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	<title>Publications &#8211; Action Vivre Ensemble</title>
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	<description>Soutenir les associations, sensibiliser et agir</description>
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	<title>Publications &#8211; Action Vivre Ensemble</title>
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		<title>Juste Terre ! n°229</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/juste-terre-n229/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Apr 2026 08:23:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Plaidoyer]]></category>
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					<description><![CDATA[Le plaidoyer, c’est vous, c’est nous.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h2 class="wp-block-heading">Le plaidoyer, c’est vous, c’est nous.</h2>



<p>Sa définition semble réservée aux experts&nbsp;et expertes :&nbsp;un ensemble d&rsquo;actions stratégiques pour influencer les décideurs&nbsp;et décideuses&nbsp;politiques, économiques ou sociaux, changer des lois, faire bouger des lignes. Le terrain des ONG, des juristes, des militants aguerris. Pas le vôtre.&nbsp;Détrompez-vous.&nbsp;</p>



<p>Entraide&nbsp;et&nbsp;Fraternité se bat sur ce terrain depuis des années&nbsp;contre l&rsquo;accord UE-Mercosur et le fardeau de la dette des pays du Sud,&nbsp;Action Vivre Ensemble&nbsp;pour la gratuité des repas scolaires et des alternatives alimentaires accessibles à toutes et tous en Wallonie et à Bruxelles. Des fronts différents, une conviction commune : il n&rsquo;existe pas de hiérarchie dans l&rsquo;injustice. Les inégalités sociales et climatiques sont les deux faces d&rsquo;un même monde à transformer.&nbsp;</p>



<p>Mais ce monde ne se transformera pas sans vous.&nbsp;</p>



<p>Car le plaidoyer ne commence pas dans les couloirs du Parlement. Il commence à votre table :&nbsp;chaque jour, vous votez à trois reprises lors de vos repas.&nbsp;Il commence&nbsp;aussi&nbsp;quand vous prenez la parole au conseil communal, quand vous proposez&nbsp;à&nbsp;votre&nbsp;unité pastorale&nbsp;de convertir un terrain vague en potager collectif, quand vous refusez de hausser les épaules face à ce qui vous semble injuste&nbsp;et le revendiquez.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>C&rsquo;est ça, le plaidoyer.&nbsp;La création d’un rapport&nbsp;de&nbsp;force&nbsp;pour changer les&nbsp;choses à&nbsp;la portée de chacun&nbsp;et chacune.&nbsp;</p>



<p>Et cette résistance-là n&rsquo;est pas&nbsp;anodine. À l&rsquo;heure où certains sont tentés de confier leur destin aux magnats de la tech ou aux bonimenteurs populistes, chaque geste citoyen est un acte de démocratie. Un rappel que le pouvoir n&rsquo;appartient pas qu&rsquo;aux puissants,&nbsp;qu&rsquo;il se construit aussi&nbsp;depuis la base.&nbsp;</p>



<p>Le plaidoyer, c&rsquo;est nous. C&rsquo;est vous. Il commence maintenant.&nbsp;</p>


<div class="titre-remplacement contenu150">
  <div class="m-0 ">
    <h2 class=" p-0 m-0 text-center h1 pt-5 mb-2"></h2>


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  <div class="row">

    
    
<article id="post-40841" class="col-12 col-sm-6 col-md-4 color-black p-3 mb-0  post-40841 post type-post status-publish format-standard has-post-thumbnail hentry category-action-vivre-ensemble tag-jt229 tag-plaidoyer">
		<a href="https://vivre-ensemble.be/le-plaidoyer-cest-aussi-desormais-notre-affaire-en-belgique/" class="linkresume lienblock backgroundwhite pb-3 h-100">
						<div class="image-productionsseize w-100 mb-3" title="Le plaidoyer, c’est aussi désormais notre affaire en Belgique " style="background-image:url('https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2026/04/Conference-KEVIN-debat.jpg')">
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				<h2 class="entry-title h4 m-0 pb-1 color-bleuvert">Le plaidoyer, c’est aussi désormais notre affaire en Belgique </h2>
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									<span class="posted-on"><time class="entry-date published" datetime="07 Avr. 2026">07 Avr. 2026</time></span>								</div>

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	<div class="entry-summary pl-2 pr-2">
		Jamais depuis la Seconde guerre mondiale, les acquis sociaux n’avaient été autant remis en question. Ces injustices représentent la matière du travail de plaidoyer d’Action Vivre Ensemble.  		

<!--
		<div class="mt-2"> <span class="tags categories color-vert pl-0 pr-0 mr-1 mb-0 d-inline-block">
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<p></p>
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		<item>
		<title>Habitats partagés au féminin &#8211; Exemples bruxellois</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2026-1/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Mar 2026 11:59:57 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Quand le simple fait de se loger et d’avoir un toit au-dessus de la tête pour soi et les siens est une difficulté quotidienne, il faut ruser et s’adapter à une réalité toujours plus dure.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p></p>



<p class="titre-trois">Prix de l’immobilier en hausse, logements sociaux saturés, parc locatif privé inaccessible&#8230; Quand le simple fait de se loger et d’avoir un toit au-dessus de la tête pour soi et les siens est une difficulté quotidienne, il faut ruser et s’adapter à une réalité toujours plus dure. Les femmes, à la croisée de nombreuses discriminations, paient le prix plein de l’inflation immobilière. Dans ce contexte, elles expérimentent diverses formes d’habitat collectif, financièrement plus accessibles et qui agissent comme un rempart contre l’isolement social.</p>



<p>On le sait : en matière de logement, le marché locatif privé n’est pas le seul à être saturé… Le temps d’attente pour un logement social est tellement long (jusqu’à 22 ans à Bruxelles)<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup> que beaucoup n&rsquo;essaient même plus. À tel point que des acteurs et actrices de terrain ont développé des accompagnements pour aider les publics les plus précarisés à rechercher un logement, notamment les familles monoparentales. Beaucoup peuvent visiter jusqu’à 30 ou 40 logements avant de pouvoir enfin s’installer. L’asbl <em>La Maison des parents solos </em>accompagne ces familles dans leur recherche de logement (rappel des droits des locataires, coaching, etc.).  « <em>Le contexte immobilier est catastrophique pour ce type de familles, les prix ne cessent de grimper: le marché locatif devient hors de portée tandis que les appartements sociaux sont saturés. Elles sont <strong>souvent contraintes de se rabattre sur des logements trop petits, de mauvaise qualité, voire insalubres</strong>, et/ou dans des quartiers éloignés de leurs réseaux sociaux</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup>. À Bruxelles, 28% des familles monoparentales consacrent plus de la moitié de leurs revenus au logement<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup>.</p>



<p>Face à ce contexte toujours plus rude, les citoyen·nes, les acteurs associatifs et même des entrepreneurs privés pensent et réfléchissent à d’autres manières d’habiter. Les colocations et habitats partagés en font partie. Ingénieux, ils permettent un soutien logistique et social ainsi que le partage de frais et constituent en outre un précieux rempart contre l’isolement social.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Mère seule cherche logement</h2>



<p>Les familles monoparentales figurent parmi les publics les plus vulnérables face à la recherche d’un logement. Le propos ici se limitera à celles gérées par des femmes pour une simple raison statistique&nbsp;; 86% de ces familles ont à leur tête une maman solo. Ce type de ménages est au croisement de multiples précarités qui agissent comme autant d’obstacles dans un contexte immobilier hors de contrôle. L’intersectionnalité a ceci de vicieux : <strong>les précarités ne s’additionnent pas mais s’imbriquent l’une dans l’autre</strong>. Il en résulte un effet multiplicateur &#8211; puisque ces précarités se renforcent &#8211; que femmes seules à charge de famille subissent de plein fouet.</p>



<p>Tout d’abord, il est avéré qu’une femme fera face à des demandes plus complexes de la part des propriétaires. Plus qu’un homme, elle devra montrer <em>‘patte blanche’ </em>et se justifier de ses revenus. Et pour cause, l’inégalité salariale en Belgique est toujours bien ancrée et c’est un fait avéré que les femmes sont plus représentées dans les temps partiels (en partie pour s’occuper des enfants). En cas de séparation, les difficultés financières peuvent s’aggraver lorsque l’ex-partenaire ne contribue pas assez financièrement (voire pas du tout) aux frais liés aux enfants. En plus de ces discriminations financières, elles doivent souvent contrer certains <em>a</em> <em>priori</em> liés à leur situation. Elles seront en effet souvent jugées comme incapables d’entretenir un bien (bricolage, entretien, etc.), quand ce ne sont pas les enfants qui seront suspectés d’être bruyants. Elles ont également une charge mentale décuplée puisqu’elles doivent gérer seules le foyer, c’est-à-dire les charges financières et éducatives, généralement réparties entre deux parents supposés percevoir deux revenus. « <em>La précarité financière et la charge éducative complète des enfants a des impacts négatifs concrets à la fois sur le bien-être des mères et de leurs enfants</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup>. Cette fragilité économique se répercute directement sur les enfants et aggrave les risques de précarité infantile<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup>. En outre, les mamans solos souffrent d’isolement social (manque de temps, de moyens, d’estime de soi notamment à la suite d’une séparation, etc.) À l’égard de leurs enfants, elles peuvent nourrir un sentiment de culpabilité (famille nucléaire brisée, baisse du niveau de vie), sans parler des violences intrafamiliales qui les impactent durablement<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup>.</p>



<p>Face à toutes ces difficultés cumulées, <strong>l’habitat groupé ou partagé apparaît comme une réponse qui a du sens</strong>. À Bruxelles, des initiatives fleurissent un peu partout. Elles ont toutes leurs spécificités mais ont en commun la volonté de répondre à la crise du logement par la voix de la solidarité et de l’entraide.</p>



<p><strong>Ernest Living.</strong> Situé dans la commune bruxelloise de Koekelberg<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup>, il s’agit d’un habitat partagé spécifiquement dédié aux mamans solos et à leurs familles, qui contient 10 unités familiales (pouvant aller jusqu’à 4 enfants). À l’initiative du projet, Lionel Wauters, promoteur et ingénieur-architecte de formation, précise : « <em>Ce n’est pas qu’une question de logement, mais de solidarité et d’entraide </em>»<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup>. En plus des espaces privatifs, des espaces communs pour un usage collectif ont été pensés au rez-de-chaussée tandis qu’aux étages des espaces privés permettent de « <em>concilier le collectif et l’intime, essence même du lieu</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup>.</p>



<p>Si l’idée ne peut qu’être applaudie, ce n’est malheureusement pas à la portée de toutes les bourses : le loyer va de 905 euros à 1610 euros. Il comprend les charges mais également un accompagnement à la vie en communauté dispensé par l’asbl <em>Habitat et Participation</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">10</sup>. La cohabitation avec différentes façons de vivre ou d’éduquer n’est pas aisée, comme en témoigne cette maman solo  : « <em>J’aurais adoré que ça marche mais la réalité est dure. C’est très précaire, du bricolage permanent. Il faut gérer non seulement le lieu, mais aussi les différences d’éducation, la fragilité psychologique de certaines mères&#8230; Il y a beaucoup de conflits, de difficultés à trouver la bonne entente. Je ne suis pas assistante sociale. À moins de s’appuyer sur des structures spécialisées, je pense que c’est très compliqué à faire fonctionner sur le long terme</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">11</sup>.</p>



<p>Ce genre de projet reste encore trop marginal et s’adresse surtout à un public avec un emploi ou une source de revenu stable. Cependant, au regard du quartier, cela reste encore 20% moins cher que les prix pratiqués.</p>



<p><strong>Fem’s (Femmes en situation de monoparentalité). </strong>Toujours en construction, ce projet d’habitat collectif est porté par un groupe de sept mamans solos et leurs 12 enfants. Fatiguées de déménager et de s’épuiser à chercher un logement, elles se sont mises ensemble pour imaginer un logement inclusif dont les fondements seraient l’entraide et la solidarité. Cette initiative est soutenue par l’asbl <em>Angela D.</em> qui aide notamment le groupe à penser son futur lieu en termes d’architecture féministe. Lancé en 2022 par une des membres, <em>Fem’s </em>est un « <em>projet pilote d’habitat collectif non spéculatif porté par et pour des mamans solos (…) visant l’accès à la propriété collective pour des femmes en situation de monoparentalité</em> », c’est-à-dire « <em>qui portent en majeure partie seules au quotidien la garde, la charge mentale, économique, affective et éducative de leur(s) enfant(s)</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">12</sup>. Tout le projet est sous-tendu par la mutualisation des ressources, outil formidable pour affronter le quotidien d’un parent solo, allant du partage des tâches ménagères à celui des devoirs des enfants, de la cuisine, etc.</p>



<p>Pouvoir profiter d’un logement abordable en y ajoutant de la solidarité communautaire, voilà le rêve vers lequel tendent les membres de <em>Fem’s</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">13</sup>. Cela permet aussi de lutter contre la solitude. Ne pas se retrouver seule dans les moments difficiles que réservent la parentalité est essentiel :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« <em>Beaucoup de mamans solos nous disent qu’elles n’ont personne à qui parler de leur quotidien ou de leurs difficultés. L’habitat partagé permet de retrouver une vie sociale, de s’entraider dans la parentalité et d’offrir à leurs enfants un environnement plus riche, ouvert à d’autres cultures et d’autres modes de vie </em>»<sup class="modern-footnotes-footnote ">14</sup>.</p>
</blockquote>



<div class="wp-block-columns red-message is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<h2 class="wp-block-heading">Une architecture féministe&nbsp;? </h2>



<p>L’architecture féministe se veut égalitaire dans le sens où elle inclut les besoins des hommes comme des femmes. Cela se traduit notamment par un aménagement des espaces propice à la gestion collective des tâches et à la création de liens entre les habitant·es. À l’inverse de l’architecture traditionnelle, basée sur une distribution de rôles stéréotypés, les tâches domestiques ne sont plus invisibilisées et cantonnées hors des espaces de vie (telle que la buanderie qui prend place dans la cave par exemple) mais au centre de l’habitat et collectivisées. La cuisine et la buanderie deviennent donc des lieux reconnus comme importants et comme des espaces de sociabilisation. Les autres pièces de vie, telles que le salon, les salles à manger et salle de jeux sont également centrales et considérés comme des « <em>espaces de célébration</em> ». L’architecture féministe explore des « <em>nouveaux modèles spatiaux qui tiennent compte des réalités vécues par les femmes</em> ». Même si elle peut prendre plusieurs formes, la vision reste la même : <strong>l’intégration des besoins particuliers des femmes et la mise en place d’espaces plus propices à l’égalité</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">15</sup>.</p>
</div>
</div>



<p><strong>Pass-ages.</strong> Pour les futures mamans sur le point de donner la vie, la maison de naissance à Forest<sup class="modern-footnotes-footnote ">16</sup> de l’asbl <em>Pass-ages </em>est une alternative à la démarche hospitalière classique. Conjuguée à une maison de «&nbsp;<em>mourance</em>&nbsp;», c’est-à-dire un endroit pour des personnes en soins palliatifs, ces espaces sont aménagés en deux appartements et ouvrent sur un jardin partagé où peut se créer du lien. L’objectif&nbsp;? «&nbsp;<em>Sortir ces deux événements essentiels du cadre hospitalier et d’une approche médicalisée qu’ils ne nécessitent pas systématiquement</em>&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">17</sup> explique Marc Bouteiller, le coordinateur de l’association.</p>



<p>En plus de ces deux appartements, l’asbl <em>Pass-ages</em> propose également un habitat intergénérationnel composé de 10 cellules d’habitations au sein desquels est assurée une mixité sociale et culturelle. En outre, chaque habitant offre 5 heures par semaine pour le projet collectif&nbsp;: «&nbsp;<em>Au-delà du lieu, il y a aussi du lien. Les habitant·es s’investissent dans l’accueil tantôt en cuisinant pour les hôtes, tantôt en assurant une permanence à la maison de ‘mourance’</em>&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">18</sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une mutualisation pénalisée</h2>



<p>Colocation, cohabitation, habitat groupé, collectif ou partagé sont autant de réponses imaginées par la société civile pour se loger de manière abordable. Si ces formes d’habiter présentent beaucoup de bénéfices (rupture de l’isolement social, partage des frais, des tâches, etc.), certain·es hésitent encore à passer le pas. En cause, l’absence de garantie du maintien du statut isolé pour les personnes bénéficiant d’un revenu de remplacement. Une personne est considérée comme cohabitante dès lors qu’elle vit avec une personne dotée d’un revenu. Partant du postulat que les coûts sont partagés, les allocations sociales (chômage, RIS, pension, invalidité, etc.) sont diminuées. Ainsi, si plusieurs personnes sont domiciliées au même endroit et si certaines ont un revenu de remplacement, elles risquent de se voir imposer le statut cohabitant, ce qui mène invariablement à une diminution des allocations… La conséquence de ce mécanisme&nbsp;? <strong>Un résultat totalement à l’opposé du but premier de la colocation</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">19</sup> <strong>; faire des économies en mutualisant les espaces et les frais</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">20</sup>.</p>



<p><strong>Beaucoup d’acteurs de terrain tel que le <em>Réseau wallon de lutte contre la pauvreté</em> (RWLP) <a>militent</a> depuis des années pour la suppression de ce statut</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">21</sup><strong> qui pénalise la solidarité mais aussi, comme le rappelle la députée fédérale Sarah Schlitz (Écolo), les stratégies de mutualisation</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">22</sup><strong>.</strong> Ce sont encore les femmes qui en paient le prix fort puisqu’elles représentent la majorité des personnes cohabitant<sup class="modern-footnotes-footnote ">23</sup>. En outre, ce statut pérennise un modèle patriarcal désuet selon lequel la femme est dépendante financièrement d’un mari&nbsp;: «&nbsp;<em>En créant cette situation de dépendance et d’isolement relationnel contraire à l’autonomie des femmes et à l’égalité entre les femmes et les hommes, ce statut contribue à la reproduction d’un modèle patriarcal aujourd’hui complètement dépassé&nbsp;</em>»<sup class="modern-footnotes-footnote ">24</sup>.</p>



<p>En 2024, une proposition de loi portée par le Parti socialiste avait été déposée à la Chambre des représentants pour la suppression de ce statut. Alors que la plupart des partis y étaient favorables, la coalition Vivaldi<sup class="modern-footnotes-footnote ">25</sup> avait retourné sa veste et seul Ecolo soutenait le PS et sa proposition de loi… Sans nul doute, une des raisons fut le coût évalué à 1,86 milliard d’euros par la Cour des comptes<sup class="modern-footnotes-footnote ">26</sup>.</p>



<p>Aujourd’hui, bien loin de cette avancée avortée, le gouvernement Arizona propose radicalement l’inverse. Anneleen Van Bossuyt (N-VA), ministre de l’Intégration sociale, a annoncé une nouvelle mesure qui entrera en vigueur dès le 1<sup>er</sup> mars 2026. Aux antipodes de sa suppression, le statut cohabitant se voit durci&nbsp;puisque «&nbsp;<em>tout CPAS qui reçoit une demande d’aide sociale de la part d’une personne cohabitante devra prendre en considération l’ensemble des revenus des personnes vivant sous le même toit</em>&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">27</sup>. En outre, «&nbsp;<em>les personnes qui étaient déjà bénéficiaires du droit à l’intégration sociale verront leurs droits modifiés soit à partir de la prochaine révision de leur dossier, soit dans le cadre de la révision annuelle, soit à la suite de nouveaux éléments justifiant une révision</em>&nbsp;».<sup class="modern-footnotes-footnote ">28</sup>.</p>



<p>En d’autres termes, à partir du 1<sup>er</sup> mars 2026, les familles ou personnes cohabitantes ne pourront plus cumuler deux revenus de remplacement. Le Conseil d’État avait alerté sur le recul social que représente cette nouvelle mesure et avait également souligné le manque de données chiffrées de l’impact sur la population<sup class="modern-footnotes-footnote ">29</sup>. Son avis n’a de toute évidence pas été pris en compte par le gouvernement Arizona qui continue sur sa lancée d’attaques systématiques des droits sociaux et enfonce toujours plus dans la précarité les moins chanceux d’entre nous.</p>



<p><strong>Ces exemples d’habitat groupé démontrent une résilience à toute épreuve… &nbsp;L’ingéniosité, la débrouille, la solidarité et l’entraide face à la négation d’un droit constitutionnel&nbsp;: celui de se loger.</strong> L’envolée des prix d’un marché locatif débridé, la saturation des logements sociaux, le manque de solutions pérennes à une crise du logement qui dure et ne fait que s’aggraver sont autant d’obstacles que doivent affronter les femmes, en particulier celles qui ont à leur charge une famille.</p>



<p><strong>Il est assez désolant de constater que les stratégies mises en place par les citoyen·nes, plutôt que d’être encouragées, sont pénalisées par des règles d’un autre âge. Une fois de plus, on assiste à une sanction des publics les plus précarisés où les femmes sont, bien malgré elles, largement représentées.</strong> À quand un réel tournant&nbsp;? À quand une réelle reconnaissance des difficultés endurées au quotidien par les femmes pour se loger dignement ?</p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;À Bruxelles, la durée d’attente moyenne est évaluée à 11 ans mais peut aller jusqu’à 22 ans pour les logements plus rares tels que ceux destinés aux familles et donc disposant de plusieurs chambres (voir <a href="https://www.rtbf.be/article/logement-social-a-bruxelles-les-delais-d-attente-vont-de-neuf-a-22-annees-11539973">RTBF Logement social à Bruxelles : les délais d’attente vont de 9 à 22 années</a>)</div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Plan bruxellois de soutien aux familles monoparentales, 2021 cité par l’asbl Angela D. (voir https://angela-d.be/fr/)</div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Familles monoparentales et logement : des problèmes à tous les étages. Sondage auprès de 1150 parents solos, Ligue des familles, février 2022.</div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://angela-d.be/assets/attached-files/FEMs-dossier-de-presentation-light.pdf">FEMs-dossier-de-presentation-light.pdf</a></div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem.</div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem.</div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Deux autres projets du même promoteur sont en place à Forest et à Namur, voir <a href="https://ernestliving.be/habitats-partages/">Nos habitats partagés &#8211; Ernestliving</a>.</div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;JASSOGNE, Pierre, Toits partagés pour mamans isolées dans Alter-échos, n° 523, mai-juin 2025, p. 17.</div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem, p. 18.</div><div>10&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://habitat-participation.be/">Habitat &amp; Participation</a></div><div>11&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Témoignage issu de https://angela-d.be/assets/attached-files/FEMs-dossier-de-presentation-light.pdf (p. 23).</div><div>12&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://angela-d.be/assets/attached-files/FEMs-dossier-de-presentation-light.pdf">FEMs-dossier-de-presentation-light.pdf</a> (p. 2)</div><div>13&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://angela-d.be/assets/attached-files/FEMs-dossier-de-presentation-light.pdf">FEMs-dossier-de-presentation-light.pdf</a> (p. 20)</div><div>14&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://angela-d.be/assets/attached-files/FEMs-dossier-de-presentation-light.pdf">FEMs-dossier-de-presentation-light.pdf</a> (p. 19)</div><div>15&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Sources : LAURENT, Véronique, <em>Des béguinages à l’architecture féministe</em> dans <em>Axelle</em>, n°218, avril 2019 (disponible sur <a href="https://www.axellemag.be/beguinages-architecture-feministe/">Des béguinages à l&rsquo;architecture féministe &#8211; Axelle Mag</a>) et <a href="https://angela-d.be/assets/attached-files/FEMs-dossier-de-presentation-light.pdf">FEMs-dossier-de-presentation-light.pdf</a></div><div>16&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ce projet prend place au cœur d’un système d’habitats groupés plus vaste, Calico (Care and Living in Community) qui regroupe 34 appartements gérés par plusieurs associations dont Pass-ages, Angela D.&nbsp; ainsi que le CPAS de Forest. Ce projet avait déjà été évoqué dans notre précédente étude sur le logement À bout de souffle. Parcours d’obstacles pour un droit au logement, p. 51-52 (voir https://vivre-ensemble.be/publication/etude-2023-2/).</div><div>17&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Zinneke, le social-santé à Bruxelles, printemps-été 2025, p. 25.</div><div>18&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem.</div><div>19&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;D’un point de vue législatif, la cohabitation est liée à plusieurs conditions sine qua non&nbsp;; une vie sous un même toit (partage d’espaces), une mise en commun des ressources (partage de frais, tâches domestiques) et un projet commun (voir ADLER, Clara et BRAET, Laurence, Habitats groupés, solidaires, colocations et autres modèles d’habitation sont en pleine expansion&nbsp;? Existe-t-il des différences entre ces notions, ces normes d’habitat en Wallonie et à Bruxelles, Analyse, Habitat et participation asbl, 2023, p. 9.)</div><div>20&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;ADLER, Clara et BRAET, op. cit., p. 9.</div><div>21&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir la plateforme https://www.stop-statut-cohabitant.be/</div><div>22&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir https://www.rtbf.be/article/le-durcissement-du-statut-de-cohabitant-entrera-en-vigueur-le-1er-mars-11665646</div><div>23&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;ADLER, Clara et BRAET, op. cit., p. 8.</div><div>24&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir https://www.calliege.be/salut-fraternite/121/suppression-du-statut-de-cohabitant%C2%B7e-une-longue-lutte-prete-a-enfin-aboutir/</div><div>25&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La coalition Vivaldi fait référence au gouvernement fédéral De Croo (2020-2025).</div><div>26&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir https://www.stop-statut-cohabitant.be/pourquoi-alors-que-pratiquement-tous-les-partis-lavaient-promis-avant-les-elections-le-statut-des-cohabitants-na-toujours-pas-ete-revu/</div><div>27&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir https://www.rtbf.be/article/le-durcissement-du-statut-de-cohabitant-entrera-en-vigueur-le-1er-mars-11665646</div><div>28&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem.</div><div>29&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem.</div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La culture, un droit … Pour toutes et tous&#8239;?</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/recherche-participative-2026/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 18:12:37 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://vivre-ensemble.be/?post_type=publication&#038;p=40721</guid>

					<description><![CDATA[Étendre l’accès aux droits culturels pour renforcer l’humain]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="titre-trois">Cette recherche participative explore comment la précarité limite l’accès à la culture, qu’il s’agisse de pratiques institutionnelles ou de plaisirs simples du quotidien. Elle interroge ce que “culture” veut dire réellement et rappelle qu’elle devrait être accessible à toutes et tous. L’étude met en lumière les obstacles rencontrés et les initiatives – publiques et citoyennes – qui favorisent le droit à la culture pour les personnes en situation de précarité.</p>



<p>Une recherche participative avec Orane Caryn, Claire Delaive, Céline Laffineur, Liliane Lebon, Marie-Christine Lothier, Isabelle Roger, Isabelle Seny, Marie-France Tierny et Noémie Winandy.</p>



<p></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Juste Terre&#8239;! n°227</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/juste-terre-n227/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 29 Jan 2026 15:43:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Benoît et Michel]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://vivre-ensemble.be/?post_type=publication&#038;p=40683</guid>

					<description><![CDATA[Quand l'innovation sociale naît de l'expérience vécue]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Benoît Lecocq bouleverse nos certitudes. Ancien SDF devenu acteur du changement, il pose un diagnostic sans appel : «&nbsp;<em>On ne résout pas le problème de la précarité en distribuant des tartines. La solution, c&rsquo;est un toit, une clé et un suivi régulier, voire quotidien.</em>&nbsp;» Cette affirmation, née de cinq années d&rsquo;errance, fonde une approche radicalement différente : le logement d&rsquo;abord.&nbsp;</p>



<p>Plutôt que d&rsquo;attendre qu&rsquo;une personne soit « prête » pour accéder à un logement,&nbsp;Benoît et Michel&nbsp;inversent la logique : ils offrent d&#8217;emblée un toit, puis accompagnent jour après jour.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>L&rsquo;innovation ne s&rsquo;arrête pas là. En ouvrant leur propre maison, en partageant leur quotidien, Benoît et Michel abolissent la frontière entre aidants et aidés. Cette horizontalité, cette fraternité incarnée, redonne aux personnes exclues ce que la rue leur a volé : la dignité d&rsquo;être reconnu comme un pair, un égal.&nbsp;</p>



<p>À Waremme,&nbsp;le projet&nbsp;Tous à Table&nbsp;des&nbsp;Équipes d’Entraide&nbsp;opère&nbsp;une mutation similaire dans le champ de l&rsquo;aide alimentaire. Ici aussi, on refuse la logique du simple colis. Potagers communautaires, ateliers cuisine, circuits avec les producteurs locaux, triporteurs solidaires : chaque dispositif transforme les bénéficiaires en acteurs.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Ces deux projets partagent une philosophie commune : sortir de l&rsquo;urgence pour construire du durable, transformer l&rsquo;assistanat en accompagnement, restaurer le pouvoir d&rsquo;agir. Ils reposent aussi sur des partenariats audacieux qui décloisonnent les institutions. Benoît et Michel s&rsquo;appuient sur leurs bénévoles,&nbsp;Tous à Table fédère CPAS, associations, centre culturel et agriculteurs. Cette intelligence collective prouve que les réponses les plus efficaces émergent de la coopération.&nbsp;</p>



<p>Face aux coupes budgétaires qui ravagent le secteur associatif&nbsp;&#8211;&nbsp;suppression du Plan grand froid, diminution des subventions, baisse de la déduction fiscale&nbsp;-, ces initiatives tracent une voie d&rsquo;espérance. Elles démontrent qu&rsquo;avec créativité, engagement et une confiance radicale en la capacité des&nbsp;personnes&nbsp;appauvries à&nbsp;être actrices&nbsp;de changement, on peut bâtir une société plus juste.&nbsp;</p>


<div class="titre-remplacement contenu150">
  <div class="m-0 ">
    <h2 class=" p-0 m-0 text-center h1 pt-5 mb-2"></h2>


  </div>
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<article id="post-40698" class="col-12 col-sm-6 col-md-4 color-black p-3 mb-0  post-40698 post type-post status-publish format-standard has-post-thumbnail hentry category-tous-a-table-equipe-dentraide tag-jt227 regions-province-de-liege">
		<a href="https://vivre-ensemble.be/a-waremme-tous-a-table-apres-la-recolte/" class="linkresume lienblock backgroundwhite pb-3 h-100">
						<div class="image-productionsseize w-100 mb-3" title="À Waremme, Tous à Table… après la récolte ! " style="background-image:url('https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2026/01/Equipes-d_Entraide-Waremme.jpg')">
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						<span class="tags regions border-raduis-20 color-vert bordergreenlight pl-2 pr-2 mr-1 mb-2 d-inline-block">Province de Liège</span>
				<h2 class="entry-title h4 m-0 pb-1 color-bleuvert">À Waremme, Tous à Table… après la récolte ! </h2>
				<div class="entry-meta">

															<div class="mt-2 text-uppercase background-vertfonce color-white datealaunehome">
									<span class="posted-on"><time class="entry-date published" datetime="06 Fév. 2026">06 Fév. 2026</time></span>								</div>

										<!-- Is event recurring or a single event -->

					






				</div><!-- .entry-meta -->









	</header><!-- .entry-header -->


	<div class="entry-summary pl-2 pr-2">
		Un potager communautaire, des triporteurs solidaires, des ateliers cuisine, un réseau de producteurs locaux… À Waremme, en province de Liège, le projet Tous [&hellip;]		

<!--
		<div class="mt-2"> <span class="tags categories color-vert pl-0 pr-0 mr-1 mb-0 d-inline-block">
				 #jt227			 </span></div>
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<article id="post-40686" class="col-12 col-sm-6 col-md-4 color-black p-3 mb-0  post-40686 post type-post status-publish format-standard has-post-thumbnail hentry category-benoit-et-michel tag-jt227 regions-province-de-liege thematiques-accompagnement thematiques-sans-abri">
		<a href="https://vivre-ensemble.be/cinq-minutes-pour-tomber-au-bas-de-lechelle-des-annees-pour-remonter/" class="linkresume lienblock backgroundwhite pb-3 h-100">
						<div class="image-productionsseize w-100 mb-3" title="Cinq minutes pour tomber au bas de l’échelle, des années pour remonter" style="background-image:url('https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2026/01/BenoitetMichel-Jordan_DominiqueServais.jpg')">
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						<span class="tags regions border-raduis-20 color-vert bordergreenlight pl-2 pr-2 mr-1 mb-2 d-inline-block">Province de Liège</span>
				<h2 class="entry-title h4 m-0 pb-1 color-bleuvert">Cinq minutes pour tomber au bas de l’échelle, des années pour remonter</h2>
				<div class="entry-meta">

															<div class="mt-2 text-uppercase background-vertfonce color-white datealaunehome">
									<span class="posted-on"><time class="entry-date published" datetime="02 Fév. 2026">02 Fév. 2026</time></span>								</div>

										<!-- Is event recurring or a single event -->

					






				</div><!-- .entry-meta -->









	</header><!-- .entry-header -->


	<div class="entry-summary pl-2 pr-2">
		Soutenue par une dizaine de bénévoles, l’association liégeoise Benoît et Michel s’efforce de redonner une vie digne aux personnes qui ont tout perdu.		

<!--
		<div class="mt-2"> <span class="tags categories color-vert pl-0 pr-0 mr-1 mb-0 d-inline-block">
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	</div><!-- .entry-summary -->



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           </div>
    


</div>
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			</item>
		<item>
		<title>Juste Terre ! n°226</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/juste-terre-n226/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 16 Jan 2026 10:17:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://vivre-ensemble.be/publication/juste-terre-n226/</guid>

					<description><![CDATA[Palestine : un peuple en résistance]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>En ce début d’année 2026, alors que nous vous adressons nos meilleurs vœux, nous souhaitons partager avec vous une dimension essentielle de notre engagement : notre nouveau programme en Israël et Palestine.</p>



<p>Depuis 2020, Entraide et Fraternité accompagne dans cette région des organisations locales qui œuvrent pour une paix juste et durable. Dans un contexte marqué par l’occupation, les violences et la dépossession des terres, nos partenaires incarnent une résistance pacifique et constructive.</p>



<p>À Yabrud, près de Ramallah, des femmes cultivent le thym malgré les attaques répétées des colons. Chaque plant devient un acte de résistance, chaque récolte une victoire sur l’adversité. Dans le Néguev, des jeunes palestiniens ont ouvert un centre qui leur permet de se réapproprier leur identité et de bâtir leur avenir collectivement.</p>



<p>Ces initiatives nous rappellent que même dans l’obscurité, des aubes nouvelles sont possibles. Elles naissent de la détermination de femmes et d’hommes qui refusent la fatalité, qui transforment la terre en outil d’émancipation et qui construisent, pierre après pierre, les fondations d’une société plus juste.</p>



<p>En soutenant ces projets, nous nous inscrivons dans la solidarité internationale avec le peuple palestinien. Face à l’occupation, nous croyons en la force de celles et ceux qui résistent sur le terrain. Ensemble, nous n’abandonnons pas l’idée que le droit international et la justice puissent façonner le monde de demain. Bonne année à toutes et tous, et infiniment merci de votre soutien indéfectible</p>


<div class="titre-remplacement contenu150">
  <div class="m-0 ">
    <h2 class=" p-0 m-0 text-center h1 pt-5 mb-2"></h2>


  </div>
  <div class="row">

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]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Les institutions. Pavées de bonnes intentions ?</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2025-18/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Dec 2025 15:03:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[jt227]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://vivre-ensemble.be/?post_type=publication&#038;p=40608</guid>

					<description><![CDATA[ONEM, Forem, CPAS, CAPAC, SPF pensions, institutions d’aide à la jeunesse, associations, mais aussi fondations, coopératives, Églises, etc. ont toutes pour objectif de répondre à une demande, un besoin, une aspiration, voire un idéal. Or, dans bien des cas ça coince.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="titre-trois">ONEM, Forem, CPAS, CAPAC, SPF pensions, institutions d’aide à la jeunesse, associations, mais aussi fondations, coopératives, Églises, etc. sont des institutions mises en place par des autorités publiques ou par des citoyen·nes. Elles ont toutes pour objectif de répondre à une demande, un besoin, une aspiration, voire un idéal. Or, dans bien des cas (pour ne pas dire systématiquement), dans le concret de la réponse apportée par les institutions, ça coince.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«&nbsp;<em>Les institutions existent pour rendre possible une vie bonne dans une société juste</em>&nbsp;»</p>
<cite>Paul Ricoeur</cite></blockquote>



<p>Règles figées, humiliations, exclusions, bureaucratie, abus de pouvoir, opacité, voire corruption… : « <em>elles produisent des effets opposés, parfois jusqu’à se retourner contre ceux et celles qui agissent ou qui bénéficient de l’action menée dans une institution</em> », précise Bernard Van Meenen dans l’introduction de la journée qui a inspiré cette analyse, intitulée “L’ambivalence des institutions”.<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup></p>



<p>Voyons quelques exemples concrets&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Le CPAS</strong>, « dernier filet » censé assurer des conditions de vie digne aux personnes qui n’ont pas accès à d’autres assurances sociales (chômage, invalidité…), porte atteinte à cette dignité en obligeant les bénéficiaires à sans cesse « se déshabiller », dévoiler leur vie privée (avec qui ils vivent, ce qu’ils dépensent, quelle est la situation financière de leurs proches) pour prouver qu’ils sont assez pauvres pour recevoir de l’aide. Bien sûr, il faut s’assurer que les fonds publics sont attribués à bon escient, <strong>mais cette vérification est source d’humiliation</strong>, qui s’ajoute à celle d’être pauvre et de devoir appeler à l’aide<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup>.</li>



<li><strong>Telle épicerie sociale</strong> a ses propres critères pour admettre les bénéficiaires, critères qui sont différents de ceux du CPAS. <strong>Deux enquêtes sociales au lieu d’une</strong>, une source de gêne supplémentaire pour les personnes qui s’adressent à cette association.</li>



<li>Parfois, les institutions et leurs règles respectives provoquent des rivalités entre les personnes exclues : c’était le cas à La Rochelle, association active à Roux, dans la banlieue de Charleroi. Parmi d’autres activités, l’association recevait et distribuait de l’aide alimentaire financée par l’Union européenne. Dans la même file, il y avait donc des personnes, toutes pauvres, dont certaines avaient droit à tel colis parce que bénéficiaires du Revenu d’intégration sociale, par exemple, et d’autres non, alors qu’elles étaient sans emploi, surendettées et tout autant dans le besoin. En effet, les critères d’accès aux banques alimentaires ne sont pas les mêmes que ceux de l’aide de l’UE. L’association a choisi de résoudre le problème en renonçant à l’aide européenne (souvent constituée de plats préparés de faible qualité nutritionnelle) et de renforcer l’apport de son jardin partagé dans l’aide proposée aux membres.<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup></li>
</ul>



<h2 class="wp-block-heading">L’institution&nbsp;: une intention et une réponse concrète</h2>



<p>Pour expliquer ce paradoxe, Jean-Michel Longneaux, philosophe et enseignant à l’UNamur, parle de <strong>«&nbsp;l’ambivalence des institutions&nbsp;»</strong>. <strong>Une institution</strong>, explique-t-il, <strong>est toujours composée d’un <em>instituant</em> et d’un <em>institué</em>.</strong></p>



<p><strong>L’instituant,</strong> c’est l’intention, le désir, le besoin, l’aspiration, le projet, le constat d’un problème ou d’un manque et la volonté de le résoudre ou d’y remédier. Par exemple&nbsp;: lutter contre la pauvreté, organiser des circuits courts alimentaires, créer du lien social dans un village ou une commune, répondre à une aspiration spirituelle… <strong>L’instituant est subjectif</strong>, il vient du ou des sujets qui l’expriment.</p>



<p><strong>L’institué</strong>, <strong>c’est la réponse concrète</strong>, une façon de faire, qui s’inscrit dans la réalité&nbsp;: comment fait-on, quelles structures et quelles procédures met-on en place, quelles règles fixe-t-on, quelle gouvernance, quels rôles&nbsp;? <strong>L’institué est figé</strong>, c’est une réponse que l’on choisit parmi d’autres. En d’autres termes – ceux de Jean-Michel Longneaux &#8211;&nbsp;: «&nbsp;<em>La question est ouverte, mais la réponse est une manière singulière de le faire</em>.&nbsp;» Ainsi, on va fonder une asbl, une coopérative, une Église, créer un service public, etc.</p>



<p><strong>L’instituant et l’institué sont donc les deux faces d’une même pièce&nbsp;: l’institution.</strong> Pour que l’institution soit durable et qu’elle continue à répondre à la question, au problème, au besoin qui l’a suscitée, instituant et institué doivent rester perméables, l’institué doit être adaptable et non figé. <strong>Le projet et sa concrétisation doivent rester constamment en tension et cela peut être inconfortable</strong>&nbsp;de régulièrement questionner nos structures et les adapter&nbsp;; d’où le risque de céder à l’un ou l’autre travers.</p>



<p><strong>Le premier travers</strong> serait de <strong>refuser toute forme d’institution</strong> (organisation, groupe, règles, rites)&nbsp;: la personne s’isole et son projet, son désir risque bien de ne jamais se réaliser.</p>



<p>Inversement, <strong>le second travers</strong> serait qu’une institution se fige sur elle-même, déclare <strong>que la solution</strong> qu’elle incarne est la seule possible, existe pour elle-même et <strong>se coupe de l’instituant</strong>, du souffle, de l’intention qui l’a suscitée. On tombe alors dans le dogmatisme, dans une pensée morte qui exclut toute façon de penser ou de faire différente.</p>



<p>Un exemple parmi d’autres dans l’histoire&nbsp;: la Réforme de Jean Calvin, au XVI<sup>e </sup>s., qui voulait répondre aux dérives de la papauté et du catholicisme, élitistes et fastueux, pour y opposer la sobriété et la liberté individuelle avec le droit, par exemple, d’accéder aux textes sacrés en langue vernaculaire et non en latin. À force de se croire seul détenteur de la vraie religion, le calvinisme est devenu un véritable système totalitaire qui n’hésitait pas à exécuter les «&nbsp;hérétiques&nbsp;» et même les esprits critiques en son sein même<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup>.</p>



<p>Plus près de nous, les tabous de l’Église catholique, comme le célibat des prêtres ou la place secondaire des femmes dans l’Église sont des «&nbsp;institués&nbsp;» figés, comme fossilisés, établis à un moment de l’Histoire, qui finissent par se couper de l’&nbsp;«&nbsp;instituant&nbsp;», le souffle, l’inspiration première, au risque de mettre en danger l’institution (pénurie de prêtres, désaffection des fidèles face à une Église qui leur semble sclérosée).<br></p>



<h2 class="wp-block-heading">L’exemple du statut cohabitant</h2>



<div class="wp-block-columns red-message is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<h2 class="wp-block-heading">Le statut cohabitant</h2>



<p>D’abord appliqué pour les bénéficiaires de l’aide sociale via les CPAS (1974), le statut de cohabitant est introduit ensuite dans le calcul des indemnités de chômage (1980) et des indemnités de maladie-invalidité (1991). Le principe est le suivant : attribuer des allocations de sécurité sociale différentes selon que l’allocataire soit chef de ménage, isolé ou cohabitant4 ; le cohabitant ou la cohabitante sans charge de famille percevant une allocation moindre que la personne isolée. Au fondement de cette réglementation, on trouve la volonté de réduire les dépenses de sécurité sociale. Il est alors considéré que deux adultes qui vivent sous le même toit ont moins de frais que deux personnes qui vivent seules. »</p>



<p>Source<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup></p>
</div>
</div>



<p>Et dans le domaine social&nbsp;? Prenons le cas du statut cohabitant, mis en place dans les années 70 et 80, dans un contexte d’austérité budgétaire. L’instituant était donc, dans le chef du gouvernement, la nécessité de diminuer les dépenses sociales. Le postulat était que deux personnes qui vivent ensemble ont moins de frais que deux personnes qui vivent isolément&nbsp;: loyer, chauffage, électricité, etc. Il s’agissait principalement, à l’époque, de femmes dont le mari soit travaillait, soit bénéficiait d’une allocation.. Même s’il était injuste, cet «&nbsp;institué&nbsp;» correspondait à l’intention et à la réalité sociologique de l’époque.</p>



<p>Or, depuis lors, les modes d’habitat ont évolué, souvent par nécessité, parfois par choix. Une personne bénéficiant d’allocations de chômage peut décider d’héberger un ami émargeant au CPAS&nbsp;; un·e jeune vivant de l’allocation d’insertion n’a d’autre choix que de rejoindre une colocation&nbsp;; des parents peuvent accueillir chez eux leur enfant qui bénéficie du RIS ou leur(s) parent(s) âgé(s) bénéficiant de la GRAPA<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup>… Toutes ces personnes sont sanctionnées par ce statut cohabitant et voient leurs revenus fortement rabotés, ce qui compromet leurs chances d’insertion et d’émancipation. Une autre conséquence délétère de ce statut cohabitant est de pénaliser la solidarité, pourtant essentielle dans le contexte de délitement des acquis sociaux que nous traversons.</p>



<p>Prenons le cas du jeune adulte qui vit chez ses parents et perçoit le RIS ou l’allocation d’insertion au taux cohabitant (soit 634,14€ bruts/mois s’il a plus de 18 ans). Comment, avec cette somme, peut-il envisager d’être autonome, de trouver un logement et de passer son permis de conduire, si ses parents n’ont pas les moyens suffisants pour l’aider financièrement&nbsp;? Ou d’un autre qui vit en colocation et voit tout-à-coup son allocation plus que divisée par deux parce qu’un autre colocataire vient de s’installer et de se domicilier à la même adresse&nbsp;?</p>



<p>Dans cet exemple, l’institué n’est plus pertinent car le contexte et les pratiques ont changé. Pourtant, le statut cohabitant existe toujours et la norme en est toujours le modèle conjugal. Pour preuve : le terme utilisé par l’ONEM dans le cas des « cohabitants privilégiés » qui ont droit à une allocation de cohabitant un peu plus élevée : ce taux est appliqué quand « <em>le chômeur et le conjoint bénéficient uniquement de revenus de remplacement</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup>.</p>



<p>Ces dernières années, «&nbsp;l’institué&nbsp;» a quand même évolué quelque peu et des exceptions sont admises. Elles ne sont cependant pas toujours automatiques et créent de mauvaises surprises&nbsp;: allocation non payée et rectification par la suite, à la demande de l’allocataire. Mais comment faire alors pour payer son loyer dans les temps ?<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup></p>



<p>Les associations sont, elles aussi, tenues de s’adapter pour assurer leur pérennité et rester fidèles à leurs missions, à leur&nbsp;«&nbsp;instituant&nbsp;». Action Vivre Ensemble, par exemple, est née en 1971 et fonctionnait sur le mode autogestionnaire&nbsp;: une petite équipe où l’on parlait de «&nbsp;coordination&nbsp;» plutôt que de «&nbsp;direction&nbsp;», où l’on changeait facilement de fonction, etc. Dans les années 90, quand l’association a commencé à bénéficier de financements publics, l’autogestion s’est avérée inadaptée aux contraintes des bailleurs et l’organisation est passée en mode «&nbsp;cogestion&nbsp;».&nbsp; Dans les années 2000, le contexte de la récolte de fonds privés et les exigences croissantes des bailleurs publics ont amené l’association à adopter une structure hiérarchique quoique toujours participative, en définissant mieux les responsabilités et les modes de décision.</p>



<p>Bien sûr, cela ne s’est pas fait sans peine, et plusieurs personnes ont quitté l’organisation, ne se sentant plus en accord avec ce nouveau fonctionnement&nbsp;; des tensions ont agité l’équipe. Au bout du compte, même transformée, et <em>parce que</em> transformée, Entraide et Fraternité a pu assurer sa pérennité et préserver son «&nbsp;instituant&nbsp;», à savoir la vision et l’inspiration qui ont présidé à sa création.</p>



<p>Nous pouvons ici évoquer le biologiste Oliver Hamant et son ouvrage «&nbsp;La troisième voie du vivant&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup>.&nbsp; Selon lui, l’un des caractères de la résilience est l’adaptabilité (avec la robustesse et la capacité de se transformer)&nbsp;: «&nbsp;<em>Un système est adaptable quand il est capable d’ajuster ses réponses tout en maintenant ses principales fonctions</em>&nbsp;». <strong>En d’autres termes, on pourrait dire que la pertinence d’une institution (et sa pérennité) tient à sa capacité à adapter son institué tout en restant fidèle à son instituant.</strong></p>



<div class="wp-block-columns red-message is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<p class="titre-trois"><a>On l’a dit&nbsp;: <strong>les institutions sont des réponses à des questions, des besoins, des manques, des aspirations</strong>. Au niveau d’une société, <strong>elles sont donc indispensables dans la mesure où elles organisent, réglementent, garantissent la réponse aux besoins des citoyen·nes</strong>. Ce n’est pas pour rien que certaines d’entre elles sont <strong>«&nbsp;sacralisées&nbsp;»</strong>&nbsp;: en cas de conflit armé, <strong>on ne s’attaque pas à une école, à un hôpital, à un bâtiment religieux</strong>. <strong>Enfreindre cet interdit</strong>, comme c’est le cas dans les territoires occupés en Palestine, c’est s’attaquer à <strong>l’Humanité même, à ce qui rend une société humaine</strong>&nbsp;: l’innocence de l’enfance et l’être humain en devenir, l’humain blessé, vulnérable et le soin qui lui est dû et, enfin, l’aspiration de l’humain à une relation de transcendance.</a></p>
</div>
</div>



<p>Selon Jean-Michel Longneaux, «&nbsp;<em>la mission d’une institution [est donc] d’offrir un lieu où l’on peut échapper à la violence du monde et, par la relation, se reconstruire comme sujet</em>&nbsp;»&nbsp;.</p>



<p>Dans cette perspective, <strong>les institutions que sont les associations de lutte contre la pauvreté sont également des lieux où les personnes isolées par la pauvreté, sans chez-soi, sans liens affectifs ou sociaux peuvent à nouveau exister aux yeux des autres, se sentir en sécurité et se reconstruire en tant que sujets par la relation avec les autres bénéficiaires et le personnel d’encadrement. </strong>Elles représentent le dernier lieu de sauvegarde de l’humanité, quand les institutions publiques y ont échoué en raison d’un «&nbsp;institué&nbsp;» trop rigide, trop complexe ou insuffisamment financé.</p>



<p><strong>C’est pour cette raison que les coupes opérées actuellement dans le secteur social et associatif – baisse de la déduction fiscale pour les dons, diminution des subventions, suppression du budget fédéral pour le «&nbsp;Plan grand froid&nbsp;» et de la subvention aux CPAS pour la Participation et l’Activation Sociale (Fonds PAS), etc. – sont gravissimes&nbsp;: elles portent atteinte à la possibilité, pour des milliers de personnes, de se sentir exister, de compter parmi les humains, tout simplement.</strong></p>



<p>Et, au regard de la citation d’ouverture («&nbsp;Les institutions existent pour rendre possible une vie bonne dans une société juste&nbsp;»), que dire d’un État qui s’attaque frontalement à ses propres institutions&nbsp;: assurance chômage, CPAS, culture, enseignement, Sénat… et aux associations qui tentent d’en combler les manquements&nbsp;?&nbsp;</p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;L’ambivalence des institutions. Marcher sur des chemins non-tracés, 22 novembre 2025, Erpent. Journée annuelle de “La théologie par les pieds”, coorganisée par Action Vivre Ensemble, le CEFOC et le journal “L’Appel” notamment. Voir <a href="https://latheologieparlespieds.be/">latheologieparlespieds.be</a></div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir l’analyse d’Action Vivre Ensemble, Pauvreté et humiliation : vers une société de la reconnaissance ?, 2024. Disponible sur <a href="https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2024-16/">vivre-ensemble.be</a></div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir l’analyse d’Action Vivre Ensemble, De la lasagne industrielle à la soupe du jardin, 2023. Disponible sur <a href="https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2023-04/">vivre-ensemble.be</a></div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Lire&nbsp;Conscience contre violence de Stefan Zweig (1936), disponible en Livre de Poche.</div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Analyse Statut cohabitant : à quand la fin ?, Action Vivre Ensemble, 2022. Disponible sur <a href="https://vivre-ensemble.be/publication/analyse-2022-01/">vivre-ensemble.be</a></div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Garantie de revenus aux personnes âgées</div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.onem.be/documentation/montants/allocation-d-insertion">onem.be</a></div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Dans ce cas vécu, l’ONEM pouvant verser l’allocation dans les 10 premiers jours du mois, une réclamation ne peut être introduite avant. Le temps que la situation se régularise, cela fait presque 2 semaines sans aucun revenu.</div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;HAMANT, Olivier, La troisième voie du vivant, éd. Odile Jacob, Paris, 2022.</div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Stagiaires dans les métiers du soin &#8211; De l’idéal à la désillusion&#8239;?</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2025-17/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 11 Dec 2025 14:48:58 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Cette analyse explore les liens entre la désertion des études dans les domaines sociaux et les contextes politiques, managériaux et genrés dans lesquels se développent l'épuisement professionnel et la souffrance éthique de nombreux professionnels et stagiaires. ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="titre-trois">Cette analyse explore les liens entre la désertion des études dans les domaines sociaux (santé, sciences sociales, éducation, etc.) et les contextes politiques, managériaux et genrés dans lesquels se développent l&rsquo;épuisement professionnel et la souffrance éthique de nombreux professionnels et stagiaires. Elle explore les vécus d’étudiants infirmiers durant leurs stages et les tensions qui traversent les professions soignantes. Y sont constatées des mises en marge, des exclusions et l’invisibilisation de multiples acteurs considérés comme subalternes. À partir de l’éthique du ‘<em>prendre soin’,</em> le texte interroge les conséquences des priorités politiques visant la rentabilité et la diminution des coûts des métiers centrés sur l’humain. Il soulève des questions sociales, pédagogiques et managériales à résoudre pour améliorer l’attractivité des formations et des professions en lien avec la santé, les domaines du social et de l’éducation, piliers de nos démocraties et de justice sociale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Introduction</h2>



<p>Près de 99,8% des étudiant·es en soins infirmiers affirment avoir été victimes et/ou témoins de violence lors de leurs stages<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup>. Ce chiffre est vertigineux et est un des résultats de la lecture de centaines de récits récoltés entre 2010 et 2024, dans lesquels des étudiant·es de Wallonie et de Bruxelles relatent leurs vécus en stages. Ces témoignages montrent aussi que leurs désillusions sur leur future profession arrivent rapidement. Près de la moitié rapporte avoir mal vécu la première expérience de stage. Or, cette période est conçue comme une découverte pratique du métier et est un test sur le bien-fondé de ce choix d’études.  Ces vécus font écho à ceux rapportés par de nombreux autres étudiant·es issus des domaines sociaux, éducatifs ou de santé. Cette maltraitance des jeunes qui entreprennent des études en lien avec le social s’inscrit dans un contexte global morose des secteurs concernés. La pénurie d’acteurs sociaux, d’infirmières, de médecins, d’enseignant·es ou d’éducateur·ices est devenue telle que, suite aux maladies et aux incapacités de travail, mais aussi aux démissions, à l’absence de candidat·es, certains secteurs n’arrivent plus à mener à bien leur mission. Dans de nombreux hôpitaux, des unités de soins ont dû fermer leurs portes ; dans les écoles, les élèves se retrouvent souvent avec des heures d’études à la place des cours, faute d’enseignant ; dans les CPAS, le <em>turn-over</em> des assistantes sociales est souvent tel que le suivi des dossiers est compliqué. La liste des conséquences du manque de professionnels (para)médico-socio-éducatifs est trop longue pour être évoquée ici et ce n’est pas le sujet principal de cette réflexion. Nous nous contenterons d’envisager quelques-unes des causes de ce manque de professionnels de terrain à partir des protagonistes peu visibles et pourtant particulièrement importants dans cette situation de pénurie : les étudiant·es. Nous tenterons de saisir, au-delà des faits, les messages qu’ils nous envoient, leurs attentes et leurs espoirs.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le stage : apprentissage ou remplacement de personel ?</h2>



<p>Depuis les années 1990, les formations aux métiers du social, de la santé et de l’éducation sont confrontées à de nouveaux défis. La définition même des tâches quotidiennes ou des habitudes changent de manière imprévisible et trop rapidement pour se solidifier dans des routines<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup>.Alors qu’ils vivent dans ce contexte changeant et incertain, les étudiant·es doivent aussi réaliser leurs stages dans une situation toujours plus aigüe de pénurie de personnel et sont confronté·es à des impératifs, des habitudes, des hiérarchies et des rigidités de pratiques qui les dépassent. Ces élèves sont trop fréquemment considéré·es comme des ‘ressources humaines’ indispensables à la réalisation, dans un temps donné, du planning des tâches des équipes professionnelles<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup>. Leurprésence allège la charge de travail des professionnels et participe au fonctionnement des institutions sociales, éducatives et médicales prises dans des logiques de rentabilité et de marchandisation<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup>.La place qui leur est attribuée n’est plus celled’apprenant·es surnuméraires qui doivent être accompagné·es et supervisé·es par un·e professionnel·le. Aujourd’hui, leur place est celle d’exécutant·es au service de l’équipe professionnelle sans pour autant être reconnu·es comme faisant partie de cette équipe. Ainsi, ces étudiant·es se retrouvent souvent devant le fait accompli de devoir remplacer du personnel absent, parfois en telle surcharge qu’ils sont dans l’impossibilité d’accompagner ou de soigner correctement les personnes dont ils ont la charge. De façon pragmatique, les professionnel·les les relèguent souvent dans des tâches dites ‘<em>de petites mains’</em> possibles à réaliser de manière autonome. Ce travail souvent répétitif et peu enthousiasmant est considéré par les professionnel·les comme peu intéressant<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup>. La désillusion des stagiaires est grande :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p><em> « Ce n’est pas le métier tel que je l’imaginais, pas du tout ! Je pensais que j’allais pouvoir intégrer une équipe, accompagner des personnes malades, prendre le temps pour qu’elles puissent se sentir mieux. Mais ce qui m’est demandé c’est d’enchaîner les soins. Lors de mon premier stage, le deuxième jour, on m’a donné une liste de 10 toilettes à faire et personne ne m’a demandé si j’avais déjà fait une toilette seule, si j’avais besoin d’aide, si j’avais des questions. En milieu de matinée, quand les infirmières et les aides-soignantes prenaient leur pause, je devais rester dans le couloir pour répondre aux sonnettes » </em></p>
<cite>Marwa, étudiante en première année en soins infirmiers.</cite></blockquote>



<p>Les réflexions des étudiant·es sur leurs vécus en stage soulèvent des questions éthiques et politiques. Dans de nombreux lieux, leur façon d’envisager leur futur métier, le plus souvent ancré dans la sollicitude, le ‘<em>prendre soin</em><em>’</em>, comme priorité et sens, a peu de place. Leur éthique du respect, de la dignité et du bien-être des personnes qu’ils accompagnent s’en trouve bousculée.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des professions entre rêve et réalité</h2>



<p>Ces désillusions sur le travail quotidien amènent certain·es stagiaires à arrêter leurs études. En effet, ce qu’ils expérimentent est aux antipodes de leurs attentes : faire partie d’une équipe bienveillante unie pour le bien des bénéficiaires.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« <em>Toutes mes années d&rsquo;études et périodes de stages étaient remises en question, ce métier qui m’avait tant fait rêver quand j&rsquo;étais petite était devenu pour moi un vrai calvaire »</em>  </p>
<cite>Sarah, étudiante en troisième année infirmier.</cite></blockquote>



<p>Il serait erroné de croire qu’il s’agit d’un choc dû à la naïveté de la jeunesse. Le rêve dont il s’agit est social, relationnel et éthique. Il est partagé par de nombreux diplômé·es qui se plaignent aussi de cette situation. Il s’inscrit dans la sémantique du mot ‘<em>accompagnement’</em> qui, comme l’explique l’ethnopsychiatre Jean Furtos, signifie partager « <em>une réalité substantielle qui nourrit autant celui qui donne que celui qui reçoit. C’est un partage vital</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup>. Apprendre à accompagner devrait être intrinsèquement lié à une formation  bienveillante par des enseignant·es soucieux·ses de partager leurs savoirs.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des stagiaires mis à l’écart</h2>



<p>Le sentiment exprimé par les stagiaires est souvent celui de se sentir extérieur à l’équipe, ignorés et seuls dans leur apprentissage, comme si la mention ‘<em>étudiant’</em> les rendait invisibles. Les stagiaires et le sens de leur stage (apprendre, réaliser des actes techniques, exercer des responsabilités) sont perçus comme un frein par le personnel hospitalier qui n’a ni le temps ni la force mentale de s’en occuper. Dans un cadre de surcharge et de fatigue chroniques, les équipes censées les accueillir se posent souvent la question de savoir comment les occuper. Car, se disent-elles, «&nbsp;<em>à quoi bon perdre du temps et de l’énergie pour les former puisqu’elles et ils vont partir et qu’in fine, nous ne profiterons pas de cet investissement ?</em>&nbsp;» Ces équipes sont déjà en difficulté face aux patients qu’ils n’arrivent pas à soigner correctement, faute de temps. La solution est alors toute trouvée&nbsp;: utiliser les étudiant·es comme main-d’œuvre à tout faire avec pour résultat délétère, une mise à distance de ces futur·es praticien·nes.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p><em>« Il y avait beaucoup de tensions dans le service où je me trouvais, en plus du manque d’organisation. Le travail était toujours bâclé, on ne pouvait pas prendre le temps nécessaire, j’avais l’impression de maltraiter les personnes comme les professionnels me maltraitaient. J&rsquo;étais à bout, je me rendais souvent dans les toilettes, le seul endroit pour me retrouver seule et pouvoir souffler et même pleurer un bon coup parfois. Je me suis fait prendre une fois en sortant des toilettes avec les yeux rouges, je pensais peut-être recevoir un peu de soutien, mais on m’a répondu que j&rsquo;étais trop sensible et que je n&rsquo;étais pas faite pour ce métier si je n&rsquo;arrivais pas à me blinder »</em></p>
<cite>Élodie, 24 ans, étudiante en troisième année en soins infirmiers.</cite></blockquote>



<p>Les étudiants deviennent, comme ils le disent souvent, transparents. Ils rapportent entendre des propos comme « <em>moi je n’aime pas travailler avec des étudiant·es</em> » ou « <em>tu ne sais vraiment rien faire de bon</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup>. En outre, l’intersectionnalité (le croisement du statut d’étudiant avec d’autres discriminations multiples, de sexe, de classe, de race, de handicap, d’orientation sexuelle, d’origine culturelle, etc.) aggrave encore cette exclusion.</p>



<p>L’étudiant·e qui se perçoit comme invisible est d’emblée en situation compliquée pour son apprentissage<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup> : comment aller vers desprofessionnel·les, leur poser des questions, demander d’être accompagné·e lorsque le climat semble hostile ? Comment prendre le risque de crisper les professionnel·les lorsque l’on sait que ce sont eux-mêmes qui détermineront de la réussite ou non du stage ? Par peur des conséquences éventuelles de leurs plaintes, nombre de stagiaires font profil bas et se limitent dans l’expression de leurs vécus. Plutôt que mettre leur priorité sur leur apprentissage, les stagiaires tentent de contenter l’équipe soignante pour gagner un peu de place et de reconnaissance, pour obtenir, <em>in fine</em>, leur diplôme.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pourquoi les travailleurs de la santé, du social et de l’éducation <strong>‘<em>mangent-ils leurs petits</em></strong>’<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup><strong> ?</strong></h2>



<p>Pourquoi ce manque d’accueil qui décourage les stagiaires alors que les équipes ont un besoin urgent d’être complétées par des professionnel·les bien formé·es et motivé·es ? Le prisme du déni des services rendus par les stagiaires, quels qu’ils soient, peut nous aider à comprendre la complexité dans laquelle se développe leur exploitation. Les services rendus aux travailleurs sociaux, de la santé ou de l’éducation, lorsqu’ils dépassent le simple apprentissage, sont des cadeaux qui leur sont donnés par les stagiaires. Ces dons devraient, dans un contrat implicite, entraîner une reconnaissance de l’aide apportée, un remerciement, sous la forme de ce qui est le plus important pour les stagiaires : un accompagnement et un apprentissage. Ils attendent d’être formés à la réalisation d’actes techniques, à avoir une oreille attentive pour leurs observations et leurs ressentis, etc. Or, les stagiaires se heurtent souvent à la non-reconnaissance et se sentent en  marge des équipes professionnelles. La marge, c’est ce lieu où est toléré celui qui est malvenu, relégué, désingularisé, mis hors d’un système d’échange et de circulation du doN<sup class="modern-footnotes-footnote ">10</sup>. Être mis en marge, c’est subir une déshumanisation à une échelle individuellE<sup class="modern-footnotes-footnote ">11</sup>. Les mots et plus encore les attitudes non verbales marquent ce processus de marginalisation. Il se fait par la désignation des étudiant·es sous une identité unique et lisse, dépersonnalisante, insidieusement conçue comme négative, celle d’ ‘<em>étudiants encombrants’</em> radicalement ‘<em>autres’</em> que les professionnels.  Cette identité négative est lourde à porter. Par cette marginalisation, ces stagiaires deviennent redevables à l’équipe soignante qui tolère leur présence, ce qui alimente un manque de considération de leur aide, pourtant précieuse. Le déni des services rendus et leur transformation en un ‘<em>dû’</em> banalisent l’exploitation des étudiants dans des systèmes où la rentabilité ne se crée que par une accélération des rythmes de travail. Il permet la négation de leurs droits.  Pour comprendre les mécanismes qui amènent ces situations de mal-être et de frustrations des stagiaires, il est utile de se pencher sur les  vécus des étudiant·es en soins infirmiers.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Mise en marge, permis d’exploiter</h2>



<p>Le travail de soins et de services rendus à l&rsquo;équipe soignante apparaît dans leurs discours comme un don souvent ignoré ou minimisé par les professionnels. L’aide apportée par les stagiaires à l’équipe professionnelle inclut la réalisation de tâches parfois ingrates. Il s’agit de la part du travail considéré comme peu qualifié et peu valorisant : nettoyer le matériel, vider les poubelles, répondre aux sonnettes et exécuter les soins d’hygiène ainsi que l’aide à l’alimentation<sup class="modern-footnotes-footnote ">12</sup>.Ces tâches demandent de la patience et du temps et sont parfois réalisées dans des conditions psychologiquement pénibles. Elles demandent un effort physiquedans des postures parfois inconfortables, ce qui peut provoquer des douleurs, en particulier dorsales. Ce sont aussi des moments durant lesquels on peut être confronté·es aux odeurs corporelles mais aussi à la détresse des patients, qu’elle soit physique (douleurs) ou psychologique, à des demandes impossible à satisfaire ou encore à de la violence verbale ou physique. Lors de la réalisation de ces tâches, le rythme du travail ne peut être entièrement contrôlé si l’on veut prendre soin de la personne dont on s’occupe. C’est la personne soignée et son état qui le détermine, parfois bien plus lentement que les temps prévus officiellement pour ce type de tâches. Il n’est pas possible d’en accélérer la réalisation sans faire violence à la personne soignée, par exemple : la guider pour qu’elle puisse réaliser elle-même une partie de ses soins, participer à sa rééducation et son adaptation à sa situation de santé, tenir compte de la douleur, des difficultés de compréhension, d’une démence, de demandes ou d’exigences spécifiques qui participent à son bien-être, etc. Réaliser ces tâches, c’est un engagement de confiance. Les stagiaires espèrent que l’effort réalisé sera compris, accepté et qu’en retour, il leur sera donné l’occasion d’apprendre et de réaliser des tâches plus techniques.</p>



<p>Or, on le sait, les professionel·les subissent d’importantes pressions. <strong>Sous l’influence des politiques économiques et d’une idéologie néo-libérale, les systèmes de gestion des structures de soins se sont déliés des réalités de terrain pour viser plus d&rsquo;efficacité et améliorer la rentabilité financière. </strong>Les programmes de travail sont protocolisés, standardisés et informatisés. Ce qu’on appelle le <em>new-management<sup class="modern-footnotes-footnote ">13</sup></em> a rigidifié le travail et accéléré son rythme en se focalisant sur l’utilisation rationnelle et comptable des ressources matérielles et humaines. La question qui se pose, vu les difficultés financières récurrentes des institutions de soins est jusqu’où une telle accélération sera-t-elle possible et à quel prix, tant pour les soignés que pour les soignants ?<sup class="modern-footnotes-footnote ">14</sup> Les infirmiers disent être devenus des outils dépersonnalisés dont le travail ne serait valorisé que sur base de l’encodage des actes techniques, seuls actes facilement quantifiables. Comment, dans cette situation de travail à flux tendu, trouver le temps et la patience d’accompagner les stagiaires ? Leur marginalisation permet de les sortir du champ de vision et de la planification des tâches à effectuer. Au-delà des risques de découragement des étudiantes et d’arrêt de leurs études, la mise à distance, le déni des aides reçues et l&rsquo;exploitation des stagiaires mettent en danger la capacité des futurs diplômés de comprendre ce que signifie <em>‘faire équipe’</em>. La récurrence de la marginalisation au fil des stages suggère au contraire que la classification hiérarchique et méritocratique des personnes en fonction de leur statut et de leur diplôme est un fait devenu ‘<em>normal’</em>. Comment, dès lors, pourront-ils apprendre à prendre place sereinement au sein d’un groupe pluridisciplinaire et à concevoir le travail d&rsquo;équipe comme une acceptation collective d&rsquo;un espace démocratique, composée des personnes très diplômées et d’autres peu qualifiées? Comment seront-ils capables d’accueillir et donner à leur tour une place aux étudiants lorsqu’ils seront diplômés ? </p>



<h2 class="wp-block-heading">L’enjeu économique et politique du travail des stagiaires</h2>



<p>Pour rendre visible le travail des étudiant·es, nous proposons de faire un détour par l’enjeu de sa valeur, c’est-à-dire d’estimer son poids dans la production de service en mettant en lumière sa valeur économique traduite en valeur monétaire<sup class="modern-footnotes-footnote ">15</sup>. Précisons, il ne s’agit pas de marchandiser le travail des étudiants mais bien de <strong>questionner sa marchandisation occultée</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">16</sup>. Pour comprendre concrètement l’importance monétaire du travail des stagiaires, prenons l’exemple de ce que représente le travail d’un étudiant·e infirmier·ère. Dans ces temps de pénurie de soignants et de budgets insuffisants pour assurer le bon fonctionnement des institutions de soins, le travail gratuit des stagiaires participe, de fait, à leur équilibre budgétaire.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p><em>« Hier matin, en commençant ma journée de travail, je me suis rendue compte que j’étais seule à mon étage pour septante résidents. Les deux collègues aides-soignantes qui devaient travailler avec moi étaient absentes. Je suis allée voir la cheffe de service pour lui dire qu’il m’était impossible d’assurer tous les soins dans ces conditions. Elle m’a répondu :</em> <em>‘De quoi te plains-tu ? Une étudiante infirmière qui commence aujourd’hui travaillera avec toi’. Il s’agissait d’une étudiante de première année qui commençait son premier stage et n’avait jamais fait de pratique »</em></p>
<cite>Katia, infirmière en maison de repos.</cite></blockquote>



<p>Comme sous-entendu dans ce témoignage où une étudiante est censée effectuer le travail des aides-soignantes absentes, il est possible de saisir la valeur économique du travail des stagiaires en le comparant au travail d’une aide-soignante en début de carrière<sup class="modern-footnotes-footnote ">17</sup>. Une aide-soignante qui travaille à temps plein preste 233 jours de travail effectifs par an (253 jours ouvrés – 20 jours de congés payés)<sup class="modern-footnotes-footnote ">18</sup>. Le coût d’une aide-soignante en début de carrière pour un employeur  était évalué, en août 2022, à 3074,68 euros/mois, charges patronales incluses<sup class="modern-footnotes-footnote ">19</sup>. Les stagiaires en soins infirmiers sont présents en stage durant 2300 heures durant l’ensemble de leur formation, ce qui correspond à 306 jours à raison de 7,5h/jour, soit l’équivalent du travail d’une aide-soignante durant une année et quatre mois. Le non-remplacement d’une aide-soignante absente durant plusieurs mois et sa substitution<sup class="modern-footnotes-footnote ">20</sup> par des stagiaires permet des économies substantielles avoisinant les 24 500 euros/an<sup class="modern-footnotes-footnote ">21</sup>.</p>



<p>Le constat qui surgit ici peut se résumer en ces quatre points :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Les stagiaires considérés comme une aide exécutent essentiellement des tâches qu’ils connaissent déjà bien.</li>



<li>Ils sont rarement en situation d’apprentissage de nouvelles techniques, de théories, etc.</li>



<li>Leur travail soulage partiellement le personnel et participe à l’invisibilisation de la problématique de surcharge de travail et de manque de personnel.</li>



<li>Un budget est épargné puisque le travail des stagiaires n’est pas rémunéré. Cette épargne permet de soulager les lieux de soins sous-financés.</li>
</ul>



<p>Dans ces temps de suppression du droit au chômage pour des dizaines de milliers de Belges et de chasse aux chômeurs déclarée par le gouvernement belge, ce travail gratuit et invisible pose question. En effet, comme le relève l’Institut de Recherches Economiques et Sociales (IRES), plus le service gratuit à la collectivité<sup class="modern-footnotes-footnote ">22</sup> comporte une contribution à la production de biens et de services, plus grand est le risque qu’il se substitue à l’emploi standard, comme nous le voyons dans le témoignage de Katia. Or, en cette époque qui croise les paramètres de manque de soignants et de manque de moyens financiers pour assurer les soins, le risque est grand de réduire les stagiaires à de la main-d’œuvre gratuite.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Et pourtant…</h2>



<p>Si les actes techniques sont importants et les protocoles intéressants pour guider la réflexion, le travail qui fait sens dans le secteur du soin est aussi relationnel, éducationnel, communicationnel et de coordination. Il nécessite de la souplesse, un don de temps et d’écoute empathique, une capacité créative, pour accompagner et établir une relation de confiance. Dans la relation de soin, ce don est essentiel. Il permet l’interrelation qui est au cœur de la démarche du ‘<em>prendre soin’. </em>Mais cet investissement relationnel et le don de temps sont l’objet d’une même relégation dans nos sociétés dominées par l’imaginaire utilitariste et la valorisation de l’autonomie individuelle comme marqueurs de reconnaissance<sup class="modern-footnotes-footnote ">23</sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Conclusions</h2>



<p>Maillons peu visibles de notre système de protection sociale, les stagiaires subissent les effets des dysfonctionnements et des sous-financements structurels des différentes branches de notre sécurité sociale et des secteurs de l’éducation.</p>



<p>La récurrence de leurs difficultés révèle des mutations sociopolitiques en cours depuis la seconde moitié du XX<sup>e</sup> siècle. En effet, l’hypertechnicité et le <em>new-management</em> se déploient sur la disparition des relations humaines ordinaires qui devraient aller de soi dans le travail social<sup class="modern-footnotes-footnote ">24</sup>. Nombre de stagiaires expriment le sentiment de ne plus avoir la capacité d’accompagner les personnes comme ils pensent devoir le faire en leur âme et conscience.  Le déni de l’importance de se soucier des « autres » est source de perte de sens tant au sein des métiers sociaux et de la santé que de l’éducation. Le vécu des étudiant·es est peut-être plus difficile encore que celui des professionnels. <strong>Leur frustration face à l’accélération des rythmes de travail et à l’impossibilité d’accompagner selon leurs codes éthiques est doublée par la non-reconnaissance des dons de services qu’ils rendent aux professionnels pour les aider. Les différentes maltraitances qu’ils subissent sont source de désillusions et ont pour résultat l’abandon de leurs études. </strong>Elles montrent des failles systémiques qui mettent en péril les fondements de notre démocratie et l’accès pour chacun à une vie digne. Les vécus peu satisfaisants des apprenants des métiers du social, de l’éducation de la santé, leurs désaccords avec certaines situations dont ils sont témoins expriment en creux des aspirations sociales, politiques et pédagogiques qui font sens pour eux. Ces désaccords nous disent leur rejet d’un cadre de travail qui trop souvent fait violence aux bénéficiaires. Leur abandon des métiers du social, de la santé et de l’éducation, en cours d’études ou peu après être diplômés, parce qu’on leur impose de les réaliser à l’encontre de leurs convictions éthiques, peut être considéré comme un refus de complicité et une interpellation aux pouvoirs publics et aux décideurs institutionnels.</p>



<p>Le ‘<em>prendre soin</em>’, l’accompagnement est un projet politique. Il pose la question de la société dans laquelle nous désirons vivre, de la reconnaissance d’une vulnérabilité partagée et d’une commune interdépendance et de la reconnaissance politique de tous ceux qui prennent soin (de la société et de toutes ses composantes, de l’environnement, etc.)<sup class="modern-footnotes-footnote ">25</sup> Il nous interroge sur les moyens que nous sommes prêts à mettre en place pour construire cette société. </p>



<p><strong>La valorisation sociale et politique du prendre soin de « l&rsquo;autre »et des « autres », comme une nécessitésociale, une valeur commune non identifiée àun genre</strong><sup class="modern-footnotes-footnote ">26</sup><strong>, pourrait être déjà une première piste pour désembourber le débat</strong>. Le don, l’accompagnement et le prendre soin<em>,</em> fondements de toute sociabilité humaine, sont inhérents aux professions du social, de la santé et de l’éducation. Ce sont des contributions indispensables à l’institution et à la pérennité d’un monde commun. Ceci interroge aussi l’importance donnée aux dons des ‘<em>bénéficiaires’</em> et de toutes celles et ceux qui sont victimes d’une relégation sociale et d’un déni de reconnaissance<sup class="modern-footnotes-footnote ">27</sup>, car il y a peu de choses plus humiliantes que le dédain. Par quels processus de généralisation et par quels stéréotypes enferme-t-on ceux qui ne correspondent pas aux standards d’efficacité attendus dans nos sociétés d’apparence démocratique ?<sup class="modern-footnotes-footnote ">28</sup> La désertion des professions dont la mission est l’accompagnement soulève la question du choix de société que nous souhaitons, en interrogeant les marges, les exclusions et les précarisations.</p>



<p><strong>Une deuxième piste est à chercher dans</strong><strong> la nécessaire reconnaissance de la complexité des pratiques d’accompagnement qui tendent à prévenir un effondrement du lien social.</strong> Il s’agit d’accepter que le travail empathique, considérant la personne comme digne, est un préalable indispensable pour de nombreux travailleurs sociaux. Il permet aux personnes accompagnées de surmonter les aspects humiliants de l’aide qui leur est apportée et aux accompagnants de ne considérer aucune des tâches à réaliser comme ‘<em>un boulot non intéressant</em>’ ou comme ‘<em>un sale boulot’</em>. Ce travail demande du temps, variable suivant les situations qui dépasse souvent les cadres des protocoles, mais néanmoins un temps qui doit être accordé.</p>



<p>Une troisième piste est suggérée par la désertion des professions, dont l’objectif est d’accompagner des personnes en interrogeant les marges, les exclusions et les précarisations, les invisibilités. La compréhension des difficultés d’assurer la pérennité des métiers du social, de l’éducation et de la santé impose de tenir compte des contextes et cadres sociopolitiques plus larges dans lesquels ils apparaissent. <strong>Les professions de la santé, du social et de l’éducation sont subsidiées par l’État. Leur négligence par les autorités publiques, leurs manques de moyens et leurs difficultés récurrentes questionnent nos démocraties et nos choix politiques. </strong><strong></strong></p>



<p>La Wallonie dépend des lois belges et européennes. Les difficultés et les attentes des stagiaires et des professionnels disent l’urgence de réaliser en Belgique et en Europe une analyse critique des options politiques et sociales qui guident les décisions prises aux plus hauts niveaux. Toutes et tous demandent que les décisions prises s’appuient sur la reconnaissance de l’importance fondamentale, pour le fonctionnement de nos sociétés, des activités encore souvent considérées comme insignifiantes<sup class="modern-footnotes-footnote ">29</sup>. Leurs pratiques révèlent une part importante des réalités qui coexistent à l&rsquo;ombre de la production et du marché, des rationalités politiques, techno-scientifiques ou institutionnelles, mais aussi des modèles identitaires qui se définissent par l’exclusion d’autres identités. Leurs pratiques sont les miroirs de réalités diffuses et multiformes, dont la finalité plus ou moins consciente est d&rsquo;aider à vivre, à surmonter l&rsquo;insurmontable, à dépasser les barrières apparentes de la vie, du vivant<sup class="modern-footnotes-footnote ">30</sup>.  Les professionnels et les stagiaires nous posent la question des avantages et des conséquences de nos choix sociopolitiques et économiques à moyen et long terme. Ils nous invitent à interroger les priorités que nous donnons d’une part à la rentabilité, d’autre part à l’humain et au social. Notre capacité à ‘créer du commun’ est fondamentale… Sans elle, il n’y a plus de condition humaine<sup class="modern-footnotes-footnote ">31</sup>.</p>



<p></p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;DAMMAN, L., La violence verticale, dans le contexte des stages en soins infirmiers, amène-t-elle les étudiants à imaginer arrêter leurs études ? Une enquête transversale dans un devis mixte auprès d&rsquo;étudiants infirmiers francophones de 3ème année en bachelier infirmier responsable de soins généraux, Mémoire de master Université catholique de Louvain, 2018</div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;BAUMAN, Z., La Vie Liquide, éd. du Rouergue, Arles, 2006.</div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le management à but productif vise l’efficacité, la rentabilité et la maximalisation des profits. Lorsque ces logiques managériales sont appliquées aux structures sociales, éducatives ou de soins, elles se traduisent par l’objectivation, la systématisation, l’évaluation et le contrôle des actions des employés en exigeant qu’ils travaillent toujours plus, plus vite et mieux dans l’ignorance que chaque prise en charge correspond à une situation et un contexte particuliers. Ces logiques managériales amènent à réduire les personnes en besoin d’accompagnement à des critères normalisés, objectivés, rationnels, encodables. Elles désubjectivent les employés devenus « outils » au sein d’une entreprise. </div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Depuis les années 1990 s’observe l’introduction, dans le secteur non marchand, de techniques propres au travail productif en vue d’augmenter les profits tout en diminuant les dépenses. Les cadences de travail s’intensifient pour augmenter la productivité. Les aspects du travail jugé non productif, ralentissant les cadences de travail, comme le temps consacré au relationnel et à former des étudiants est non considéré, ignoré, voire empêché.  Or, ce travail d’accompagnement est celui qui, pour la grande majorité des professionnels et des étudiants, donne sens à leur travail.</div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Dans nos sociétés où la valeur suprême est l’autonomie, un « bon boulot » (valorisant et visible) est celui qui est mesurable et si possible réalisable dans un temps prédéterminé, connu, planifié.</div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;FURTOS, J.,  Ambigüité de l’accompagnement, précarité de la transmission dans Rhizome, Bulletin national santé mentale et précarité, 2012. Disponible sur   https://www.academia.edu/1908081/Une_psychiatrie_de_lex_compagnement_Regard_sur_le_travail_infirmier_Revue_Rhizome_N_44_juillet_2012?email_work_card=title.</div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ces propos sont particulièrement fréquents dans les milieux hospitaliers.</div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ce n’est pas une constante. Certains lieux de stages veillent à un accueil chaleureux et potentialisent ainsi les capacités des étudiant·es. Le non-accueil et la relégation des stagiaires apparaissent cependant dans les enquêtes auprès d’étudiant·es infirmier·es comme des faits répétés dans un peu plus de la moitié des terrains de stages.</div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Expression issue de KATZ, Katty, Bullying in Nursing: Why Nurses &lsquo;Eat their Young&rsquo; and What to Do About It?, 2014. Disponible sur: https://www.rasmussen.edu/degrees/nursing/blog/bullying-in-nursing-nurses-eat-their-young/.  </div><div>10&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;GRARD, Christine, La solidarité est-elle au fondement de l’apprentissage dans Les politiques sociales, p. 39-47, 2024.</div><div>11&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;LAURENT 2008, > référence complète ?</div><div>12&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Les soins d’hygiène renvoient aux toilettes et aux changes (changer les protections des personnes incontinentes) tandis que l’aide à l’alimentation renvoie au fait de donner à manger à des personnes incapables de manger seules et/ou ayant un risque de faire de fausses déglutitions.</div><div>13&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le new-management (ou New Public Management)  désigne un modèle de gestion qui « vise à rapprocher le fonctionnement des administrations publiques de celui des entreprises privées, en introduisant des logiques de marché, de performance et de responsabilisation individuelle » (https://www.unsa-education.com/article-/sante-mentale-au-travail-et-new-management/).</div><div>14&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;VILLAIN, Florian, Ne dites plus « premiers de cordée », mais « passeurs de témoin » ! dans Revue du MAUSS, n°52, 2018/2, p. 239-250.</div><div>15&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;FOUQUET, A., Comment valoriser le travail domestique ? dans Cambouis, La Revue Des Sciences Sociales Aux Mains Sales, janvier 2021.</div><div>16&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ici, on fait référence à «  l’argument de la rémunération pour sortir le travail du déni, l’intégrer dans ce qui est pensé comme relevant du travail, pour subvertir un rapport social, capitaliste et patriarcal » (SIMONET, Maud, Travail gratuit : la nouvelle exploitation ? Paris, éd. Textuel, 2018.)</div><div>17&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le travail réalisé par les étudiants, dès les premiers stages, est en partie le même que celui des aides-soignant·es. Au fur et à mesure de l’avancement dans les études, le travail des stagiaires recoupe partiellement le travail infirmier.</div><div>18&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir  https://emploi.belgique.be/ (sources de 2022).</div><div>19&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Pour un salaire brut de 2419,68 euros et un salaire net de 1866,74 euros. Calcul sur base des chiffres de https://pro.guidesocial.be/articles/fiche-metier/article/quel-est-le-salaire-d-un-aide-soignant-en-belgique avec un ajout au salaire brut de 27,07% de charges patronales.</div><div>20&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;L’IRES (Institut de recherches économiques et sociales) met en garde contre  banalisation du remplacement des travailleurs rémunérés par du travail gratuit (bénévolat, stages, etc.) « Plus le service à la collectivité comportera une contribution à la production de biens et de services, plus grand est le risque qu’il se substitue à l’emploi standard » (cité par SIMONET, Maud, Travail gratuit : la nouvelle exploitation ? Paris, éd. Textuel, 2018.)</div><div>21&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;En considérant que la présence d’étudiants infirmiers dans les terrains de stage est effective durant l’équivalent de 8 mois/an.</div><div>22&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Surtout lorsqu’il repose sur des valeurs qui touchent à ce que l’on est, à ce à quoi on croit, à ce qui nous définit et nous passionne.</div><div>23&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;CHANIAL, P., Don et care : une perspective anthropologique dans Recherche et formation, 2014. Disponible sur http://journals.openedition.org/rechercheformation/2232</div><div>24&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;FURTOS, J., Ambigüité de l’accompagnement, précarité de la transmission dans Rhizome, Bulletin national santé mentale et précarité, n° 44, juillet 2012.</div><div>25&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;TRONTO, Joan, Un monde vulnérable. Pour une politique du care, éd. La Découverte, Paris, 2009.</div><div>26&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;TRONTO, Joan, Care démocratique et démocraties du care dans MOLINIER, P. (dir), Qu’est-ce que le care ?, éd. Payot, Paris, 2021.</div><div>27&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;CHANIAL, op. cit. et TRONTO, op. cit.</div><div>28&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;LAPLANTINE, F., Penser le sensible, éd. Pocket, Paris, 2018.</div><div>29&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;TRONTO, op. cit.</div><div>30&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;SAILLANT, F., Identité, invisibilité sociale, altérité : expérience et théorie anthropologique au cœur des pratiques soignantes dans Anthropologie et Sociétés, 2000, p. 155-171. Disponible sur https://doi.org/10.7202/015641ar.</div><div>31&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;SAILLANT,F., Une critique post coloniale du savoir local de Clifford Geertz dans LAHOUARI (dir), Autour de Clifford Geertz, Interprétation et culture, Archives contemporaines, Paris, 2010, p. 55-72.</div>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Les violences dites éducatives ordinaires. Entre conscientisation et inaction</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2025-16/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Dec 2025 11:31:56 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Bien au-delà de ce qu’on pourrait penser, les violences dites éducatives ordinaires ne s’arrêtent pas à la fessée ou à toute autre punition corporelle.]]></description>
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<p class="chapo">Bien au-delà de ce qu’on pourrait penser, les violences dites éducatives ordinaires ne s’arrêtent pas à la fessée ou à toute autre punition corporelle. Ce qu’elles englobent est bien plus large et passent souvent sous le radar. Pouvant être présentes dans un contexte familial, ces violences peuvent aussi l’être dans tout espace éducatif, qu’il s’agisse de foyers, d’écoles ou encore de lieux extra-scolaires… Et elles sont d’autant plus intenses pour les enfants qui vivent une situation de précarité. Pour comprendre leurs conséquences et se sensibiliser à la question, nous avons rencontré Nadia Echadi, fondatrice de l’ASBL Maxi-Liens qui œuvre pour le respect du droit à l’éducation pour chaque enfant dans un cadre bienveillant.</p>



<h2 class="wp-block-heading">De quoi parle-t-on ?</h2>



<p>La violence dite éducative ordinaire (VEO) est « <em>toute forme de violence (physique, psychologique ou verbale) utilisée envers les enfants dans une intention éducative (pour leur ‘bien’, pour qu’ils aient un ‘bon comportement’) »</em>. Et puisque cette violence est « <em>culturellement admise et tolérée, elle en devient alors ‘ordinaire’</em> ». Parmi ces violences, on recense les violences physiques (fessée, gifle, privation de nourriture,&#8230;), les violences psychologiques (punition, chantage, menace, culpabilisation,&#8230;) et les violences verbales (crier, insulter, humilier, &#8230;)<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup>.</p>



<p>Souvent sous-estimées par la majorité de la population, ces gestes ou paroles qui nous échappent ont pourtant des effets néfastes à très long terme sur l’enfant. S’il est avéré scientifiquement que câliner régulièrement un enfant a une influence positive sur son développement cérébral, l’inverse est aussi vrai. De constantes violences sur un enfant, qu’elles soient physiques ou verbales, peuvent aboutir à un mauvais développement du cerveau et impacter lourdement son futur (assuétudes, dépressions).</p>



<p>À cause d’un manque d’informations et de sensibilisation, ces violences sont culturellement admises dans notre société alors qu’ « <strong><em>aucune étude scientifique n’a pu démontrer un effet positif des punitions corporelles sur le comportement de l’enfant</em></strong><em>, bien au contraire elles sont corrélées fortement à une augmentation de l’agressivité et des comportements antisociaux</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup>. À l’inverse, une « <em>relation [adulte-enfant] basée sur l’empathie, le soutien, l’encouragement et l’amour favorise le bon développement du cerveau chez l’enfant et l’adolescent</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup>.</p>



<p>Au-delà de ces considérations physiologiques, éduquer un enfant par la violence revient à sous-estimer un effet plus insidieux encore. En effet, utiliser la violence physique, le chantage ou encore la punition sur un enfant à des fins éducatives, revient à légitimer à ses yeux une méthode qu’il pourrait reproduire plus tard sur ses propres enfants. C’est ce qu’a nommé la psychanalyste Alice Miller<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup> la ‘<em>pédagogie noire’</em>, c’est-à-dire le « <em>mécanisme de reproduction des violences éducatives de génération en génération</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup>. Selon elle, « <em>la pratique des punitions corporelles serait le facteur explicatif majeur de la violence des adultes et des adolescents</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup>. La journaliste Mona Chollet s’est penchée sur la question des violences éducatives dans son dernier essai<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup>. « <em>Non seulement les enfants supportent les maltraitances, mais elles et ils les nient, ou les justifient, tant la mise accusation des parents est un tabou puissant. Dès lors, le seul exutoire – inconscient – aux souffrances subies, c’est de les infliger à ses propres enfants</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup> analyse-t-elle à propos de l’effet pervers de la ‘pédagogie noire’. Le témoignage suivant d’un parent l’illustre bien ; « <em>J’ai adopté la phrase de ma mère ; ‘Sauve-toi vite parce que ma main va voler’ </em>»<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup>.</p>



<p>Ces violences influencent directement un parcours de vie puisqu’« <em>elles déterminent souvent notre personnalité future et nos relations avec les autres</em> » relève Mona Chollet. Plus grave encore, ces violences sont subies à une phase du développement de l’enfant « <em>où on ne [lui] accorde aucun crédit</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">10</sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quand les violences passent les portes de l’école</h2>



<p>Nadia Echadi, de l’ASBL Maxi-liens, s’est penchée sur la question de ces violences, particulièrement au sein du milieu scolaire. Elle estime que la question des violences éducatives est mal posée car elle a tendance à se concentrer uniquement sur la violence physique ;  « <em>Les médias se sont mal emparé du sujet en titrant les articles sur l’interdiction de la fessée. Cette réduction a créé une grande confusion parce que beaucoup de gens ont réagi en disant que la fessée ‘n&rsquo;a jamais tué personne’. Mais la mort ne peut pas constituer la limite de ce qu’il est acceptable de faire à un enfant !  Cela revient à dire ‘tant que ça ne tue pas, on peut y aller’. Avec un tel cadrage, toutes les autres formes de gestes violents passent sous les radars. Or, c’est précisément là que réside l’enjeu : la violence s’exprime de manière beaucoup plus subtile qu’on ne le pense. Elle se glisse dans des attitudes, des mots, des pratiques quotidiennes. Elle est aussi là où on ne l&rsquo;attend pas. Comme à l’école par exemple. Aujourd’hui, parce qu&rsquo;on n&rsquo;utilise plus le bâton et le bonnet d&rsquo;âne, les enseignants pensent qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus de violence scolaire. Pourtant, elle existe encore. Elle prend juste d’autres formes. Elle s&rsquo;exerce notamment sur la question de la compétence de l&rsquo;enfant. Par exemple, <strong>le fait de prédéterminer la capacité d&rsquo;un enfant à réaliser telle ou telle tâche, est déjà une violence en soi</strong>. On a tendance à oublier que l&rsquo;enfant est là pour apprendre et que c’est précisément la mission de l’institution : le faire apprendre. Et pourtant, les actes d’humiliation sont fréquemment liés à ses difficultés ou ses résultats. Il est temps de mener une véritable sensibilisation qui permettra de mieux aiguiser le regard et de reconnaître tous les endroits où des actes de violence sont posés, particulièrement en contexte scolaire. Les rapports d’autorité et de pouvoir, les cris, les punitions humiliantes, l’usage systématique des points ou des sanctions sont autant de gestes présentés comme éducatifs, mais qui révèlent en réalité une forme de maltraitance ordinaire. Et je pense qu’il est vraiment urgent de mettre la lumière sur ces pratiques en menant, par exemple, des campagnes de sensibilisation comparables à celles développées ces dernières années autour des VEO en contexte familial »</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">11</sup>.</p>



<p>Dans un contexte scolaire, les violences éducatives sont d’autant plus dommageables pour les enfants vivant des situations compliquées comme la migration car ils cumulent déjà plusieurs vulnérabilités. Ils vivent des situations de transit très inconfortables, éprouvent cruellement le manque d’argent et prennent de plein fouet un choc culturel avec la perte de repères que cela implique. Dans ce quotidien instable où chaque jour apporte son lot d’incertitudes, l’impact des violences éducatives n’en est que plus accru. En outre, comme ils ne maîtrisent pas encore ni la langue, ni la culture, ces violences peuvent être interprétées comme la norme d’un pays qu’ils apprennent à connaître et par ce fait, sont d’autant moins remises en question et sont passées sous silence. Nadia Echadi, dans son travail avec l’ASBL Maxi-Liens<sup class="modern-footnotes-footnote ">12</sup> se concentre sur ce type d’enfants ; « <em>Lorsque j’ai fondé Maxi-Liens, j’ai axé mon travail que la question de l’accueil, de l’accompagnement et du bien-être des enfants en situation de migration et d’exil parce que leur vulnérabilité était une évidence. Les VEO scolaires qui s’exerçaient sur eux étaient beaucoup plus visibles et cela m’a permis de constater qu’elles touchaient en réalité tous les autres enfants, mais souvent de manière plus silencieuse et plus banalisée. La défense des droits de l’enfant est pour moi une mission globale même si pour le moment, mon action se concentre sur les parcours migratoires. Le fait de travailler à la compréhension des violences subies durant l’’exil me permet de mieux saisir la brutalité de certaines pratiques scolaires. Ce que j&rsquo;ai observé, c&rsquo;est que quand ils arrivent en Belgique et qu’ils sont inscrits dans nos écoles, beaucoup d’entre eux se retrouvent confrontés à une nouvelle série de violences qui viennent se juxtaposer à celles déjà traversées. La méconnaissance de l’autre, le manque de dialogue interculturel, le manque de préparation des professionnels dans l’accueil de la diversité, les carences de notre système éducatif, son caractère autocentré et monolingue engendrent des violences symboliques en cascade. <strong>Parfois, ces enfants sont perçus comme une menace envers une identité nationale fantasmée, comme s’il pouvait en exister une.</strong> On instaure des règles, parfois encore plus strictes pour eux, afin de s’assurer que ces enfants ont bien compris comment ça se passe ici. De manière implicite ou parfois très explicite et injonctive, on leur dit ‘tu es en Belgique maintenant, tu dois faire comme nous’. Il y a aussi une posture très sudaliste<sup class="modern-footnotes-footnote ">13</sup> qui consiste à leur faire sentir qu’ils doivent témoigner de la reconnaissance d’avoir été accueillis ‘chez nous&rsquo;</em>».</p>



<p>Nadia Echadi souligne également le manqued’organes de contrôle et de structures au sein des écoles où les violences pourraient être dénoncées, mais également le manque de soutien auquel font face les enseignants.</p>



<p>&nbsp;<em>«&nbsp;</em><em>Pour comprendre le contexte des violences éducatives ordinaires en milieu scolaire, il me semble essentiel de rappeler que le métier d’enseignant est un métier assez isolé. Chacun est seul dans sa classe, seul face à sa pratique, face à son public. On reconnaît — et à juste titre — la difficulté, parfois même la pénibilité de la profession ; et parce que cette reconnaissance est nécessaire, on n’ose presque jamais questionner ou analyser de manière critique certaines actions qui ne sont pas très pédagogiques. Les enfants, évidemment, n’ont pas les mots ni la légitimité pour dénoncer ce qu’ils vivent. Cet isolement crée un espace où l’enseignant peut développer malgré lui une certaine toute-puissance.&nbsp;Pourtant, dans la grande majorité des cas, ces violences ne sont pas intentionnelles. Elles sont le symptôme d’un manque de formation, d’une culture de la domination, d’un manque de conscience fine des VEO et surtout d’un surmenage massif du corps enseignant. C’est pour cette raison qu’il faudrait créer, au sein des écoles, un véritable organe de régulation. <strong>Un enseignant qui crie chaque jour, qui exclut régulièrement des élèves de sa classe, qui multiplie les punitions ou qui n’a plus l’énergie de se mettre à l’écoute de ses élèves est un enseignant qui a besoin de soutien.</strong> L’objectif n’est pas de dire que les enseignants sont violents et qu’il faut envoyer l’inspection pour sanctionner. L’enjeu est de mettre en place des espaces d’accompagnement, de supervision, de sensibilisation et de protection mutuelle, afin que les enseignants puissent exercer leur métier dans la sérénité.&nbsp; L’école est un métier profondément humain. Les adultes sont censés assurer la&nbsp; protection des enfants, leur sécurité et leur bien-être. <strong>Nous évoluons dans un modèle scolaire et sociétal où les violences éducatives sont encore culturellement et structurellement ancrées, et largement acceptées. Lorsque l’on ajoute à cela la fatigue extrême du corps enseignant, on augmente mécaniquement la fréquence et l’intensité des violences, lesquelles finissent par être justifiées au nom du stress, du manque de moyens ou de l’absence de soutien. C’est ainsi que les violences s’installent et s’auto-alimentent. Elles ruissellent. Elles partent du sommet — les politiques, les injonctions, les coupes budgétaires, les classes surchargées, la disparition progressive des postes-relais — et elles retombent sur ceux qui n’ont aucun moyen de s’en défendre : les enfants</strong></em><strong>».&nbsp;</strong><strong><em></em></strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Législation des violences éducatives : où en est-on ?</h2>



<p>Si la maltraitance, lorsqu’elle est avérée, est déjà punissable par la loi, il s’avère que &nbsp;«&nbsp;<em>de nombreux cas de violence ne sont pas couverts par la législation actuelle</em>&nbsp;». L’interdiction de la ‘fessée’ ne suffit pas. S’arrêter à cet interdit légitimise d’autres formes de violence, tout aussi dommageables.</p>



<p>La Belgique reste tristement un des derniers pays européens à ne pas avoir adopté jusqu’à présent «&nbsp;<em>une loi interdisant les punitions corporelles et autres formes de traitements dégradants dans le cadre de l’éducation</em>&nbsp;». Pourtant, la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE), ratifiée par la Belgique, est assez explicite.</p>



<p><em>« Les Etats parties prennent toutes les mesures législatives, administratives, sociales et éducatives appropriées pour protéger l&rsquo;enfant contre toute forme de violence, d&rsquo;atteinte ou de brutalités physiques ou mentales, d&rsquo;abandon ou de négligence, de mauvais traitements ou d&rsquo;exploitation, y compris la violence sexuelle, pendant qu&rsquo;il est sous la garde de ses parents ou de l&rsquo;un d&rsquo;eux, de son ou ses représentants légaux ou de toute autre personne à qui il est confié » (art 19.1).</em></p>



<p>Les conclusions d’un sondage réalisé en 2020<sup class="modern-footnotes-footnote ">14</sup> révèlent que la punition reste une habitude éducative, une personne sur cinq estime que « <em>les punitions physiques sont bénéfiques</em> » tandis qu’une personne sur dix juge que « <em>tirer les cheveux, pincer, priver de repas, enfermer dans la cave et utiliser régulièrement un surnom insultant sont des sanctions appropriées</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">15</sup>. De plus, il y a une réelle méconnaissance du cadre législatif car 7 personnes sur 10 ne savent pas ce qui est autorisé comme sanction.</p>



<p>Actuellement, le flou juridique qui entoure la question des violences éducatives légitimise implicitement leur exécution. L’ONG DEI Belgique (Défense des Enfants International) a mis en demeure à l’Etat belge d’adopter une législation en la matière. Le délai pour s’y conformer était le 20 novembre 2023, date hautement symbolique puisque c’est la journée mondiale des droits de l’enfant. Le délai a expiré et la question a donc été renvoyée au tribunal de première instance… Comment peut-on expliquer une telle inertie de la part de nos pouvoirs décideurs ? Dans le chef des ministres et des parlementaires réside la peur de « <em>pénaliser la ‘baffe éducative’</em> » qui pourrait conduire des parents en prison. Or, DEI Belgique recommande de modifier le code civil et non pénal<sup class="modern-footnotes-footnote ">16</sup>.</p>



<p>Au niveau de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ce n’est que tout récemment, en octobre 2023, que l’administration a formellement interdit toute violence physique, psychique et verbale au sein de toutes ses structures (crèches, écoles, institutions, mouvements de jeunesses, club sportifs). Malheureusement, force est de constater que cela ne suffit pas à enrayer une dynamique punitive culturellement ancrée. La question de savoir si cette directive a été accompagnée d’une campagne de sensibilisation et d’information auprès des structures éducatives mérite d’être posée. Nadia Echadi, elle-même enseignante, s’étonne que les droits des enfants ne fassent pas partie du programme de cours pour les futurs enseignants&nbsp;;&nbsp; «&nbsp;<em>Lorsqu’on devient enseignant, on entre dans l’institution scolaire : on prête serment, on représente l’État, on incarne une mission publique. Alors comment se fait-il qu’aucun module obligatoire ne soit consacré aux droits de l’enfant ? <strong>Comment se fait-il que la majorité des enseignants ne connaissent pas la Convention internationale relative aux droits de l’enfant ? C’est une lacune immense. C’est un peu comme si un médecin prêtait serment sans connaître le serment d’Hippocrate.</strong> À partir du moment où l’on travaille auprès d’enfants, on devrait savoir précisément quels sont leurs droits, ce que la Belgique a ratifié, les engagements internationaux qu’elle a pris pour garantir leur protection, leur dignité, leur épanouissement et leur bien-être. Comment accompagner des élèves si l’on ignore les principes juridiques, éthiques et pédagogiques qui encadrent ce droit fondamental ? Si les enseignant·es étaient véritablement formé·es à ces textes fondateurs, ils et elles disposeraient de balises solides. Cette connaissance ne résoudrait pas tout, mais elle permettrait déjà de prévenir une grande partie des violences éducatives scolaires</em><em>&nbsp;»</em>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’exemple de la Suède</h2>



<p>La Suède est souvent stigmatisée pour être une fabrique d’“enfants-rois”, c’est-à-dire un pays où on laisse tout faire aux enfants, où le cadre éducatif est inexistant voire où les parents sont tyrannisés par leur progéniture. Or, dans les faits, le projet éducatif de la Suède va bien au-delà d’un rapport dominant-dominé à l’avantage des enfants, comme Nadia Echadi l’explique «&nbsp;<em>L’éducation positive est souvent décriée parce que, selon ses détracteurs, elle ne permet pas de poser des limites et fabrique des enfants-rois. Il y a clairement une confusion entre la bienveillance et l’absence de cadre. L’exemple de la Suède est éclairant : ce n’est pas parce que les adultes n’ont pas recours à la brutalité, les cris ou les humiliations et les coups qu’ils ne savent pas éduquer. Poser un cadre clair et sécurisant est simplement un fondement de l’éducation non violente</em><em>».&nbsp;</em></p>



<p>En plus de légiférer[17]  Le Parlement suédois a adopté en 1979 une loi interdisant toute forme de violence à l’égard des enfants.[/note] sur les violences éducatives sous toutes ses formes en les interdisant tout simplement, la Suède a accompagné le changement avec une campagne de sensibilisation et d’information sans précédent. Quelle famille n’achète pas de lait ? Un nombre infime, certainement. C’est sur base de ce constat que le support de la campagne de sensibilisation a été décidé : les cartons de briques de lait. Cette campagne, impliquant plusieurs professionnels de l’enfance (pédiatres, cliniques, écoles, etc.), enseignait des méthodes d’éducation non violente. Résultat ? « <em>En l’espace de deux ans, plus de 80% du public connaissait la nouvelle loi et les enquêtes publiques ont montré combien les attitudes et les actions ont évolué au fil du temps. Alors qu’en 1979, environ 80% du public était en faveur des châtiments corporels, on est passé à 20% après 11 ans d’application de la loi et, dans la dernière enquête, à 2% (2018)</em> »<sup class="modern-footnotes-footnote ">17</sup> explique Elisabeth Dahlin, Ombudsman suédoise aux droits de l’enfant. Mieux encore, souligne-t-elle, « <strong><em>les enfants eux-mêmes savent désormais que la violence ne fait pas partie de l’éducation d’un enfant, que subir des châtiments corporels n’est pas normal pour les enfants</em> </strong>»<sup class="modern-footnotes-footnote ">18</sup>.</p>



<p>Interrogée sur&nbsp; la situation en Belgique, Nadia Echadi explique qu’il faut passer par un changement de mentalité et de culture et que ce changement doit impérativement être accompagné&nbsp;; <em>«&nbsp;</em><em>Il s’agit réellement d’une question de culture. Ici, la population n&rsquo;est pas suffisamment sensibilisée et cela mérite un véritable accompagnement. Je pense que les gens sont prêts à changer si on leur donne les outils pour comprendre. Cela nécessite un traitement médiatique mieux ciblé. Jusqu’à présent, on a surtout vu des campagnes avec des images d’enfants meurtris, ce qui peut entretenir l’idée que la violence éducative se limite aux coups et de nouveau, les autres formes de violence passent sous les radars. <strong>Tant que l’imaginaire collectif restera fixé sur les violences qui laissent des traces sur la peau, on continuera d’ignorer toutes celles qui blessent les enfants intérieurement et qui les marquent durablement</strong> &nbsp;</em><em>»</em>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Conclusions</h2>



<p>Face aux violences dites éducatives ordinaires, DEI Belgique, soutenue par d’autres acteurs du secteur tel que le Délégué général aux droits de l’enfant, porte les recommandations suivantes&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Voter une loi qui interdit la violence éducative</strong> via l’insertion d’un article dans le code civil et ainsi enfin obtenir un cadre légal strict et explicite et qui ne laisse aucune place à l’interprétation.</li>



<li><strong>Mener des campagnes d’information et de sensibilisation</strong> auprès de la population pour accompagner le changement et éviter la stigmatisation. Si l’on veut un véritable basculement, édicter des lois n’est pas suffisant. L’exemple de la Suède est probant à ce niveau-là.</li>



<li><strong>Former les professionnels</strong> de l’éducation et renforcer ainsi la prévention pour que les violences éducatives ne passent plus les portes des écoles.</li>
</ul>



<p><em>« On n&rsquo;a encore jamais expérimenté une situation, à l’échelle d’une société, où une génération d’enfants seraient éduqués sans violence. Quel type d’adultes deviendraient-ils&nbsp;? Il faudrait un recul de 20-30 ans pour pouvoir l&rsquo;observer. <strong>Selon moi, puisque les violences continuent de s&rsquo;exercer sur les enfants, on reproduit et on reste dans un modèle normé. Crier, insulter, bousculer, brutaliser, humilier, dénigrer, exclure, négliger: toutes ces attitudes font partie du paysage éducatif au point d’être perçues comme normales, voire nécessaires.&nbsp; Elles sont socialement acceptées, parfois même valorisées. Il est donc urgent de transformer ces représentations et de changer les mentalités</strong>&nbsp;».</em>&nbsp;</p>



<p>Le changement serait en chacun de nous, le sondage mentionné précédemment donne une lueur d’espoir puisque 85% des personnes sondées sont «&nbsp;<em>favorables à l’adoption d’une loi éducative plutôt que punitive</em>&nbsp;». N’oublions pas toutefois que c’est avant tout notre gouvernement qui doit montrer la voie et avoir le courage politique de légiférer et d’accompagner correctement sur une question aussi cruciale que la protection de nos enfants.</p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;ROISIN, Christine, De l’urgente nécessité de légiférer les violences dites éducatives ordinaires dans Prends-en d’la graine, Délégué général aux droits de l’enfant, juin 2022, vol. 5, p. 4.</div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem, p. 6.</div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem, p. 5.</div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Alice Miller (1923-2010) est une psychanalyste et Docteur en philosophie suisse spécialisée dans la période de l’enfance. Elle fut une des premières à théoriser des conséquences néfastes de la maltraitance infantile.</div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;ROISIN, Christine, De l’urgente nécessité de légiférer les violences dites éducatives ordinaires dans Prends-en d’la graine, Délégué général aux droits de l’enfant, juin 2022, vol. 5, p. 7.</div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem, p. 3.</div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;CHOLLET, Mona, Résister à la culpabilisation. Sur quelques empêchements d’exister, éd. La Découverte, 2024.</div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem, p. 87.</div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Être parent, c’est… ?, Yapaka, Fédération Wallonie-Bruxelles, 2014, p. 40.</div><div>10&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;CHOLLET, Mona, Bétharram ou la « pédagogie noire » dans La Déferlante, n° 18, mai 2025.</div><div>11&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Entretien du 25 novembre 2025. Toutes les citations présentes dans cette analyse proviennent du même entretien.</div><div>12&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir https://www.bornin.brussels/associations/maxi-liens-reseau-etre-bon-pour-les-enfants/</div><div>13&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le sudalisme peut se définir comme « une forme de discrimination ayant pour objet la culture d’abord – et non le corps – des personnes ciblées », voir PIOLAT, Jérémie, Sudalisme, l’imaginaire qui nourrit le racisme, éd. Libre, 2023.</div><div>14&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Sondage commandité par DEI-Belgique concernant la totalité du territoire belge opéré entre le 10 mars et le 18 mars 2020 mené sur un échantillon représentatif de 2013 Belges âges de 18 à 75 ans. Pour l’intégralité des résultats du sondage, voir https://dei-belgique.be/index.php/modes-d-action/plaidoyer-et-lobbying/une-education-non-violente-pour-chaque-enfant.html</div><div>15&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir https://dei-belgique.be/index.php/modes-d-action/plaidoyer-et-lobbying/une-education-non-violente-pour-chaque-enfant.html</div><div>16&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir https://dei-belgique.be/index.php/modes-d-action/plaidoyer-et-lobbying/une-education-non-violente-pour-chaque-enfant.html</div><div>17&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;ROISIN, Christine, De l’urgente nécessité de légiférer les violences dites éducatives ordinaires dans Prends-en d’la graine, Délégué général aux droits de l’enfant, juin 2022, vol. 5, p. 9.</div><div>18&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ibidem.</div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Des cantines durables : un repas qui n’a pas de prix</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2025-15/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Nov 2025 11:48:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Campagne d’Avent]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://vivre-ensemble.be/?post_type=publication&#038;p=40450</guid>

					<description><![CDATA[Dans le cadre de notre campagne de l’Avent “L’école, fabrique d’inégalités”, cette analyse fait le focus sur les repas de [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="titre-trois">Dans le cadre de notre campagne de l’Avent “<em>L’école, fabrique d’inégalités</em>”, cette analyse fait le focus sur les repas de midi pris à l’école. En effet, parmi les inégalités qui traversent le système scolaire, l’importance de l’accès à une alimentation saine et équilibrée semble largement sous-estimée. Pourtant, cela représente un élément clé de la santé et de la réussite des élèves.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Bien manger à l’école, un puissant levier de changement</strong></h2>



<p>En Belgique, et contrairement à nos voisins français chez qui la cantine fait souvent partie intégrante du système scolaire, le modèle de la boîte à tartine est bien ancré. Les enfants apportent généralement leur repas de midi de la maison et toutes les écoles ne proposent pas une offre alimentaire sur place. &nbsp;Si notre modèle a l’avantage de simplifier la logistique des repas pour les écoles, il passe à côté de nombreuses opportunités :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Proposer un repas complet à tous les élèves</strong>. La cantine, si elle est gratuite, permet de toucher toutes les classes sociales, sans distinction. En Région de Bruxelles-Capitale, un adolescent sur cinq est considéré en situation « d’insécurité alimentaire », c’est-à-dire qu’il ou elle n’a pas un accès régulier et suffisant à des aliments nutritifs pour son développement<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup>. Autre chiffre interpellant : en Belgique, un enfant sur <a>dix saute</a> au moins un repas par jour, en raison de la pauvreté de ses parents<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup>. Ce manque de nourriture durant l’enfance peut entraîner des conséquences importantes et durables sur le développement de l’enfant.</li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Augmenter les chances de réussite scolaire en permettant une meilleure concentration.</strong> Une alimentation adéquate en termes de vitamines et nutriments permet aux élèves d’être mieux concentrés durant l’après-midi et favorise le développement mental. De plus, des études ont montré que proposer un repas à l’école réduisait l’absentéisme<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup>.</li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Améliorer la santé des élèves.</strong> Les menus dans les cantines sont établis par des diététicien·nes et respectent un certain nombre de critères. Ils proposent une alimentation variée et équilibrée, qui permet de répondre aux besoins de croissance des élèves. D’après des chiffres de 2018, près de 20% des jeunes entre 2 et 17 ans sont en surpoids<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup>, et parmi eux, 6% souffrent d’obésité<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup>. Proposer un repas à la cantine permet de modifier les habitudes alimentaires des jeunes de manière durable, chez eux également.</li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Accélérer la transition des systèmes alimentaires.</strong> En Wallonie, ce sont aujourd’hui plus de 200 000 repas qui sont servis chaque jour dans des cantines<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup>. Y favoriser les produits bio et locaux permettrait d’offrir des débouchés significatifs aux producteurs et productrices de la région.</li>
</ul>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="840" height="560" src="https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2025/11/cdc-4Bb2nSYuxx0-unsplash.jpg" alt="Des enfants avec leur boites à tartines autour d'une table de cantine en train de manger" class="wp-image-40454" srcset="https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2025/11/cdc-4Bb2nSYuxx0-unsplash.jpg 840w, https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2025/11/cdc-4Bb2nSYuxx0-unsplash-300x200.jpg 300w, https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2025/11/cdc-4Bb2nSYuxx0-unsplash-768x512.jpg 768w, https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2025/11/cdc-4Bb2nSYuxx0-unsplash-600x400.jpg 600w" sizes="(max-width: 840px) 100vw, 840px" /><div class="image-licence" style="text-align: right; margin-top: 5px; font-size: 0.8em; color: #666; font-style: italic;">Licence : photo : CDC (unsplash)</div></figure>
</div>


<div style="height:20px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<div class="wp-block-columns red-message is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<h2 class="wp-block-heading">Des «&nbsp;cantines durables&nbsp;»&nbsp;?</h2>



<p>Qu’entend-t-on par « alimentation durable » ? Une alimentation durable, c’est une alimentation qui est responsable sur le plan social, environnemental et économique. Concrètement, c’est donc une alimentation financièrement accessible tout en étant rémunératrice pour celles et ceux qui la produisent&nbsp;; une alimentation respectueuse de l’environnement et de la biodiversité, qui favorise les aliments locaux et de saison&nbsp;; une alimentation bonne pour la santé et qui limite le gaspillage alimentaire&#8230;</p>



<p>Le terme « cantine » désigne lui les lieux de restauration qui proposent quotidiennement des repas à des collectivités (écoles, crèches, maisons de repos et de soins, bureaux…)</p>
</div>
</div>



<h2 class="wp-block-heading">À Bruxelles et en Wallonie, des organismes pour accompagner la transition</h2>



<p>Proposer des repas de midi à l’école est donc bénéfique, autant sur le plan individuel pour les élèves que pour la société plus largement. Deux organismes – «&nbsp;Goodfood&nbsp;» à Bruxelles et «&nbsp;Manger Demain&nbsp;» en Wallonie &#8211; sont chargés d’accompagner les lieux de restauration collective qui voudraient faire le pas vers une alimentation plus durable. Ils ont développé des labels évolutifs, allant d’une à trois fourchettes à Bruxelles, et d’un à trois radis en Wallonie. &nbsp;&nbsp;</p>



<p>Pour obtenir la «&nbsp;première fourchette&nbsp;» à Bruxelles et, de manière plus ou moins similaire, «&nbsp;un radis&nbsp;» en Wallonie, une cantine doit&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Proposer des produits biologiques et de saison</li>



<li>Proposer des offres végétariennes et des repas sains</li>



<li>Informer les consommateurs et consommatrices sur les produits qui leur sont proposés</li>



<li>Prendre des mesures contre le gaspillage alimentaire</li>
</ul>



<p>De nombreux établissements ont déjà entrepris la démarche. C’est le cas notamment des écoles communales de la ville de Liège, de Namur et d’Ottignies-Louvain-la-Neuve, qui sont labelisées.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Deux cas d’école</h2>



<h3 class="wp-block-heading">La Ville d’Ottignies-Louvain-la-Neuve</h3>



<p>La Ville d’Ottignies-Louvain-la-Neuve fait figure de modèle en la matière. Labellisée « trois radis » par Manger Demain, elle s’est engagée depuis plus de vingt ans dans une démarche d’amélioration de la qualité et de la durabilité des repas scolaires. <em>« Au départ, nos trois principaux objectifs étaient de garantir la sécurité alimentaire, des menus équilibrés (et avec cela, la diminution des protéines animales au bénéfice des légumes et féculents) et des aliments frais, de qualité »</em>, explique Céline Vander Sande, la responsable du Service Enseignement pour la Ville d’Ottignies-Louvain-la-Neuve<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup>. «<em> Ensuite, les motivations et objectifs ont évolué au fil des réussites et surtout, des progrès de l’agriculture biologique, de la relocalisation de certaines productions et de l’évolution sociétale autour de la vision des protéines : les alternatives végétariennes sont plus nombreuses, les bénéfices sont mieux connus du grand public, et leur acceptation sociale est meilleure. </em>»</p>



<p>La démarche et ses bénéfices s’articulent autour de trois grands points.</p>



<ol class="wp-block-list">
<li>D’une part, les cantines de la commune s’inscrivent dans une démarche écologique et qualitative. Elles prônent une alimentation durable, qu’elles concrétisent par l’utilisation de produits biologiques, frais et de saison. La part de ces produits augmente progressivement chaque année. Elles favorisent les circuits courts pour réduire les distances et donc les émissions de CO<sub>2</sub> et favoriser la production locale. Les déchets font également l’objet d’une attention particulière : « <em>Une pesée journalière permet de suivre le gaspillage alimentaire et d’adapter les recettes. Les déchets sont ensuite recyclés dans une usine de biométhanisation<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup> », </em>développe Céline Vander Sande.</li>



<li>D’autre part, la démarche soutient l’économie locale et l’optimisation des ressources. <em>«&nbsp;En favorisant l’approvisionnement local, nous réduisons la dépendance aux grandes chaînes d’approvisionnement et créons une résilience économique régionale. […] Nous encourageons une utilisation efficace de l’eau et de l’énergie, avec un suivi environnemental des processus&nbsp;».</em></li>



<li>Enfin, la démarche a également une importante dimension sociale. Les cantines durables permettent de faciliter l’insertion socio-professionnelle&nbsp;:&nbsp;<em>«&nbsp;La clause sociale impose au fournisseur d&rsquo;offrir 500 heures de formation par an à des publics en difficulté&nbsp;: jeunes, chômeurs, personnes en réinsertion&#8230; Cela favorise l’inclusion et l’employabilité dans la restauration collective.&nbsp;»</em>. Les repas s’accompagnent également d’une éducation au goût, c’est-à-dire, «&nbsp;<em>un programme éducatif, avec des animations pédagogiques et des visites chez les producteurs locaux, qui sensibilise les enfants à l&rsquo;importance de ce qu&rsquo;ils consomment et aux bienfaits d’une alimentation durable.&nbsp;».</em></li>
</ol>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«&nbsp;Nous avons dépassé le scepticisme de beaucoup de parents en servant des repas locaux, bio et en partie végétariens à leurs enfants qui en redemandent. Le plus étonnant, c’est de constater que certains plats végétariens figurent dans le top 5 des plats préférés des élèves.&nbsp;» </p>
</blockquote>



<p>Certains parents continuent d’émettre des doutes ou des remarques face à une alimentation davantage végétarienne, mais selon Céline Vander Sande,<em> <strong>«&nbsp;cela témoigne surtout d’une désinformation et de comportements peu éclairés en matière d’alimentation saine et durable. Face à cela, nous devons poursuivre un véritable travail pédagogique&nbsp;»</strong>.</em></p>



<p>Les retombées de la politique ne se limitent pas aux élèves. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p><em>«&nbsp;Au niveau du personnel, je pense que la démarche a au moins eu pour effet de le sensibiliser à la question de la durabilité. Notre fournisseur de repas a, via le cahier des charges, la mission de proposer des formations au personnel en charge des repas. Nous avons ainsi déjà pu sensibiliser celui-ci aux alternatives à la protéine animale (pourquoi diminuer la viande, comment valoriser ces repas auprès des enfants…) et plus largement, à l’éducation au goût à travers la diversité des aliments proposés.</em></p>



<p><em>Au niveau des producteurs, il est clair qu’un gros consommateur comme la Ville d’Ottignies-Louvain-la-Neuve est un argument de poids dans le chef de notre fournisseur pour convaincre des producteurs de s’engager dans des démarches de productions plus locales et plus respectueuses de l’environnement.&nbsp;»</em></p>
</blockquote>



<p></p>



<p>Quand on aborde la question des obstacles, Céline Vander Sande déconstruit quelques idées reçues&nbsp;: logistiquement, au niveau des écoles, proposer des repas sains n’est pas plus compliqué. Les repas arrivent prêts, dans des bains-marie en inox, à réchauffer. C’est au niveau des services de cuisines en amont que la logistique peut être différente. De même, repas sains ne riment pas forcément avec des prix plus élevés&nbsp;: réduire les distances de trajets des aliments, le gaspillage alimentaire et les protéines animales permet de proposer des repas durables sans en augmenter sensiblement les prix.</p>



<p>La transition vers des cantines durables s’est faite petit à petit, en augmentant chaque année la part d’aliments biologiques et issus de circuits courts, «<em>&nbsp;à un rythme respectueux de notre personnel, mais aussi de notre fournisseur et des producteurs qui doivent pouvoir s’ajuster peu à peu à nos exigences.&nbsp;»</em></p>



<h3 class="wp-block-heading">La Turbean à l’ULB</h3>



<p>Un autre exemple en matière de cantines durables est la Turbean, à l’Université Libre de Bruxelles. La cantine est née en 2019 de l’idée de quelques étudiant·es bioingénieurs, conscient·es de l’écart entre ce qu’ils et elles apprenaient en cours sur les systèmes alimentaires et leurs impacts environnementaux et ce qui leur était proposé comme restauration sur les cantines du campus. Implantée sur le site de l’Université, la Turbean accueille chaque jour les étudiant·es et sert environ 250 repas par jour. À la carte, un plat chaud différent chaque jour, une soupe ou un sandwich, toujours composé d’aliments biologiques, locaux et de saison.</p>



<p>Ici aussi, on affirme que la logistique d’une cantine durable n’est pas plus compliquée qu’une autre : « <em>On se fournit directement auprès de grossistes qui s’approvisionnent eux auprès de producteurs et productrices belges et biologiques. Et on trouve facilement ce dont on a besoin : les productions bio, c’est devenu assez facile à trouver »</em>, explique Chloé Bensoussan, gestionnaire de la Turbean<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup>. «<em> De temps en temps, on va se diriger vers des produits qui ne sont pas belges mais qui viennent de pays voisins, si on a besoin d’agrumes par exemple, mais ils seront en revanche toujours bio ».</em></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«<em>&nbsp;<strong>On entend souvent dire que cuisiner avec un modèle industriel serait moins cher et plus facile, mais il faut déconstruire cette idée</strong>. Nous on fait tout avec des produits bruts. On achète des légumineuses, des céréales, des légumes, et puis tout est cuisiné ici directement. Tout est maison, tout est frais. On ne propose pas de viande et que très peu de produits laitiers. Or ce sont souvent ces produits qui sont un peu plus coûteux. Ce sont aussi ces produits qui sont les plus contraignants au niveau des règles sanitaires. En ne les cuisinant pas on se facilite la vie. On n’a pas de gaspillage alimentaire non plus&nbsp;: soit on vend tout, soit on réutilise ce qu’il reste dans les plats du lendemain, en le transformant en soupe par exemple.</em></p>



<p><em>On a beau avoir de la concurrence sur le campus, avec Sodexo juste au-dessus de nous dans le bâtiment, on n’a aucun mal à écouler tous nos repas. On vend tout tous les jours, et on ne saurait de toute façon pas produire plus, vu le modèle qu’on a choisi, la taille de la cuisine, etc. Il y a deux personnes à temps plein pour la préparation des repas. C’est aussi ça <strong>la spécificité de notre modèle, c’est que nos cuisiniers et cuisinières gèrent les repas de A à Z</strong>. Dans d’autres cuisines collectives il y a une personne qui s’occupe uniquement d’éplucher, une de ranger des caisses, d’ouvrir des emballages. Ici, de l’idée du plat à sa confection, nos cuisiniers et cuisinières s’occupent de tout et ils et elles sont passionné·es par cela.</em>&nbsp;»</p>
</blockquote>



<p></p>



<p>Tout comme à Ottignies, la mission de la cantine ne se limite pas à nourrir les étudiant·es&nbsp;: </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«<em>&nbsp;On travaille aussi à éduquer à l’alimentation. D’une part, on se rend bien compte que ce que l’on propose comme plat peut être perçu comme de la bonne nourriture de bobo&nbsp;: ‘boulgour-panais’, ‘chou basilic cardamome’… ça ne parle pas à tout le monde et ça peut ne pas donner envie car on ne connaît pas. De temps en temps, on fait en sorte de proposer des classiques&nbsp;: des pâtes à la bolognaise, des burgers végés et patates au four, etc. Ça fait venir d’autres publics, qui apprennent à connaître la Turbean. D’autres part, on essaye de sensibiliser aux enjeux de l’alimentation. On propose des diffusions de films sur des thématiques liées à l’alimentation, on met à disposition de la documentation consultable sur place, on organise des animations… <strong>Et on essaye de toujours politiser nos ateliers&nbsp;: l’alimentation est éminemment politique</strong>.&nbsp;»</em></p>
</blockquote>



<h2 class="wp-block-heading">Bien manger. Qui paie l’addition&nbsp;?</h2>



<p>Les bénéfices des cantines scolaires durables sont évidents. La question qui reste en suspens est celle de leur financement. Car durables ou non, le prix des repas scolaires reste pour certains parents un obstacle de taille. Notre étude sur le poids de la précarité sur le droit à l’éducation<sup class="modern-footnotes-footnote ">10</sup> met en avant l’importance de proposer des repas gratuits dans les écoles. C’est une recommandation formulée par de nombreuses associations de terrain, ainsi que par le Délégué général aux droits de l’enfant dans son dernier rapport<sup class="modern-footnotes-footnote ">11</sup>. De plus, l’étude rappelle que la Belgique est un des seuls pays à ne pas avoir de politique pour des repas scolaires gratuits.</p>



<p><strong>Des cantines scolaires durables et accessibles à tous et toutes représentent bien plus qu’un service de restauration. Elles sont un levier de justice sociale, de santé publique et de transition écologique, qui bénéficie aux enfants, mais aussi à tous les acteurs et actrices de la chaîne de restauration collective.</strong></p>



<p>Les exemples d’Ottignies-Louvain-la-Neuve et de la Turbean montrent que cette transition est faisable et souhaitable. Les initiatives locales, aussi inspirantes soient-elles, ne suffiront pourtant pas à transformer le système alimentaire dans son ensemble. <strong>Il est temps de passer à l’échelle supérieure et que le politique s’empare de la question : généraliser les cantines durables, les rendre gratuites pour toutes et tous, et en faire un pilier de l’éducation et de la transition écologique.</strong></p>



<p>Le prix des cantines n’est pas une charge mais bien un investissement dans la santé, dans l’éducation des enfants et dans une agriculture locale et durable. De même, <strong>un repas sain et équilibré à l’école ne doit pas être considéré comme un privilège mais bien comme un droit fondamental pour chaque enfant</strong>.</p>



<div class="wp-block-columns fond-bleu is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<p>Pour aller plus loin sur l’importance de la gratuité des repas scolaires voir l’analyse <em><a href="https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2025-14/">La gratuité scolaire, nouvelle victime des mesures contre les plus vulnérables</a></em></p>



<p>Et pour en apprendre davantage sur les conséquences de la précarité sur le droit à l’éducation, voir l’étude <em><a href="https://vivre-ensemble.be/publication/etude-2025/">Le poids du cartable. Quand la précarité pèse sur le droit à l’éducation</a></em></p>
</div>
</div>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Collectif, Alimentation, activité physique, sédentarité et sommeil des adolescents scolarisés en région de Bruxelles-Capitale, Enquête HBSC 2022, SIPES, p. 28. Disponible sur <a href="https://www.ulb.be/medias/fichier/20240313-brochure-rbc-finale-2-_1714401180013-pdf">ulb.be (PDF)</a></div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.rtbf.be/article/pauvrete-infantile-plus-de-40-000-enfants-sautent-au-moins-un-repas-par-jour-en-belgique-11087118">rtbf.be</a></div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://tchak.be/index.php/2024/06/04/rendre-les-cantines-scolaires-gratuites-et-de-qualite/">tchak.be</a></div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.sciensano.be/fr/sujets-sante/obesite/chiffres">sciensano.be</a></div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.inami.fgov.be/fr/themes/soins-de-sante-cout-et-remboursement/maladies/obesite-et-surpoids-des-enfants-et-adolescents">inami.fgov.be</a></div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.mangerdemain.be/2021/09/10/etat-des-lieux-restauration-hors-domicile/">mangerdemain.be</a></div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Entretien par écrit (octobre 2025).</div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La biométhanisation est un processus biologique naturel de décomposition des déchets, souvent valorisés en production d’énergie.</div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Entretien réalisé à Bruxelles (octobre 2025).</div><div>10&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://vivre-ensemble.be/publication/etude-2025/">vivre-ensemble.be</a></div><div>11&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Délégué général aux droits de l’enfant, Droits de l’enfant. Tous incasables ?, Rapport annuel 2023-2024, Bruxelles, 2024, p. 77.</div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Juste Terre ! n°225</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/juste-terre-n225/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 20 Nov 2025 13:41:10 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://vivre-ensemble.be/publication/juste-terre-n225/</guid>

					<description><![CDATA[]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="titre-remplacement contenu150">
  <div class="m-0 ">
    <h2 class=" p-0 m-0 text-center h1 pt-5 mb-2"></h2>


  </div>
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           </div>
    


</div>
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		<item>
		<title>La gratuité scolaire, nouvelle victime des mesures contre les plus vulnérables</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2025-14/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 20 Nov 2025 13:24:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://vivre-ensemble.be/?post_type=publication&#038;p=40403</guid>

					<description><![CDATA[Elle était déjà insuffisamment développée en Fédération Wallonie-Bruxelles, la voici encore fragilisée : la gratuité scolaire est, malgré un rétropédalage partiel, une des victimes des économies décidées par le gouvernement francophone pour assainir ses finances. ]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="titre-trois">Elle était déjà insuffisamment développée en Fédération Wallonie-Bruxelles, la voici encore fragilisée&nbsp;: la gratuité scolaire est, malgré un rétropédalage partiel, une des victimes des économies décidées par le gouvernement francophone pour assainir ses finances. Pourtant, malgré le caractère obligatoire de la gratuité d’accès à l’éducation, celle-ci est loin d’être assurée pour les familles les plus vulnérables. La gratuité scolaire doit être pensée dans sa globalité et comme un droit universel, non pas comme une aide sociale réservée aux plus défavorisé.es. En filigrane, la question interroge également l’adéquation des politiques scolaires à la réalité des familles de 2025, par exemple celle des familles monoparentales et/ou des familles en situation de précarité. Il est également indispensable, pour des raisons sociales comme de santé publique, de permettre le financement de repas gratuits pour les élèves du fondamental.</p>



<p>Le récent conclave budgétaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles a abouti à l’annonce d’économies à hauteur de 260 millions d’euros pour l’exercice 2026, avec la perspective d’économies de 500 millions à la fin de la législature, en 2029<sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup>. Enseignement, culture, éducation permanente, le mantra répété par la ministre-présidente de la Communauté française, Elisabeth Degryse (Les Engagés), est que <em>«&nbsp;chacun fait sa part&nbsp;»</em>. Certaines mesures sont évidemment plus douloureuses que d’autres et, à l’heure où Action Vivre Ensemble fait campagne sur le droit à l’éducation<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup>, les limitations à la gratuité scolaire<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup> sonnent comme un retour en arrière qui, une nouvelle fois, frappe surtout les personnes les plus précarisées.</p>



<p>La ministre de l’Éducation, Valérie Glatigny (MR), formulait la réforme de la gratuité scolaire alors sur la table en ces termes&nbsp;<em>: « Il y aura une révision des mécanismes spécifiques de gratuité. Il y a deux mécanismes en particulier : des montants ‘gratuité’ pour les fournitures scolaires et également des montants ‘gratuité’ qui permettent de financer des repas scolaires dans les écoles les plus défavorisées – donc ce sont les classes avec un indice socio-économique de 1 à 5<sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup>. Il est prévu de mettre à disposition une partie des montants ‘gratuité’ dans les allocations de fonctionnement des établissements. On supprime les dispositifs actuels de gratuité de la 1<sup>re</sup> à la 3<sup>e</sup> primaire et on les reverse dans les allocations de fonctionnement en faisant une légère économie. Il y a également l’obligation d’une mise à disposition gratuite de fournitures scolaires pour les élèves qui en ont le plus besoin jusqu’en 6<sup>e </sup>primaire.<sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup>»</em></p>



<p>Si on lisait ceci en diagonale, on serait en droit de se dire&nbsp;: chic, la gratuité des fournitures scolaires est désormais étendue de la 3<sup>e</sup> primaire à la 6<sup>e</sup> primaire et les écoles auront plus de latitude pour attribuer lesdites fournitures et des repas scolaires. C’est le contraire&nbsp;: le dispositif ‘fournitures’ était purement et simplement supprimé et rendu «&nbsp;possible&nbsp;» jusqu’à la 6<sup>e</sup>. Et les repas seront encore moins aisés à obtenir que dans le passé. Comme le soulignait alors la Ligue des familles<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup>, les mesures annoncées sont à la fois ingérables et inacceptables. En effet, dans un contexte d’économies, les enveloppes de fonctionnement ne seront pas élargies, au contraire même puisqu’elles seront partagées entre plus d’écoles. Selon les projections, cela signifierait une augmentation des coûts de la rentrée en termes de fournitures scolaires de 104 euros par famille<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Dans un premier temps, une stigmatisation inacceptable</h2>



<p>Mais l’aspect le plus ingérable et le plus inacceptable, c’était le caractère stigmatisant de cette mesure. Protégée par la Constitution<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup> et par nombre d’engagements internationaux de la Belgique<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup>,<strong> la gratuité d’accès à l’éducation ne doit pas être vue comme une aide sociale destinée aux plus pauvres.</strong> Il s’agit d’un droit universel, de même que le droit de vote n’est pas réservé à telle ou telle couche de la population. <strong><em>«&nbsp;La gratuité scolaire est un droit, pour tous les enfants. Chacun y a droit, puisque chaque famille contribue déjà au financement du service public d’enseignement, à proportion de ses capacités financières via l’impôt&nbsp;»</em>,</strong> résume Merlin Gevers, de la Ligue des familles<sup class="modern-footnotes-footnote ">10</sup>.</p>



<p>Au-delà même du principe, c’est, on l’a dit, le caractère stigmatisant de cette mesure qui était inapproprié. La ministre Glatigny a souvent expliqué qu’elle estimait la gratuité universelle injuste car… elle profiterait aussi à ceux et celles qui n’en ont pas besoin&nbsp;(comme les allocations familiales, alors) ! &nbsp;Du coup, pour que la mesure ne «&nbsp;profite&nbsp;» qu’aux «&nbsp;pauvres&nbsp;», la logique qui était privilégiée était inversée et se transformait en stigmatisation. <em>«&nbsp;La ministre Glatigny souhaite (…) réserver la distribution du petit matériel scolaire aux seules familles en difficultés financières. Ceci transformerait concrètement la gratuité universelle en une aide sociale réservée à certain·es. Ce projet complexifierait énormément la tâche des écoles. Il engendrerait un sentiment d’arbitraire intolérable, découlant de “l’effet de seuil” généré (“pourquoi la famille Michel devrait-elle bénéficier de son droit fondamental à la gratuité scolaire, mais pas la famille Durant qui gagne 25 euros de plus par mois ?”). Il stigmatiserait les enfants de pauvres qui recevraient les crayons et classeurs de l’État devant leurs condisciples fournis par leurs parents… Et il violerait le droit fondamental.»</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">11</sup></p>



<p>On parle de stigmatisation car cette vision libérale aboutit à contraindre les plus défavorisé·es à se “<em>déclarer pauvres”</em>, ce qui pourrait avoir comme conséquence un non-recours aux droits, en plus de l’effet psychologique désastreux que peut avoir une telle démarche. À cela, évidemment, s’ajoute l’impossibilité pratique, pour une école, de procéder à un tel «&nbsp;tri&nbsp;» ou d’effectuer des distributions «&nbsp;à la tête du client&nbsp;». La Flandre pratique exactement l’inverse, distribuant le petit matériel scolaire jusqu’à la fin des primaires. Selon un sondage tout récent de la Ligue des familles, 9 parents sur 10 sont favorables à ce dispositif sans distinction socio-économique et 85% d’entre eux soutiennent son extension<sup class="modern-footnotes-footnote ">12</sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Rétropédalage partiel</h2>



<p>Toutefois, un peu moins d’un mois après ces annonces, le gouvernement francophone a réalisé un rétropédalage lors de la rédaction de son avant-projet de décret. Partiel car il revient sur quelques-uns des aspects les plus critiquables de cette réforme sans les éloigner tous. Le 3 novembre 2025, on apprenait effectivement que le gouvernement de la FW-B faisait marche arrière et reconnaissait l’obligation constitutionnelle d’assurer ces fournitures à tous les élèves<sup class="modern-footnotes-footnote ">13</sup>. Toutefois, le budget alloué à la gratuité des fournitures étendue à l’ensemble du fondamental descendra, à la rentrée 2026, de 24 à 11 millions d’euros, ce qui équivaut à voir divisé par trois le budget par enfant (20,46 euros dans le maternel contre 62,58&nbsp;actuellement; 24,52 euros dans le primaire contre 77 actuellement). De plus, une partie de la responsabilité est reportée sur les épaules des directions d’écoles, qui, déjà débordées, devront organiser cette gratuité. <em>«&nbsp;Comment les écoles vont-elles pouvoir fournir le matériel nécessaire à tous les élèves avec des moyens autant diminués ?&nbsp;»,</em> s’interroge la Ligue des familles<sup class="modern-footnotes-footnote ">14</sup>.</p>



<p>Même si les orientations budgétaires sont aujourd’hui prises, il y a aujourd’hui, de l’avis des acteurs de terrain concernés, nécessité de&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Réintroduire la gratuité scolaire</strong>, en ne la limitant pas aux trois premières années du primaire mais en l’étendant à tout le fondamental, et cela sans discrimination ou distinction sociale&nbsp;;</li>



<li><strong>Attribuer l’évaluation externe sur la gratuité</strong> et à en tirer les conclusions, ainsi qu’à <strong>restaurer l’inspection de la gratuité</strong> dans les écoles, supprimée par la ministre Glatigny<sup class="modern-footnotes-footnote ">15</sup>.</li>
</ul>



<h2 class="wp-block-heading">À quand des repas gratuits pour chaque élève&nbsp;?<strong> &nbsp;</strong></h2>



<p>Alors qu’un enfant sur <a>quatre vit</a> sous le seuil de pauvreté en Wallonie et que 4 sur enfants sur 10 sont dans ce cas à Bruxelles<sup class="modern-footnotes-footnote ">16</sup>, le besoin de repas gratuits à l’école est une question sociale autant que de santé publique. Dans nombre d’écoles, il n’est pas rare que les enfants arrivent sans la moindre nourriture pour passer la journée ou alors avec des aliments inadaptés à leurs besoins nutritifs (snacks, chips, confiseries, restes de la veille…).</p>



<p>Comme le résume la revue <em>Tchak</em>, <em>«&nbsp;rendre les cantines scolaires gratuites et de qualité est un puissant moyen de faire évoluer l’ensemble de la société vers une alimentation plus durable. Et de lutter contre les inégalités scolaires engendrées par les inégalités sociales&nbsp;»</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">17</sup>.</p>



<p>Pour toutes ces raisons, les dispositifs – communaux ou de la FW-B<sup class="modern-footnotes-footnote ">18</sup> – étaient les bienvenus malgré les limitations (priorité aux écoles à indice socio-économique faible&nbsp;: seules 425 sur 2500 écoles concernées). Mais, aujourd’hui, la Fédération restreint ces possibilités&nbsp;: les moyens dont bénéficient les écoles à encadrement différencié (c’est-à-dire celles qui bénéficient d’un meilleur encadrement car elles concentrent un public défavorisé) pour organiser des repas sont réduits de 21,4 à 8,2 millions d’euros, et dilués dans deux fois plus d&rsquo;écoles. Ceci entraine que le subside moyen par repas passe de 3,70 € à 43 cents.&nbsp;Le décret qui organisait les repas gratuits sera abrogé, laissant aux écoles la liberté théorique de les organiser, mais avec des moyens qui concrètement ne le permettent plus dans les faits. De manière plus large, les communes sont de plus en plus étranglées par le fédéral, singulièrement vu la limitation dans les temps des allocations de chômage et leur impact à venir dès 2026 sur les CPAS, insuffisamment refinancés.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" width="840" height="560" src="https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2025/11/renaud-confavreux-jtWrfcG0qD4-unsplash.jpg" alt="Un enfant devant un repas, en train de manger avec les mains" class="wp-image-40447" srcset="https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2025/11/renaud-confavreux-jtWrfcG0qD4-unsplash.jpg 840w, https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2025/11/renaud-confavreux-jtWrfcG0qD4-unsplash-300x200.jpg 300w, https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2025/11/renaud-confavreux-jtWrfcG0qD4-unsplash-768x512.jpg 768w, https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2025/11/renaud-confavreux-jtWrfcG0qD4-unsplash-600x400.jpg 600w" sizes="(max-width: 840px) 100vw, 840px" /><div class="image-licence" style="text-align: right; margin-top: 5px; font-size: 0.8em; color: #666; font-style: italic;">Licence : photo par Renaud Confavreux (unsplash)</div></figure>
</div>


<p>Il y a donc lieu de réclamer l’octroi d’un repas gratuit par jour pour chaque enfant à l’école, encore une fois sans discrimination. Comme le droit à l’éducation, le droit à l’alimentation est universel. Par ailleurs, nul n’indique que les repas pris sur le temps scolaires par les élèves les plus favorisé·es, <em>a fortiori</em> quand ils et elles sortent de l’école pour aller dans un snack ou un fast-food, sont plus sains que ceux des élèves les moins favorisé.es.</p>



<p>Au sujet des repas, se pose une question purement technique. Le temps de midi, puisque les enfants ne sont pas obligés de rester à l’école, n’est pas en tant que tel considéré comme du temps scolaire dans l’enseignement obligatoire alors qu’il est bien considéré comme tel dans les textes sur l’accueil de l’enfance<sup class="modern-footnotes-footnote ">19</sup>. Il est plus que temps de corriger cette absurdité, qui remonte à une époque patriarcale. Beaucoup d’acteurs de terrain militent pour la reconnaissance du temps de midi en tant que temps scolaire. D’autant plus que cet archaïsme aboutit à de nouvelles discriminations contraires au principe de gratuité scolaire&nbsp;: d’une part, les surveillances durant le temps extra-scolaire<sup class="modern-footnotes-footnote ">20</sup> (matin, midi, soir) peuvent être payantes selon les écoles<sup class="modern-footnotes-footnote ">21</sup>&nbsp;; d’autre part, l’exclusion du midi du temps scolaire sert d’argument à la ministre pour considérer que cette obligation n’incombe pas à la Fédération.</p>



<p>En filigrane, cette question des repas scolaires pose aussi une question sociétale rarement prise en compte&nbsp;: les temps scolaires ne correspondent plus réellement aux temps de la «&nbsp;vraie vie&nbsp;». Si la réforme des rythmes scolaires (7 semaines de cours-2 semaines de congé, moins de vacances l’été), instaurée en 2022 en FW-B, fait aujourd’hui la quasi-unanimité, les horaires quotidiens semblent moins correspondre à la réalité des familles de 2025 (activité professionnelle des femmes, télétravail, flexibilisation du travail, spécialement précaire, temps de transports…), singulièrement quand on se penche sur le quotidien des familles monoparentales, <em>a fortiori</em> présentant des risques de précarité.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’abaissement de l’obligation scolaire à 3 ans</h2>



<p>À la différence des autres matières liées à l’enseignement, l’obligation scolaire est une compétence fédérale. L’abaissement de cette obligation scolaire de 5 à 3 ans figure dans la déclaration gouvernementale de l’Arizona (gouvernement De Wever – N-VA, MR, CD&amp;V, Les Engagés,&nbsp;Vooruit). Elle est évidemment soutenue par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (MR, Les Engagés). Il y a donc de fortes chances que cette mesure entre en application d’ici à 2029. En réalité, le taux d&rsquo;inscription des enfants de 3 ans&nbsp;est déjà de 96,6% en Wallonie et 85,5% à Bruxelles.</p>



<p>Pourquoi l’aborder ici dans le cadre de la précarité&nbsp;? Parce que, comme le relève Frédéric Nils, professeur à l’UCLouvain, <em>«&nbsp;il y a (…) consensus sur la question (de savoir si cet abaissement permet de mieux lutter contre les inégalités sociales). Le débat, en Belgique, ne date pas d&rsquo;hier. Si la scolarité démarre précocement, par exemple vers l&rsquo;âge de trois ans, cela a pour effet de réduire les inégalités sociales à l&rsquo;école. En réalité, les années du cycle maternel permettent de réduire et de gommer les différences de niveau entre les élèves qui sont dues à des inégalités sociales. Il y a d&rsquo;ailleurs des travaux qui montrent que contrairement à ce que l&rsquo;on pourrait espérer, toute la scolarité n&rsquo;a pas un impact positif en termes de diminution des inégalités sociales… mais seulement la scolarité maternelle&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">22</sup>.</em></p>



<p>Pourquoi&nbsp;? À condition qu’une période d’adaptation soit prévue et, <em>«&nbsp;pour autant que l&rsquo;école ait les moyens de garantir un accueil de qualité pour chacun et tienne compte des besoins particuliers des élèves touchés par une précarité multidimensionnelle&nbsp;»</em>, l’abaissement de l’obligation scolaire à 3 ans peut changer beaucoup de choses. <em>«&nbsp;Grandir dans la précarité, c&rsquo;est être exposé à l&rsquo;insécurité, à plus de risque de violences et à moins de suivi parental. Un tel environnement rend l&rsquo;enfant moins réceptif aux apprentissages. Des services d&rsquo;aide précoce soulignent l&rsquo;intérêt d&rsquo;une obligation scolaire à 3 ans à condition que l&rsquo;école passe le relais pour une meilleure prise en charge de soutien à la périnatalité des familles&nbsp;: à&nbsp;5 ans, c&rsquo;est parfois trop tard pour voir que des enfants ont des retards de développement ou, éventuellement, subissent de la négligence ou de la maltraitance&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">23</sup>.</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">Conclusion&nbsp;?</h2>



<p>La gratuité scolaire n’est évidemment pas la réponse à tous les problèmes de précarité qui se posent dans une société où, non seulement, elle progresse fortement mais où, de plus, les publics les plus vulnérables sont ciblés en permanence par les politiques populistes ou franchement réactionnaires. Célébrée pour son État-providence, la Belgique possède un des taux de pauvreté infantile les plus élevés d’Europe et l’on peut difficilement ne pas faire de lien entre ces statistiques et l’absence de dispositifs suffisants. Le Délégué général aux droits de l’enfant (DGDE) le rappelle<sup class="modern-footnotes-footnote ">24</sup>&nbsp;: <em>«&nbsp;La gratuité scolaire n’est ni une faveur ni une aide sociale, elle fait partie du droit à l’éducation garanti par notre Constitution et par la Convention Internationale relative aux Droits de l’Enfant. (…) La gratuité scolaire ne relève pas de considérations politiques ou philosophiques mais bien des droits fondamentaux de tous les élèves de la Fédération Wallonie-Bruxelles. En ce sens, elle devrait rassembler toutes les décideuses et tous les décideurs sur le principe de l’intérêt supérieur de nos enfants. »</em></p>



<p>On devrait en réalité parler d’un droit à l’éducation sans frais et pas seulement d’un droit à l’éducation. <strong><em>«&nbsp;Il ne suffit pas de pouvoir inscrire gratuitement un enfant dans une école pour dire que l’accès à l’éducation est garanti&nbsp;»</em></strong> résume Nadia Echadi, fondatrice de l’asbl bruxelloise Maxi-Liens.</p>



<p>Tout récemment, le Délégué général aux droits de l’enfant a d’ailleurs formulé neuf recommandations <em>«&nbsp;pour une école plus juste et plus inclusive&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">25</sup></em>&nbsp;: l’extension de la gratuité scolaire y figure en bonne place à côté des questions sanitaires, de transport, de harcèlement, de suivi pédagogique et psychologique.</p>



<p>Il faut envisager effectivement la gratuité scolaire dans sa globalité, la maintenir et l’étendre&nbsp;: l’accès à l’école, les fournitures, le plafonnement des excursions et voyages et le repas de midi, tout ceci fait partie du même sujet et figure dans les recommandations du DGDE au gouvernement de la FW-B. &nbsp;<em>«&nbsp;La première des responsabilités du gouvernement, c’est de mettre en œuvre les engagements juridiques appelant la Fédération Wallonie-Bruxelles à arriver progressivement à la gratuité complète de l’école&nbsp;», </em>dit la Ligue des familles<sup class="modern-footnotes-footnote ">26</sup>. Car, comme le résume un rapport de la Fondation Roi Baudouin sur la déprivation des enfants, <em>«&nbsp;investir dans l’enfance ne doit pas être considéré comme un coût pesant sur les finances d’un pays, mais comme un investissement générant un rendement élevé par sa contribution à la croissance inclusive du pays. Assurer un revenu suffisant et un accès effectif aux services aux enfants déprivés et à leurs familles n’est pas seulement une obligation au regard des droits humains, mais aussi une question de bon sens économique&nbsp;»<sup class="modern-footnotes-footnote ">27</sup>.</em></p>



<p></p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Communiqué de presse du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, 10 octobre 2025&nbsp;: <a href="https://degryse.cfwb.be/home/communiques-de-presse/presses/budget-2026-2029-accord-au-gouvernement-de-la-federation-wallonie-bruxelles-pour-garder-sous-controle-le-deficit-budgetaire.html">degryse.cfwb.be</a></div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;WINANDY, Noémie,&nbsp;Le poids du cartable. Quand la précarité pèse sur le droit à l’éducation, étude Action Vivre Ensemble, septembre 2025. Disponible sur <a href="https://vivre-ensemble.be/publication/le-poids-du-cartable-quand-la-precarite-pese-sur-le-droit-a-leducation/">vivre-ensemble.be</a></div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;On avait déjà appris, quelques semaines plus tôt, que l’évaluation externe, attendue pour fin 2026 et censée faire le bilan de la gratuité des primaires 1 à 3 avant une extension en 4e, n’avait tout simplement pas été attribuée par la FWB&nbsp;(<a href="https://www.lesoir.be/701376/article/2025-09-26/la-gratuite-scolaire-un-dossier-enlise-dans-la-procedure">lesoir.be</a>).</div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;L’indice socio-économique (ISE) des établissements est calculé en agrégeant les revenus, les niveaux de diplôme, l’activité professionnelle, les taux de chômage et d’activité&nbsp;et la proportion de bénéficiaires d’une aide sociale des parents d’une école.</div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Lors de la conférence de presse du gouvernement de la FW-B, le&nbsp;10 octobre 2025.</div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;GEVERS, Merlin, L’école sera plus coûteuse encore… et les enfants en paient le prix, Analyse Ligue des familles, octobre 2025. Disponible sur <a href="https://liguedesfamilles.be/storage/41142/251015-Analyse---L%C3%A9cole-sera-plus-couteuse-encore.pdf">liguedesfamilles.be (PDF)</a></div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;VANDENABEELE, Caroline, Les enfants de familles en difficulté financière vont devoir porter la honte de leur pauvreté jusque dans leur cartable dans La Libre, 14 octobre 2025. Disponible sur « Les enfants de familles en difficulté financière vont devoir porter la honte de leur pauvreté jusque dans leur cartable » &#8211; La Libre</div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Article 24&nbsp;: «&nbsp;L&rsquo;accès à l&rsquo;enseignement est gratuit jusqu&rsquo;à la fin de l&rsquo;obligation scolaire».</div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;De nombreux textes fondamentaux, nationaux et internationaux, garantissent le droit à l’enseignement et à l’éducation. La gratuité d’accès à l’enseignement obligatoire permet de garantir ce droit, elle est donc elle aussi garantie par ces textes fondamentaux&nbsp;(<a href="http://www.enseignement.be/index.php?page=26782&amp;navi=3390">enseignement.be/index.php?page=26782</a>).</div><div>10&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;GEVERS, Merlin, La gratuité scolaire pour tout le monde ou en option&nbsp;? dans Politique, juin 2025. Disponible sur <a href="https://www.revuepolitique.be/la-gratuite-scolaire-pour-tout-le-monde-ou-en-option/">revuepolitique.be</a>&nbsp;; <a href="https://shs.cairn.info/revue-nouvelle-2025-2-page-88?lang=fr">shs.cairn.info</a></div><div>11&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Idem.</div><div>12&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;GEVERS, op. cit.</div><div>13&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;BURGRAFF, Eric, Fournitures scolaires&nbsp;: le budget par élève divisé par trois dans Le Soir, 3 novembre 2025. Disponible sur <a href="https://www.lesoir.be/708625/article/2025-11-03/fournitures-scolaires-le-budget-par-eleve-divise-par-trois">lesoir.be</a></div><div>14&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ligue des familles, post Facebook, 3 novembre 2025.</div><div>15&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://liguedesfamilles.be/article/valerie-glatigny-suspend-linspection-de-la-gratuite-scolaire-dans-les-ecoles-un-recul-majeur-pour-les-familles-et-les-enfants">liguedesfamilles.be</a></div><div>16&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.unicef.be/fr/plaidoyer/le-plaidoyer-sur-divers-themes-politiques/la-pauvrete-infantile">unicef.be</a></div><div>17&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;WU, Sang-Sang, Rendre les cantines scolaires gratuites et de qualité dans Tchak, 4 juin 2024. Disponible sur <a href="https://tchak.be/index.php/2024/06/04/rendre-les-cantines-scolaires-gratuites-et-de-qualite/">tchak.be</a></div><div>18&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://economie.wallonie.be/demandes/3423_demander-une-subvention-pour-des-repas-gratuits-sains-et-durables-dans-l-enseignement-fondamental.html">economie.wallonie.be</a></div><div>19&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="http://www.enseignement.be/index.php?page=26778&amp;navi=3386">droitsdelenfant.be</a></div><div>20&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.ufapec.be/positions-de-l-ufapec/20190827-position-accueil-extrasco-inegalites.html">ufapec.be</a></div><div>21&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://liguedesfamilles.be/article/400-euros-par-an-pour-midi-a-lecole">liguedesfamilles.be</a></div><div>22&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;DIVE, Alice, La scolarisation précoce permet-elle vraiment de gommer les inégalités sociales&nbsp;? dans La Libre, 20 février 2025. Disponible sur <a href="https://www.lalibre.be/debats/entretiens/2025/02/20/la-scolarisation-precoce-permet-elle-vraiment-de-gommer-les-inegalites-sociales-MPXU2C4SEZHNFBV3PP3TUEN5WE/">lalibre.be</a></div><div>23&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;HOUSSONLOGE, Dominique, Obligation scolaire à 3 ans&nbsp;: un levier pour les publics vulnérables&nbsp;?, Analyse Ufapec, décembre 2024. Disponible sur <a href="https://www.ufapec.be/nos-analyses/1924-obligation-scolaire-3ans-echec.html">ufapec.be</a></div><div>24&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.defenseurdesenfants.be/article/gratuite-de-l-enseignement-peril-en-federation-wallonie-bruxelles">defenseurdesenfants.be</a></div><div>25&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;VANDENABEELE, Caroline, Harcèlement, redoublement, frais… Face aux problématiques scolaires, le Délégué général aux droits de l’enfant imagine une école ‘plus juste’ dans La Libre, 29 octobre 2025. Disponible sur <a href="https://www.lalibre.be/belgique/enseignement/2025/10/29/harcelement-redoublement-frais-face-aux-problematiques-scolaires-le-delegue-general-aux-droits-de-lenfant-imagine-une-ecole-plus-juste-Q4Q5U2FHMRBLPKJJ4GDQI3UY7Q/">lalibre.be</a></div><div>26&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;GEVERS, op. cit.</div><div>27&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;GUIO, Anne-Catherine et VAN LANCKER, Wim, La déprivation des enfants en Belgique et dans ses régions&nbsp;: que disent les nouvelles données, rapport Fondation Roi Baudouin, octobre 2023. Disponible sur <a href="https://kbs-frb.be/fr/la-deprivation-des-enfants-en-belgique-et-dans-ses-regions-que-disent-les-nouvelles-donnees-0">kbs-frb.be</a></div>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Familles monoparentales &#8211; Une prise en compte qui ne passera pas par la création d’un statut</title>
		<link>https://vivre-ensemble.be/publication/analyse2025-13/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[agnez]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Nov 2025 10:27:35 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Un an après avoir annoncé la création d’un statut en faveur des familles monoparentales, la majorité MR-Les Engagés fait marche [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="titre-trois">Un an après avoir annoncé la création d’un statut en faveur des familles monoparentales, la majorité MR-Les Engagés fait marche arrière&nbsp;: elle estime la chose complexe et préfère se concentrer sur l’adaptation concrètes des politiques existantes. Si le nombre de familles monoparentales est en constante progression, leur recensement n’est pas simple en raison du décalage entre les statistiques et la réalité. Ce qui est sûr, en revanche, c’est le caractère aggravant de cette situation en termes de précarité, à une époque où un salaire ne suffit parfois pas à boucler les fins de mois. Le fait d’être parent solo constitue un obstacle supplémentaire tant au logement qu’à l’emploi.</p>



<p>Namur, 11 juillet 2024. Tout à leur <em>‘bromance’ </em>du moment, les présidents du MR, Georges-Louis Bouchez, et des Engagés, Maxime Prévot, annoncent le contenu de l’accord de gouvernement qu’ils ont négocié pour la Région wallonne. Lors de la présentation de cet accord, une petite phrase ne manque pas d’attirer l’attention des associations de terrain&nbsp;: <em>« &nbsp;À l&rsquo;instar de la création du statut ‘famille nombreuse’, le futur gouvernement mettra en place un statut de ‘famille monoparentale’, offrant des aides et avantages à ce type de famille.</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">1</sup><em> »</em></p>



<p>Pourtant, en 2025, <em>« &nbsp;(si) les programmes politiques et les médias évoquent de plus en plus la thématique de la monoparentalité<strong>, il n’existe pas de politiques publiques d’envergure pour soutenir les parents solos.</strong> Le fait d’être une femme, sans emploi et parent solo expose à un risque accru d’exclusions, principalement économiques et sociales. Les politiques sont encore bâties sur la norme familialiste de la duoparentalité qu’elles privilégient, notamment au travers du régime fiscal. Tout est organisé comme si les deux parents contribuaient ensemble (même s’ils sont séparés) à l’éducation de leur enfant. Quand on s’écarte de cette norme, ça dérange. Les mamans qui élèvent seules et de manière autonome leurs enfants doivent se battre pour survivre et faire valoir leurs droits<sup class="modern-footnotes-footnote ">2</sup>&nbsp; »,</em> résume la Fédération des services sociaux (FdSS).</p>



<h2 class="wp-block-heading">10% de familles monoparentales au sein de la population, 40% dans les quartiers précarisés</h2>



<p>Selon les derniers chiffres de Statbel<sup class="modern-footnotes-footnote ">3</sup>, la Belgique compte 10% de familles monoparentales (telles que définies par <em>«  un seul parent avec un ou plusieurs enfants  »</em>), des chiffres qui peuvent être éventuellement <strong>sous-estimés comme surestimés</strong>. En effet, que l’on soit famille monoparentale ou en garde alternée, les enfants ne peuvent être domiciliés que chez un seul parent : il n’existe pas de moyen de savoir quels enfants restent en permanence avec un de leurs parents et lesquels passent systématiquement (et à quelle régularité) de l’un à l’autre. Comme expliqué par l’IBSA (Institut bruxellois de statistique et d’analyse), <em>«  la typologie se basant sur le domicile légal des individus, chaque enfant de parents séparés n’est jamais assigné qu’à un seul domicile, même si, dans les faits, la coparentalité est parfois de mise. Par conséquent, et quelle que soit la répartition effective de la garde parentale, la séparation d’un couple (marié ou non) avec enfant(s) aboutit à la création de deux ménages distincts, composés le plus souvent d’un ménage monoparental dans le chef du parent chez qui les enfants sont domiciliés et d’un ménage isolé pour l’autre parent</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">4</sup> <em> ». </em>Ce qui peut aboutir, en fonction du mode de garde appliqué et de son effectivité, à la fois à sous-estimer et à surestimer le nombre de familles monoparentales (d’une part, en «  oubliant  » les parents chez qui les enfants ne sont pas domiciliés et qui en ont pourtant la garde ; d’autre part, en négligeant que les parents chez qui les enfants sont domiciliés n’en ont pas nécessairement la garde).</p>



<p>Comme le résume la Ligue des familles, <em>«  les critères identifiant la charge de famille dans les législations sont souvent la composition de ménage et/ou les allocations familiales et/ou l’avertissement extrait de rôle, auxquels est souvent accolée la mention que d’autres preuves définies par le ministre, le secrétaire d’État, le conseil d’administration, l’administration sont recevables. Pour les parents séparés ayant la garde partagée de leurs enfants, ce sont un jugement, un accord notarié ou un d’un·e médiateur·trice agréé·e, homologué auprès d’un Tribunal de la famille/d’une Cour d’appel mentionnant l’hébergement partagé qui font foi de la charge officielle d’enfants. Or, il s’avère que de nombreuses familles monoparentales ne recourent pas à la justice, à un notaire ou un·e médiateur·trice agréé·e pour s’organiser au moment de la séparation. Et malgré qu’elles hébergent leur enfant une partie du temps, elles ne sont pas reconnues comme en ayant officiellement la charge et sont donc privées des réductions/montants majorés auxquels elles devraient avoir droit ou de l’accès à des aides pourtant bien nécessaires au regard de leur situation socio-économique”</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">5</sup>.</p>



<p>Ces réserves faites, retenons que<sup class="modern-footnotes-footnote ">6</sup>&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>En 2025, 10% des ménages sont considérés en Belgique comme des familles monoparentales, soit 519 000 ménages. C’est un chiffre stable&nbsp;: 9,5% en 2005, 9,9% en 2015. Selon le Bureau fédéral du plan, elles seraient 604 000 en 2060.</li>



<li>Ce sont très majoritairement les femmes qui sont à la tête des familles monoparentales&nbsp;: 87% des cas en Région bruxelloise contre 81% des cas en Régions flamande et wallonne. Dans la majorité (2/3) des familles monoparentales, il n’y a qu’un enfant.</li>



<li>Sur le plan régional, la proportion de familles monoparentales est plus importante en Wallonie (12,3%&nbsp;; 203 000 ménages) et à Bruxelles (11,6%, 68 000 ménages) qu’en Flandre (8,4%, 249 000 ménages).</li>



<li>Si l’on considère la monoparentalité comme facteur aggravant de la précarité, on ne peut que constater que les familles monoparentales, en plus d’être plus présentes en Wallonie et à Bruxelles qu’en Flandre, sont également plus présentes dans les régions défavorisées qu’ailleurs. Ainsi, en Wallonie, la part des 32% de familles monoparentales (sur l’ensemble des ménages avec enfants) est dépassée à Liège, Verviers, Charleroi et sa région, La Louvière, Mons et le Borinage, alors qu’elle atteint au maximum 25% en Flandre (à Anvers).</li>



<li>À Bruxelles, on atteint quasiment les 40% dans les quartiers populaires des Marolles, du bas de Saint-Gilles ou du centre d’Ixelles. Et jusqu’à 45% dans les cités sociales les plus importantes (notamment dans les communes aisées de Watermael-Boitsfort et Uccle). On est en revanche sous les 20% dans les quartiers d’Uccle ou de Woluwe-Saint-Pierre présentant de vastes et coûteuses surfaces de logement. Notons encore que, le facteur socio-culturel&nbsp; est déterminant dans l’existence même des familles monoparentales&nbsp;: ainsi, malgré leur forte densité et leur précarité, des communes ou de zones comme Molenbeek, Bruxelles-Laeken, Bruxelles-Maritime ou Schaerbeek, présentent une proportion importante de personnes originaires du Maghreb où la monoparentalité est moins fréquente. Des taux deux fois moins élevés s’observent pour les parents de nationalité turque ou d’Afrique du Nord (9 et 11%) par rapport aux parents de nationalité belge (20%).</li>



<li>Parmi les enfants qui n’habitent pas avec leurs deux parents, environ deux sur cinq vivent tout le temps avec leur mère (soit environ 230 000 enfants en Belgique, dont 100 000 en Wallonie) et un sur six vit la plupart du temps avec elle. À l’opposé, seul un enfant de parents séparés sur vingt vit principalement chez son père (soit environ 30 000 enfants en Belgique, dont 15 000 en Wallonie). Dans l’ensemble, les modes de garde après une séparation s’éloignent assez nettement de l’objectif de la loi de 2006 qui visait à privilégier l’hébergement égalitaire, puisque cette situation ne concerne qu’un enfant de parents séparés sur cinq (soit environ 120 000 enfants en Belgique, dont 40 000 en Wallonie). Quand on dit «  chez le père  » ou «  chez la mère  », cela ne veut pas dire nécessairement qu’il s’agit de familles monoparentales mais les familles recomposées sont relativement peu fréquentes, puisque seul un enfant de parents séparés sur cinq vit avec un beau-parent<sup class="modern-footnotes-footnote ">7</sup>.</li>
</ul>



<h2 class="wp-block-heading">Un facteur aggravant de précarité</h2>



<p>Ce qui caractérise les familles monoparentales (<em>a fortiori</em> quand le seul parent est la mère), c’est évidemment le caractère foncièrement aggravant de cette situation par rapport aux risques de pauvreté. La première explication, la plus évidente, est le lien direct entre le fait de <strong>ne disposer que d’un seul salaire (au mieux…) pour faire vivre un parent et un ou plusieurs enfants alors que, pour beaucoup de ménages, il est déjà difficile de s’en sortir avec deux salaires à temps plein</strong>. D’abord, les frais de logement, de transport, de santé, d’éducation, d’alimentation restent aussi élevés avec un salaire qu’avec deux. Ensuite, la plupart des familles monoparentales sont sous la responsabilité d’une femme&nbsp;: celles-ci sont en général pénalisées sur le marché du travail parce qu’elles travaillent à temps partiel ou dans des emplois peu rémunérateurs, flexibles ou précaires. L’organisation que demande la structure de la famille monoparentale (déplacements vers l’école, la crèche, les activités extrascolaires, déplacements liés à la santé ou aux situations de handicap), spécialement quand la mobilité est limitée (pas de voiture, peu de transports publics et à un prix de plus en plus prohibitif), peut empêcher les femmes d’accéder à un emploi, ou les faire tomber dans ce que l’on appelle les « &nbsp;pièges à l’emploi&nbsp; »<sup class="modern-footnotes-footnote ">8</sup> (voir <em>infra</em>).</p>



<h2 class="wp-block-heading">En chiffres<sup class="modern-footnotes-footnote ">9</sup></h2>



<ul class="wp-block-list">
<li>En Belgique, les membres des&nbsp;familles monoparentales&nbsp;courent un risque quatre fois plus élevé de basculer dans la précarité (41,3%) que les membres d&rsquo;une famille composée par exemple de deux adultes et deux enfants (9,8%).</li>



<li>64% des parents déclarent rencontrer des difficultés financières après une séparation.</li>



<li>26,8% des enfants vivant dans une famille monoparentale connaissent une situation de privation matérielle, contre 3,5 % à 9,2 % dans les ménages composés de couples.</li>



<li>56 % des enfants vivent avec leur mère à temps plein et 40 % de ceux vivant principalement avec elle vivent dans un ménage en difficulté pour boucler le budget.</li>



<li>Plus de 40% des familles monoparentales n’ont pas les moyens de partir en vacances tandis que 20% des familles monoparentales déclarent ne pas pouvoir offrir d’activités de loisirs à leurs enfants, limitant leur accès à la culture et aux sports.</li>
</ul>



<p>Nombre d’enjeux prioritaires sur lesquels travailler concernent donc des dispositifs existants&nbsp;: par exemple, en favorisant les réductions dans les transports publics, en garantissant de meilleures prises en charge des soins de santé, en donnant accès aux logements sociaux, en modifiant le statut de cohabitant&#8230; Il n’en reste pas moins que, dans les aspects centraux de la vie quotidienne que sont l’emploi et le logement, la personne se retrouve le plus souvent sur un marché privé régi par la concurrence&nbsp;et qui donnera la priorité au logement à ceux et celles qui pourront prouver rapidement leur solvabilité et la priorité à l’emploi à ceux et celles qui pourront faire valoir leur disponibilité et leur flexibilité.</p>



<p>Concentrons-nous ici sur ces deux volets et, surtout, sur les solutions qui peuvent y être apportées.</p>



<p><strong>Le logement. </strong>Les difficultés ne manquent pas pour les familles monoparentales (pas que pour elles d’ailleurs)<sup class="modern-footnotes-footnote ">10</sup>,  : difficulté à réunir la garantie locative (45%), difficulté à payer le loyer (43%), manque de logements abordables et de qualité (22%), revenu trop bas (17%), conciliation vie familiale et professionnelle (11%), déséquilibre entre le loyer et les revenus (plus de la moitié : 28%), mauvaise isolation et humidité (35%), désinscription des listes d’attente pour les logements sociaux vu la difficulté à en obtenir (40%), renoncement à un certain nombre de critères (nombre de chambres, proximité des transports, de l’école, chauffage central, ascenseur, etc.)… Le tout provoquant évidemment un spectaculaire cercle vicieux du type : ”<em>j’occupe un logement humide, qui provoque des pathologies chez mes enfants, qui engendrent des soins de santé coûteux et mobilisant ma disponibilité, laquelle m’empêche d’accéder à un emploi, me privant d’un revenu suffisant pour occuper un logement de qualité, etc</em>. »</p>



<p>Le logement est, rappelle une étude de la Fondation Roi Baudouin sur la privation des enfants, est «  <em>un des premiers aspects à travailler (&#8230;) car il conditionne tous les aspects d’une vie. Il y a un potentiel d’amélioration inexploité dans les logements sociaux. Les enfants [pauvres] qui vivent dans un logement social ont plus de chance de vivre dans un logement de qualité que ceux qui vivent dans un logement issu du marché locatif privé. Or, on sait combien un logement adéquat et un environnement sain peuvent casser le cycle de la pauvreté parce que cela impacte toutes les conditions de vie. 75% des enfants [pauvres] ne vivent pas dans un logement social, voilà donc un levier d’action politique à actionner pour améliorer efficacement les conditions de vie des enfants et les sortir de la pauvreté&nbsp;!</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">11</sup> <em> »</em></p>



<p>Selon cette étude, en effet, les personnes concernées considèrent que les mesures prioritaires à prendre sont : les aides au logement (56%), l’augmentation du parc immobilier privé abordable (52%), les aides aux charges (49%), les aides à l’accès à la propriété (43%), l’encadrement des loyers (38%), le développement des logements sociaux publics (30%), qui ne représentent, malgré les caricatures, que 6,5% du logement belge contre 34% aux Pays-Bas<sup class="modern-footnotes-footnote ">12</sup>. Rappelons que les frais liés au logement représentent au moins le tiers du budget des ménages<sup class="modern-footnotes-footnote ">13</sup>.</p>



<p><strong>L’emploi. </strong>Le Sénat vient de commander un rapport sur le sujet<sup class="modern-footnotes-footnote ">14</sup> en s’appuyant sur le descriptif suivant&nbsp;: « <em>Les données disponibles montrent que les taux d’emploi des chef·fes de familles monoparentales (70,4%) est largement inférieur aux taux d’emploi des couples avec enfants (83,8%). De plus, 50% des parents solos salariés occupent un emploi à temps partiel, avec des revenus limités. Dès lors, une part significative des &nbsp;chef·fes de familles monoparentales est en situation d’inactivité ou de sous-emploi, principalement en raison de contraintes spécifiques telles que l’absence de solutions de garde adaptées, des horaires de travail incompatibles avec les horaires scolaires, une mobilité limitée, une surcharge mentale ou encore une forte discrimination sur le marché de l’emploi.<sup class="modern-footnotes-footnote ">15</sup> »</em></p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-medium"><img decoding="async" width="300" height="200" src="https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2025/11/jonathan-sanchez_unsplash-300x200.jpg" alt="" class="wp-image-40321" srcset="https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2025/11/jonathan-sanchez_unsplash-300x200.jpg 300w, https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2025/11/jonathan-sanchez_unsplash-1024x683.jpg 1024w, https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2025/11/jonathan-sanchez_unsplash-768x512.jpg 768w, https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2025/11/jonathan-sanchez_unsplash-600x400.jpg 600w, https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2025/11/jonathan-sanchez_unsplash.jpg 1200w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /><div class="image-licence" style="text-align: right; margin-top: 5px; font-size: 0.8em; color: #666; font-style: italic;">Licence : photo par Jonathan Sanchez</div></figure>
</div>


<p>Pour rappel, ce sont les CPAS qui attribuent le RIS (revenu d’intégration sociale) aux personnes privées de ressources suffisantes. Ce sont eux donc qui seront les premiers concernés par la décision du gouvernement de limiter les indemnités de chômage à deux ans à partir du 1er janvier 2026. wallons et bruxellois ont présenté l’état de la situation. Pour eux, la principale préoccupation est que, depuis quelque 5 ans, <strong>un emploi n’est même plus la garantie de pouvoir vivre sans aide publique.</strong> 10% des travailleurs et travailleuses bénéficient désormais d’un complément de revenu de la part du CPAS. Si l’on part du revenu minimum garanti (RMMG), soit un salaire brut de 1954,99 euros, le travailleur ou la travailleuse qui vit avec son jeune enfant doit en déduire au moins 500 euros (frais de crèche, frais de transports vers la crèche/l’école et l’emploi…) pour viser un solde disponible de 1400 euros quand un·e bénéficiaire du RIS (revenu d’insertion sociale) de catégorie 3 (famille à charge) touche 1776 euros sans retenue fiscale ni frais de garde ou de transport<sup class="modern-footnotes-footnote ">16</sup>. C’est ce que l’on appelle le « piège à l’emploi&nbsp; » et il touche spécialement les chef·fes de familles monoparentales puisque ces personnes ont, par rapport à la période où ils et elles étaient éventuellement en couple, des revenus disponibles nettement inférieurs mais pas nécessairement moins de dépenses. Pour les CPAS, le parcours vers l’emploi n’est pas adapté à leur réalité. Pas seulement en raison des « pièges à l’emploi&nbsp; » mais également en raison des problèmes liés à la garde des enfants et de notions comme la « disponibilité au travail&nbsp; » (recherche active…) ou les « absences aux rendez-vous<em> </em> » avec l’Onem, le Forem, Actiris.</p>



<p>Une nouvelle fois, c’est du côté des dispositifs existants qu’il semble nécessaire de chercher des réponses, mais aussi de la demande, récurrente dans le monde associatif, d’attribuer les aides en fonction des revenus et non des statuts. D’autant qu’il existe désormais un outil<sup class="modern-footnotes-footnote ">17</sup> permettant aux CPAS de déterminer si les revenus sont suffisants pour vivre. C’est aussi aux marges de la politique de l’emploi qu’il faut travailler, selon les CPAS : gestion des places en crèches, accompagnement psychosocial de qualité en vue d’une insertion socioprofessionnelle durable à moyen et long terme pour les ayants droits engagés dans un trajet/parcours d’insertion socioprofessionnelle, en ce compris les parents solos…</p>



<h2 class="wp-block-heading">Paroles de mamans solos</h2>



<p>Plusieurs institutions comme Vie féminine, la Mutualité chrétienne ou la Fédération des services sociaux ont instauré des groupes de parole : les témoignages cités ici en proviennent<sup class="modern-footnotes-footnote ">18</sup>.</p>



<p><em>« &nbsp;On n’a pas d’aide du gouvernement pour trouver un emploi. Oui, c’est évident, il y a un trou dans le CV et on manque d’expérience et de réseau quand on se met à chercher du boulot. C’est d’autant plus violent, à chaque fois, d’être renvoyée à notre situation de monoparentalité&nbsp; ».</em></p>



<p><em>« &nbsp;Mes enfants avaient 3, 2 et 1 ans quand le papa a décidé de partir, 2 mois après le confinement. C’était chaud. (…) Je n’avais pas de boulot depuis des années parce que les enfants sont rapprochés. (…) Dans notre vie ensemble, le père bossait à mort comme indépendant et moi j’étais coincée à la maison. Et lui donc coincé au boulot. Chacun était coincé. Et maintenant, c’est toujours la même chose. Ce serait difficile de switcher – pour moi de trouver un boulot – vu que j’ai la garde principale. C’est bizarre de se dire que la dynamique reste la même.&nbsp; »</em></p>



<p><em>« &nbsp;[Mon enfant me demande de rendre des comptes] Quand tu ne travailles pas, qu’est-ce que tu fais de tes journées ? Alors qu’en plus, je ne vois pas comment je pourrais travailler avec tous les suivis psy, logopèdes, etc. Et ça, les enfants ne le voient pas.&nbsp; »</em></p>



<p><em>« &nbsp;Beaucoup de personnes se questionnent sur le côté matériel&nbsp;: comment on s’en sort ? Ça a l’air suspect&#8230; ou les gens tournent autour du pot&nbsp;: comment tu paies ton essence, ta voiture ? ou “Les gens se disaient peut-être que je me prostituais. Chez nous (en Afrique), quand tu te débrouilles&#8230;” ou encore “Tous les centres de soins, les PMS, etc. doivent arrêter de nous marginaliser. Qu’on arrête de dire&nbsp;: on va attendre que monsieur soit là”.&nbsp; »</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">Statut <em>or not</em> statut ?</h2>



<p>Lors de leurs consultations de la société civile, les deux présidents de partis avaient notamment rencontré le Collectif des familles monoparentales (Co.Fa.Mon)<sup class="modern-footnotes-footnote ">19</sup>, association liégeoise soutenue au cours des dernières années par Action Vivre Ensemble<sup class="modern-footnotes-footnote ">20</sup>. Quelques semaines plus tôt, sa fondatrice et présidente, Marie-Claire Mvumbi, avait été invitée à présenter ses propositions au Parlement wallon<sup class="modern-footnotes-footnote ">21</sup> suite à une pétition<sup class="modern-footnotes-footnote ">22</sup> qui demandait un soutien régional aux familles monoparentales par plusieurs moyens : une adaptation des allocations familiales, une priorité dans les logements sociaux, un accompagnement à la réinsertion socio-professionnelle, un tarif préférentiel pour les transports publics, un avantage fiscal, l’individualisation et l’automatisation des droits<sup class="modern-footnotes-footnote ">23</sup>. En gros, ce qu’on pourrait appeler la création d’un statut de famille monoparentale.</p>



<p>À l’époque, la nouvelle majorité s’était dit convaincue de la nécessité d’un tel dispositif. Tellement que Les Engagés ont, fait rarissime, coopté Marie-Claire Mvumbi comme sénatrice. Pourtant, à l’échelon francophone/wallon, la cause a reculé même si la nouvelle sénatrice a, pour sa part, lancé un colloque<sup class="modern-footnotes-footnote ">24</sup> et le rapport susmentionné au sein de son institution.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La limitation du chômage, un nouveau coup dur</h2>



<p>Non seulement, les choses n’ont pas évolué comme l’espéraient les partisan·es d’un statut mais, entre-temps, le gouvernement Arizona a transformé en réalité une de ses obsessions : <strong>la limitation dans le temps des allocations de chômage qui, plutôt que de <em>« réduire la précarité des familles monoparentales  »</em> comme promis<sup class="modern-footnotes-footnote ">25</sup>, s’apprête à plonger dans celle-ci nombre de personnes qui parviennent jusqu’ici à ne pas sombrer !</strong></p>



<p>À quelques semaines de l’entrée en vigueur de cette mesure-totem pour la droite conservatrice, la Ligue des familles a effectivement publié un sondage<sup class="modern-footnotes-footnote ">26</sup> sur cette réforme auprès de parents belges. Si 63% des personnes interrogées sont favorables à l’esprit d’une limitation dans le temps des allocations de chômage <em>« présentée de manière théorique  »</em>, la plupart des répondant·es considèrent que la règle doit être assouplie dans certains cas (familles monoparentales, enfants atteints de handicap, parents travaillant à horaires atypiques…). Ainsi, 59% des personnes interrogées estiment qu’une maman solo doit conserver ses allocations de chômage le temps de trouver un emploi adapté à sa situation familiale. Un avis partagé dans tout le pays : 56% en Flandre, 61% en Wallonie, 71% à Bruxelles.</p>



<p>La réponse du MR laisse peu de place à l’optimisme : <em>« Nous ne considérons pas qu’être maman solo est un motif suffisant pour être au chômage toute sa vie<sup class="modern-footnotes-footnote ">27</sup> »</em> (David Clarinval, ministre de l’Emploi) ; <em>« Parmi mes collaboratrices au MR, certaines sont des mères célibataires et cela ne les empêche de travailler. D&rsquo;accord, être mère célibataire, c&rsquo;est très compliqué jusqu&rsquo;à l&rsquo;âge de l&rsquo;entrée à l&rsquo;école, mais après ? Cela demande de l&rsquo;organisation, mais c&rsquo;est possible<sup class="modern-footnotes-footnote ">28</sup> »</em> (Georges-Louis Bouchez, président du MR, qui vient de nommer sa compagne à la tête de…l’ONE). Les Engagés ont réagi à ces saillies<sup class="modern-footnotes-footnote ">29</sup>, notamment en obtenant un refinancement des CPAS (300 millions, très en-dessous de ce qui est nécessaire)<sup class="modern-footnotes-footnote ">30</sup>, qui seront débordés par les dossiers des personnes exclues du chômage.</p>



<p>Mais, de ‘statut’ pour les familles monoparentales, il n’est plus question. Le ministre wallon des Solidarités, Yves Coppieters (Les Engagés), affirmait en décembre 2024 que <em>« créer un statut spécifique pour les familles monoparentales répond à de nombreux besoins en termes de reconnaissance, de soutien et d’égalité des chances via plusieurs leviers : logement, allocations familiales, renforcement du Service des créances alimentaires (SECAL), emploi, tarif réduit pour les transports en commun. »</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">31</sup>. Mais, en juillet 2025, il précisait : <em>« Si la reconnaissance juridique des familles monoparentales constitue un défi social majeur, la création d’un statut présente de sérieuses limites juridiques et opérationnelles.Plutôt que la création d’un statut spécifique, il est envisagé de simplifier et d’harmoniser progressivement les critères de reconnaissance au sein des dispositifs existants, dans le cadre de la future stratégie de soutien aux familles monoparentales 2025-2029  ».</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">32</sup></p>



<p>À l’analyse, il apparaît objectivement que ce n’est pas le résultat d’un durcissement de la ligne du gouvernement wallon-francophone ni des relations entre les deux partenaires de la majorité, mais le résultat d’une étude de terrain, révélant que la mise en œuvre d’un tel statut s’avère plus complexe que prévu pour des raisons techniques. Une analyse juridique a été commandée par le cabinet, qui a conclu à une triple difficulté pour la Région wallonne et la Fédération Wallonie-Bruxelles&nbsp;: la diversité des définitions des familles monoparentales, la variété des niveaux de pouvoir qui seraient concernés (notamment sur le plan fiscal) et l’alourdissement des procédures administratives qui iraient à l’encontre du but recherché.</p>



<p>Il faut aussi préciser – c’est sans doute le plus important – que si les partis politiques avaient inscrit ce statut dans leur programme, il s’agit plus d’une formule symbolique que réellement pratique, à savoir <em>« définir avec précision, de manière univoque et au goût du jour la notion de famille monoparentale en incluant toutes les situations possibles. Ensuite, mettre en place des aides spécifiques qui répondent aux différentes situations, sans faire entrave aux autres droits relatifs à la situation économique individuelle du parent<sup class="modern-footnotes-footnote ">33</sup> »</em> (Couples et familles<sup class="modern-footnotes-footnote ">34</sup>) <em>« Un statut officiel permettrait de systématiser ces aides, d’en rationaliser certaines et d’en appliquer de nouvelles  »</em> mais l’urgence est <em>« de plaider pour une politique du lien social et une réforme administrative de la norme familiale, que les besoins de tous soient pris en compte. »</em></p>



<p>Marie-Claire Mvumbi estime toutefois cette réponse insuffisante&nbsp;: <em>«  Qu’on appelle cela statut ou autrement, peu importe, mais ce qui est nécessaire, c’est de disposer d’un système de protection juridique qui ne puisse être détricoté facilement. C’est en ce sens que je parle de statut. Travailler sur les politiques existantes, c’est ce que l’on a fait jusqu’ici et on constate que c’est inefficace. Je sais que la Wallonie ou la Communauté française n’ont pas les leviers nécessaires, aussi notre revendication était-elle d’abord adressée au fédéral mais, là encore, pas une mesure sur le sujet dans la déclaration de l’Arizona »</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">35</sup>.</p>



<p>L’économiste Philippe Defeyt, ancien président du CPAS de Namur, estime pourtant la piste du statut <em>« peu féconde  »</em><sup class="modern-footnotes-footnote ">36</sup> et qu’il vaut mieux se concentrer sur l’amélioration des politiques existantes. Pour lui, au-delà du fait qu’il existe déjà des aides spécifiques, il n’est pas besoin d’un statut pour répondre à trois défis prioritaires : 1. Adapter les paramètres « revenus  » d’une série de dispositifs sociaux afin d’attribuer les aides en fonction des revenus et non des statuts ; 2. Améliorer les services publics et les rendre plus accessibles ; 3. Adapter les législations sociales (par exemple, la suppression du statut de cohabitant). Ce dernier point (suppression du statut de cohabitant) est également, aux yeux de la Ligue des familles<sup class="modern-footnotes-footnote ">37</sup>, une des réponses.</p>



<p>En résumé, les majorités francophones affirment ne pas avoir, loin de là, abandonné l’idée d’une amélioration des conditions de vie des familles monoparentales mais disent s’inscrire dans un principe de réalité qui vise à prendre cette réalité en considération dans tous les aspects des politiques existantes (réduction de la taxe de mise en circulation, réduction de la cotisation spéciale de Sécurité sociale&#8230;). Le statut de famille monoparentale n’est donc plus à l’ordre du jour&nbsp;: s’il constituait un objectif en soi, on pourrait s’en indigner ; si, toutefois, les responsables politiques lui donnent chair, comme ils et elles l’affirment, par des mesures concrètes, il ne s’agira pas que d’un pis-aller. L’avenir le dira.</p>



<p></p>
<div>1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.rtbf.be/article/gouvernements-wallon-et-de-la-federation-wallonie-bruxelles-mr-et-engages-annoncent-avoir-trouve-un-accord-suivez-la-conference-de-presse-a-16h-11403215">rtbf.be</a></div><div>2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.fdss.be/wp-content/uploads/2024_CRAC_PUB_rapport-cafm_176x250_V07.pdf">fdss.be</a></div><div>3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://statbel.fgov.be/fr/themes/population/structure-de-la-population/menages#figures">statbel.fgov.be</a></div><div>4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://ibsa.brussels/sites/default/files/publication/documents/Focus-74_FRv2.pdf">ibsa.brussels</a></div><div>5&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://liguedesfamilles.be/storage/26328/2023-05-05-Familles-monoparentales-et-politiques-publiques.pdf">liguedesfamilles.be</a></div><div>6&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Sources Statbel, IBSA et IWEPS citées.</div><div>7&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.iweps.be/wp-content/uploads/2024/10/RS14_comp.pdf">iweps.be</a></div><div>8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Les “pièges à l’emploi” renvoient au cas où un individu, en particulier un bénéficiaire de prestations sociales, n&rsquo;a aucun avantage financier ou très peu à accepter un emploi.</div><div>9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Statistiques : Belgique <a href="https://statbel.fgov.be/fr/themes/menages/pauvrete-et-conditions-de-vie/risque-de-pauvrete-ou-dexclusion-sociale">statbel.fgov.be</a> ; Wallonie <a href="https://www.iweps.be/indicateur-statistique/taux-de-risque-de-pauvrete-selon-type-de-menage/">iweps.be</a> ; Bruxelles <a href="https://ibsa.brussels/sites/default/files/publication/documents/Focus-74_FRv2.pdf">ibsa.brussels</a>.</div><div>10&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Nous nous référons ici au rapport de la Ligue des familles, Familles monoparentales et logement : des problèmes à tous les étages, février 2022. Disponible sur <a href="https://liguedesfamilles.be/storage/18799/220216-etude-le-logement-des-familles-monoparentales.pdf">liguedesfamilles.be</a></div><div>11&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;GUIO, Anne-Catherine et VAN LANCKER, Wim, La déprivation des enfants en Belgique et dans ses régions: que disent les nouvelles données ?, Fondation Roi Baudouin, octobre 2023. Disponible sur <a href="https://media.kbs-frb.be/fr/media/11074/FR_D%C3%A9privation%20des%20enfants%20en%20Belgique_Brochure">media.kbs-frb.be</a> </div><div>12&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://luttepauvrete.be/des-faits-et-des-chiffres/des-faits-et-des-chiffres-logements-sociaux/">luttepauvrete.be</a></div><div>13&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://statbel.fgov.be/fr/nouvelles/nouveaux-resultats-de-lenquete-sur-le-budget-des-menages-en-belgique">statbel.fgov.be</a></div><div>14&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;On n’en connaîtra pas les résultats avant fin 2025-début 2026.</div><div>15&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</div><div>16&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir https://primabook.mi-is.be/fr/droit-lintegration-sociale/montants-ris</div><div>17&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.mi-is.be/fr/themes/aide-sociale/redi">mi-is.be</a></div><div>18&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://medor.coop/magazines/medor-n38-printemps-2025/tenir-face-a-la-justice-violences-saj-divorce-justice-sap/">medor.coop</a> ; <a href="https://www.fdss.be/wp-content/uploads/2024_CRAC_PUB_rapport-cafm_176x250_V07.pdf">fdss.be</a></div><div>19&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.facebook.com/COFAMON.asbl?locale=fr_FR">facebook.com/COFAMON.asbl</a></div><div>20&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://vivre-ensemble.be/wp-content/uploads/sites/3/2022/11/jt194ave.pdf">vivre-ensemble.be</a></div><div>21&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.facebook.com/photo/?fbid=877456984412723&amp;set=pcb.877471164411305">facebook.com</a></div><div>22&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.parlement-wallonie.be/pwpages?p=petition-detail&amp;id=343">parlement-wallonie.be</a></div><div>23&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Co.Fa.Mon, publication Facebook du 8 février 2024, voir <a href="https://www.facebook.com/photo/?fbid=784318127059943&amp;set=a.552493563575735">facebook.com</a></div><div>24&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.senate.be/www/?MIval=/index_senate&amp;MENUID=57000&amp;LANG=fr&amp;PAGE=/web/fr/article/1309/raw">senate.be</a></div><div>25&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.lesengages.be/propositions/reduisons-la-precarite-des-familles-monoparentales/">lesengages.be</a></div><div>26&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://liguedesfamilles.be/storage/39587/20250707-Sondage-familles---re%CC%81forme-du-cho%CC%82mage-(1).pdf">liguedesfamilles.be</a> ,  <a href="https://auvio.rtbf.be/media/l-invite-de-matin-premiere-merlin-gevers-charge-de-projet-a-la-ligue-des-familles-3359982">auvio.rtbf.be</a></div><div>27&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.lesoir.be/686888/article/2025-07-09/reforme-du-chomage-clarinval-espere-un-accord-global-dici-la-semaine-prochaine">lesoir.be</a></div><div>28&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.lalibre.be/belgique/politique-belge/2025/07/12/georges-louis-bouchez-la-belgique-a-besoin-dune-margaret-thatcher-plutot-que-de-comiques-qui-promettent-de-largent-magique-3JUWGZCFQBDSHLRNFLYSS5K2EI/">lalibre.be</a></div><div>29&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.lalibre.be/belgique/politique-belge/2025/07/12/forte-reaction-des-engages-suite-aux-propos-de-georges-louis-bouchez-dans-la-libre-des-attaques-caricaturales-contre-la-securite-sociale-2XKRRHFLCRBZ7DGDKG3AORSVQY">lalibre.be</a></div><div>30&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.rtbf.be/article/la-reforme-des-allocations-de-chomage-entrera-en-vigueur-le-1er-janvier-115775984">rtbf.be</a></div><div>31&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.parlement-wallonie.be/pwpages?p=interp-questions-voir&amp;type=28&amp;iddoc=130697">parlement-wallonie.be</a></div><div>32&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://archive.pfwb.be/1000000020dd004">archive.pfwb.be</a></div><div>33&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href="https://www.couplesfamilles.be/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=669%3Avers-un-statut-de-famille-monoparentale&amp;catid=6&amp;Itemid=108&amp;fbclid=IwY2xjawJbVIpleHRuA2FlbQIxMAABHQMSrMDxSwCEH83p2_fUter8rPhTa5yYhsAd9DwbvCyO99aTTTxNkkQ4iQ_aem_sppSvvk_caxrF02dBlL07g">couplesfamilles.be</a></div><div>34&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Association d’éducation anciennement liée à l’ex-Jeunesse ouvrière chrétienne.</div><div>35&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Entretien avec l’auteur, 23 juillet 2025.</div><div>36&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://www.lecho.be/opinions/general/opinion-un-statut-pour-les-familles-monoparentales/10608340.html">lecho.be</a></div><div>37&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Voir <a href="https://liguedesfamilles.be/storage/26328/2023-05-05-Familles-monoparentales-et-politiques-publiques.pdf">liguedesfamilles.be</a></div>]]></content:encoded>
					
		
		
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