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Migrants / réfugiés

Crise des réfugiés ou crise de l’accueil ?

C’était le sujet « chaud » de l’été 2015 : la crise des migrants… avec son lot de tensions, d’interrogations, de peurs. L’Europe est-elle menacée par un afflux d’exilés ? Ne devrait-on pas s’occuper d’abord des « pauvres de chez nous » ? Cette analyse a pour but d’objectiver le débat, en s’appuyant sur des définitions, des chiffres et des faits. Sans omettre qu’il s’agit avant tout du devenir d’hommes, de femmes et d’enfants en quête d’une vie meilleure.

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Alors que citoyens et associations se mobilisent sur le terrain pour venir en aide aux arrivants, les mouvances extrémistes vocifèrent à travers toute l’Europe et donnent le ton aux partisans d’une politique de fermeté face à cette situation de « crise ». Les exemples sont légion : Nicolas Sarkozy, comparant l’afflux de migrants à une fuite d’eau ; Viktor Orban, Premier ministre hongrois, dont le gouvernement a fait construire une clôture de long de la frontière pour endiguer l’immigration ; Marine Le Pen déclarant sans ambages que « l’immigration n’est pas une chance, c’est un fardeau. » Le moins que l’on puisse dire, c’est que beaucoup de politiques prennent position en fonction d’intérêts électoralistes propres à leur pays, se souciant peu de répondre aux défis actuels à l’échelle internationale.

Cela dit, les appels à accueillir et à aider les réfugiés n’ont pas manqué ces derniers temps. Ils émanent du tout-venant comme de figures internationales, telles que le pape François demandant « aux paroisses, aux communautés religieuses, aux monastères, aux sanctuaires de toute l’Europe d’exprimer l’Évangile de manière concrète, et d’accueillir une famille de réfugiés. » Tout pape qu’il soit, force est de constater que son appel n’est pas suivi par l’ensemble du clergé, le cardinal hongrois ayant fait part de son soutien… à Viktor Orban.

Enfin, le plaidoyer contre une Europe forteresse et en faveur d’une plus grande ouverture des frontières commence à marquer des points. En avril dernier, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, en a surpris plus d’un – y compris au sein du Parti populaire européen, sa propre formation politique –, en déclarant que « si nous n’ouvrons pas, ne fût-ce qu’à moitié, la porte d’entrée, il ne faut pas être surpris lorsque des malheureux de la planète entière entrent par effraction par la fenêtre. » Au mois de septembre, il étoffait son propos dans son Discours sur l’état de l’Union européenne : « nous devons étudier l’ouverture de canaux légaux de migration. Disons-le clairement : cela ne permettra pas de résoudre la crise actuelle des réfugiés. Mais avec davantage de routes sûres et contrôlées ouvertes sur l’Europe, nous pourrons mieux gérer la migration et rendre moins attrayante l’activité illégale des trafiquants d’êtres humains. N’oublions pas que nous sommes un continent vieillissant qui connaît un déclin démographique. Nous allons avoir besoin de talents. La migration doit peu à peu cesser d’être un problème à résoudre pour devenir une opportunité bien gérée. »

Dans les débats sur la « crise des migrants », l’on peut identifier plusieurs conflits, qui déterminent les positions occupées par les uns et autres. Il y a tout d’abord la guerre des mots : migrant, réfugié, demandeur d’asile, sans-papiers… quel terme utiliser ? Vient ensuite la guerre des chiffres, chacun assénant ses propres statistiques et livrant sa propre interprétation des données disponibles. Il y a aussi la guerre des « sans » : sans-abri et sans-emploi d’ici, versus sans-papiers venus d’ailleurs. Enfin, pointons l’étrange guerre des droits : le droit à vivre dignement dans son propre pays s’oppose-t-il au droit à quitter tout pays, y compris le sien ? Question sous-jacente : résoudre les problèmes là-bas freinerait-il l’émigration vers nos régions ?





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