Juste Terre !

Juste Terre ! n°227

Quand l'innovation sociale naît de l'expérience vécue
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Benoît Lecocq bouleverse nos certitudes. Ancien SDF devenu acteur du changement, il pose un diagnostic sans appel : « On ne résout pas le problème de la précarité en distribuant des tartines. La solution, c’est un toit, une clé et un suivi régulier, voire quotidien. » Cette affirmation, née de cinq années d’errance, fonde une approche radicalement différente : le logement d’abord. 

Plutôt que d’attendre qu’une personne soit « prête » pour accéder à un logement, Benoît et Michel inversent la logique : ils offrent d’emblée un toit, puis accompagnent jour après jour.  

L’innovation ne s’arrête pas là. En ouvrant leur propre maison, en partageant leur quotidien, Benoît et Michel abolissent la frontière entre aidants et aidés. Cette horizontalité, cette fraternité incarnée, redonne aux personnes exclues ce que la rue leur a volé : la dignité d’être reconnu comme un pair, un égal. 

À Waremme, le projet Tous à Table des Équipes d’Entraide opère une mutation similaire dans le champ de l’aide alimentaire. Ici aussi, on refuse la logique du simple colis. Potagers communautaires, ateliers cuisine, circuits avec les producteurs locaux, triporteurs solidaires : chaque dispositif transforme les bénéficiaires en acteurs.  

Ces deux projets partagent une philosophie commune : sortir de l’urgence pour construire du durable, transformer l’assistanat en accompagnement, restaurer le pouvoir d’agir. Ils reposent aussi sur des partenariats audacieux qui décloisonnent les institutions. Benoît et Michel s’appuient sur leurs bénévoles, Tous à Table fédère CPAS, associations, centre culturel et agriculteurs. Cette intelligence collective prouve que les réponses les plus efficaces émergent de la coopération. 

Face aux coupes budgétaires qui ravagent le secteur associatif – suppression du Plan grand froid, diminution des subventions, baisse de la déduction fiscale -, ces initiatives tracent une voie d’espérance. Elles démontrent qu’avec créativité, engagement et une confiance radicale en la capacité des personnes appauvries à être actrices de changement, on peut bâtir une société plus juste.