.html</div><div>17&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;ROISIN, Christine, De l’urgente nécessité de légiférer les violences dites éducatives ordinaires dans Prends-en d’la graine, Délégué général aux droits de l’enfant, juin 2022, vol. 5, p. 9.</div><div>18&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ibidem.</div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La gratuité scolaire, nouvelle victime des mesures contre les plus vulnérables</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2025-14/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 20 Nov 2025 13:24:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Elle était déjà insuffisamment développée en Fédération Wallonie-Bruxelles, la voici encore fragilisée : la gratuité scolaire est, malgré un rétropédalage partiel, une des victimes des économies décidées par le gouvernement francophone pour assainir ses finances. ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="titre-trois">Elle était déjà insuffisamment développée en Fédération Wallonie-Bruxelles, la voici encore fragilisée&nbsp;: la gratuité scolaire est, malgré un rétropédalage partiel, une des victimes des économies décidées par le gouvernement francophone pour assainir ses finances. Pourtant, malgré le caractère obligatoire de la gratuité d’accès à l’éducation, celle-ci est loin d’être assurée pour les familles les plus vulnérables. La gratuité scolaire doit être pensée dans sa globalité et comme un droit universel, non pas comme une aide sociale réservée aux plus défavorisé.es. En filigrane, la question interroge également l’adéquation des politiques scolaires à la réalité des familles de 2025, par exemple celle des familles monoparentales et/ou des familles en situation de précarité. Il est également indispensable, pour des raisons sociales comme de santé publique, de permettre le financement de repas gratuits pour les élèves du fondamental.</p>



<p>Le récent conclave budgétaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles a abouti à l’annonce d’économies à hauteur de 260 millions d’euros pour l’exercice 2026, avec la perspective d’économies de 500 millions à la fin de la législature, en 2029<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup>. Enseignement, culture, éducation permanente, le mantra répété par la ministre-présidente de la Communauté française, Elisabeth Degryse (Les Engagés), est que <em>«&nbsp;chacun fait sa part&nbsp;»</em>. Certaines mesures sont évidemment plus douloureuses que d’autres et, à l’heure où Action Vivre Ensemble fait campagne sur le droit à l’éducation<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup>, les limitations à la gratuité scolaire<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup> sonnent comme un retour en arrière qui, une nouvelle fois, frappe surtout les personnes les plus précarisées.</p>



<p>La ministre de l’Éducation, Valérie Glatigny (MR), formulait la réforme de la gratuité scolaire alors sur la table en ces termes&nbsp;<em>: « Il y aura une révision des mécanismes spécifiques de gratuité. Il y a deux mécanismes en particulier : des montants ‘gratuité’ pour les fournitures scolaires et également des montants ‘gratuité’ qui permettent de financer des repas scolaires dans les écoles les plus défavorisées – donc ce sont les classes avec un indice socio-économique de 1 à 5<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup>. Il est prévu de mettre à disposition une partie des montants ‘gratuité’ dans les allocations de fonctionnement des établissements. On supprime les dispositifs actuels de gratuité de la 1<sup>re</sup> à la 3<sup>e</sup> primaire et on les reverse dans les allocations de fonctionnement en faisant une légère économie. Il y a également l’obligation d’une mise à disposition gratuite de fournitures scolaires pour les élèves qui en ont le plus besoin jusqu’en 6<sup>e </sup>primaire.<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup>»</em></p>



<p>Si on lisait ceci en diagonale, on serait en droit de se dire&nbsp;: chic, la gratuité des fournitures scolaires est désormais étendue de la 3<sup>e</sup> primaire à la 6<sup>e</sup> primaire et les écoles auront plus de latitude pour attribuer lesdites fournitures et des repas scolaires. C’est le contraire&nbsp;: le dispositif ‘fournitures’ était purement et simplement supprimé et rendu «&nbsp;possible&nbsp;» jusqu’à la 6<sup>e</sup>. Et les repas seront encore moins aisés à obtenir que dans le passé. Comme le soulignait alors la Ligue des familles<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup>, les mesures annoncées sont à la fois ingérables et inacceptables. En effet, dans un contexte d’économies, les enveloppes de fonctionnement ne seront pas élargies, au contraire même puisqu’elles seront partagées entre plus d’écoles. Selon les projections, cela signifierait une augmentation des coûts de la rentrée en termes de fournitures scolaires de 104 euros par famille<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Dans un premier temps, une stigmatisation inacceptable</h2>



<p>Mais l’aspect le plus ingérable et le plus inacceptable, c’était le caractère stigmatisant de cette mesure. Protégée par la Constitution<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup> et par nombre d’engagements internationaux de la Belgique<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup>,<strong> la gratuité d’accès à l’éducation ne doit pas être vue comme une aide sociale destinée aux plus pauvres.</strong> Il s’agit d’un droit universel, de même que le droit de vote n’est pas réservé à telle ou telle couche de la population. <strong><em>«&nbsp;La gratuité scolaire est un droit, pour tous les enfants. Chacun y a droit, puisque chaque famille contribue déjà au financement du service public d’enseignement, à proportion de ses capacités financières via l’impôt&nbsp;»</em>,</strong> résume Merlin Gevers, de la Ligue des familles<sup class="modern-footnotes-footnote ">10</sup>.</p>



<p>Au-delà même du principe, c’est, on l’a dit, le caractère stigmatisant de cette mesure qui était inapproprié. La ministre Glatigny a souvent expliqué qu’elle estimait la gratuité universelle injuste car… elle profiterait aussi à ceux et celles qui n’en ont pas besoin&nbsp;(comme les allocations familiales, alors) ! &nbsp;Du coup, pour que la mesure ne «&nbsp;profite&nbsp;» qu’aux «&nbsp;pauvres&nbsp;», la logique qui était privilégiée était inversée et se transformait en stigmatisation. <em>«&nbsp;La ministre Glatigny souhaite (…) réserver la distribution du petit matériel scolaire aux seules familles en difficultés financières. Ceci transformerait concrètement la gratuité universelle en une aide sociale réservée à certain·es. Ce projet complexifierait énormément la tâche des écoles. Il engendrerait un sentiment d’arbitraire intolérable, découlant de “l’effet de seuil” généré (“pourquoi la famille Michel devrait-elle bénéficier de son droit fondamental à la gratuité scolaire, mais pas la famille Durant qui gagne 25 euros de plus par mois ?”). Il stigmatiserait les enfants de pauvres qui recevraient les crayons et classeurs de l’État devant leurs condisciples fournis par leurs parents… Et il violerait le droit fondamental.»</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">11</sup></p>



<p>On parle de stigmatisation car cette vision libérale aboutit à contraindre les plus défavorisé·es à se “<em>déclarer pauvres”</em>, ce qui pourrait avoir comme conséquence un non-recours aux droits, en plus de l’effet psychologique désastreux que peut avoir une telle démarche. À cela, évidemment, s’ajoute l’impossibilité pratique, pour une école, de procéder à un tel «&nbsp;tri&nbsp;» ou d’effectuer des distributions «&nbsp;à la tête du client&nbsp;». La Flandre pratique exactement l’inverse, distribuant le petit matériel scolaire jusqu’à la fin des primaires. Selon un sondage tout récent de la Ligue des familles, 9 parents sur 10 sont favorables à ce dispositif sans distinction socio-économique et 85% d’entre eux soutiennent son extension<sup class="modern-footnotes-footnote ">12</sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Rétropédalage partiel</h2>



<p>Toutefois, un peu moins d’un mois après ces annonces, le gouvernement francophone a réalisé un rétropédalage lors de la rédaction de son avant-projet de décret. Partiel car il revient sur quelques-uns des aspects les plus critiquables de cette réforme sans les éloigner tous. Le 3 novembre 2025, on apprenait effectivement que le gouvernement de la FW-B faisait marche arrière et reconnaissait l’obligation constitutionnelle d’assurer ces fournitures à tous les élèves<sup class="modern-footnotes-footnote ">13</sup>. Toutefois, le budget alloué à la gratuité des fournitures étendue à l’ensemble du fondamental descendra, à la rentrée 2026, de 24 à 11 millions d’euros, ce qui équivaut à voir divisé par trois le budget par enfant (20,46 euros dans le maternel contre 62,58&nbsp;actuellement; 24,52 euros dans le primaire contre 77 actuellement). De plus, une partie de la responsabilité est reportée sur les épaules des directions d’écoles, qui, déjà débordées, devront organiser cette gratuité. <em>«&nbsp;Comment les écoles vont-elles pouvoir fournir le matériel nécessaire à tous les élèves avec des moyens autant diminués ?&nbsp;»,</em> s’interroge la Ligue des familles<sup class="modern-footnotes-footnote ">14</sup>.</p>



<p>Même si les orientations budgétaires sont aujourd’hui prises, il y a aujourd’hui, de l’avis des acteurs de terrain concernés, nécessité de&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Réintroduire la gratuité scolaire</strong>, en ne la limitant pas aux trois premières années du primaire mais en l’étendant à tout le fondamental, et cela sans discrimination ou distinction sociale&nbsp;;</li>



<li><strong>Attribuer l’évaluation externe sur la gratuité</strong> et à en tirer les conclusions, ainsi qu’à <strong>restaurer l’inspection de la gratuité</strong> dans les écoles, supprimée par la ministre Glatigny<sup class="modern-footnotes-footnote ">15</sup>.</li>
</ul>



<h2 class="wp-block-heading">À quand des repas gratuits pour chaque élève&nbsp;?<strong> &nbsp;</strong></h2>



<p>Alors qu’un enfant sur <a>quatre vit</a> sous le seuil de pauvreté en Wallonie et que 4 sur enfants sur 10 sont dans ce cas à Bruxelles<sup class="modern-footnotes-footnote ">16</sup>, le besoin de repas gratuits à l’école est une question sociale autant que de santé publique. Dans nombre d’écoles, il n’est pas rare que les enfants arrivent sans la moindre nourriture pour passer la journée ou alors avec des aliments inadaptés à leurs besoins nutritifs (snacks, chips, confiseries, restes de la veille…).</p>



<p>Comme le résume la revue <em>Tchak</em>, <em>«&nbsp;rendre les cantines scolaires gratuites et de qualité est un puissant moyen de faire évoluer l’ensemble de la société vers une alimentation plus durable. Et de lutter contre les inégalités scolaires engendrées par les inégalités sociales&nbsp;»</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">17</sup>.</p>



<p>Pour toutes ces raisons, les dispositifs – communaux ou de la FW-B<sup class="modern-footnotes-footnote ">18</sup> – étaient les bienvenus malgré les limitations (priorité aux écoles à indice socio-économique faible&nbsp;: seules 425 sur 2500 écoles concernées). Mais, aujourd’hui, la Fédération restreint ces possibilités&nbsp;: les moyens dont bénéficient les écoles à encadrement différencié (c’est-à-dire celles qui bénéficient d’un meilleur encadrement car elles concentrent un public défavorisé) pour organiser des repas sont réduits de 21,4 à 8,2 millions d’euros, et dilués dans deux fois plus d&rsquo;écoles. Ceci entraine que le subside moyen par repas passe de 3,70 € à 43 cents.&nbsp;Le décret qui organisait les repas gratuits sera abrogé, laissant aux écoles la liberté théorique de les organiser, mais avec des moyens qui concrètement ne le permettent plus dans les faits. De manière plus large, les communes sont de plus en plus étranglées par le fédéral, singulièrement vu la limitation dans les temps des allocations de chômage et leur impact à venir dès 2026 sur les CPAS, insuffisamment refinancés.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="840" height="560" src="https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2025/11/renaud-confavreux-jtWrfcG0qD4-unsplash.jpg" alt="Un enfant devant un repas, en train de manger avec les mains" class="wp-image-40447" srcset="https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2025/11/renaud-confavreux-jtWrfcG0qD4-unsplash.jpg 840w, https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2025/11/renaud-confavreux-jtWrfcG0qD4-unsplash-300x200.jpg 300w, https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2025/11/renaud-confavreux-jtWrfcG0qD4-unsplash-768x512.jpg 768w, https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2025/11/renaud-confavreux-jtWrfcG0qD4-unsplash-600x400.jpg 600w" sizes="(max-width: 840px) 100vw, 840px" /><div class="image-licence" style="text-align: right; margin-top: 5px; font-size: 0.8em; color: #666; font-style: italic;">Licence : photo par Renaud Confavreux (unsplash)</div></figure>
</div>


<p>Il y a donc lieu de réclamer l’octroi d’un repas gratuit par jour pour chaque enfant à l’école, encore une fois sans discrimination. Comme le droit à l’éducation, le droit à l’alimentation est universel. Par ailleurs, nul n’indique que les repas pris sur le temps scolaires par les élèves les plus favorisé·es, <em>a fortiori</em> quand ils et elles sortent de l’école pour aller dans un snack ou un fast-food, sont plus sains que ceux des élèves les moins favorisé.es.</p>



<p>Au sujet des repas, se pose une question purement technique. Le temps de midi, puisque les enfants ne sont pas obligés de rester à l’école, n’est pas en tant que tel considéré comme du temps scolaire dans l’enseignement obligatoire alors qu’il est bien considéré comme tel dans les textes sur l’accueil de l’enfance<sup class="modern-footnotes-footnote ">19</sup>. Il est plus que temps de corriger cette absurdité, qui remonte à une époque patriarcale. Beaucoup d’acteurs de terrain militent pour la reconnaissance du temps de midi en tant que temps scolaire. D’autant plus que cet archaïsme aboutit à de nouvelles discriminations contraires au principe de gratuité scolaire&nbsp;: d’une part, les surveillances durant le temps extra-scolaire<sup class="modern-footnotes-footnote ">20</sup> (matin, midi, soir) peuvent être payantes selon les écoles<sup class="modern-footnotes-footnote ">21</sup>&nbsp;; d’autre part, l’exclusion du midi du temps scolaire sert d’argument à la ministre pour considérer que cette obligation n’incombe pas à la Fédération.</p>



<p>En filigrane, cette question des repas scolaires pose aussi une question sociétale rarement prise en compte&nbsp;: les temps scolaires ne correspondent plus réellement aux temps de la «&nbsp;vraie vie&nbsp;». Si la réforme des rythmes scolaires (7 semaines de cours-2 semaines de congé, moins de vacances l’été), instaurée en 2022 en FW-B, fait aujourd’hui la quasi-unanimité, les horaires quotidiens semblent moins correspondre à la réalité des familles de 2025 (activité professionnelle des femmes, télétravail, flexibilisation du travail, spécialement précaire, temps de transports…), singulièrement quand on se penche sur le quotidien des familles monoparentales, <em>a fortiori</em> présentant des risques de précarité.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’abaissement de l’obligation scolaire à 3 ans</h2>



<p>À la différence des autres matières liées à l’enseignement, l’obligation scolaire est une compétence fédérale. L’abaissement de cette obligation scolaire de 5 à 3 ans figure dans la déclaration gouvernementale de l’Arizona (gouvernement De Wever – N-VA, MR, CD&amp;V, Les Engagés,&nbsp;Vooruit). Elle est évidemment soutenue par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (MR, Les Engagés). Il y a donc de fortes chances que cette mesure entre en application d’ici à 2029. En réalité, le taux d&rsquo;inscription des enfants de 3 ans&nbsp;est déjà de 96,6% en Wallonie et 85,5% à Bruxelles.</p>



<p>Pourquoi l’aborder ici dans le cadre de la précarité&nbsp;? Parce que, comme le relève Frédéric Nils, professeur à l’UCLouvain, <em>«&nbsp;il y a (…) consensus sur la question (de savoir si cet abaissement permet de mieux lutter contre les inégalités sociales). Le débat, en Belgique, ne date pas d&rsquo;hier. Si la scolarité démarre précocement, par exemple vers l&rsquo;âge de trois ans, cela a pour effet de réduire les inégalités sociales à l&rsquo;école. En réalité, les années du cycle maternel permettent de réduire et de gommer les différences de niveau entre les élèves qui sont dues à des inégalités sociales. Il y a d&rsquo;ailleurs des travaux qui montrent que contrairement à ce que l&rsquo;on pourrait espérer, toute la scolarité n&rsquo;a pas un impact positif en termes de diminution des inégalités sociales… mais seulement la scolarité maternelle&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">22</sup>.</em></p>



<p>Pourquoi&nbsp;? À condition qu’une période d’adaptation soit prévue et, <em>«&nbsp;pour autant que l&rsquo;école ait les moyens de garantir un accueil de qualité pour chacun et tienne compte des besoins particuliers des élèves touchés par une précarité multidimensionnelle&nbsp;»</em>, l’abaissement de l’obligation scolaire à 3 ans peut changer beaucoup de choses. <em>«&nbsp;Grandir dans la précarité, c&rsquo;est être exposé à l&rsquo;insécurité, à plus de risque de violences et à moins de suivi parental. Un tel environnement rend l&rsquo;enfant moins réceptif aux apprentissages. Des services d&rsquo;aide précoce soulignent l&rsquo;intérêt d&rsquo;une obligation scolaire à 3 ans à condition que l&rsquo;école passe le relais pour une meilleure prise en charge de soutien à la périnatalité des familles&nbsp;: à&nbsp;5 ans, c&rsquo;est parfois trop tard pour voir que des enfants ont des retards de développement ou, éventuellement, subissent de la négligence ou de la maltraitance&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">23</sup>.</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">Conclusion&nbsp;?</h2>



<p>La gratuité scolaire n’est évidemment pas la réponse à tous les problèmes de précarité qui se posent dans une société où, non seulement, elle progresse fortement mais où, de plus, les publics les plus vulnérables sont ciblés en permanence par les politiques populistes ou franchement réactionnaires. Célébrée pour son État-providence, la Belgique possède un des taux de pauvreté infantile les plus élevés d’Europe et l’on peut difficilement ne pas faire de lien entre ces statistiques et l’absence de dispositifs suffisants. Le Délégué général aux droits de l’enfant (DGDE) le rappelle<sup class="modern-footnotes-footnote ">24</sup>&nbsp;: <em>«&nbsp;La gratuité scolaire n’est ni une faveur ni une aide sociale, elle fait partie du droit à l’éducation garanti par notre Constitution et par la Convention Internationale relative aux Droits de l’Enfant. (…) La gratuité scolaire ne relève pas de considérations politiques ou philosophiques mais bien des droits fondamentaux de tous les élèves de la Fédération Wallonie-Bruxelles. En ce sens, elle devrait rassembler toutes les décideuses et tous les décideurs sur le principe de l’intérêt supérieur de nos enfants. »</em></p>



<p>On devrait en réalité parler d’un droit à l’éducation sans frais et pas seulement d’un droit à l’éducation. <strong><em>«&nbsp;Il ne suffit pas de pouvoir inscrire gratuitement un enfant dans une école pour dire que l’accès à l’éducation est garanti&nbsp;»</em></strong> résume Nadia Echadi, fondatrice de l’asbl bruxelloise Maxi-Liens.</p>



<p>Tout récemment, le Délégué général aux droits de l’enfant a d’ailleurs formulé neuf recommandations <em>«&nbsp;pour une école plus juste et plus inclusive&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">25</sup></em>&nbsp;: l’extension de la gratuité scolaire y figure en bonne place à côté des questions sanitaires, de transport, de harcèlement, de suivi pédagogique et psychologique.</p>



<p>Il faut envisager effectivement la gratuité scolaire dans sa globalité, la maintenir et l’étendre&nbsp;: l’accès à l’école, les fournitures, le plafonnement des excursions et voyages et le repas de midi, tout ceci fait partie du même sujet et figure dans les recommandations du DGDE au gouvernement de la FW-B. &nbsp;<em>«&nbsp;La première des responsabilités du gouvernement, c’est de mettre en œuvre les engagements juridiques appelant la Fédération Wallonie-Bruxelles à arriver progressivement à la gratuité complète de l’école&nbsp;», </em>dit la Ligue des familles<sup class="modern-footnotes-footnote ">26</sup>. Car, comme le résume un rapport de la Fondation Roi Baudouin sur la déprivation des enfants, <em>«&nbsp;investir dans l’enfance ne doit pas être considéré comme un coût pesant sur les finances d’un pays, mais comme un investissement générant un rendement élevé par sa contribution à la croissance inclusive du pays. Assurer un revenu suffisant et un accès effectif aux services aux enfants déprivés et à leurs familles n’est pas seulement une obligation au regard des droits humains, mais aussi une question de bon sens économique&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">27</sup>.</em></p>



<p></p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Communiqué de presse du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, 10 octobre 2025&nbsp;: <a href="https://degryse.cfwb.be/home/communiques-de-presse/presses/budget-2026-2029-accord-au-gouvernement-de-la-federation-wallonie-bruxelles-pour-garder-sous-controle-le-deficit-budgetaire.html">degryse.cfwb.be</a></div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;WINANDY, Noémie,&nbsp;Le poids du cartable. Quand la précarité pèse sur le droit à l’éducation, étude Action Vivre Ensemble, septembre 2025. Disponible sur <a href="https://vivre-ensemble.be/publication/le-poids-du-cartable-quand-la-precarite-pese-sur-le-droit-a-leducation/">vivre-ensemble.be</a></div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;On avait déjà appris, quelques semaines plus tôt, que l’évaluation externe, attendue pour fin 2026 et censée faire le bilan de la gratuité des primaires 1 à 3 avant une extension en 4e, n’avait tout simplement pas été attribuée par la FWB&nbsp;(<a href="https://www.lesoir.be/701376/article/2025-09-26/la-gratuite-scolaire-un-dossier-enlise-dans-la-procedure">lesoir.be</a>).</div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;L’indice socio-économique (ISE) des établissements est calculé en agrégeant les revenus, les niveaux de diplôme, l’activité professionnelle, les taux de chômage et d’activité&nbsp;et la proportion de bénéficiaires d’une aide sociale des parents d’une école.</div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Lors de la conférence de presse du gouvernement de la FW-B, le&nbsp;10 octobre 2025.</div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;GEVERS, Merlin, L’école sera plus coûteuse encore… et les enfants en paient le prix, Analyse Ligue des familles, octobre 2025. Disponible sur <a href="https://liguedesfamilles.be/storage/41142/251015-Analyse---L%C3%A9cole-sera-plus-couteuse-encore.pdf">liguedesfamilles.be (PDF)</a></div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;VANDENABEELE, Caroline, Les enfants de familles en difficulté financière vont devoir porter la honte de leur pauvreté jusque dans leur cartable dans La Libre, 14 octobre 2025. Disponible sur « Les enfants de familles en difficulté financière vont devoir porter la honte de leur pauvreté jusque dans leur cartable » &#8211; La Libre</div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Article 24&nbsp;: «&nbsp;L&rsquo;accès à l&rsquo;enseignement est gratuit jusqu&rsquo;à la fin de l&rsquo;obligation scolaire».</div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;De nombreux textes fondamentaux, nationaux et internationaux, garantissent le droit à l’enseignement et à l’éducation. La gratuité d’accès à l’enseignement obligatoire permet de garantir ce droit, elle est donc elle aussi garantie par ces textes fondamentaux&nbsp;(<a href="http://www.enseignement.be/index.php?page=26782&amp;navi=3390">enseignement.be/index.php?page=26782</a>).</div><div>10&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;GEVERS, Merlin, La gratuité scolaire pour tout le monde ou en option&nbsp;? dans Politique, juin 2025. Disponible sur <a href="https://www.revuepolitique.be/la-gratuite-scolaire-pour-tout-le-monde-ou-en-option/">revuepolitique.be</a>&nbsp;; <a href="https://shs.cairn.info/revue-nouvelle-2025-2-page-88?lang=fr">shs.cairn.info</a></div><div>11&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem.</div><div>12&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;GEVERS, op. cit.</div><div>13&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;BURGRAFF, Eric, Fournitures scolaires&nbsp;: le budget par élève divisé par trois dans Le Soir, 3 novembre 2025. Disponible sur <a href="https://www.lesoir.be/708625/article/2025-11-03/fournitures-scolaires-le-budget-par-eleve-divise-par-trois">lesoir.be</a></div><div>14&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ligue des familles, post Facebook, 3 novembre 2025.</div><div>15&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://liguedesfamilles.be/article/valerie-glatigny-suspend-linspection-de-la-gratuite-scolaire-dans-les-ecoles-un-recul-majeur-pour-les-familles-et-les-enfants">liguedesfamilles.be</a></div><div>16&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.unicef.be/fr/plaidoyer/le-plaidoyer-sur-divers-themes-politiques/la-pauvrete-infantile">unicef.be</a></div><div>17&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;WU, Sang-Sang, Rendre les cantines scolaires gratuites et de qualité dans Tchak, 4 juin 2024. Disponible sur <a href="https://tchak.be/index.php/2024/06/04/rendre-les-cantines-scolaires-gratuites-et-de-qualite/">tchak.be</a></div><div>18&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://economie.wallonie.be/demandes/3423_demander-une-subvention-pour-des-repas-gratuits-sains-et-durables-dans-l-enseignement-fondamental.html">economie.wallonie.be</a></div><div>19&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="http://www.enseignement.be/index.php?page=26778&amp;navi=3386">droitsdelenfant.be</a></div><div>20&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.ufapec.be/positions-de-l-ufapec/20190827-position-accueil-extrasco-inegalites.html">ufapec.be</a></div><div>21&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://liguedesfamilles.be/article/400-euros-par-an-pour-midi-a-lecole">liguedesfamilles.be</a></div><div>22&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;DIVE, Alice, La scolarisation précoce permet-elle vraiment de gommer les inégalités sociales&nbsp;? dans La Libre, 20 février 2025. Disponible sur <a href="https://www.lalibre.be/debats/entretiens/2025/02/20/la-scolarisation-precoce-permet-elle-vraiment-de-gommer-les-inegalites-sociales-MPXU2C4SEZHNFBV3PP3TUEN5WE/">lalibre.be</a></div><div>23&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;HOUSSONLOGE, Dominique, Obligation scolaire à 3 ans&nbsp;: un levier pour les publics vulnérables&nbsp;?, Analyse Ufapec, décembre 2024. Disponible sur <a href="https://www.ufapec.be/nos-analyses/1924-obligation-scolaire-3ans-echec.html">ufapec.be</a></div><div>24&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.defenseurdesenfants.be/article/gratuite-de-l-enseignement-peril-en-federation-wallonie-bruxelles">defenseurdesenfants.be</a></div><div>25&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;VANDENABEELE, Caroline, Harcèlement, redoublement, frais… Face aux problématiques scolaires, le Délégué général aux droits de l’enfant imagine une école ‘plus juste’ dans La Libre, 29 octobre 2025. Disponible sur <a href="https://www.lalibre.be/belgique/enseignement/2025/10/29/harcelement-redoublement-frais-face-aux-problematiques-scolaires-le-delegue-general-aux-droits-de-lenfant-imagine-une-ecole-plus-juste-Q4Q5U2FHMRBLPKJJ4GDQI3UY7Q/">lalibre.be</a></div><div>26&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;GEVERS, op. cit.</div><div>27&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;GUIO, Anne-Catherine et VAN LANCKER, Wim, La déprivation des enfants en Belgique et dans ses régions&nbsp;: que disent les nouvelles données, rapport Fondation Roi Baudouin, octobre 2023. Disponible sur <a href="https://kbs-frb.be/fr/la-deprivation-des-enfants-en-belgique-et-dans-ses-regions-que-disent-les-nouvelles-donnees-0">kbs-frb.be</a></div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Étrangers et voyageurs sur cette terre. Plaidoyer contre une instrumentalisation du droit à des fins politiques</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2025-11/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 25 Sep 2025 12:39:10 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Au départ d’une lettre co-signée par le Premier ministre belge à la Cour européenne des Droits de l’Homme, un important débat médiatique a eu lieu sur le rôle et le fonctionnement de la Cour étant donné les questions sécuritaires et migratoires actuelles. ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="titre-trois">Au départ d’une lettre co-signée par le Premier ministre belge à la Cour européenne des Droits de l’Homme, un important débat médiatique a eu lieu sur le rôle et le fonctionnement de la Cour étant donné les questions sécuritaires et migratoires actuelles.&nbsp; Dans cette analyse, issue d’une carte blanche parue dans <em>La Libre Belgique</em>, Action Vivre Ensemble identifie les enjeux et risques pour notre démocratie européenne, tel que le droit instrumentalisé à des fins politiques. Dans un contexte anxiogène, chaque &nbsp;citoyen∙ne belge (et <em>in extenso</em> européen∙ne) doit avoir accès à d’autres grilles de lecture que celles issues de certains discours simplistes nourris par la peur. Chacun·e d’entre nous doit pouvoir faire usage des garde-fous qui nous restent… &nbsp;et que nous devons défendre.</p>



<p>Le 22 mai 2025, le Premier ministre belge Bart De Wever a adressé avec huit autres pays européens une lettre à la Cour européenne des Droits de l’Homme (CEDH)<em><sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup></em>. C’est à l’initiative des Premières ministres d’Italie et du Danemark  (Giorgia Meloni et Mette Frederiksen) que la Belgique, l’Autriche, la République tchèque, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie et la Pologne ont interpellé l’instance pour lui demander de laisser plus de libertés aux pays membres. Leur revendication : avoir plus d’autonomie pour lutter contre l’immigration illégale et, plus concrètement, avoir la possibilité d’expulser des migrants ayant commis des actes graves<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup>.</p>



<p>Un article publié<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup> par le journal <em>La Croix</em> (modifié le 23 mai) cite des extraits de cette lettre et montre ainsi la volonté des auteurs de remettre en question la Convention européenne des Droits de l’Homme<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup> qu’ils jugent dépassée au vu des réalités actuelles : il est « <em>nécessaire d’entamer une discussion sur la manière dont les conventions internationales répondent aux défis auxquels nous faisons face aujourd’hui ».</em></p>



<p>Un des points communs de ces responsables politiques est leur vision de l’immigration et des «&nbsp;risques&nbsp;» pour leurs pays. À titre d’exemple, nous pouvons citer l’action de Giorgia Meloni qui projette de&nbsp; faire construire, en Albanie, des centres dits d’accueil (aux yeux de nos associations, ce sont des centres de rétention) pour les migrants interpellés en mer par les autorités italiennes<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup>.</p>



<p>Dans le cas qui nous occupe, les neuf ministres souhaitent se voir octroyer plus de liberté et pouvoir ainsi renvoyer des étrangers qui, cite le journal <em>La Libre Belgique<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup></em>  « <em>ont profité de notre hospitalité pour commettre des délits et faire en sorte que d’autres personnes se sentent en danger</em> ». En bref, renvoyer « chez eux » des étrangers migrants, en situation irrégulière et responsables d’actions criminelles.  </p>



<p>En tant que membres de la société civile, cela nous pose question, et ce à plusieurs niveaux.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le principe de la séparation des pouvoirs, un garde-fou à défendre</h2>



<p>Rappelons que le texte intitulé «&nbsp;Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales&nbsp;» est un traité international qui a été signé peu de temps après la deuxième guerre mondiale (en 1950) par les États membres du Conseil de l’Europe pour protéger les droits de l’Homme et les libertés fondamentales. Le niveau supranational de la Cour, créé pour contrôler son respect par les pays, montre la volonté originale de garantir le principe de séparations des pouvoirs&nbsp;: <strong>le droit ne peut être utilisé comme instrument politique</strong>. Il s’agit d’une balise importante de nos sociétés démocratiques que les neuf ministres signataires de la lettre à la Cour européenne essaient de contourner&nbsp;: <em>«&nbsp;Nous croyons que l’évolution de l’interprétation de la Cour a, dans certains cas, limité notre capacité à prendre des décisions politiques dans nos propres démocraties&nbsp;» </em>cite le journal<em> La Croix.</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">Le pouvoir d’un langage simpliste et anxiogène</h2>



<p>Ensuite, il y a un risque de voir des politiques être établies sur base d’un nombre de cas limités. Nous constatons une dérive du langage politique (non seulement au niveau international mais également en Belgique) ainsi que le développement de discours populistes basés sur la peur des citoyens. Ainsi, quand les signataires de la lettre disent «&nbsp;<em>En toute modestie, nous pensons que notre approche est fortement alignée sur celle de la majorité des citoyens européens&nbsp;</em>»<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup> nous assistons à un cercle vicieux dans lequel, la peur ressentie par quelques un·es est instrumentalisée pour justifier de mesures&nbsp;; cette peur étant elle-même nourrie par des discours anxiogènes.</p>



<p class="chapo">Ce type d’initiatives contribue donc à normaliser un discours de plus en plus radical sur la migration.</p>



<p>De plus, ces discours, simplistes, donnent des informations partiales voire erronées.</p>



<p>Ainsi, en réponse à cette lettre, 15 professeurs de droit de plusieurs universités belges ont réagi. Dans leur carte blanche, publiée par le journal <em>Le Soir<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup></em>, ils déconstruisent certains arguments avancés par les Premiers ministres.</p>



<p>Premièrement, ils et elles insistent sur l’importance de l’indépendance de la Cour en démontrant sa recherche, constante, d’équilibre entre d’une part la base légale tout en tenant compte, d’autre part, du but légitime afin que la décision soit proportionnée. Ensuite, ces professeurs montrent, jurisprudence à l’appui, que de nombreuses décisions de la Cour donnent raison aux autorités nationales. Une limite existe… les renvois ne sont empêchés que, disent-ils «&nbsp;<em>face à des risques très sérieux pour l’intégrité&nbsp;des (personnes) concernées</em>&nbsp;». En d’autres termes, la Cour s’oppose, même dans des cas très sérieux comme la lutte contre le terrorisme, au renvoi des personnes si, une fois dans leur pays d’origine, elles sont susceptibles de subir des cas de torture, par exemple. Ce qui doit primer est notre respect de la dignité humaine.</p>



<p>Cette carte blanche a suscité des réactions. Soulignons par ailleurs que ces échanges par voie de presse montrent l’intérêt d’un débat public sur une question essentielle à nos démocraties. Dans une contribution publiée par <em>La Libre Belgique</em>, le professeur Marc Bossuyt, ancien commissaire général aux réfugiés et apatrides, s&rsquo;en est pris avec véhémence  aux auteurs de la carte blanche<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup>.  </p>



<p>Plusieurs affirmations du Prof. Bossuyt nous paraissent devoir être rectifiées, voire dénoncées, notamment parce qu&rsquo;elles participent à la confusion ambiante autour des questions de migration, confusion dont les migrants sont souvent les premières victimes.</p>



<p>La première de ces affirmations est la suivante : «&nbsp;<em>En 2012, la Cour a jugé que la Belgique avait violé l&rsquo;interdiction de la torture parce qu&rsquo;elle avait déporté au Kurdistan un Irakien (M.S.) reconnu coupable de terrorisme en Belgique. Cependant, il n&rsquo;apparaît nulle part qu&rsquo;il y ait été maltraité&nbsp;».</em></p>



<p>Sous les apparences du bon sens, une telle affirmation est, à la réflexion, renversante : le fait qu&rsquo;une personne n&rsquo;ait pas été torturée dans un pays connu pour pratiquer régulièrement la torture justifierait donc&nbsp;<em>a posteriori</em>&nbsp;qu&rsquo;elle y soit expulsée ? Il faudrait donc, pour interdire une telle expulsion, que la personne en question y soit d&rsquo;abord torturée ? À notre connaissance, <strong>toute analyse juridique doit prendre en compte la notion de risque, et le cas échéant, ce risque était avéré.</strong></p>



<p>Autre affirmation : «&nbsp;<em>Pendant la campagne du Brexit, l&rsquo;un des arguments forts avancés par les Brexiters était que la Cour européenne (…) empêchait l&rsquo;expulsion de terroristes. Il n&rsquo;y aurait pas eu de Brexit si 0,95 % des électeurs s&rsquo;étaient prononcés contre plutôt qu&rsquo;en faveur du Brexit&nbsp;».</em></p>



<p>Ici encore, la partialité de l&rsquo;analyse étonne. Les bons observateurs de l&rsquo;Union européenne s&rsquo;entendent très majoritairement à considérer que le Brexit est la conséquence prévisible d&rsquo;un grand malentendu initial, qui s&rsquo;est produit au moment de l&rsquo;adhésion du Royaume-Uni à la Communauté Économique Européenne. Pour ce dernier, il s&rsquo;agissait d&rsquo;abord d&rsquo;adhérer à un marché unique, alors que la phrase fondatrice du Traité de Rome évoquait bien le projet d&rsquo;une « <em>Union sans cesse plus étroite entre les peuples d&rsquo;Europe</em>« . Ici encore, on voit poindre d&rsquo;inquiétantes dérives du droit, ramené à un instrument politique censé notamment répondre au « chantage » d&rsquo;autres États, ainsi que l&rsquo;atteinte à l&rsquo;indépendance du pouvoir judiciaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Revenir à une lecture éthique des enjeux migratoires</h2>



<p>Face aux risques pour la démocratie évoqués ci-dessus, nos associations rappellent le rôle primordial que peut avoir le citoyen∙ne européen·e, dont belge&nbsp;: celui, bien sûr, de choisir ses élus en connaissance de cause, en analysant les programmes électoraux. Et, plus fondamentalement, en faisant acte d’une vigilance constante à l’égard des élus. Nous pouvons ici rappeler que les séances plénières de la chambre sont publiques et que celles-ci sont l’occasion pour les 150 députés élus de contrôler le gouvernement fédéral. Par ailleurs, le nombre d’arguments échangés par voie de presse dans la situation qui nous occupe, montre l’importance d’avoir une lecture critique&nbsp;: qui parle&nbsp;? Quelle est non seulement la manière dont les acteurs et actrices en présence se définissent mais aussi quels sont leurs actes&nbsp;?</p>



<p class="chapo">Il est urgent de revenir à une lecture éthique des enjeux migratoires.</p>



<p>Tout l&rsquo;enseignement social de l&rsquo;Église, rappelé avec force par les papes François et Léon, nous rappelle que, selon un passage fameux de l&rsquo;épître aux Hébreux, nous sommes&nbsp;<em>« des étrangers et des voyageurs sur cette terre »</em>. Le droit n&rsquo;a pas à privilégier le fort sur le faible ni à justifier des discriminations non fondées. Un criminel étranger n&rsquo;a pas à être jugé plus sévèrement qu&rsquo;un criminel belge. En outre, le recours à la notion de « crime » nous paraît également devoir être interrogée, en particulier au regard de l&rsquo;impunité dont jouissent actuellement les auteurs des pires d&rsquo;entre eux, crimes de guerre et crimes contre l&rsquo;humanité.</p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.echr.coe.int/fr/home">echr.coe.int</a></div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Cette analyse est issue d’une carte blanche publiée dans la Libre Belgique (16/06/2025) disponible sur <a href="http://sur https://www.lalibre.be/debats/opinions/2025/06/16/etrangers-et-voyageurs-sur-cette-terre-MTDIHPVNCFAP5NAPRRSEED3R4A/">lalibre.be</a> ainsi que d’une interview d’Axelle Fischer dans l’émission Décryptages de RCF (30/05/2025) disponible <a href="https://www.cathobel.be/podcast/decryptages-le-non-marchand-est-il-en-danger/">cathobel.be</a></div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.la-croix.com/international/convention-europeenne-des-droits-de-l-homme-neuf-pays-de-lue-appellent-a-sa-reinterpretation-20250523">la-croix.com</a></div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le texte complet  est disponible sur  <a href="https://www.cncdh.fr/sites/default/files/2022-02/cedh_0_1.pdf">cncdh.fr</a></div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Les juges italiens ont refusé de valider et, à l’heure d’écrire ces lignes, la question a été renvoyée à la Cour européenne de justice.</div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.lalibre.be/international/europe/2025/05/23/immigration-irreguliere-neuf-dirigeants-dont-bart-de-wever-estiment-que-la-justice-europeenne-protege-les-mauvaises-personnes-2WBJ4G7HHBDELJO3WXDUPBZ5ZY/">lalibre.be</a></div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Neuf pays, dont la Belgique, veulent plus de marge contre l’immigration illégale. La Libre Belgique, 24 et 25 mai 2025</div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.lesoir.be/677761/article/2025-05-26/la-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-obstacle-dans-les-politiques-migratoires">lesoir.be</a></div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.lalibre.be/debats/opinions/2025/05/27/les-neufs-donnent-ils-une-lecture-tronquee-de-la-justice-europeenne-Y7EO575S2NE4RFSEM3Z2NPV3EU/">lalibre.be</a></div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La mobilité. L’angle mort de la précarité</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2025-10/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 Sep 2025 11:23:49 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Le manque de mobilité représente un véritable obstacle à l’exercice de nos droits les plus fondamentaux, tant se déplacer est [&#8230;]]]></description>
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<p class="titre-trois">Le manque de mobilité représente un véritable obstacle à l’exercice de nos droits les plus fondamentaux, tant se déplacer est essentiel dans nos sociétés. Les plus précarisés d’entre nous subissent à la fois inégalité géographique et inégalité environnementale. Comment penser une mobilité qui soit un outil à la fois de justice sociale et de durabilité environnementale ?</p>



<p>Vélos et voitures électriques et/ou partagées, pistes et autoroutes cyclables… Les initiatives en faveur d’une mobilité moins gourmande en ressources fossiles ne manquent pas ces dernières années dans le cadre de la transition énergétique. Mais ne sont-elles pas des phénomènes principalement urbains, qui concernent surtout une classe moyenne à capital culturel élevé&nbsp;? Et, surtout, ne font-elles pas oublier les efforts nécessaires en matière de transports publics collectifs accessibles à toutes les bourses et à tous les publics&nbsp;?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Mobilité et non-recours aux droits</h2>



<p>La mobilité est un élément transversal dans les questions de lutte contre la pauvreté. On la retrouve effectivement partout puisqu’elle représente un «&nbsp;<em>maillon indispensable dans l’exercice des droits fondamentaux&nbsp;</em>»<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup> tels que le droit au logement, à la santé, à l’emploi ou encore à l’éducation. Comment se rendre chez le médecin si l’on habite dans un village reculé où il y a très peu de transports en commun&nbsp;? Ou lorsqu’on a trouvé un travail mais que, faute de posséder une voiture ou de disposer de transports en commun adéquats, l’on doive y renoncer&nbsp;?</p>



<p>Christine Mahy, secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté (RWLP), lance un avertissement : <strong>la non-mobilité aggrave le non-recours aux droits</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup>. L’évolution de la société fait que «&nbsp;<em>les besoins en mobilité des individus se multiplient et se complexifient. Les individus voient aujourd’hui leurs pôles d’intérêts et leurs lieux d’activités se multiplier et souvent se disséminer sur le territoire</em>&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup>. Le maillage actuel des réseaux TEC et SNCB est loin d’être optimal&nbsp;: trajets raccourcis, trains supprimés, coûts prohibitifs, etc. Ces divers obstacles ont des conséquences désastreuses pour les personnes en situation de précarité, notamment l’isolement social, comme beaucoup ne peuvent plus se déplacer. &nbsp;Ainsi, absents de l’espace public, ils sont invisibilisés et leurs besoins ne sont pas être pris en compte dans les politiques de mobilité. Pourtant, ils et elles sont bien là. <strong>Le manque d’accès à la mobilité complexifie donc grandement des situations de précarité, voire constitue même parfois l’élément déterminant qui fait basculer dans la pauvreté.</strong></p>



<p>L’obstruction à ces divers droits vient notamment des choix politiques posés dans l’aménagement du territoire. Le logement se révèle souvent moins cher en zone rurale ou périurbaine ; or, c’est généralement là qu’il y a le moins de transports en commun et de services de proximité. Combien de villages ne sont pas desservis le week-end ? Il y aurait lieu à repenser sérieusement l’aménagement du territoire, notamment en revitalisant les villages. En Wallonie, la plupart sont devenus des villages-dortoirs où la voiture règne en maître, faute d’une offre suffisante de transports en commun. Dans ces villages, les commerces de proximité ont presque tous disparu, ceux-là même qui permettaient, en plus de fournir des denrées de base, de créer et d’entretenir du lien social. &nbsp;<em>«&nbsp;En région rurale, beaucoup de personnes doivent prendre plusieurs [modes de] transports en commun différents lorsqu’ils vont travailler ou lorsqu’ils veulent visiter leurs enfants placés et cela prend un temps fou et une énergie folle. Ils n’ont souvent que leurs pieds pour se déplacer&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup></em>. Cette raréfaction des transports en commun en zone rurale participe d’un cercle vicieux <em>: «&nbsp;Le service se détériore en raison d’un manque de moyens, le nombre de clients diminue et par conséquent, les moyens sont supprimés&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup></em>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Mobilité et effet Matthieu</h2>



<p>L’effet Matthieu<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup> est un principe qui «&nbsp;<em>traduit le fait qu’en vertu d’une&nbsp;série de mécanismes,&nbsp;les politiques sociales profitent davantage aux riches qu’aux pauvres qui, proportionnellement, y contribuent davantage</em>&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup>. Plus concrètement, les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres. En matière de mobilité, l’effet Matthieu est particulièrement tenace sur deux des moyens de transport les plus connus&nbsp;: le vélo et la voiture.</p>



<p><strong>Le vélo</strong>. Le développement d’un réseau cyclable est largement utilisé par les personnes issues de la classe moyenne supérieure qui a fait de la pratique cycliste un véritable marqueur social. On aurait tort de sous-estimer la dimension culturelle du vélo tant il est devenu le moyen de transport plébiscité par une majorité de gens aisés et engagés. Parallèlement, la voiture reste une preuve de réussite sociale fortement ancrée dans les milieux plus populaires (mais pas seulement…). Le vélo, s’il représente une solution durable et, à première vue, bon marché, n’est pas aussi accessible qu’il y paraît.</p>



<p>Tout d’abord, en zone rurale, la pratique cycliste peut se révéler dangereuse, surtout en Wallonie où le manque de pistes ou d’aménagements cyclables est régulièrement dénoncé. Cette tendance se confirme par les chiffres puisque le vélo ne représente qu’1,6% de la part modale des déplacements en Wallonie pour 17% à Bruxelles<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup>. Ensuite, en zone urbaine, où les aménagements cyclables sont bien plus nombreux, le vélo reste inaccessible à beaucoup pour des raisons financières. Parmi eux, les familles précarisées. En effet, le développement et la prolifération des vélos cargos électriques<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup> sont trop chers pour des ménages en situation de précarité. Pour un vélo de ce type, il faut compter entre trois et cinq mille euros, sans compter l’assurance et les entretiens. Une sacrée somme… Sans commune mesure avec le coût et l’entretien d’une voiture cela dit.</p>



<p>De plus en plus de villes proposent des incitants à la pratique du vélo. Pour exemple, la Ville de Liège a mis en place le système <em>Vélocité<sup class="modern-footnotes-footnote ">10</sup></em> qui permet la location d’un vélo (pour des périodes variant de 3 à 12 mois). Dans le cas d’un vélo musculaire, donc non électrique, l’abonnement annuel est de 80€ et comprend l’entretien et les réparations éventuelles. Lorsqu’on sait qu’un entretien coûte<em> grosso modo</em> une septantaine d’euros, l’offre est avantageuse et inclusive. Ce genre d’initiatives va dans le bon sens et est révélatrice de la volonté d’une politique cyclable inclusive.</p>



<p>Pour autant, la <strong>voiture</strong> reste le moyen privilégié pour se déplacer. Quasiment indétrônable, elle est pourtant la source de nombreuses nuisances (bruit, pollution, odeur, etc.). La piétonisation des villes, et <em>ipso facto</em> la diminution progressive de la voiture, représente donc un véritable enjeu écologique. Cependant, si elle correspond aux objectifs de développement durable, «&nbsp;<em>les mesures interdisant ou limitant un mode de transport polluant ne peuvent être prises sans renforcer dans le même temps des solutions de transport accessibles à tous</em>&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">11</sup>. Car lorsque ce n’est pas le cas, cela a «&nbsp;<em>un impact disproportionné sur les personnes en situation de pauvreté par rapport aux autres citoyens</em>&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">12</sup>. L’économiste Thomas Piketty le rappelle : «&nbsp;<em>Toutes les transformations importantes, qu’elles soient politiques, institutionnelles ou sociales, depuis deux siècles, se sont faites avec une réduction des inégalités et une forme de marche vers l’égalité. Le changement climatique, grand défi du siècle, n’échappera pas à cette règle pour une raison simple&nbsp;: <strong>dès que vous faites des transformations majeures, vous avez des conséquences sur la répartition des efforts. Et la seule façon de pouvoir réaliser ces transformations, c’est de le faire d’une façon juste</strong></em>&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">13</sup>, c’est-à-dire en ne laissant personne de côté.</p>



<p>Selon l’étude <em>Mobwal<sup class="modern-footnotes-footnote ">14</sup></em>, les ménages qui ne possèdent pas de voiture sont les plus vulnérables et les plus fragiles et représentent principalement des personnes isolées ou des familles monoparentales. L’achat d’une voiture est la boîte de Pandore en matière de frais&nbsp;: l’achat tout d’abord, suivi par l’assurance, le carburant, les frais de parking éventuels, les entretiens et réparations mais aussi, bien en amont, le financement d’un permis de conduire. Au 1<sup>er</sup> janvier 2025 en Wallonie, il faut compter 58€ pour passer les permis théorique et pratique. Cela n’inclut évidemment pas d’éventuelles leçons de conduite qui peuvent s’élever à plusieurs centaines d’euros. Or, les personnes vivant une situation de précarité sont souvent isolées et ne peuvent compter ni sur l’aide d’un proche ni sur une voiture pour l’apprentissage.</p>



<p><strong>Le partage de voitures</strong>, type <em>Cambio</em>, contredit le modèle largement admis de la voiture individuelle : «&nbsp;<em>Le ‘tout automobile’ consiste donc à accorder la priorité à la voiture sur tous les autres modes de déplacement en toutes circonstances. Les autres modes ont le droit d’exister et même de se développer, à condition toutefois de ne pas entraver ou très peu l’usage de l’automobile (&#8230;) ou de ne pas freiner son développement exponentiel</em>&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">15</sup>. Le système des voitures partagées permet de diminuer efficacement le nombre de voitures, en ville du moins. Cependant, cela ne concerne à nouveau que des personnes issues de la classe moyenne. Si un abonnement<sup class="modern-footnotes-footnote ">16</sup> ne coûte que 8 € par mois, il faut compter des frais d’activation de 35 € ainsi qu’une participation financière, qui joue notamment un rôle de caution, de 500 €<sup class="modern-footnotes-footnote ">17</sup> (ces deux derniers frais ne sont payés qu’une fois). Ainsi, avant même d’avoir roulé un seul kilomètre, l’on doit déjà débourser 543 €… Somme difficile à dégager pour une personne ou un ménage en situation de précarité. De plus, les stations où retirer les voitures partagées sont situées en grande majorité en milieu urbain. Il faudrait investir les zones plus reculées, en périphérie, en banlieue et dans les quartiers populaires.</p>



<p>Dans un monde en pleine crise climatique et au sein de nos sociétés où la voiture règne en maître, le modèle des voitures partagées doit se développer, notamment via une politique engagée dans la durabilité qui encouragerait le citoyen à utiliser ce système sous la forme de prime&#8230; À l’image de ce que propose le TEC&nbsp;: en cas de radiation d’une plaque d’immatriculation, un abonnement gratuit de 3 ans vous est fourni ainsi que des prix réduits lors d’abonnement àCambio.</p>



<p>Parfaite illustration d’une transition juste, l’impression que ce genre de bonnes idées reste en marge des pratiques politiques persiste pourtant. En effet, selon l’Institut fédéral pour le Développement durable (IFDD), de plus en plus de Belges font face à des problèmes de mobilité liés à leur situation de précarité<sup class="modern-footnotes-footnote ">18</sup>. Ce constat mériterait un investissement et un développement plus conséquent de la part de nos pouvoirs publics. À titre d’exemple, la communication sur l’opportunité d’un abonnement TEC gratuit lors d’une radiation de plaque est presque inexistante…</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’exemple de Montpellier</h2>



<p>Une des solutions pour améliorer la mobilité pour toutes et tous reste la gratuité complète des transports en commun. Beaucoup d’acteurs de terrain revendiquent cette solution mais se heurtent à des cris d’orfraie : «&nbsp;<em>Impossible&nbsp;!&nbsp;</em>», «&nbsp;<em>Trop cher&nbsp;!</em>&nbsp;» &#8230; Avec le recul actuel des services publics, imaginer une gratuité complète relève en effet de l’utopie.</p>



<p>Une utopie&nbsp;qui est pourtant devenue réalité à Montpellier, en France. En effet, depuis 2023, Montpellier<sup class="modern-footnotes-footnote ">19</sup> offre la gratuité complète des transports en commun aux habitants et habitantes de la ville. Voulant démontrer qu’un autre modèle est possible et faire de la métropole un exemple de transition juste, c’est-à-dire qui ne laisse personne de côté, le maire, Michaël Delafosse, s’est décidé à adopter la gratuité complète des transports en commun. Le slogan de la mairie, «&nbsp;<em>L’égalité, la liberté, la solidarité, l’écologie, ça n’a pas de prix. Bus et tram gratuits&nbsp;</em>», est explicite sur la nouvelle philosophie adoptée.</p>



<p>«&nbsp;<em>La mise en place de la gratuité des transports en commun, c’est agir pour l’avenir de nos enfants et petits-enfants face aux défis du changement climatique, en rendant accessible à tous une mobilité qui n’émet pas de CO<sub>2</sub>. Faire ce choix de rupture qu’est la gratuité, c’est engager concrètement la transition écologique et solidaire</em>&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">20</sup> explique Michaël Delafosse. En outre, il cite les publics les plus précarisés, bien conscient qu’il s’agit là des plus affectés par le manque de mobilité, «&nbsp;<em>Une mesure solidaire pour nos aînés qui vivent avec de petites pensions, une mesure pour être aux côtés des femmes seules avec enfants, une mesure pour les jeunes afin qu’ils vivent pleinement leur ville</em>&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">21</sup>.</p>



<p>Mais comment Montpellier a-t-elle réussi ce que nos élus clament impossible&nbsp;? En supprimant deux tiers des distributeurs de tickets grâce au ‘<em>versement mobilité’</em>. Ce versement est un impôt payé par les entreprises<sup class="modern-footnotes-footnote ">22</sup> consacré au financement des transports en commun. Et c’est bien là que réside la différence avec la Belgique car chez nous, cet impôt n’existe pas. On évalue à 100 millions d’euros par an le coût de la gratuité du réseau TEC en Wallonie, somme faramineuse qui devrait être compensée par un impôt aux citoyen·es<sup class="modern-footnotes-footnote ">23</sup>, du moins en l’absence d’une autre solution&#8230; Deux villes belges se sont essayées à la gratuité, Hasselt et Mons ; mais l’une comme l’autre ont dû revenir à l’ancien modèle payant. Dans le cas de Mons, il s’est avéré que l’usage de la voiture n’a pas diminué et que cela coûtait, globalement, trop cher<sup class="modern-footnotes-footnote ">24</sup>. Si l’on doit prendre exemple sur nos voisins, il faut savoir que dans le cas de Montpellier, mais aussi de Dunkerque, où les transports en commun sont également gratuits, cette gratuité s’est accompagnée d’un élargissement du réseau de transports en commun… De quoi motiver et encourager un autre type de mobilité et laisser tomber pour de bon la voiture&nbsp;!</p>



<h2 class="wp-block-heading">‘To leave no one behind’</h2>



<p>Cette phrase, présente dans l’agenda 2030 des Nations unies, se traduit par&nbsp;«&nbsp;<em>ne laisser personne de côté</em>&nbsp;». Il s’agit également d’une des recommandations d’ATD Quart Monde dans le contexte d’une transition juste. Comment se préoccuper de questions environnementales lorsque chaque jour est une lutte pour vivre dignement&nbsp;?</p>



<p>Parmi les recommandations pour une transition juste du Service de lutte contre la pauvreté figure «&nbsp;<em>Garantir l’accès à la mobilité pour tous</em>&nbsp;». Au sein de cette recommandation, quatre directives nous paraissent essentielles pour atteindre nos objectifs de développement durable tout en «&nbsp;<em>ne laissant personne de côté</em>&nbsp;»&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Renforcer l’offre</strong> de transports publics.</li>



<li><strong>Prendre en compte la fracture numérique </strong>au sein des initiatives de mobilité, globalement numériques. En outre, à côté de la fracture numérique (achat des tickets via smartphone ou en ligne) qui affecte ceux qui ne sont pas outillés, il ne faut pas oublier la déshumanisation du service dans les gares ou aux arrêts avec le remplacement du personnel par des machines et billetteries automatiques.</li>



<li><strong>Développer un cadre politique favorable au partage</strong> de voitures et d’autres moyens de transports.</li>



<li><strong>Soutenir les personnes défavorisées dans l’achat et l’utilisation de vélos</strong> (notamment son apprentissage) et développer les facilités de stockage de vélos.<sup class="modern-footnotes-footnote ">25</sup></li>
</ul>



<p>La pauvreté est multidimensionnelle et, nous l’avons vu, il existe un tas de raisons pour que le vélo ou la voiture ne soient pas des options réalistes pour les personnes vivant dans la précarité.</p>



<p>«&nbsp;<em>La mobilité a toujours été un problème, mais elle l’est encore plus aujourd’hui<strong>. Des efforts considérables sont déployés pour électrifier les voitures, mais l’avenir de la mobilité ne réside pas dans de simples solutions individuelles, mais aussi dans des solutions collectives&nbsp;: des transports publics accessibles.</strong> Il y a beaucoup d’investissements dans les autoroutes cyclables et les pistes cyclables&nbsp;: c’est chouette, c’est bien, mais c’est parce que la classe moyenne le demande, pour utiliser son vélo ou son scooter électrique pour aller partout. Mais ces autoroutes cyclables ne sont pas utilisées par les personnes en situation de pauvreté</em>&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">26</sup>, témoigne une association dans laquelle se rassemblent les personnes en situation de pauvreté.</p>



<p>Enfin<strong>, il faut tirer le signal d’alarme face au détricotage sans précédent des services publics qui n’en garderont bientôt plus que le nom</strong>&nbsp;: «&nbsp;<em>On assiste actuellement à un glissement du public vers le privé en matière de responsabilité de mobilité&nbsp;: de plus en plus, on attend de chaque individu qu’il se déplace par des moyens privés (…). Or, ce glissement de l’infrastructure publique vers les ressources privées, qui va de pair avec la digitalisation des services, augmente les inégalités</em>&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">27</sup>.</p>



<p>Pour une transition juste en matière de mobilité qui ne laisse personne de côté, les efforts doivent être concentrés sur une meilleure accessibilité des transports en commun jusqu’au jour, rêvons un peu, de leur complète gratuité. On l’a vu, cette gratuité est possible&nbsp;: elle pourrait passer par des choix en matière de fiscalité. C’est ce que propose le PTB avec l’élaboration d’une ‘<em>cotisation transport’</em> qui serait payée par les entreprises de plus de 20 employés, correspondant à l’équivalent du ‘<em>versement mobilité’</em> français évoqué précédemment. Un autre moyen de financer la gratuité, serait via un «&nbsp;<em>transfert progressif et partiel des budgets dévolus à la carte essence et au régime des voitures salaires</em>&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">28</sup>, proposition d’Écolo, plus partisan d’une gratuité graduelle et ciblée (partagée par le PS). Elle concernerait d’abord les moins de 25 ans, les plus de 65 ans et les bénéficiaires de l’intervention majorée (BIM)<sup class="modern-footnotes-footnote ">29</sup>.</p>



<p>Gratuité complète ou ciblée des transports en commun, développement des solutions partagées, piétonnisation des villes et élargissement des réseaux et horaires&#8230; Les solutions ne manquent pas pour améliorer la mobilité de manière juste et durable. Il faudra encore s’armer de patience, puisque le MR, siégeant au gouvernement, plaide plutôt pour une gratuité conditionnée, notamment pour les étudiants désireux de poursuivre leurs études ou pour les chercheurs d’emploi en formation<sup class="modern-footnotes-footnote ">30</sup>. Une proposition qui emprunte largement au discours méritocratique du parti et exclurait, si d’application, les plus précarisé·es d’entre nous.</p>



<p>La mobilité est un secteur où la phrase «&nbsp;ne laisser personne derrière&nbsp;» (<em>To leave no one behind</em>) prend tout son sens. Car le manque de transports publics efficaces et accessibles est un frein majeur dans la lutte contre la pauvreté.<strong> Une politique de mobilité globale et cohérente &#8211; avec les investissements que cela suppose – est indispensable pour que la mobilité ne soit pas un obstacle de plus dans la lutte contre la pauvreté. </strong><strong></strong></p>



<p></p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Durabilité et pauvreté. Contribution au débat et à l’action politiques, Rapport bisannuel 2018-2019, Service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale, p. 67.</div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Propos recueillis lors de la table ronde de l’événement Le bus arrive&nbsp;? Ou pas. Une conférence sur la précarité en matière de mobilité organisé par le Conseil fédéral du développement durable (CFDD) à Bruxelles le 19 mai 2025.</div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Durabilité et pauvreté. Contribution au débat et à l’action politiques, Rapport bisannuel 2018-2019, Service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale, p. 67.</div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Durabilité et pauvreté. Contribution au débat et à l’action politiques, Rapport bisannuel 2018-2019, Service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale, p. 70.</div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ibidem.</div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;L’effet Matthieu tire son nom d’une citation de l’Évangile selon Saint Matthieu&amp;nbsp;: «&amp;#8239;Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l&rsquo;abondance, mais à celui qui n&rsquo;a pas on ôtera même ce qu&rsquo;il a&amp;#8239;».</div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;L’effet Matthieu ou comment le système social profite davantage aux riches qu’aux pauvres, Courrier International 2023, disponible sur https://www.courrierinternational.com/une/la-une-du-jour-l-effet-matthieu-ou-comment-le-systeme-social-profite-davantage-aux-riches-qu-aux-pauvres</div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Durabilité et pauvreté. Contribution au débat et à l’action politiques, Rapport bisannuel 2018-2019, Service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale, p. 71.</div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;C’est-à-dire avec une large assise à l’arrière pouvant permettre d’installer jusqu’à trois enfants.</div><div>10&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir https://www.liege.be/fr/vivre-a-liege/mobilite/velocite/location-de-velo</div><div>11&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Op. cit., p. 69.</div><div>12&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Durabilité et pauvreté. Contribution au débat et à l’action politiques, Rapport bisannuel 2018-2019, Service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale, p. 69.</div><div>13&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Thomas Piketty&amp;nbsp;: «&amp;#8239;Pour réussir la transition climatique, il faut répartir autrement les richesses&amp;#8239;», Le Monde, en ligne le 1er septembre 2025.</div><div>14&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir https://www.iweps.be/projet/mobwal/</div><div>15&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Et si le problème de la mobilité, c’était les bagnoles, partout et tout le temps, Analyse n°14, ASBL Femmes en milieu rural, 2023, p.3.</div><div>16&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;De type moyen, qui permet de rouler entre 50 et 300 km par mois.</div><div>17&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Cette participation financière peut être moindre (150€)&nbsp; mais elle ne concerne que l’abonnement Start dont la limitation mensuelle est de 50 km.</div><div>18&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;«&amp;#8239;Près de 20 % des Belges vivent dans une situation de pauvreté liée à la mobilité et ne peuvent donc pas participer pleinement à la vie quotidienne&amp;#8239;» d’après le rapport Just Transition Scan 2024 cofinancé par l’IFDD (voir https://developpementdurable.be/actualites/les-personnes-vulnerables-sont-les-plus-durement-touchees-par-la-pauvrete-liee-la).</div><div>19&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Montpellier n’est pas la seule ville de France à proposer la gratuité de ses transports en commun, 43 autres villes françaises le font d’après le dernier recensement (2024) de l’Observatoire des villes du transport gratuit (voir http://www.obs-transport-gratuit.fr/les-villes-du-transport-gratuit-163/gratuite-totale-184/).</div><div>20&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir https://www.montpellier.fr/action/les-grands-projets/la-gratuite-des-transports-en-commun-ecologie-decisive-et-pouvoir-dachat</div><div>21&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem.</div><div>22&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Cet impôt ne concerne que les entreprises de plus de 10 salariés.</div><div>23&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir https://www.rtbf.be/article/transports-en-commun-gratuits-pourquoi-pas-en-belgique-11435673</div><div>24&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem.</div><div>25&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Avis ‘Transition juste et pauvreté, Contribution pour la Conférence pour une transition juste en Belgique, Service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale, octobre 2023, p. 34.</div><div>26&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem, p. 20.</div><div>27&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Durabilité et pauvreté. Contribution au débat et à l’action politiques, Rapport bisannuel 2018-2019, Service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale, p. 72.</div><div>28&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir https://www.lecho.be/guide-elections-2024/questions/mobilite/transports-commun.html</div><div>29&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir https://www.lecho.be/guide-elections-2024/questions/mobilite/transports-commun.html</div><div>30&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir Élections 2024: les transports en commun doivent-ils être gratuits&amp;#8239;? L&rsquo;Echo</div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>IAM</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/association/iam/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[louli]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 06 Aug 2025 10:35:39 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://vivre-ensemble.be/?post_type=association&#038;p=39620</guid>

					<description><![CDATA[IAM soutient des projets avec l’assistance humanitaire, l’éducation et la formation, la justice sociale, le développement durable ainsi que la santé et le bien-être.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Constituée en mai 2024, notre association œuvre pour <strong>soutenir, promouvoir et mettre en œuvre des projets locaux et internationaux dans des domaines essentiels et interconnectés</strong> : l’assistance humanitaire, l’éducation et la formation, la justice sociale, le développement durable ainsi que la santé et le bien-être.</p>



<p>Notre mission est d’apporter une réponse concrète aux besoins des populations vulnérables, de favoriser l’autonomie et l’émancipation par <strong>l’éducation</strong>, de promouvoir une société plus équitable et inclusive, tout en intégrant des pratiques respectueuses de l’environnement.</p>



<p>Nous agissons en partenariat avec divers acteurs associatifs, publics, privés et citoyens pour renforcer l’impact de nos actions sur le terrain. Par ailleurs, nous jouons un <strong>rôle d’interlocuteur auprès des institutions</strong> afin d’améliorer le cadre de vie et l’environnement des citoyens. Pour faire connaître nos engagements, nous organisons régulièrement des événements culturels et solidaires.</p>



<p>Nos actions s’adressent à un <strong>large public</strong>, notamment aux personnes vulnérables, en particulier dans la région de Verviers. Parmi nos réalisations, nous avons mené des campagnes de collecte de dons (financiers, matériel, produits alimentaires et d’hygiène) en soutien à l’aide humanitaire en Palestine, en collaboration avec Human Smile. Nous avons également distribué 200 repas aux personnes en situation de précarité à Verviers, en partenariat avec l’association Essalem.</p>



<p>Côté <strong>culturel</strong>, nous sensibilisons aux réalités des populations touchées par la guerre, grâce à plusieurs éditions mettant en lumière des populations confrontées aux conflits, notamment au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie.</p>



<p>Nos actions solidaires incluent l’organisation d’une Crêpes Party <strong>en soutien aux jeunes MENA de Verviers</strong>, accompagnée d’un court-métrage valorisant leurs parcours, projet soumis à un concours et exposé lors d’événements locaux.</p>



<p>Nous participons également à des <strong>manifestations citoyennes</strong> et <strong>campagnes d’interpellation politique</strong> sur des causes telles que le cessez-le-feu en Palestine, la lutte contre le racisme et les droits des femmes.</p>



<p>Enfin, nous sommes présents lors des fêtes de quartier pour collecter des fonds et sensibiliser le public à nos initiatives. <strong>Notre association s’engage ainsi à créer des ponts entre solidarité locale et engagement global pour une société plus juste et humaine.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Mauvaise santé et logement &#8211; un cercle vicieux</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/mauvaise-sante-et-logement-un-cercle-vicieux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 Nov 2024 11:48:57 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://vivre-ensemble.be/?post_type=publication&#038;p=38666</guid>

					<description><![CDATA[Nous abordons le thème du logement en mettant en lumière ses impacts multiples sur la santé, bien souvent mise à l’épreuve par des obstacles et des vulnérabilités qui traversent nos sociétés]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p></p>



<p class="titre-trois">Le logement est un thème souvent abordé par Action Vivre Ensemble. Il nous semble important de l’aborder ici en mettant en lumière ses impacts multiples sur la santé, bien souvent mise à l’épreuve par des obstacles et des vulnérabilités qui traversent nos sociétés<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup>.</p>



<p>Parler de la santé en lien avec le logement nous amène d’emblée à penser à ceux qui dorment en rue, qui n’ont pas de toit pour s’abriter. De plus en plus nombreux et nombreuses dans nos villes, leur situation interpelle nos capacités individuelles et collectives à accueillir et à veiller à ce que chacun·e dispose d’un toit digne où s’abriter, un chezsoi où vivre dans de bonnes conditions. Ce sujet a été développé dans l’étude qui a servi de support à la campagne d’Avent 2023<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup>. Il mérite à lui seul que nous lui consacrions sans relâche des écrits, des interpellations et des actions.</p>



<p>Cette étude se propose de parler d’autres publics, entre autres des <strong>familles</strong>, peut-être moins visibles encore. Ce sont celles et ceux <strong>qui vivent dans des logements qui affectent leur santé physique, psychique ou sociale</strong>. Leur situation est souvent ignorée, car moins perceptible par le grand public, mais aussi leurs voisins, des personnes qu’elles fréquentent. Ce sont de plus en plus souvent des mamans seules, des personnes âgées, des travailleurs ou travailleuses aux bas salaires, des personnes rencontrant la suspicion ou le racisme en raison de leur apparence.</p>



<p>Ce sont aussi celles et ceux qu’on appelle parfois <strong>les «nouveaux visages de la précarité»</strong>, des personnes jeunes qui ont peu de revenus, qui travaillent à temps partiel ou qui ont des contrats temporaires de courte durée qui n’ouvrent pas de droit au chômage, des étudiant·es, des personnes qui ont été licenciées et qui n’arrivent plus à payer les factures ou à rembourser leurs emprunts, etc. Ils et elles appartiennent à un groupe qui était jusqu’à récemment relativement épargné par la grande pauvreté économique et étaient parfois déjà, sans en prendre réellement conscience, dans une situation de précarité, c’est-à-dire, exposés au risque de perdre ce qui permettait de vivre sereinement.</p>



<p>Un incident, quel qu’il soit, les a fait basculer dans une situation de manque chronique de moyens économiques pour faire face aux besoins récurrents du quotidien : une augmentation des frais (les charges locatives, un minerval, des factures à payer, des déplacements, etc.), une diminution de rentrées financières (perte totale ou partielle d’un travail ou d’une bourse d’études, diminution ou refus d’allocations sociales, diminution de l’aide parentale, séparation, etc.). Si l’on regarde plus attentivement leurs histoires de vie, le constat est clair : <strong>bien au-delà « d’accidents de la vie », le problème est fondamentalement systémique</strong>. Il est la résultante de changements structurels, de logiques et de choix quant aux priorités politiques, économiques et sociales face à un ensemble imbriqué de difficultés comme l’inflation du prix des logements et de l’énergie, le manque de logements sociaux, les inondations, la crise sanitaire, l’augmentation du coût de la vie, ainsi que les logiques qu’imposent les nouveaux standards sociaux (téléphone, ordinateurs, systèmes bancaires, etc.) et la culture actuelle de surconsommation.</p>



<p>Ces dernières années, la précarisation croissante de nouveaux pans de la population est à mettre en lien avec l’effritement des structures sociales : fin du plein-emploi, déstructuration et précarisation du marché du travail, délitement des liens sociaux et familiaux, etc. La santé, dont il sera question dans cette étude, est « un révélateur particulièrement sensible de l’ordre social et politique, tant par la manière dont les rapports sociaux se marquent dans les corps – produisant des inégalités sociales de santé – que par la façon dont les institutions politiques organisent la protection, la prévention et les soins – autrement dit ce qui relève des politiques de santé publique<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup> ».</p>



<p>Avant de développer plus spécifiquement la relation entre la santé et le logement, nous proposons de nous pencher sur les définitions de la santé, les facteurs qui l’influencent et les cadres juridiques qui en parlent en Belgique. Nous verrons ensuite, à partir du focus du logement, que le droit à la santé est loin d’être toujours respecté. L’imbroglio des problèmes quotidiens est trop peu considéré comme un tout. Les problèmes sont souvent abordés un par un dans l’espoir d’inverser la spirale négative. Cette étude propose de tirer quelques fils de cet imbroglio de difficultés pour saisir les conséquences de la pauvreté matérielle à partir de l’impact du logement sur la santé, entendue comme un bien-être physique, psychique et social<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup>.</p>



<p>Notre exploration des liens entre la santé globale et le logement se fera en mettant en lumière des histoires vécues – ainsi que ce qu’elles suggèrent explicitement &#8211; et à travers différentes formes de révoltes (colère, agressivité, refus de collaborer, auto-exclusion, etc.). Nous irons aussi à la rencontre d’initiatives communautaires, du travail de bénévoles et de professionnels qui démontrent que la solidarité dessine des pistes de solutions et améliore le cours de destinées. La réalisation de ces propositions d’améliorations suggérées par des organisations citoyennes dépend de la volonté politique de l’État, des régions et des communes. Elle est aussi notre responsabilité individuelle et collective.</p>



<div class="wp-block-buttons is-content-justification-center is-layout-flex wp-container-core-buttons-is-layout-16018d1d wp-block-buttons-is-layout-flex">
<div class="wp-block-button"><a class="wp-block-button__link has-bleu-vert-background-color has-background wp-element-button" href="https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2024/11/Etude_SanteLogement_AVE2024.pdf">Texte intégral  en PDF</a></div>
</div>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;RONDIA, Karin, Le Chaînon, n°65, décembre 2023.</div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir à ce sujet l’étude de campagne, <a href="https://vivre-ensemble.be/publication/  etude-2023-2/">À bout de souffle. Parcours d’obstacles pour un droit au logement</a>.</div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;FASSIN, D., La santé en souffrance dans Les Lois de l’inhospitalité: Les politiques de l’immigration à l’épreuve des sans-papiers, éd. La Découverte, Paris,<br /><br />



1997, p. 107. Disponible sur <a href="https://shs.cairn.info/les-lois-de-l-inhospitalite--9782707127433-page-107?site_lang=fr">shs.cairn.info</a></div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Selon la définition de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. »</div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Capuche</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/association/capuche/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Quentin Minsier]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 Jul 2024 10:44:04 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://vivre-ensemble.be/?post_type=association&#038;p=38155</guid>

					<description><![CDATA[Capuche part du postulat que le logement est le prérequis indispensable à l’intégration des jeunes (16-25 ans) ayant ou risquant une expérience de rue. ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Capuche part du postulat que le logement est le prérequis indispensable à l’intégration des jeunes (16-25 ans) ayant ou risquant une expérience de rue. </p>



<p>L’association est également convaincue que la mixité sociale est un des ressorts principaux d’une socialisation réussie. Capuche fédère des acteurs sociaux ayant pour objectif de favoriser l’affiliation sociale des jeunes les plus vulnérables et favorise un travail en réseau associant des intervenants sociaux de divers secteurs et des personnes motivées issues de la société civile. La force des projets qu’elle mène réside dans cette combinaison originale d’hommes et de femmes investis autour d’initiatives sociales inclusives.</p>



<p>L’association a pour but l’accès à l’autonomie de personnes en situation de précarité sociale, essentiellement le public jeune en leur garantissant l’accès à un logement par la mise en place de projets innovants en matière sociale au travers d’un réseautage intersectoriel efficient, par la transmission d’expériences afin de susciter l’apprentissage et l’émulation en matière sociale, par une aide active à la recherche d’un logement et son maintien à long terme.</p>



<p>Tous les services qui accompagnent des mineurs en autonomie ou de jeunes adultes sont confrontés aux difficultés d’accès au logement et chacun d’entre eux “bricole” des solutions dont l’impact peut être très variable. Un programme ambitieux doit inévitablement inclure un volet “Housing” entendu comme la mise à disposition effective de logements.</p>



<p>Le public de l’association sont les jeunes bruxellois en situation de vulnérabilité. L’ensemble des jeunes qui sortent des Services d’Aide à la Jeunesse doivent se loger et pour beaucoup le retour en famille n’est pas souhaitable. In fine, les bénéficiaires finaux sont des jeunes adultes issus des Services et des mineurs en autonomie ou en errance dans le cadre de leur accès à un logement digne, salubre et pérenne en région bruxelloise. Ces jeunes cumulent souvent des problématiques de nature différente, mais qui se nourrissent les unes des autres et s’amplifient en l’absence de logement : pauvreté, décrochage scolaire/désaffiliation, santé mentale, addictions. L’association soutient aussi les services partenaires et intervenants sociaux.</p>



<p>Actuellement, l’association a différents projets&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Coup de pouce, un fonds de garantie locative.</li>



<li>Maison Capuche, bâtiment qui contient un appartement et deux studios.</li>



<li>La coloc’, un projet d’habitat solidaire.</li>



<li>Formation organisée pour des jeunes sur les droits et les devoirs des locataires.</li>
</ul>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>CCAM (Collectif Citoyen d’Aide aux Migrants)</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/association/ccam-collectif-citoyen-daide-aux-migrants/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Quentin Minsier]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 Jul 2024 09:18:29 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://vivre-ensemble.be/?post_type=association&#038;p=38115</guid>

					<description><![CDATA[Maison d’accueil pouvant accueillir jusqu’à 40 personnes, demandeurs d'asile, personnes en situation de Dublin et migrants en transit. Le CCAM offre un hébergement collectif, un suivi administratif des demandes ainsi qu'un suivi médical.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Maison d’accueil pouvant accueillir jusqu’à 40 personnes, demandeurs d&rsquo;asile, personnes en situation de Dublin et migrants en transit. Le CCAM offre un hébergement collectif, un suivi administratif des demandes ainsi qu&rsquo;un suivi médical.</p>



<p>CCAM travaille en collaboration avec la plateforme citoyenne Bruxelles Refugees. Participation à leurs interpellations politiques pour sensibiliser à la présence des migrants en transit sur le territoire et aux personnes en demande d’asile qui ne sont pas accueillies dans une structure Fedasil.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Syndicats &#8211; La personnalité juridique, une atteinte au droit de grève ?</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2024-07/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 23 May 2024 13:28:10 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://vivre-ensemble.be/?post_type=publication&#038;p=37994</guid>

					<description><![CDATA[En vue des élections de juin 2024, Action Vivre Ensemble a examiné les programmes des principaux partis politiques à propos de plusieurs thématiques.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="ligne-gauche-normal">En vue des élections régionales et fédérales de juin 2024, Action Vivre Ensemble a examiné les programmes des principaux partis politiques à propos de plusieurs thématiques. Parmi elles, la criminalisation des mouvements sociaux en général et, chez nous, la tendance à limiter le droit de grève. La volonté de certains partis d’attribuer aux syndicats la personnalité juridique relève de cette tendance. Or, le droit de grève et, plus globalement, la vitalité des mouvements sociaux sont essentiels dans une société qui se veut démocratique et dans la lutte contre les inégalités sociales.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La personnalité juridique sous la loupe</h2>



<p>L’une des mesures promues par le MR et les Engagé·es pour un futur gouvernement serait d’attribuer la personnalité juridique aux syndicats :</p>



<p>Pour <strong>Les Engagé·es</strong>, “<em>Les corps intermédiaires — syndicats, associations, mutuelles… — se doivent de rapprocher politiques et citoyens. Ils connaissent le vécu de ceux qu’ils côtoient individuellement tout en étant porteurs d’intérêts collectifs. Nous pensons qu’ils sont des relais légitimes de la population et des interlocuteurs privilégiés des autorités publiques et à ce double titre, nous les défendons. Pour qu’ils puissent jouer efficacement leur rôle, il est essentiel qu’ils dépassent leurs enjeux corporatistes et le rapport de force. Il est également essentiel que leur fonctionnement soit aussi transparent que possible et que chacun assume ses actes. Nous voulons donner une personnalité juridique aux corps intermédiaires lorsque ce n’est pas encore le cas</em>”<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup>.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p><em>Qu’entend-on par “<strong>personnalité juridique</strong>” ? Une personne physique ou, dans le cas des syndicats, une personne morale est dotée de la personnalité si elle peut être tenue responsables de ses actes devant la Justice.</em></p>
</blockquote>



<p>Quant au <strong>MR</strong>, il “<em>estime qu’il est grand temps que les organisations syndicales soient tenues d’adopter la personnalité juridique, afin qu’elles puissent comme tout autre sujet de droit être tenues responsables de leurs actions. Rien ne justifie que cet acteur majeur de la concertation sociale dans notre pays, qui bénéficie par ailleurs de privilèges et pouvoirs fort importants, puisse encore continuer à se soustraire à une réalité qui s’impose à l’ensemble des autres acteurs de la société. En conséquence de l’adoption de cette personnalité juridique, les syndicats devraient également être tenus, comme tous les autres acteurs de la société civile, allant de la plus petite asbl à la plus grande multinationale ou n’importe quel parti politique recevant des financements publics depuis la loi de 1989, à établir et publier des comptes complets reprenant l’ensemble de leurs actifs et passifs, de même que de l’ensemble de leurs revenus et charges, en Belgique et à l’étranger</em>”[2]Page 69 du programme du MR disponible ici : https://www.mr.be/programme2024/[/note].</p>



<p>Avant d’en venir à la question de la responsabilité juridique, soulignons l’ironie apparente de la demande des Engagé·es aux syndicats de “dépasser le rapport de forces”. N’est-ce pas justement leur rôle, d’établir un rapport de forces pour faire valoir les droits des travailleurs et travailleuses&nbsp;? Nous savons que les intérêts qui dominent l’économie sont ceux des détenteurs des moyens de production que sont les capitaux technique et financier. Sans rapport de forces et sans droit de grève, les intérêts des travailleurs et travailleuses ont peu de chances d’être pris en compte quand ils sont mis en balance avec l’accroissement des bénéfices et les revenus des actionnaires. Sans compter le “syndicat des riches” que sont les lobbies qui pullulent autour des décideurs politiques.</p>



<p>Le MR et Les Engagé·es se font ainsi le relais d’une demande de la Fédération des Entreprises de Belgique, la FEB. Cette demande a notamment été réaffirmée en mai 2022, lors de la présentation du plan “Horizon 2030” de la FEB. Cette même demande est formulée, côté néerlandophone, par la NVA.</p>



<p>En Belgique, ni les syndicats, ni les partis politiques ne sont dotés de la responsabilité juridique. Ce sont des associations de fait. Le MR a donc tort d’affirmer que seuls les syndicats échappent à cette responsabilisation. Ce sont les asbl liées à ces institutions qui assument une responsabilité juridique.</p>



<p>L’explication de ces deux exceptions se trouve dans l’histoire de leur création.</p>



<p>« <em>Quand les syndicats et les partis sont nés, ils se vivaient comme en dehors des institutions de l’État. C’étaient des organisations qui visaient à combattre le pouvoir, à l’influencer, voire à le prendre, mais il était hors de question de laisser l’État pouvoir avoir un contrôle dessus, il y avait une grande méfiance vis-à-vis du pouvoir institutionnel</em>« , explique Jean-Benoît Pilet, professeur à l’ULB, sur le site de la RTBF<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un affaiblissement de l’action syndicale</h2>



<p>La personnalité juridique implique que l’entité doit rendre publiques sa comptabilité, ses réserves financières, etc. Ces réserves financières, précisément, servent à soutenir les grévistes en compensant leur perte de salaire. C&rsquo;est donc leur capacité à tenir une grève sur une plus ou moins longue durée qui serait révélée s’ils devaient en rendre compte aux autorités, ce qui les déforcerait dans le bras de fer que constitue une grève.</p>



<p><strong>Leur attribuer une personnalité juridique reviendrait donc à affaiblir l’action syndicale. C’est évidemment l’intention de la FEB et des partis du centre-droit et de droite.</strong></p>



<p>Cette demande constitue un signal de plus dans un contexte général, dans le monde comme en Europe, où la contestation sociale est de moins en moins tolérée et de plus en plus réprimée. Le projet de loi “Van Quickenborne” ou “anti-casseurs” allait dans le même sens d’un affaiblissement et d’une culpabilisation de la société civile et des militants : associer, dans les esprits et dans les textes, syndicats/manifestants et casseurs<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup>. Alors que la législation actuelle fournissait déjà tous les outils nécessaires pour sanctionner les délits évoqués. Preuve en est : Thierry Bodson, président de la FGTB, a été traduit en justice à la suite du blocage du pont de Cheratte, le 14 octobre 2015, au cours d’une grève. On lui reprochait “l’entrave méchante à la circulation”. Il a été condamné en première instance et le jugement a été confirmé en appel, puis en cassation en avril 2022. L’affaire est à présent entre les mains des juges de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH).</p>



<p>La demande, venue de la droite de l’échiquier politique, est donc moins innocente qu’il y paraît.  <strong>Elle vise à déforcer la contestation syndicale</strong>, accusée d’entraver la compétitivité des entreprises et le dynamisme économique du pays. Or, des syndicats forts sont un bon rempart contre l’aggravation des inégalités sociales.  Car, comme le dit Christian Valenduc<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup>, “<em>les études ont montré que la baisse du taux de syndicalisation était un des facteurs explicatifs de la hausse des inégalités. Si la théorie du ruissellement n’a pas fonctionné, c’est donc parce qu’en aval, il n’y avait pas d’institutions pour organiser le partage de la valeur dans un sens qui profite à toutes les classes sociales. Ou bien parce que ces institutions, si elles existaient, ont été démantelées par décision politique au motif que cela freinait le dynamisme économique et qu’il fallait, comme disaient le président américain Ronald Reagan et la Première ministre britannique Margaret Thatcher, supprimer le salaire minimum, briser les syndicats, limiter strictement les allocations de chômage… Mais quand on met en œuvre ces politiques, on voit exploser le nombre de travailleurs pauvres</em>”<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup>.</p>



<p>Si la Belgique a relativement bien résisté aux deux récentes crises (Covid et guerre en Ukraine), elle le doit à des dispositifs comme l’indexation automatique des salaires ou la concertation sociale, fruits de la place importante occupée dans notre pays par les corps intermédiaires, dont les syndicats.</p>



<p>Dans le cas de la Loi Van Quickenborne comme dans celui de la demande d’attribuer la personnalité juridique aux syndicats, on voit que, dans la situation actuelle, les auteurs de délits peuvent être traduits en justice. Comment ne pas <a>voir</a>, alors, dans ce projet de loi et dans la demande émanant notamment du MR, une volonté d’affaiblir la contestation sociale ? Une contestation qui s’intensifie ces dernières années, face au creusement des inégalités entre une minorité de plus en plus riche et une majorité qui se précarise et ne se sent pas suffisamment prise en compte par ses représentant·es élu·es ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">En guise de conclusion</h2>



<p>Les investisseurs ont besoin d’une stabilité politique, économique et sociale pour mener à bien leurs affaires. De trop fortes inégalités et l’agitation sociale qu’elles engendrent ne leur sont donc pas favorables. Dans la course folle à la compétitivité et à la croissance économique, faute de s’attaquer aux inégalités, les gouvernants tentent de contenir la contestation, de la réprimer par la Loi, quand ce n’est pas par la matraque. Une stratégie, on l’a vu ci-dessus, contreproductive, puisque des corps intérmédiaires forts limitent les inégalités sources d’agitation sociale.</p>



<p><strong>Plus que jamais, la liberté de s’exprimer et de manifester doit donc être préservée, et désamorcées les tentatives de l’entraver. Il en va non seulement de la liberté, mais aussi de la réduction des inégalités et même de la stabilité de notre économie et de notre démocratie.</strong> Car, sous une pression trop forte, le couvercle de la marmite sociale finit toujours pas exploser. &nbsp;</p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;https://www.lesengages.be/wp-content/uploads/2024/02/lesengages_programme2024_complet_2_v2.pdf p.286</div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;https://www.rtbf.be/article/pourquoi-les-syndicats-et-les-partis-n-ont-pas-de-personnalite-juridique-9123037</div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir les deux analyses d’EF à ce sujet, Au Brésil et en Europe, les mouvements sociaux face aux violences (https://entraide.be/publication/analyse2023-09/) et Criminalisation des mouvements sociaux : suite et (pas) fin ? (https://entraide.be/publication/analyse2024-02/)</div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Économiste, notamment ancien Secrétaire du Conseil supérieur des Finances.</div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Christian Valenduc, Lesoir.be, 19/1/2024. https://www.lesoir.be/562601/article/2024-01-19/christian-valenduc-un-appel-motive-par-la-peur-de-la-revolution</div>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Le nouveau ‘Code du sous-sol’ wallon… Une bombe à retardement ?</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2024-05/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 Mar 2024 16:16:17 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[par Christophe Cornet, animateur régional chez Entraide et Fraternité et Claire Guffens, coordinatrice chez Miteinander Teilen]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="ligne-gauche-normal">Pour faire face aux transitions écologique et numérique et à notre consommation toujours plus insatiable, les besoins mondiaux en minerais explosent. Dans un monde instable, l’accès aux minerais stratégiques se complique… Dans ce contexte, un projet de décret a été adopté par le Gouvernement wallon fin d’année 2023 et a pour but un meilleur encadrement de la gestion de notre sous-sol. Si les intentions écologiques et environnementales qui le sous-tendent sont louables, la nécessaire mise en débat public de ce nouveau « Code du sous-sol » fait cruellement défaut.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Entrée en matière</h2>



<p>Ce texte a pour objectif<strong> </strong><em>«&nbsp;de mieux protéger l’exploitation des ressources du sous-sol en établissant des règles plus justes et plus claires, au bénéfice de l’environnement et de la transition énergétique&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup>. </em>En effet, l’actuel code minier n’est plus du tout à jour et provient de divers textes dont certains datent du 19<sup>e</sup> siècle.</p>



<p>Avant ce décret, un premier avait été présenté par le Ministre Di Antonio lors de la précédente législature et n’avait pas abouti. À bien des égards, il était bien moins rassurant que le texte actuellement en débat (qui inclut par exemple la notion de préjudice écologique<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup>). La ministre Céline Tellier, en charge de l’Environnement, a donc remis le couvert avec un nouveau décret instituant le «&nbsp;<em>Code de la gestion des ressources du sous-sol</em>&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup>. Un texte de 500 pages avec différents objectifs&nbsp;parmi lesquels protéger l’environnement, l’eau et mettre en place des balises pour la gestion des ressources du sous-sol. Le 20 février de cette année se réunissaient des parlementaires wallons en commission pour en débattre, après une première lecture en novembre 2023.</p>



<p>Au sein de ce vaste chantier, un Comité scientifique<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup> est prévu pour encadrer les décisions d’exploitation alors que la formation d’un Comité éthique n’est pas prévu. Il nous apparaît pourtant nécessaire de disposer d’une instance interdisciplinaire et consultative afin de réfléchir aux limites qui doivent être mises en place. La Ministre Tellier est d’avis qu’un tel comité serait redondant par rapport aux fonctions du Conseil scientifique. Ne pas multiplier les instances, d’accord, pour autant que l’on accorde assez de place à la société civile… ce qui n’est pas encore garanti.</p>



<p>Un groupe de citoyens, appelé les <em>DoMineurs<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup></em>, avec l’appui de l’ONG <em>Commission Justice et Paix,</em> avait rencontré la Ministre en mars 2023 pour faire part de leurs observations, tant au point de vue technique qu’à celui du processus démocratique mis en place pour adopter une législation si importante. Et la participation citoyenne dans tout cela&nbsp;? Un certain silence était de mise…</p>



<p>Un tel texte a tout son sens pour éviter de futures catastrophes sanitaires et permettre un meilleur respect de l’environnement… Mais ce qui pose question, c’est l’empressement lié à l’adoption de ce texte, avant les élections, tout frais sorti des cabinets, sans un large débat public, pourtant essentiel étant donné les enjeux.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Séance de spéléo dans le “Code des gestions des ressources du sous-sol”</h2>



<p>Ce projet de décret explore trois dimensions de l’usage du sous-sol&nbsp;: l’extraction minière, la captation et le stockage de CO2 et la géothermie.</p>



<p><strong>L’extraction minière. </strong>Si extraction minière il y a, de nombreux points litigieux risquent d’apparaître et le texte ne prévoit pas à notre sens assez de protection pour les citoyens. Par exemple, en cas de dégâts à une habitation située à quelques dizaines ou centaines de mètres de l’exploitation minière, c’est le propriétaire qui doit faire une demande d’indemnisation… et qui doit apporter la preuve que ces dommages ont été causés par la mine. Considérant l’inégalité de moyens (temps, frais d’avocat, etc.) entre une grande entreprise et un citoyen, la mesure nous semble déséquilibrée. Un autre exemple, la durée proposée pour que la Région wallonne puisse se retourner contre une entreprise qui n’aurait pas respecté ses obligations est de trois ans. Cela semble fort court quand on sait que certaines pollutions n’apparaissent comme problématiques qu’après un grand nombre d’années. <strong>Combien de temps faudra-t-il à des polluants pour s’infiltrer dans la nappe phréatique&nbsp;? Combien d’années avant qu’un bassin de décantation ne pose problème? Combien de temps pour s’en rendre compte&nbsp;? Combien de temps pour réagir&nbsp;?</strong></p>



<p><strong>Le stockage géologique du carbone. </strong>Cette matière soulève avant tout la réponse technologique face au dérèglement climatique. En effet, quand on parle de lutte contre le réchauffement climatique, à côté du petit geste éco-citoyen et du développement durable, la solution technologique apparaît très vite. Pourquoi&nbsp;? Car <strong>la technologie non seulement rassure&nbsp;et surtout, bien pratique,</strong> <strong>elle permet de ne pas remettre en question notre mode de consommation frénétique&nbsp;</strong>: ‘<em>les technologies vont nous sauver, nous n’avons donc plus ni à nous inquiéter ni à questionner notre modèle économique</em>’. Typiquement, la captation du CO2 fait partie de ces solutions dites ‘miracle’ &#8230;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p><em>«&nbsp;La captation du C02, vous connaissez? C’est le plan B pour faire face aux changements climatiques. Plutôt que de miser sur la réduction des gaz à effet de serre, nous le capturons pour l’enfouir dans le sous-sol ou le réutiliser pour fabriquer de nouveaux matériaux ou du carburant. En Belgique, l’idée a fait son chemin et des industries grosses émettrices de CO2 sont désormais mûres pour l’utiliser…&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup></em></p>
</blockquote>



<p>Si le stockage géologique du carbone a du sens à la source de l’émission (et si c’est bien l’émetteur qui la finance)<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup>, de nombreux experts rejettent l’idée qu’on puisse l’ériger en modèle étatique (c’est-à-dire financé par les citoyens) de lutte contre le réchauffement climatique. Le projet de loi devrait donc être particulièrement attentif à cette question&nbsp;: de quel stockage de carbone s’agit-il&nbsp;? Selon la Ministre, le but du décret n’est pas d’encourager le stockage géologique du carbone, une directive européenne est d’ailleurs d’application. Mais certains chercheurs ont constaté que cette «&nbsp;solution miracle&nbsp;» pourrait prolonger notre dépendance aux énergies fossiles en permettant aux industriels de continuer à émettre du CO2 tout en le stockant plutôt que d’employer des sources d’énergies plus durables…&nbsp;</p>



<p><strong>La géothermie.</strong> Elle constitue une opportunité dans le développement de sources d’énergie locales et renouvelables. En Wallonie, la profondeur de forage pour produire de l’électricité serait de plus de 5000 mètres (nettement moins pour produire de l’eau chaude uniquement). Certaines études démontrent les risques induits par les forages. Pour accepter ces risques, il faudrait néanmoins repenser nos consommations d’énergie plus largement&nbsp;: et si le plus grand gisement énergétique était celui que nous pourrions économiser&nbsp;?</p>



<p>En outre, l’absence de taxes pour la géothermie<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup> pose également question. Notre pays a récemment été secoué par les mouvements de grogne des agriculteurs, qui, eux, paient des taxes sur les terres qu’ils travaillent. Est-il logique de soutenir des projets <em>a priori</em> lucratifs alors même que les terres agricoles qui nous nourrissent n’en bénéficient pas&nbsp;? L’énergie bon marché, moteur de notre modèle économique, l’emporte ici sur un besoin primaire et sur la souveraineté alimentaire du pays.</p>



<p><strong>Même si les risques d’une telle exploitation étaient</strong> <strong>contrôlés, et même en prenant la meilleure hypothèse (aucun dégât environnemental), quel est le bien-fondé de développer des processus industriels (dits-)verts pour aller encore plus loin dans un modèle économique destructeur ?</strong> Est-ce tout simplement du <em>greenwashing</em> ? Ou la volonté de s’assurer une électricité à bon prix dans un marché fluctuant ? C’est toute la question d’un modèle de société qui se pose… Notons, en passant, que la géothermie, par les forages, peut modifier aussi les nappes phréatiques…</p>



<h2 class="wp-block-heading">Bientôt une mine à La Calamine?</h2>



<p>Un projet d’extraction minière en Région wallonne a été mis sur la table il y a quelques années. Sa réalisation illustrerait tout-à-fait les signaux d’alarme présentés dans la présente analyse, à commencer le manque de transparence. Selon le service public de Wallonie <em>Agriculture, Ressources naturelles et Environnement</em>, le projet serait au point mort<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup>. Par contre, à en croire un employé d’une des communes impactées, s’il n’y a que peu d’informations officielles connues à l’heure actuelle, la Région wallonne aurait sécurisé les droits d’extraction et cette dernière serait entièrement compétente en la matière<sup class="modern-footnotes-footnote ">10</sup>.</p>



<p><em>Bürgerninitiative Habitat und Umweltschutz<sup class="modern-footnotes-footnote ">11</sup></em> (BIHU) est une initiative citoyenne pour la protection de l’habitat et de l’environnement. Leur site explique dans le détail l’évolution des intentions et du projet et représente actuellement, selon nous, la seule voix citoyenne qui s’élève à ce sujet, avec les <em>DoMineurs</em>. À en croire BIHU qui suit ce dossier depuis ses débuts, la <em>WalZinc SPRL</em>, créée en février 2017 à Wavre, aurait l&rsquo;intention de réaliser une étude de faisabilité et de planification de projet pour une mine de minerais souterraine dans une zone traversant plusieurs communes belges germanophones (La Calamine, Lontzen, Raeren) et francophones avoisinantes (Welkenraedt, Plombières, Henri-Chapelle). Même si le SPW susmentionné déclare n’avoir aucun dossier déposé ni «&nbsp;plus&nbsp;» aucun contact avec la société <em>WalZinc</em>, celle-ci aurait, selon BIHU, l&rsquo;intention de développer des projets non seulement pour l&rsquo;extraction de plomb et de zinc, mais aussi des minerais rares (le lithium, le thallium, l&rsquo;iridium, le cadmium et l’or selon la source BIHU).</p>



<p>La région germanophone de Belgique présente en effet la plus forte concentration de plomb et de zinc par tonne de roche de toute l&rsquo;Europe centrale. Les gisements de l&rsquo;ancienne exploitation minière Vieille Montagne à La Calamine n&rsquo;ont jadis été que partiellement exploités et pourraient dès lors présenter un attrait économique.</p>



<p>Toujours selon l’analyse de BIHU, les gisements de ces minerais ne sont pas horizontaux en profondeur, mais s&rsquo;étendent de l&rsquo;horizontale à la diagonale dans les gisements situés dans le calcaire. L&rsquo;exploitation pourrait se faire à ciel ouvert de 250 m de profondeur jusqu&rsquo;à la surface. Les minerais se situant dans des roches solides, BIHU souligne le risque que si, un jour, exploitation il y a, celle-ci ne peut se faire qu&rsquo;à l&rsquo;aide d&rsquo;importants dynamitages (sous forme de creusements à l&rsquo;explosif ou d&rsquo;explosions à ciel ouvert&nbsp;?), ce qui comporte un risque considérable de dommages, cela va sans dire.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p><em>«&nbsp;Dans la zone demandée par la société WalZinc sprl vivent environ 60.000 personnes sur le territoire belge, auxquelles s&rsquo;ajoutent, en tenant compte des États limitrophes que sont les Pays-Bas et l&rsquo;Allemagne, environ 50.000 citoyens potentiellement concernés dans la zone frontalière, dont le cadre de vie serait modifié pour des générations par l&rsquo;exploitation minière prévue, d&rsquo;une part par le traitement des minerais extraits dans la zone de la centrale prévue à la Gare du Montzen, par le trafic important de camions, par la poussière, par les vibrations, par le bruit, par la saleté et par les déblais sous forme de grands terrils, tels qu&rsquo;ils sont connus de l&rsquo;exploitation du charbon dans la région de Liège.&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">12</sup></em></p>
</blockquote>



<p>En outre, les besoins en surface pour cette exploitation minière prévue seraient considérables. Selon BIHU, il faudrait s&rsquo;attendre à un besoin en surface de plus de 100 ha. Se pose alors automatiquement la question&nbsp;: que cela signifie-t-il pour les propriétaires privés&nbsp;? Doivent-ils craindre une expropriation&nbsp;?</p>



<p>Et qu’en est-il des mines hors de notre territoire&nbsp;? Car extraire ailleurs, en Afrique ou dans un autre pays du Sud, les minerais<sup class="modern-footnotes-footnote ">13</sup> dont nous avons besoin en Europe, cela s’apparente à du néo-colonialisme<sup class="modern-footnotes-footnote ">14</sup>… À l’heure où nous importons des minerais, extraits dans des conditions sociales et environnementales désastreuses, ne serait-il pas en effet logique de les extraire dans nos propres sous-sols, ces minerais dont nous avons tant besoin&nbsp;? Peut-être… mais à deux conditions&nbsp;: que l’environnement et les riverains n’en pâtissent pas et qu’une véritable réflexion soit menée sur les limites de notre planète, et donc, remettre en question nos modes de vie et de consommation.</p>



<p>Pointons finalement un dernier signal d’alarme tout aussi dramatique, la zone d&rsquo;extraction en question touche deux sites naturels protégés par l&rsquo;Union européenne, la <em>Vallée de la Gueule </em>en amont et en aval de La Calamine, soit près de 1000 ha (site Natura 2000), sans parler des abaissements de la nappe phréatique induits par l&rsquo;extraction prévue et la pollution et l’exposition au métaux lourds des rivières et cours d’eau de la région.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La question de l’eau</h2>



<p>En effet, rouvrir des mines, c’est prendre des risques de contamination des nappes phréatiques&nbsp;: percolation d’eaux saturées en zinc et en plomb, risque de déversements accidentels ou de «&nbsp;glissement&nbsp;» des rebuts dans les rivières, …</p>



<p>La Directive-Cadre sur l’eau adoptée en 2000<sup class="modern-footnotes-footnote ">15</sup>&nbsp; précise que «&nbsp;<em>L&rsquo;eau n&rsquo;est pas un bien marchand comme les autres mais un patrimoine qu&rsquo;il faut protéger, défendre et traiter comme tel</em>&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">16</sup>. L’industrie d’extraction minière et de la transformation des minerais en est une grande consommatrice. Au vu des sécheresses de plus en plus préoccupantes, il serait rassurant de garantir à jamais la primauté de l’usage de l’eau aux citoyens<sup class="modern-footnotes-footnote ">17</sup>, besoin de base s’il en est, plutôt qu’aux entreprises. Et pourtant,on voit poindre l’affaiblissement de ce droit par ce nouveau code minier censé offrir des garanties aux citoyens en balisant l’exploitation du sous-sol.<strong> On peut craindre que l’«&nbsp;intérêt supérieur&nbsp;» et les «&nbsp;projets stratégiques&nbsp;», non définis dans le code, n’en viennent même à amoindrir d’autres droits humains.</strong></p>



<p>Ainsi, le futur code n’institue pas la primauté de la gestion de l’eau par rapport à l’exploitation du sous-sol. La commune de La Calamine, précédemment citée, produit actuellement sa propre eau potable. Que se passerait-t-il en cas de pollution de la nappe phréatique qui alimente la commune&nbsp;? Voici une autre problématique non anticipée par le décret. De plus, l’eau issue de mines de métaux est difficilement dépolluable. Enfin, précisons qu’une mine moyenne consomme en eau autant que 80.000 ménages… <strong>Promouvoir une industrie intensément consommatrice d’un bien commun de plus en plus précieux est-il un choix judicieux&nbsp;?</strong>&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Conclusions : fuite en avant ou remise en question?</h2>



<p>En conclusion, le texte de ce décret ne nous permet pas d’être totalement rassurés. Le cadre démocratique et la protection de l’environnement doivent être renforcés, même si, la Ministre l’assure, il n’y a pas (encore) de volonté de rouvrir les mines mais plutôt de prévoir un cadre de protection en cas d’exploitation des mines. L’enjeu serait davantage de valoriser d’autres ressources du sous-sol comme la géothermie.</p>



<p>Force est de constater que nous avons un texte peu discuté… Le sujet est pourtant complexe et aurait mérité un vrai débat démocratique&nbsp;! Malgré les préoccupations écologiques qu’il soulève, nous regrettons que le débat public n’ait pas été organisé, débat qui eut dû rassembler les politiques, les citoyens et la société civile dans son ensemble.</p>



<p class="red-message">Bien plus fondamentalement encore, <strong>ce nouveau code minier devrait être mis en place conjointement à une réduction structurelle de notre consommation en matières premières. </strong>Si un tel décret est indispensable, il doit s’accompagner d’une politique plus large de diminution de nos consommations. <strong>Augmenter nos capacités énergétiques signifiera à terme augmenter nos consommations. C’est tout simplement contraire aux </strong><strong>recommandations</strong><strong> du GIEC.</strong></p>



<p></p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Communiqué de presse du Cabinet de la Ministre Céline Tellier du 20/02/2024, voir https://tellier.wallonie.be/home/presse&#8211;actualites/communiques-de-presse/presses/la-ministre-tellier-veut-mieux-proteger-les-ressources-du-sous-sol-wallon-et-ouvrir-la-voie-a-la-geothermie-profonde.html</div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Avec ce code, la notion de préjudice écologique apparaitra pour la première fois dans un décret wallon et permettra d’asseoir une base légale pour cette notion (auparavant, ce préjudice était laissé à l’appréciation des tribunaux).</div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ce décret a en effet été approuvé le 13 mars 2024 au Parlement de Wallonie, voir https://www.wallonie.be/fr/actualites/adoption-du-nouveau-code-wallon-du-sous-sol</div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Il intervient sur les aspects purement scientifiques d’exploration et d’exploitation des ressources du sous-sol, à côté du Conseil du sous-sol. Ce Comité scientifique serait pour autant que possible indépendant, il n’y aurait aucun représentant des exploitants.</div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Les DoMineurs est un groupe militant qui s’oppose contre l’exploitation de mines ici et ailleurs. Pour plus d’informations sur les DoMineurs et leurs actions, voir leur page Facebook : https://www.facebook.com/profile.php?id=100085057951758</div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;https://www.rtbf.be/article/la-capture-et-le-stockage-du-co2-une-filiere-mure-en-belgique-11097731</div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;À titre d’exemple, la société Carmeuse émet 300.000 tonnes de CO2 par an. Daniel Bressler, chercheur à l’Université de Columbia, s&rsquo;est intéressé au coût humain engendré par le réchauffement. Si on considère la quantité de CO2 émise par rapport au nombre de morts dus au réchauffement climatique, ses calculs montrent que 4.434 tonnes émises correspondent à la mort d’une personne. L’activité de cette société serait donc, suivant cette logique, responsable de la mort de 67 personnes.</div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Comme c’est le cas pour d’autres énergies renouvelables.</div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Courriel du 13 mars 2024 du Directeur Agriculture, Ressources naturelles et environnement du SPW.</div><div>10&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Entretien téléphonique du 7 mars 2024 avec un employé de la commune de La Calamine et la coordinatrice.</div><div>11&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voici ce qu’on peut lire à propos de l’initiative citoyenne pour la protection de l’habitat et de l’environnement (7 mars 2024) : « Nous sommes une association sans but lucratif de droit belge composée de citoyens qui, individuellement ou collectivement, s&rsquo;intéressent et s&rsquo;engagent pour des questions environnementales dans l&rsquo;Euregio Rhin-Meuse. Les différents membres ont déjà pu réaliser avec succès plusieurs projets au cours des dernières années, ce qui a permis d&rsquo;éviter la destruction de grandes parties de notre belle nature dans l&rsquo;Euregio » (voir Projektbeschreibung &#8211; BiHU Hergenrath, Belgien)</div><div>12&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;https://www.bihu.eu/projekte/laufend/minenerschlie%C3%9Fung/projektbeschreibung/</div><div>13&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;L’Agence Internationale de l’Energie considère une multiplication de la demande mondiale entre 2020 et 2030 : le cobalt par 4,5,le nickel par 3, le lithium par plus de 20. Voir https://www.lemonde.fr/blog/petrole/2021/10/12/metaux-critiques-charbon-gaz-petrole-nous-entrons-dans-les-recifs/</div><div>14&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir à ce sujet l’étude d’Entraide &amp; Fraternité sur l’exploitation minière en Afrique, Décarboner = Recoloniser ? Minerais critiques dans le Sud global, la nouvelle ruée européenne vers l’or vert. (https://entraide.be/publication/etude2024/)</div><div>15&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La Directive 2000/60/CE établissant un cadre pour une politique communautaire dans le domaine de l&rsquo;eau, a été adoptée le 23 octobre 2000 (J.O.C. E du 22 décembre 2000) et recouvre un ensemble complexe d&rsquo;objectifs, d&rsquo;instruments et d&rsquo;obligations.</div><div>16&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;http://eau.wallonie.be/spip.php?article1#:~:text=La%20Directive%202000%2F60%2FCE,&rsquo;instruments%20et%20d&rsquo;obligations.</div><div>17&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Lire à ce sujet notre analyse sur la précarité hydrique, Au pays de l’or bleu. L’eau serait-elle devenue un luxe inaccessible ? (https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2024-03/)</div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Le quartier Saint-Nicolas à Namur &#8211; Gentrification et Résistance citoyenne</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2024-02/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Feb 2024 11:46:12 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Rénovation ou gentrification]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<div class="wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column red-message is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<p>Le quartier Saint-Nicolas, dit « des Arsouilles », considéré comme le plus ancien et le plus densifié du centre-ville de Namur, est en proie depuis plusieurs années à des situations de mal-logement. En outre, une étude de redynamisation du quartier commanditée par les pouvoirs publics fait planer la menace de la gentrification, confirmée par la hausse des loyers et une vacance immobilière de plus en plus présente. Autant d’ingrédients qui ajoutent à la peur pour les habitants de se voir déposséder de leur quartier et de sa culture populaire… Mais la résistance citoyenne s’organise !<br>Focus sur de sacrées Arsouilles qui ne se laissent pas faire…</p>
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<h2 class="wp-block-heading">Rénovation ou gentrification<em><br></em></h2>



<p>La gentrification vient du terme gentry, de la sociologue britannique Ruth Glass, qui désignait au 19e siècle la bourgeoisie rurale située socialement entre l’aristocratie et les éleveurs et cultivateurs. Aujourd’hui, la «&nbsp;gentrification&nbsp;» désigne généralement le «&nbsp;<em>processus par lequel des jeunes ménages rachètent et réhabilitent d’anciens bâtiments dans des quartiers populaires<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup></em>»…&nbsp;</p>



<p>Interprétation largement acceptée par le quidam mais fort réductrice… Pour celles et ceux qui la subissent, la gentrification ne se résume malheureusement pas à de la rénovation urbaine. En effet, la faiblesse de cette définition réside dans le fait qu’elle ne mentionne pas l’essentiel, à savoir les conséquences sociales du phénomène&nbsp;puisque les gentrifieurs ne se contentent pas de réhabiliter des chancres urbains mais «&nbsp;<em>participent activement à la transformation de l’espace qui les entoure, éjectant parfois s’il le faut des commerces, voire les habitants qui s’y trouvent<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup></em>&nbsp;». À côté de jeunes ménages branchés à la recherche d’une maison abordable se trouvent surtout des promoteurs immobiliers dont la spéculation est la spécialité et le fonds de commerce…</p>



<h2 class="wp-block-heading">Gentrification et mixité sociale</h2>



<p>Et la mixité sociale dans tout ça&nbsp;? Puisque la gentrification amène des classes plus aisées dans des quartiers populaires, elle est censée apporter de la diversité. Peut-elle réellement être source de partages entre les nouvelles et anciennes communautés et en ce sens, être le signe d’un vivre ensemble et d’une vie de quartier&nbsp;riche et interculturelle ?</p>



<p>Pour beaucoup, espérer que mixité sociale rime avec gentrification relève de l’utopie. En effet, «&nbsp;<em>dans un contexte de gentrification, l’ensemble de l’identité du quar­tier se transforme, c’est-à-dire les institutions, les commerces, l’architecture et les relations sociales… C’est le groupe social dominant qui définit et impose ses normes à l’ensemble<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup></em>&nbsp;». Ensuite, il ne faut pas oublier que «&nbsp;<em>la gentrification cause un déplacement inévitable des populations et donc un processus de ségrégation sociale, aux antipodes d’une quelconque idée de mixité sociale<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup></em>&nbsp;». En outre, si différentes classes sociales coexistent, ce n’est pas pour autant qu’elles vont partager des choses ensemble puisque «<em>la proximité ne garantit pas la rencontre ni ne réduit la distance sociale<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup></em>&nbsp;». Enfin, si mixité sociale il y a, elle n’est malheureusement souvent que de courte durée&nbsp;: «&nbsp;<em>la substance populaire de ces quartiers (qui réside avant tout dans les habitants) est détruite par la gentrification, les cultures populaires étant récupérées par la bourgeoisie intellectuelle<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup></em>».</p>



<p>Ainsi, la boucle est (tristement) bouclée&nbsp;: même si la gentrification peut être source de mixité, ce sera elle-même qui lui sonnera le glas… Le quartier (re)devient le lieu d’un entre-soi communautaire, à la différence non négligeable que la communauté «&nbsp;résidante&nbsp;» aura changée, ayant pour conséquence déménagements dans le meilleur des cas ou expulsions dans le pire, provoquant de véritables déracinements.</p>



<p>Naissance d’une concertation populaire</p>



<p>En 2006, un diagnostic communautaire sur la santé et le cadre de vie des habitants du quartier Saint-Nicolas est mené par l’équipe de la Maison Médicale des Arsouilles. Les résultats sont préoccupants… La précarité en hausse et la mauvaise santé générale appellent à la nécessité de créer une Concertation de quartier pour travailler à l’amélioration des conditions de vie des habitants. Une charte est signée en 2009 par 22 signataires parmi lesquels figurent pouvoirs publics, habitants et associations<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup>.</p>



<p>Faire de la menace de gentrification un enjeu collectif qui mobilise autant d’acteurs privés et publics différents n’est pas une chose aisée… Pour que la ‘sauce prenne’, la dynamique de la Concertation puise sa source dans le bouillonnement même du quartier. Cette effervescence est basée sur des actions précises qui permettent aux gens de se rencontrer et de créer du lien, participant ainsi à une réassurance sociale nécessaire pour les communautés du quartier. La présence des travailleurs sociaux aide à mettre en route une démarche communautaire et ainsi rend commune la problématique de la gentrification via la mise en contexte des vécus, le soutien, la création de liens entre les différents savoirs et expériences des habitants du quartier. L’assemblée des habitants est d’ailleurs le premier niveau d’organisation qui travaille sur les questions collectives. C’est lors de la plénière de la Concertation de quartier (qui a lieu tous les trois mois) que les différents acteurs en présence (habitants, pouvoirs publics et associations) s’organisent pour coconstruire des réponses collectives.</p>



<div class="wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex">
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<h2 class="wp-block-heading">Une roulotte pour rassembler</h2>



<p>Le GA Roulotte est à l’initiative de la piétonisation d’une rue du quartier (la rue Ponty) avec la volonté de créer un lieu communautaire extérieur. Plusieurs chantiers participatifs (notamment avec l’ASBL La Bonneterie pour l’élaboration du mobilier urbain) ont permis d’aboutir à la création d’un espace de rencontres par et pour les habitants. Autour du café Le P’tit Kawa où toutes et tous peuvent partager une boisson ou un goûter, un véritable lieu de concertation populaire est né.</p>
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<p>En outre, pour aider à la mise en place d’une émulation collective, il est crucial pour les habitants d’avoir une structure à laquelle se référer. C’est pour cette raison qu’en 2009, l’ASBL Coquelicot est créée. Depuis, son équipe est en charge de la coordination de la Concertation et maintient une dynamique notamment via la mise en place de deux groupes d’action (GA)&nbsp;actuellement au travail : le GA Logement (voir <em>infra</em>) et le GA Roulotte<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup> (voir encadré). Au-delà de cette gestion, l’ASBL Coquelicot a pour objectif «&nbsp;<em>d’améliorer la qualité de vie des habitants du quartier Saint Nicolas, de favoriser la concertation et la coordination des différents acteurs et de renforcer l’identité collective du quartier<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup></em>&nbsp;». Endossant un véritable rôle de soutien communautaire, elle accompagne les habitants désireux de s’inscrire dans la dynamique du quartier. Les initiatives telles que l’instauration du P’tit Kawa (permanence de rue autour d’un café) ou encore la création d’un potager communautaire créent des liens fort entre les habitants et forgent un but commun, prédispositions d’esprit bien nécessaires à la résistance citoyenne et sa pérennité. Action Vivre Ensemble soutient depuis de longues années ces initiatives en raison de leur travail citoyen en faveur des habitants du quartier. Un soutien sur trois ans est d’ailleurs en cours afin de transformer la salle «&nbsp;Ponty&nbsp;» (projet porté par l’ASBL Cinex<sup class="modern-footnotes-footnote ">10</sup>) en un vrai local de quartier cogéré par habitants et associations.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un quartier sous la loupe</h2>



<p>En septembre 2022, suite au constat de la perte de plus en plus importante de logements accessibles au sein du quartier, le GA Logement est réactivé… Insalubrité, promiscuité, délabrement et abandon de bâtiments, spéculation immobilière, transformation d’appartements en kots étudiants et manque de logements sociaux adaptés sont quelques-unes des problématiques mises en lumière par ce groupe de travail qui s’est posée la question&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«&nbsp;Comment améliorer les conditions d’existence notamment en rénovant le parc immobilier du quartier tout en s’assurant que ses habitants pourront y rester&nbsp;?&nbsp;»</p>
</blockquote>



<p>En octobre 2022, un marché d’études est lancé par la Ville de Namur pour redynamiser le quartier Saint-Nicolas, en vue de «&nbsp;<em>soutenir et porter vers le haut la dynamique de vivre ensemble déjà bien installée<sup class="modern-footnotes-footnote ">11</sup></em><sup>&nbsp;</sup>». Le conseil communal, à l’initiative, insiste pour autant sur le caractère volontairement participatif qu’il veut donner à l’étude&nbsp;: « <em>Le bureau d’étude qui sera désigné devra s’inscrire dans le cadre d’une approche multidisciplinaire autour d’un projet global de centre-ville, s’articuler avec les projets et études en cours et devra en outre s’appuyer sur une démarche de co-construction avec l’ensemble des acteurs et au bénéfice de l’ensemble des usagers. Le cahier des charges prévoit que toutes les étapes du processus se feront en étroite collaboration avec la population locale et les acteurs locaux<sup class="modern-footnotes-footnote ">12</sup></em>».</p>



<p>Si l’objectif semble louable, plusieurs éléments éveillent l’attention de la Concertation et du GA Logement. Tout d’abord, il y a les nouveaux investissements financiers immobiliers dans et aux abords du quartier, tels que le nouvel écoquartier NOVIA à destination d’une classe sociale aisée, mais aussi les reventes et rachats de bâtiment et les rénovations du bâtit qui s’amplifient. En outre, on assiste à une revalorisation du quartier d’un point de vue narratif&nbsp;: avant qualifié de ‘populaire’, il est de plus en plus désigné comme un ‘quartier plein de potentiel’ créant un engouement, fondé ou non, sur le quartier qui participe à la création «&nbsp;<em>d’un écart entre valeur actuelle du foncier et valeur potentielle</em>&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">13</sup>. De même, la création de nouveaux lieux&nbsp;attractifs tels que le nouveau palais de justice, le Grand-Manège ou le piétonnier achève d’accroître cet écart. L’étude de redynamisation précédemment citée et commandée par la Ville souligne de nouveau cette volonté d’augmenter l’attractivité du quartier<sup class="modern-footnotes-footnote ">14</sup>.</p>



<p><strong>Ces différents éléments participent à une véritable dépossession du quartier dans le chef de ses habitants.</strong> <strong>En se modifiant de la sorte, il en devient moins accueillant pour celles et ceux qui l’investissent et qui y créent de la valeur depuis de nombreuses années. </strong>Avec l’augmentation des loyers, les commerces de proximité ferment peu à peu et ce sont autant de lieux ressources et de points d’appuis pour les habitants qui disparaissent et d’espaces inoccupés qui apparaissent<sup class="modern-footnotes-footnote ">15</sup>.</p>



<p>Un an après le lancement du marché d’études, le diagnostic<sup class="modern-footnotes-footnote ">16</sup><sup> </sup>est communiqué, sous l’œil attentif de la Concertation. L’ASBL Cinex, autre acteur associatif incontournable du quartier, évoquait en novembre dernier la tenue du troisième atelier participatif du panel citoyen où étaient présents les auteurs de l’étude, l’échevine Charlotte Mouguet représentant les pouvoirs publics et des habitants du quartier. Réparti en quatre groupes de travail centrés sur l’environnement, l’accès au logement, la vie sociale du quartier et son identité, le cadre de vie et la mobilité, le panel a pu identifier des enjeux clés du quartier tels que le maintien des habitants actuels dans le quartier, l’amélioration du cadre de vie des habitants ou encore la sécurisation de la mobilité active.</p>



<div class="wp-block-columns are-vertically-aligned-center is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-vertically-aligned-center is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow" style="flex-basis:33%"><div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-medium"><a href="https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2024/02/affiche_zone-a-risque.jpg"><img decoding="async" width="213" height="300" src="https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2024/02/affiche_zone-a-risque-213x300.jpg" alt="Affiche : Quartier en lutte - zone à risque de gentrification" class="wp-image-37625" srcset="https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2024/02/affiche_zone-a-risque-213x300.jpg 213w, https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2024/02/affiche_zone-a-risque.jpg 450w" sizes="(max-width: 213px) 100vw, 213px" /></a></figure>
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<div class="wp-block-column is-vertically-aligned-center is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<h2 class="wp-block-heading">Quartier en lutte!</h2>



<p>Fin d’année 2023, les actions de sensibilisation en collaboration avec des acteurs associatifs, dont Action Vivre Ensemble, se multiplient : campagnes d’affichage participatives<sup class="modern-footnotes-footnote ">17</sup> (voir image), «&nbsp;marche du vide&nbsp;» pour dénoncer la vacance immobilière, conférence-spectacle pour sensibiliser, etc. Habitants et acteurs sociaux travaillent de concert pour faire entendre leur voix et préserver ce qui leur est cher, un bouillonnement culturel, une vie de quartier… En somme, leur foyer, pour beaucoup depuis de nombreuses années. La vigilance est de mise afin de faire respecter par la Ville sa propre intention de faire participer les habitants au processus de redynamisation<sup class="modern-footnotes-footnote ">18</sup>.</p>
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</div>



<p>Outre ces nombreuses démarches, les habitants apportent leurs témoignages, dans et en dehors des temps organisés de mobilisation. Leurs paroles concordent malheureusement dans le sens d’un sentiment de dépossession de leur quartier&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Le propriétaire qu’on avait à l’époque a revendu et ça a été racheté par un investisseur. Il a commencé à faire des travaux, il a changé nos châssis et tout ça. Mais on n’a pas reçu de papier. Il nous avait dit qu’on en avait encore pour au moins 5 ans, le temps qu’il fasse tous les travaux ailleurs. Mais, par après, on a quand même eu la lettre de fin de bail, de renom comme tout le monde.</p>



<p>On s’en doutait qu’on n’allait pas pouvoir rester. (…) On a eu peur de se retrouver à la rue. Et, on voulait rester dans le quartier en plus. C’était important pour nous. On y était depuis 84, voilà. On s’attache à un quartier. Depuis que Margo était née, on était dans les activités de quartier. Depuis plus de 15ans, on participait à tout, puis du jour au lendemain, devoir partir, tu perds tes repères.</p>



<p>(…) On ne voulait pas quitter tout ce que l’on a construit ici. Je connais tout le monde ici. J’ai vécu 20 ans dans un village et ce n’était pas comme ici. Ici, il y a tout le monde qui sonne chez moi, on s’arrête souvent, on papote, … Parfois Georges ne rentre pas, et puis il me dit oui mais j’ai rencontré untel et untel, c’est terrible hein&nbsp;! On a une place, on est reconnu et puis nous, on reconnait aussi les autres puis voilà quoi. (…) On a dû se débarrasser de beaucoup de choses. J’ai du tout mettre sur le trottoir parce qu’ici, on n’avait pas la place, c’est plus petit. J’avais les meubles de ma grand-mère…j’ai dû me débarrasser de tout ça, ça c’est dur aussi…</p>
<cite>Témoignage de Martine et Georges, habitants du quartier Saint Nicolas, récolté parle GA Logement lors de la « marche du vide » le 22 novembre 2023.</cite></blockquote>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p></p>
</blockquote>



<p><strong>«&nbsp;On a une place, on est reconnu et puis nous, on reconnait aussi les autres&nbsp;»</strong> …&nbsp; Ce qui est mentionné ici par cette simple phrase de reconnaissance est fondamental et est pourtant souvent sous-estimé au sein de notre société&nbsp;: un lieu dans lequel on peut se reposer ne se résume pas à quatre murs et un toit… En plus du premier rôle de protection que revêt l’habitat, il charrie avec lui toute une sphère sociale essentielle pour une construction de soi et son ancrage au monde.</p>



<p>«&nbsp;Ce qui se joue dans le logement, c’est aussi la possibilité d’entretenir une mémoire. Que l’on vive ou non au même endroit que ses ascendants, l’habitation relie à la généalogie à travers sa dimension muséale. Elle doit permettre d’être à la fois de plain-pied dans le monde, parmi ses contemporains, et relié au passé, à son histoire<sup class="modern-footnotes-footnote ">19</sup>&nbsp;».</p>



<p>Tout comme un lieu de vie, un quartier ne se résume pas à un rôle fonctionnel… Un quartier existe surtout «&nbsp;<em>par la multiplicité des relations qui se tissent entre les êtres et les lieux qui le composent<sup class="modern-footnotes-footnote ">20</sup></em><sup>&nbsp;</sup>» et en cela, il doit être préservé et conservé pour que chacun ait la liberté d’y inscrire son histoire.</p>



<p>C’est dans cet esprit que les acteurs du quartier continuent leur effort de mobilisation en 2024&nbsp;: soirées-débat, exposition autour du diagnostic, participation à des événements plus larges sur Namur (<em>Housing action Day</em>), nouvelle campagne d’affichage, nouveaux acteurs associatifs, sensibilisation des propriétaires …</p>



<p class="fond-bleu">Le tout avec un motto qui gronde et résonne dans chaque rue du quartier Saint-Nicolas… <strong>«&nbsp;Notre quartier n’est pas à vendre&nbsp;! Non à la gentrification&nbsp;!&nbsp;»</strong></p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Collectif, Hipster sur la ville dans Les inrockuptibles, n°1012, avril 2015, p. 44.</div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem, p. 46.</div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;HOULE, Marc-André, Les pièges de la mixité sociale, revue Les Relations, mai 2003 (https://cjf.qc.ca/revue-relations/publication/article/les-pieges-de-la-mixite-sociale/#:~:text=La%20mixit%C3%A9%20sociale%20ne%20peut,ses%20normes%20%C3%A0%20l&rsquo;ensemble.)</div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La gentrification, entre mixité sociale et cohabitation, voir https://controverses.minesparis.psl.eu/public/promo14/promo14_G19/www.controverses-minesparistech-4.fr/_groupe19/index41eb.html?page_id=93</div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Collectif, Hipster sur la ville dans Les inrockuptibles, n°1012, avril 2015, p. 47.</div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem, p. 48.</div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Les structures et associations membres de la Concertation sont Afico, Aide aux personnes déplacées, CAI, CIEP, CPCP, CN-Théâtre de Namur, CEFOC, Cinex, DELTA, Coquelicot, Fond du Logement Namur, Maison Médicale du Quartier des arsouilles, Média Animation, Ville de Namur (service de cohésion sociale et cellule vie de quartier), Plomcot 2000, Mutualité chrétienne Namur, Periferia, Vie Féminine, Vis-à-vis, Collectif Kawa, Cav&amp;ma, Asbl Article 27 Namur.</div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir https://periferia.be/collectif-roulotte-pour-un-espace-de-quartier-autogere-et-accessible-sans-condition/</div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir https://vivre-ensemble.be/association/coquelicot-cinex/</div><div>10&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Sa mission est le développement et l’organisation d’activités artistiques, culturelles, sociales ou sportives au sein du quartier.</div><div>11&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Redynamisation du Quartier Saint-Nicolas. Coup d’envoi d’une opération type « rue des Brasseurs », communiqué de presse, 7 octobre 2022.</div><div>12&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem.</div><div>13&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Constatations et réflexions issues de la journée de mobilisation du 12 septembre 2023, à l’initiative du GA Logement, et avec l’appui de Matthieu Van Criekingen, géographe, enseignant-chercheur à l’ULB, et d’Arnaud Bilande du Rassemblement Wallon pour le Droit à l‘Habitat (RWDH). </div><div>14&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem.</div><div>15&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem.</div><div>16&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Etude réalisée par le bureau d’études XMU en collaboration avec le Centre Permanent pour la Citoyenneté et la Participation (CPCP), la coopérative ERU Urbanisme et un panel citoyen.</div><div>17&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Affiches et slogans créés lors d’un atelier de linogravure avec les habitants.</div><div>18&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Un courrier d’interpellation est adressé en novembre 2023 au comité d’accompagnement technique et au bureau d’étude pour rappeler à la Ville à son devoir de garantir un vrai espace de partage citoyen autour du diagnostic.</div><div>19&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;CHOLLET, Mona, Chez soi. Une odyssée de l’espace domestique, éd. La Découverte, p. 87.</div><div>20&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;ELICABE, R., GUILBERT, A. et LEMERY, Y., Enquêtes sauvages. Quartiers vivants, éd. D’une Certaine Gaîté, 2020, p. 137.</div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Faire de l’urbanisme un organe de lutte contre l’exclusion sociale… et non l’inverse</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2024-01/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Feb 2024 09:46:32 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://vivre-ensemble.be/?post_type=publication&#038;p=37554</guid>

					<description><![CDATA[Lors de nos déambulations dans la ville, il n’est pas toujours aisé de prendre conscience combien elle peut être rendue hostile à toute une catégorie d’habitants…]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>L’espace public, par son nom même, renvoie à son essence d’inclusivité et donc à son appartenance à toutes et tous. Pourtant, le « mobilier anti SDF » présent dans nos villes a pour vocation d’exclure toute une catégorie de population, migrants, sans chez-soi ou toute personne faisant l’expérience peu agréable de la précarité et de la pauvreté. Lorsque des bancs savamment inclinés vous empêchent de trouver le repos dont une nuit à la rue vous aura également privée, on peut sans concession parler d’« architecture hostile » … Dans ce contexte d’exclusion, que devient le droit à la ville ?</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">L’espace public, un lieu pour toutes et tous<em><br></em></h2>



<p>En novembre dernier, une animation organisée par le Gracq<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup>&nbsp; permettait de prendre part à une réflexion collective sur l’espace public. S’il est communément admis qu’il désigne l’ensemble des espaces urbains destinés à l’usage de tous et ce sans restriction<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup>, il explore pour autant bien d’autres notions sous-jacentes telles que la gratuité, la possibilité d’investir des lieux, l’inclusivité, l’appropriation, l’opportunité de créer du lien… l’occasion en fait pour chacun et chacune d’investir un espace collectif&nbsp;: «&nbsp;<em>L’espace public est un lieu de socialisation dans lequel chacun est amené à croiser le voisin ou l’inconnu, à éventuellement échanger des regards, voire des mots. Outre le fait d’y communiquer, l’individu s’y construit par sa confrontation aux autres mais également s’y présente, s’y expose constamment</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup>&nbsp;».</p>



<p>De manière plus globale encore, l’espace public, en permettant de penser la société, le «&nbsp;nous&nbsp;», est doté d’une dimension politique. Penser ou réfléchir le «&nbsp;nous&nbsp;» implique une inclusivité, essence même de l’espace public puisqu’il est supposé être ouvert à toutes et tous. Pourtant, force est de constater la marchandisation de l’espace de plus en plus présente dans nos villes. Et qui dit marchandisation de l’espace public dit privatisation&nbsp;: panneaux publicitaires, terrasses, marchés de Noël et autres foires, la place (souvent démesurée) dévolue aux voitures… Il s’agit là d’une <strong>vision capitaliste de l’aménagement de l’espace </strong>puisqu’elle a majoritairement pour vocation de faire de l’argent en encourageant la consommation. De ce fait, cette privatisation entrave fortement la dimension collective de l’espace public.</p>



<p>Pour tendre à l’objectivité, il est utile de rappeler que cette privatisation peut aussi se faire à un niveau plus local lorsque des habitants disposent un banc ou végétalisent l’espace devant chez eux. Toutefois, le but ici est tout à fait différent, ces dispositifs (bancs et végétalisation) visent à apporter une plus-value à la ville et participent à l’idée d’un bien commun. Pour exemple, installer un banc devant chez soi est une habitude chez nos voisins hollandais. Cela permet au quidam de faire une pause, d’échanger et de créer du lien. La végétalisation quant à elle, embellit l’espace au bénéfice de toutes et tous. À l’opposé, lorsque la privatisation se niche dans le mobilier urbain, elle fait office d’instrument d’exclusion… Car à côté de dispositifs urbains classiques tels que fontaine, banc, table ou kiosque, qui invitent au partage, il y a celui qui dissuade de se reposer là, dormir ou s’asseoir. Celui qui catégorise et qui stigmatise. On le qualifie donc à juste titre d’<em>hostile</em> par son impératif d’exclusion de certains groupes sociaux (personnes issues de la pauvreté, vivant dans la précarité, migrants, sans chez-soi, etc.).</p>



<p>Ces dispositifs, fort à la mode dans nos villes, ont deux impacts&nbsp;: tout d’abord direct sur les groupes ciblés, mais également indirect, en cela qu’ils conditionnent notre perception de l’autre, créant une hostilité sociale qui limite notre capacité à créer du lien<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup>. Éléments délétères pour la cohésion sociale, ils représentent une entrave à jouir librement de l’espace public.</p>



<p>En utilisant du mobilier urbain pour exclure certaines catégories de population, on ajoute au phénomène de gentrification… Le mobilier «&nbsp;anti sdf&nbsp;» invisibilise des populations marginalisées et les exclut petit à petit d’un périmètre où les prix sont libres de monter en flèche. Il relève d’une attaque contre la dimension communautaire et partagée des lieux, censée être inhérente à l’espace public<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup>.</p>



<p>Dès lors, on assiste de plus en plus à une sorte de «&nbsp;polissage&nbsp;» des villes qui sont elles-mêmes de plus en plus obsédées par leur image et la volonté d’augmenter leur attractivité à des fins mercantiles. C’est ce qu’on appelle le <em>city branding</em>&nbsp;;</p>



<p>«&nbsp;<em>Pour accroître la valeur de la ville, la marque doit être en mesure d’incarner l’identité urbaine, faire sentir la puissance de telle ou telle grande métropole et son positionnement sur le marché global. Elle s’appuie aussi bien sur le patrimoine que sur les personnalités locales, les grandes enseignes, les restaurants, les équipements culturels, la gastronomie même… Tout lieu, bien (matériel ou immatériel) ou personne à forte valeur ajoutée est susceptible d’augmenter, en vertu des incantations marketing, la performance de la métropole<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup></em>&nbsp;». Métropolisation qui entraîne à son tour «&nbsp;<em>la muséification ou la touristification dont elle est vectrice&nbsp;» </em>ainsi que<em> «&nbsp;l’éviction des pauvres des centres-villes et la transformation des quartiers qu’elle entraîne<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup></em>&nbsp;».</p>



<p>La ville se définit alors comme un «&nbsp;produit qui doit être vendu&nbsp;» ayant pour conséquence un hygiénisme des espaces pour coller à cette image lisse et attractive qu’elle veut se donner<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup>. Le philosophe Mickaël Labbé le résume très bien&nbsp;;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Sous couvert d’esthétisation des espaces, de promotion de l’écologie ou de lutte contre l’insécurité, les villes contemporaines ciblent ouvertement des catégories d’êtres humains parmi les plus vulnérables, SDF, jeunes, drogués, migrants. Elles leur signalent de manière insidieuse qu’ils ne sont pas les bienvenus dans l’espace public, qu’ils sont clairement assignés au statut d’‘indésirables’ par des processus d’invisibilisation. L’espace commun n’est ainsi plus l’espace de tous ni un espace pour tous<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup>.</p>
<cite>Mickaël Labbé, philosophe</cite></blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">Le mobilier «&nbsp;anti SDF&nbsp;», illustration du mépris social</h2>



<p>Architecture défensive… C’est par ces termes qu’on définit les dispositifs hostiles voués à exclure une ou plusieurs catégories sociales. Pourtant, pour le commun des mortels, l’architecture défensive relève plutôt de l’histoire du Moyen-Âge lorsqu’on édifiait des tourelles d’angles, des pont-levis ou des plans en étoiles pour se prémunir des envahisseurs. Au 21e siècle, les envahisseurs sont donc les pauvres, les marginaux, les personnes vivant dans la rue. La question mérite d’être posée : A-t-on vraiment besoin de se défendre ? Quelle est la menace ?</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" width="568" height="332" src="https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2024/02/sieges_individuelles_metro.jpg" alt="" class="wp-image-37566" srcset="https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2024/02/sieges_individuelles_metro.jpg 568w, https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2024/02/sieges_individuelles_metro-300x175.jpg 300w" sizes="(max-width: 568px) 100vw, 568px" /><div class="image-licence" style="text-align: right; margin-top: 5px; font-size: 0.8em; color: #666; font-style: italic;">Licence : photo : N. Winandy</div></figure>



<p>En 2019 et en 2020, la Fondation Abbé Pierre, face à l’exploitation de ces dispositifs « anti SDF » de plus en plus prisés par les villes, a lancé des actions de sensibilisation ; des remises de prix satyriques pour récompenser les meilleurs dispositifs « anti SDF », les Pics d’Or, en référence aux piquets qui empêchent de s’allonger ou de se reposer. Grâce à la plateforme en ligne <em>Soyons humains</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">10</sup>, toute personne pouvait dénoncer le pire (voire le meilleur) dispositif « anti SDF » repéré. Et en matière de créativité, on est servis : accoudoirs centraux, bancs inclinés, mobilier position debout, picots et pics en tous genres, végétalisation hostile (parterre de cactus à l’entrée d’immeubles), etc. On pourrait presque applaudir si tout cela n’était pas triste à en mourir. En 2020, près de 500 dispositifs ont été dénoncés. Grâce à ces remises de prix factices, la Fondation Abbé Pierre a réussi à en faire enlever certains … mais le combat est loin d’être gagné.</p>



<p>Si ce type de mobilier est peu questionné voire largement accepté par une grande partie de la population, c’est parce qu’il utilise une violence ‘soft’, c’est-à-dire sans les caractéristiques de la violence partagées dans la pensée commune. Discrètement, il cristallise les inégalités et les différences statutaires de notre société… Pourtant, et c’est là que le procédé est vicieux, aucun droit n’est ouvertement bafoué&nbsp;! Quel est le recours possible contre un banc&nbsp;? L’injustice en est d’autant plus criante. C’est non seulement l’illustration la plus abjecte d’un mépris social assumé mais aussi un acte de non-reconnaissance en tant qu’être humain.&nbsp;Nous sommes toutes et tous des individus sociaux et en cela, nous avons besoin de reconnaissance pour constituer notre identité. Ce type de dispositif empêche cette reconnaissance sociale et les personnes sans chez-soi en souffre cruellement<sup class="modern-footnotes-footnote ">11</sup>&nbsp;:</p>



<p>«&nbsp;Seul face à son malaise, détenteur d’un savoir de la violence sociale que lui seul éprouve dans sa chair, incapable d’articuler publiquement cette souffrance qui paraît ou anecdotique ou irréelle, le SDF ciblé par le mobilier hostile fait l’expérience sensible d’un mépris qui lui est signifié par les formes mêmes de la ville dont il est l’un des membres. Une telle expérience porte indéniablement atteinte à l’intégrité personnelle, déforme l’identité du sujet en l’assignant à résidence comme ‘indésirable’<sup class="modern-footnotes-footnote ">12</sup>».</p>



<p>Bien au-delà de cette perte de confiance, les besoins primaires de l’individu sont totalement niés&nbsp;; pas moyen de dormir, de s’asseoir, de se reposer, faire une halte. Personnes vivant dans la précarité ou à la rue sont assignées à un statut d’indésirable et une contribution positive à la société de leur part n’est absolument pas envisagée. Pourtant, l’espace public leur appartient tout autant qu’à n’importe qui. <em>«&nbsp;Réduite à une catégorisation entièrement négative pour laquelle on conçoit des solutions génériques dépersonnalisées, la singularité des vies précaires est balayée d’un revers de la main. Ne faisant pas partie du ‘nous’, le SDF n’est pas non plus un ‘moi’ ou un ‘je’. Il relève de la catégorie de l’altérité ennemie constituée comme type&nbsp;: ‘eux’, ‘ces gens-là’<sup class="modern-footnotes-footnote ">13</sup></em>».&nbsp; Et c’est ainsi que ces dispositifs inhumains divisent en deux catégories les habitants de la ville&nbsp;; les désirables et les indésirables.</p>



<p>Il s’agit là d’une <strong>stratégie de contrôle de l’espace public</strong>. Le pire&nbsp;? C’est qu’elle n’est même pas efficace. D’une part, ce type de mobilier n’apporte aucune solution à la mendicité, la pauvreté, le sans-abrisme ou la précarité… Il ne fait que les invisibiliser et illustre la faible volonté politique d’en venir à bout. D’autre part, ces dispositifs affectent tout le monde, et pas seulement les populations ciblées, femmes enceintes, enfants, personnes âgées ou porteuses d’un handicap… Résultat&nbsp;? La ville devient moins habitable pour toutes et tous, le mobilier hostile rendant la ville hostile elle-même<sup class="modern-footnotes-footnote ">14</sup>.</p>



<p>La ville comme bien commun</p>



<p>Afin d’appréhender la ville en tant que bien commun et restaurer son inclusivité, la réappropriation de l’espace public par les habitants est primordiale. Chaque citoyen a le pouvoir d’influencer le débat public, même si, il est vrai qu’il faut parfois se lever tôt et ne pas flancher à la première déconvenue&#8230; Chaque citoyen doit avoir l’opportunité de donner son avis, d’influencer des décisions par son opinion et sa mobilisation<sup class="modern-footnotes-footnote ">15</sup>.&nbsp;</p>



<p>Nos décideurs politiques ont le devoir d’encourager un esprit de co-construction entre pouvoir public et habitants.&nbsp; Ils doivent également lutter contre la privatisation marchande de la ville qui aboutit à une recherche de l’entre-soi qu’illustre parfaitement le phénomène bien connu de la gentrification. Toujours plus présente dans nos villes, elle est le résultat d’une politique d’aménagement débridée et peu soucieuse du «&nbsp;droit à la ville&nbsp;». C’est à se demander où se situe la priorité des pouvoirs publics… Deux choix s’offrent à eux&nbsp;; faire des villes de véritables marques pour augmenter leur attractivité et faire du chiffre, ce qui sous-entend de «&nbsp;nettoyer&nbsp;» l’espace public de catégories de populations jugées indésirables et donc de stigmatiser et de discriminer toute une partie de ses habitants&nbsp;; ou restaurer la ville comme bien commun, son inclusivité et sa diversité car chaque être humain a droit à vivre sa ville.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p><strong>&nbsp;«&nbsp;L’aménagement de l’espace public est une pratique qui porte une responsabilité non négligeable dans la possibilité que le citadin a ou non d’exercer son droit à la ville<sup class="modern-footnotes-footnote ">16</sup>»</strong>. Le milieu social ou la situation d’un individu n’a pas à déterminer la jouissance ou non de l’espace public… C’est un droit qui ne doit même pas être questionné.</p>
</blockquote>



<p></p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;« Impasse publique ? Un outil d’animation sur la privation de l’espace public », 28 novembre 2023, Liège.</div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir https://collectivitesviables.org/sujets/espace-public.aspx</div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Collectif, La ville comme bien commun. Planification urbaine et droit à la ville dans Les cahiers d’architecture La Cambre – Horta, n°9, 2013, p. 116.</div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Impasse publique ? Un outil d’animation sur la privation de l’espace public, animation organisée par l’ASBL Gracq, 28 novembre 2023, Liège.</div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;LABBÉ, Mickaël, Reprendre place. Contre l’architecture du mépris, éd. Payot &amp; Rivages, 2019, p. 17.</div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;ELICABE, R., GUILBERT, A. et LEMERY, Y., Enquêtes sauvages. Quartiers vivants, éd. D’une Certaine Gaîté, 2020, p. 15.</div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem, p. 20.</div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;LABBÉ, Mickaël, op.cit., p. 43.</div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Idem, p. 44-45.</div><div>10&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://soyonshumains.fr/">https://soyonshumains.fr/</a></div><div>11&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;LABBÉ, Mickaël, Reprendre place. Contre l’architecture du mépris, éd. Payot &amp; Rivages, 2019, p. 50-52.</div><div>12&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem, p. 56.</div><div>13&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem, p. 59.</div><div>14&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem, p. 46-49.</div><div>15&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Impasse publique ? Un outil d’animation sur la privation de l’espace public, animation organisée par l’ASBL Gracq, 28 novembre 2023, Liège.</div><div>16&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Collectif, La ville comme bien commun. Planification urbaine et droit à la ville dans Les cahiers d’architecture La Cambre – Horta, n°9, 2013, p. 100.</div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
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