Symbole de la vie populaire bruxelloise, nourri du mélange des cultures et des parcours de ses habitants et habitantes, le quartier des Marolles cherche aujourd’hui à préserver son âme face à une « gentrification » qui fait fi de son histoire plurielle. C’est là que bat le cœur du CARIA – Centre d’accueil, de rencontre, d’insertion et d’animation – depuis plus d’un demi-siècle. Leur projet : offrir des collations saines et variées à une cinquantaine d’enfants.
Né en 1974 à l’initiative de l’Abbé Jacques Van der Biest (une personnalité haute en couleurs du clergé bruxellois, grand défenseur des habitants et habitantes des Marolles), avec l’appui de deux religieuses à la retraite, sœur Madeleine et sœur Marie-Noëlle, le CARIA inscrit toutes ses actions dans une démarche de cohésion sociale et de citoyenneté active. Une centaine d’adultes provenant de milieux sociaux défavorisés, majoritairement issus de l’immigration, fréquentent ses cours d’alphabétisation et de français, mais aussi de nombreux ateliers d’apprentissage (citoyenneté, mobilité, informatique, fabrication de produits d’entretien et d’hygiène écologiques, etc.). « Lorsque ces personnes poussent la porte du CARIA, souvent grâce au bouche-à-oreille, leur objectif premier est d’apprendre le français pour arriver à se débrouiller au jour le jour, mais très vite la rencontre et le lien social acquièrent une place prédominante », explique Isadora Minicucci, coordinatrice de l’association.
Comme les cours et ateliers sont organisés en journée, les femmes représentent environ 80% du public. C’est donc tout naturellement que les mères de famille inscrivent leurs enfants à l’école de devoirs du CARIA.
Avoir le ventre plein
« Moi, je viens ici pour manger », déclare Acheb, entre boutade et vérité crue. Au CARIA, qui offre un soutien scolaire à une cinquantaine d’enfants défavorisés du quartier, la collation précède l’apprentissage. Parce que, comme le constate Isadora, « il n’est pas rare que les enfants n’aient rien mangé depuis le matin. La première inégalité sociale de l’école, c’est le contenu de la boîte à tartines. » Alors, pour cette année scolaire, avec le soutien d’Action Vivre Ensemble et de donateurs et donatrices, l’association bruxelloise a construit le projet Les petits goûters sains des Marolles pour les enfants de 6 à 12 ans qui fréquentent l’école de devoirs ou, une fois par semaine, le Centre d’expression et de créativité des Ateliers Populaires, association voisine du CARIA dans la rue Haute. C’est l’équipe des Capucines, une épicerie sociale du quartier, qui met en musique ces collations saines, sucrées ou salées, chaque jour de la semaine.
Une fois sa part de gâteau engloutie, Acheb rejoint la salle de soutien scolaire dévolue à sa tranche d’âge. À l’étage, sa sœur Sarah, en troisième année à l’école primaire Dachsbeck, est déjà installée, tout comme Ouahiba, qui fréquente l’école Baron Steens. « Ici, je fais mieux mes devoirs qu’à la maison, mais surtout, après, on peut s’amuser ! », lâche cette petite fille calme et câline d’origine marocaine. Faty, 11 ans, arrivée du Sénégal il y a trois ans, abonde dans le même sens. « Chaque fois que je viens au CARIA, je suis contente. C’est comme ma famille : quand j’ai envie de parler ou que j’ai besoin de quelque chose, on m’écoute et on m’aide. J’ai aussi découvert plein d’endroits à la campagne et à la mer pendant les camps et les activités (organisés le mercredi, le week-end et pendant les congés scolaires, NDLR). »
Depuis quelques années, toutefois, la tâche des membres de l’équipe du CARIA (11 personnes salariées et une vingtaine de bénévoles) s’est complexifiée. « Nous faisons face à une explosion des troubles de l’apprentissage, qui nécessitent l’intervention d’un logopède, voire d’un neuropsychologue. De plus en plus d’enfants se retrouvent en difficulté dès la première année primaire, » indique Sylvie Foulon, qui pilote l’école de devoirs. « De manière générale, nous devons faire de plus en plus avec de moins en moins de soutien financier, mais aussi de moins en moins de considération par rapport au travail fourni », enchaîne Isadora Minicucci. Les 10/10 à la dernière interro de néerlandais décrochés par certains des enfants de l’école de devoirs suffisent pourtant à gommer tous ses bleus au cœur…


02 227 66 80